Furie Rouge

James Swallow · Chapitre 12 sur 18

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Furie Rouge

Chapitre Douze

 

 

Il flottait dans l’air humide une odeur âcre de sels métalliques et de soufre. Des jets de vapeur se propageaient furieusement dans les couloirs de la citadelle Vitalis, prémices du déluge à venir. La vapeur brûlante retombait en condensation sur les murs glacés à l’extérieur de la tour, se transformant en une pluie qui coulait paresseusement sur la brique et le métal. Le grondement du déluge était désormais permanent, et les secousses se propageaient dans les étages.

Sur la rampe de débarquement du Thunderhawk, Turcio lança un rapide coup d’œil dans le compartiment de troupes de l’appareil. Au fond de la soute, il vit Kayne en profonde discussion avec le serf-pilote. Les moteurs du vaisseau étaient en train de monter en puissance et les ailettes vibraient comme si l’appareil voulait décoller à tout prix, quitter la citadelle avant qu’elle ne soit détruite.

— Combien de temps pouvons-nous encore attendre ? » demanda le space marine.

Kayne regarda dans sa direction et lui répondit par vox interposé.

— Le pilote me dit que nous avons déjà attendu trop longtemps. »

Turcio dévoila un sourire carnassier.

— J’aurais préféré une estimation un peu plus optimiste. » Il fut interrompu lorsque du mouvement à la porte de l’aire d’atterrissage lui fit épauler son bolter, sur le qui-vive. Il se détendit légèrement lorsqu’il reconnut les silhouettes de space marines qui traversaient la plate-forme en courant.

— Frère-sergent ? » appela-t-il.

Rafen fermait la marche, pressant le groupe de se dépêcher. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et poussa un juron. Turcio aperçut les premières infiltrations d’eau jaunâtres ruisseler sur le pas de la porte et sut qu’il leur fallait partir immédiatement.

— Fais monter les hommes à bord ! » rugit Rafen. « Oublie la rampe, fais-les monter à bord et décolle. » Turcio recula tandis qu’une masse désordonnée de Blood Angels et de Flesh Tearers grimpait tant bien que mal dans le compartiment de troupes du Thunderhawk. Certains étaient blessés, aucun ne se laissa ralentir par ce genre de détail. Noxx, le sergent vétéran Flesh Tearer, poussa Frère Corvus devant lui et se retourna sur le bord de la soute pour tendre la main vers Rafen. Le Blood Angel la saisit et sitôt eut-il posé le pied sur la rampe que les moteurs du vaisseau hurlèrent sous la poussée. La plate-forme d’atterrissage s’effondra tandis que le vaisseau s’élevait à la verticale dans l’échauguette avant de sortir dans l’air polaire. Des flots bouillonnants chargés de débris jaillirent derrière eux dans un tourbillon qui effleura les ailes de l’appareil.

Turcio assista à la scène par la porte ouverte de la soute. Tandis que le serf-pilote les emmenait loin de là, les murs de la citadelle explosèrent sous la violence du déluge et, pendant un bref instant, la tour écarlate se transforma en source jaillissante avant d’être violemment abattue par le geyser écumant. La citadelle Vitalis disparut sous un panache d’eau sale chauffée par le magma, et s’enfonça dans le flanc glacé de la montagne. Le chaud et le froid sifflèrent lorsqu’ils rentrèrent en réaction et un mur de vapeur et de neige tournoyante s’éleva dans l’air.

L’onde de choc secoua le Thunderhawk et le propulsa vers les pics des crêtes glacées, tandis que le serf-pilote corrigeait frénétiquement les données de vol pour les garder en l’air. Les space marines qui ne s’étaient pas arrimés furent projetés dans la cabine comme des jouets. Turcio s’agrippa en serrant les dents et vit Rafen prêter main forte à Noxx pour que celui-ci puisse rester debout. Un grand changement par rapport à leur comportement dans l’arène, se dit-il, gardant ses pensées pour lui.

Les turbulences diminuèrent et l’appareil se stabilisa tandis qu’il s’éloignait en prenant de la vitesse. Le Blood Angel perçut quelques paroles de Noxx.

— Il nous manque quelqu’un. Où est Roan ? »

La soute fut enfin verrouillée ; Rafen ôta son casque et passa sa main dans ses cheveux ébouriffés.

— Il se trouvait sur la plate-forme du téléportarium lorsque elle s’est activée. Le traître Fabius a utilisé la machine pour téléporter les mutants avant de s’enfuir de la tour et Roan a été pris en même temps. » Son visage s’assombrit. « Je regrette sa perte.

— Où Bile les a-t-il envoyés ? » demanda Noxx.

— Je pense avoir une idée », répondit Rafen, d’un air maussade. Il regarda Turcio.

— Frère, dis au pilote de pousser cet appareil jusque dans ses retranchements, qu’il tombe en morceaux s’il le faut. Il faut rejoindre la forteresse-monastère au plus vite. »

Le flux de téléportation lui coupa la respiration lors du moment éprouvant de la transition. Le Flesh Tearer sentit son corps se liquéfier, chaque atome de son corps devenir évanescent, et pendant un seul et horrible millième de seconde, il ne fut plus qu’un ensemble de particules libres flottant dans un océan poisseux d’antimatière. Et puis, en une fraction de seconde, Frère Roan redevint un tout cohérent, l’équilibre rétabli aussi vite qu’il avait disparu.

L’inconfort de la transition n’était pas quelque chose de nouveau pour lui. Il avait participé plus d’une fois à des assauts par téléportation mais n’avait jamais vraiment aimé ça. Il avait vu des frères victimes des perturbations dans le flux, et pire encore, des amas de chair et de céramite fusionnées, résultat d’une réintégration incorrecte, que l’on avait dû abattre comme des animaux malades.

Mais ce n’était pas la fin qui l’attendait aujourd’hui. Fabius Bile était un scientifique trop compétent pour faire ce type d’erreur. Non, le genetor corrompu lui avait préparé une manière totalement différente de mourir.

Roan avait à peine retrouvé ses esprits qu’il réalisa qu’il était en train de tomber. Le ciel noir et la terre sombre tournoyaient autour de lui tandis qu’il chutait sous l’emprise de la gravité. Le téléporteur de la citadelle les avait envoyés à la forteresse-monastère, de l’autre côté de l’hémisphère, mais pas dans la forteresse. Roan s’était rematérialisé, en même temps que les Démons du Sang en furie, cinq cents mètres au-dessus de la cour centrale.

Le sol s’approchait rapidement et le space marine distingua les tours du bloc central, le dôme de la Grande Annexe qui grossissaient au fur et à mesure de sa chute. La mort ouvrait pour lui ses bras accueillants.

Au-dessus de lui, les clones mutants hurlèrent et tressaillirent. Pendant un instant, Roan sourit, pensant que Bile avait commis une erreur, positionnant le point d’arrivée au mauvais endroit, et condamnant de ce fait les Démons du Sang à partager sa fin. Je vais mourir mais eux aussi.

Cependant il fut également privé de ce plaisir lorsque la peau sur le dos des monstres ondula avant de se déchirer pour laisser apparaître deux grandes ailes membraneuses qui offraient une prise à l’air, les faisant voler sur place comme des oiseaux de proie.

Roan jura dans un vieux dialecte tribal de son clan, maudissant Fabius le renégat et le condamnant à périr sous les crocs des terrasaures qui rodaient dans les jungles de Cretacia.

Il creusa une légère dépression dans les dalles lorsqu’il heurta le sol avant de mourir. Les clones, peu assurés dans leur nouvelle mutation mais apprenant rapidement, se laissèrent tomber à côté du corps, et certains se baissèrent pour laper la mare de sang et de chairs que Roan était devenue.

La navette transportant Maître Sentikan et le corps de frère Rydae vers l’Unseen avait à peine disparu dans le ciel que le Seigneur Seth reprenait ses attaques contre le commandeur de Mephiston tout en réitérant ses exigences.

— Ton conclave tourne de plus en plus au désastre, Dante. Tu aurais dû d’abord venir me voir, seul. Nous aurions discuté de ce problème, trouvé une solution que nous aurions ensuite imposé tous les deux.

— Je n’imposerai rien », répondit Dante d’un ton ferme. « Je demanderai de l’aide à mes frères et je crois qu’ils se conformeront à la volonté de l’Empereur.

— Et qu’arrivera-t-il si la volonté de l’Empereur est de ne plus vous voir prospérer ? »

Mephiston voulut prendre la parole mais se retint : cette conversation n’était pas pour ceux de son rang, seulement pour les maîtres de chapitre.

La douleur surgit à ce moment-là. L’empreinte des ténèbres. La lame silencieuse d’un choc psychique découpant la surface de son âme. Il tituba, entendit son seigneur l’appeler. L’archiviste laissa échapper un sifflement entre ses dents. La première fois, dans l’Annexe, il avait pensé avoir senti quelque chose mais cela avait rapidement disparu avant qu’il ne puisse le saisir. Cette fois-ci, c’était différent. Il sentit brièvement le musc d’une piste psy, l’impression d’un crâne hurlant qui ouvrait sa mâchoire pour engloutir un individu enveloppé dans une aura de mort avant de se refermer violemment.

Mephiston se concentra pour essayer de donner un sens à sa vision et une lueur émeraude apparut soudain dans le ciel, loin au-dessus de la forteresse. Une décharge de téléportation ? Il sentit subitement émerger de nouvelles consciences, sauvages et enragées.

— Une attaque ! » cria-t-il, animé d’une force soudaine. « Ils sont ici ! »

Le premier capitaine Lothan mourut lorsque les mutants surgirent des conduits de service situés sous ses pieds.

Argastes leva les yeux et vit Mephiston et Dante, accompagnés de Seth, remonter le couloir en courant. Lothan lui avait confié un pistolet bolter avant de demander au chapelain de le suivre pour trouver le maître de chapitre et assurer sa sécurité. L’un des hommes de Lothan, le garde d’honneur Garyth, avait dit à Argastes que les scrutateurs de flux avaient hurlé lorsqu’ils avaient détecté une bulle de téléportation en formation au-dessus du monastère. Les serviteurs-sensoriels complexes étaient le premier dispositif d’alerte de la forteresse, mais même leurs réactions paniquées n’avaient pas été assez rapides. C’étaient des créatures, avait dit le frère de bataille, identiques à celle de l’arène, mais des dizaines d’entre elles, et encore plus rapides. Dans tout le complexe gothique, les postes de garde et les baraquements des serfs ne montraient plus aucun signe de vie ou faisaient état de choses entraperçues qui se déplaçaient comme des space marines mais en dégageant l’odeur insoutenable d’une soif de sang insensée.

Cela avait paru totalement invraisemblable. Ces choses, identiques à celle que Rafen avait détruite dans la fosse, n’étaient que des simulacres de chair, des êtres décérébrés, rien de plus que des automates organiques. Mortels oui, mais sûrement sans intelligence propre…

Alors pourquoi n’avaient-ils pas été capturés ? Où se cachaient-ils ? Argastes voyait bien que Lothan s’était déjà posé ces questions et était arrivé aux mêmes conclusions. Les bêtes se déplaçaient furtivement et attaquaient avant de disparaître rapidement, suivant des routines de combat tirées directement des cassettes d’endoctrinement du chapitre ou des pages du Codex Astartes. Frapper avant de fuir, tuer et, si Garyth disait vrai, se repaître de ses proies. Quelques instants auparavant, Argastes avait aperçu le cadavre d’un serviteur-scribe éviscéré dans une alcôve près des salles de prière du levant. La pâleur criante, sans une goutte de sang, de la chair du drone mort ne lui avait pas échappé, et il psalmodia un verset de protection de la Litanie Vermillion.

Devant eux, Lothan était en train de faire signe à Dante lorsque l’attaque se produisit. La rigole d’acier au-dessus des conduits explosa et les bêtes entassées à l’étroit dans le conduit surgirent avant de le déchiqueter. Le premier capitaine se retourna dans une gerbe de sang avant de s’effondrer, son corps réduit en lambeaux.

Mephiston sentit mourir l’esprit du frère-capitaine Lothan en même temps que son corps comme une fausse note dans un concert de consciences. Les mutants se déversèrent dans le couloir avant de se jeter sur l’escouade de Lothan avec leurs griffes acérées et leurs crocs tranchants. Les armes aboyèrent, les tirs résonnant dans les escaliers, tandis que le Seigneur de la Mort se jetait dans la mêlée dans un rugissement sourd. Il se maudit de ne pas avoir Vitarus, son épée de force à ses côtés – elle était restée dans ses appartements, remisée à la demande de Dante pendant la durée du conclave – mais le psyker avait néanmoins d’autres armes à sa disposition auxquelles aucune aberration de la nature ne pouvait espérer résister. Mephiston libéra son pouvoir interne d’accélération et goûta la puissance des héros lorsqu’elle se déversa en lui. Il enchaîna les attaques sans ralentir, plus rapide que la lumière, frappant et déchiquetant les monstruosités devant lui.

Il ramassa l’épée tronçonneuse de Lothan et trancha la chair d’un mutant recouvert d’innombrables crocs barbelés. Il le mit à terre d’un coup d’épée, lui asséna coup sur coup, l’acheva, puis en attaqua un autre, faisant lâcher prise à une chose noueuse munie de bras tentaculaires qui essayait d’étrangler un space marine et la tua en la découpant en deux.

Mephiston perçut brièvement la situation des autres combattants : là, le seigneur Dante avait récupéré un bolter dans chaque main et réduisait froidement les mutants en une bouillie suintante, Argastes frappait de son crozius arcanum un homme-bête griffu dépourvu d’yeux, Seth étranglait un autre clone sous son bras et il y en avait encore bien d’autres, en train de se battre ou de mourir.

Le combat fut rapide. Les mutants emportèrent leurs trophées en s’enfuyant dans toutes les directions, le sang s’écoulant de leurs blessures et des corps déchiquetés de leurs proies qu’ils traînaient derrière eux. Chacun se déplaçait comme s’il savait où il allait – comme si, puisse le Trône le croire, ils connaissaient la forteresse. Comme s’ils connaissaient aussi bien qu’Argastes et ses frères l’emplacement de chaque alcôve, de chaque lieu de retraite parmi les kilomètres de pierre, d’acier et de verre.

Leur physiologie contenait l’ADN de plus d’une centaine de Blood Angels, morts ou vivants ; l’affirmation de Caecus sur le premier replicae lui revint en mémoire : le clone pourrait assimiler la mémoire musculaire et la génémémoire de chacun d’eux. Argastes échangea un regard avec Mephiston et sut que le Seigneur de la Mort pensait à la même chose que lui. L’Apothecae Majoris n’avait pas menti. Ces choses étaient plus que des animaux. C’étaient les bannis de la Raven Guard, mais ils existaient désormais dans leur propre chapitre.

Il se reposa un instant pour reprendre sa respiration. L’attaque avait été si soudaine, portée avec une telle sauvagerie qu’il leur fallait retrouver leurs esprits.

Dante était en train de parler dans un vox fixé à son poignet.

— Ici votre commandeur, à tous les postes et barricades. Sonnez la cloche du cloître et verrouillez la forteresse », ordonna-t-il. « Fermez toutes les issues, abaissez toutes les protections. Rien ne doit sortir du complexe sans mon autorisation. »

Seth avait tué de ses propres mains ; il arrêta un instant de nettoyer le sang et les morceaux de chair qui maculaient sa tunique.

— On devrait les chasser et non les coincer à l’intérieur.

— Je ne suis pas d’accord », grogna Dante. « Ces créatures ne doivent pas errer sans surveillance. Ils doivent être rassemblés puis exterminés. » Un éclair passa dans les yeux de Dante. « Je vais m’en occuper. »

Le Flesh Tearer s’accroupit et observa le corps de l’un des mutants avec une fascination évidente.

— Curieux. Une telle soif de sang et une telle précision dans la brutalité. Ces choses sont vraiment des monstres, n’est-ce pas ? Je n’aurais jamais pensé que quelqu’un comme frère Caecus soit capable de créer une telle chose.

— Moi non plus », acquiesça Dante.

En dépit de son bon sens, Argastes fut attiré par le cadavre d’un des hommes-bêtes.

— Je n’ai observé une telle soif de sang que dans les unités de la Compagnie de la Mort et encore, ce n’était que dans le but de tuer. »

Mephiston hocha lentement la tête.

— Ils sont mus par la Rage et la Soif mais à un degré inimaginable, Chapelain », dit-il. « C’est comme le fait de respirer pour nous. Ces monstruosités produites dans des cuves sont comme nous, dépouillées de toute humanité. » Le psyker parlait avec la franchise brutale de quelqu’un qui avait déjà vu cette part de ténèbres en lui. « Nous n’avons pas le choix. Nous devons les tuer jusqu’au dernier. »

— S’ils cherchent du sang », dit Seth, « alors ils risquent d’attaquer à nouveau pour s’en procurer. Peut-être dans le complexe medicae ou ailleurs. »

Une inquiétude froide passa sur le visage de Dante

— Où se trouve frère Corbulo ? »

C’est à ce moment-là qu’ils entendirent le tocsin, lorsque la cloche du grand cloître entonnait son chant lugubre à travers les salles et les couloirs de la forteresse-monastère.

Pour la deuxième fois en une seule journée, le grand prêtre sanguinien se rendit à la chapelle du Graal Rouge comme cela lui était demandé. La garde, que Corbulo maintenait auprès de l’artefact sacré, exigeait une attention de tous les instants pour assurer sa sécurité, et lorsque les cris des serviteurs l’avertirent d’une attaque imminente sur la forteresse, la chapelle fut logiquement sa première destination. Il ne perdit pas de temps à s’interroger sur la nature des assaillants : Corbulo ne s’attarda pas sur le fait que, depuis des milliers d’années, Baal n’avait jamais été la cible d’une telle invasion. Il se consacrerait uniquement à la défense du Graal Rouge.

L’épée tronçonneuse solidement en main, Corbulo emprunta l’escalier vers la chapelle. Les détecteurs laser dans les orbites des masques mortuaires accrochés sur les murs le balayèrent de leur faisceau écarlate et l’identifièrent avant d’ouvrir le sol dallé devant lui.

Il pénétra dans la chapelle et inspecta la pièce du regard : comme toujours, ses yeux furent attirés par le calice de cuivre qui flottait sans bruit au-dessus de l’estrade de rubis. La peur irraisonnée qu’il soit arrivé trop tard et que l’artefact ne soit plus là disparut, mais pour un instant seulement. Corbulo s’avança entre les piliers de pierre jusqu’à l’autel, et c’est à ce moment-là qu’il réalisa que la nuit qu’il voyait à travers les fenêtres autour de lui n’était pas naturelle : ce n’était pas la nuit profonde de Baal mais une nuit noire d’encre, peuplée de mouvements. Il entendit un raclement de griffes et ramena son épée tronçonneuse devant lui, son pouce sur la rune d’activation.

À l’extérieur, des formes s’agrippaient au marbre et à la pierre du minaret, se pressaient contre le verre. Avec une violence soudaine, les fenêtres se fissurèrent du sol au plafond et les panneaux ouvragés se brisèrent dans un coup de tonnerre assourdissant. Corbulo enclencha son arme en mode de combat tandis que les mutants, tous identiques au Fils du Sang dans les derniers instants monstrueux de son existence, se frayaient un passage à l’intérieur de la chapelle en hurlant et en humant l’air.

Le prêtre sanguinien sentit son estomac se nouer : subitement, il savait exactement ce que les bêtes voulaient, et il rugit son interdiction en se jetant sur eux.

Ils n’étaient qu’une poignée : L’un des mutants, le plus imposant du groupe, grogna quelque chose – un ordre peut-être ? – avant de se diriger vers l’estrade de rubis. Les autres se jetèrent sur Corbulo, crocs et griffes sortis. Il les frappa des lames de son épée tronçonneuse vrombissante, les mutila sérieusement mais il avait du mal à les toucher et encore plus à les blesser.

Devant lui, il vit les gardiens sortir de leur sommeil et ouvrir leurs mains en direction de l’imposante bête clonée. Elle avait facilement la taille d’un space marine en armure Terminator, voire plus. Il vit brièvement, à la lumière des chandelles photoniques, une épaulière de céramite près du corps du monstre, morceau d’armure noire taché de couleur. La brute franchit la limite des dalles de verre d’un bond et le gardien ouvrit le feu. Les tirs de bolter allèrent se ficher dans la chair dense du clone, mais apparemment sans aucun effet. La créature attrapa le serviteur d’armes et l’arracha du sol dallé. Dans un déchirement d’ailes métalliques, le Fils du Sang mutant utilisa l’ilote mécanique encore en train de tirer comme une massue pour détruire son jumeau.

Corbulo se débarrassa de ses assaillants et courut rapidement vers l’estrade, mû par la colère. Il vit le visage difforme du mutant et ses dents maculées de sang avant que le clone ne monte sur la plate-forme, tendant une main griffue dans la lueur du champ répulsif pour attraper la relique.

— Non ! » cria Corbulo. « Sois maudit ! ». Le prêtre essaya de porter un coup de poing au moment où la main de la créature se refermait sur le calice mais il frappa dans le vide.

Le mutant attaqua Corbulo avec le Graal Rouge et l’atteignit au visage. Le sang chaud déborda de la coupe, lui éclaboussa les yeux et le nez, brûla sa peau. Le prêtre fut projeté en arrière, au bas de la plate-forme de rubis, avant d’atterrir lourdement dans une glissade sur le sol dallé.

Corbulo se passa les mains sur le visage et les retira couvertes de sang : du mélange des énergies vitales des autres prêtres, de la sienne, et de celle, immortelle, de Sanguinius. Le liquide était brûlant sur sa peau et sa puissance lui faisait tourner la tête.

Mais sa réaction en tant que guerrier se transforma en révulsion lorsque le mutant leva la coupe et but l’intégralité de son contenu. Corbulo sentit son estomac chavirer et il eut un haut-le-cœur à la vue d’une profanation aussi barbare.

La créature hurla et rit comme l’aurait fait un homme. Subitement, elle se mit à enfler, à grossir, les muscles se développèrent, devinrent plus épais, la fente déchiquetée qu’était sa bouche s’élargit encore plus pour laisser apparaître une nouvelle rangée de dents. La masse du mutant augmenta de moitié après avoir bu une seule gorgée. Il rejeta la tête en arrière et rugit, le cri ne signifiant clairement qu’une chose, une seule chose : « Encore ! »

La bête jeta le Graal d’un mouvement brusque et Corbulo bondit pour rattraper au vol la coupe vide. Le Blood Angel saisit le calice sacré avant qu’il n’atteigne le sol. Ses mains tremblaient de colère après avoir assisté à un tel acte dans un lieu aussi sacré que celui-ci.

Corbulo pivota en décrivant un arc avec son épée tronçonneuse, prêt à tuer tous les mutants qu’il trouverait pour répondre de ce sacrilège mais ils étaient déjà en train de battre en retraite, fuyant par les fenêtres brisées avant de s’envoler, portés par les vents nocturnes.

Dante traversa le vestibule avec Mephiston à ses côtés avant de pénétrer dans une salle remplie de guerriers en désaccord et de mauvaise humeur. Seth les accompagnait, et le Seigneur de la Mort remarqua que, pour une fois, le commandant des Flesh Tearers avait laissé sa morgue habituelle de côté. Le tocsin de la cloche du cloître mettait en évidence tout ce qui s’était passé : il sembla à Mephiston que seulement quelques jours s’étaient écoulés depuis qu’il avait entendu Dante interdire à Caecus de poursuivre ses expérimentations et ordonner à ses frères de se mettre en quête des successeurs en vue du conclave. Les choses ne se déroulent pas selon la volonté de mon maître, c’est sûr maintenant.

Armis de la Blood Legion fut le premier à prendre la parole.

— Enfin ! Que signifie tout ceci ? Nous sommes réveillés et emmenés ici sous bonne garde… Veux-tu nous forcer à choisir ton camp sous la menace, Dante ?

— Ne sois pas aussi mélodramatique, frère », grogna Seth avant que l’autre maître de chapitre ne puisse répondre.

— Mes frères », dit Dante d’un ton ferme, « la forteresse-monastère est attaquée par des aberrations dont le nombre et le but nous sont encore inconnus. Vous avez été amenés ici pour votre propre protection.

— L’éclair de téléportation », dit Orloc. « Je l’ai vu de la tour d’habitation. »

Daggan leva son poing métallique.

— Quelle est la nature de l’ennemi ?

— J’ai honte de l’avouer mais ce sont nos propres créations. » Dante détacha chaque mot. « Le marine cloné que frère Caecus nous a présenté… Il n’est pas le seul exemplaire existant.

— Les autres lui sont supérieurs », intervint Seth. « Plus rapides et plus mortels que celui vaincu par Noxx et Rafen.

— Comment cela est-il arrivé ? » demanda Armis.

— Caecus a été apparemment plus entreprenant qu’il a bien voulu l’admettre », répondit Seth. « L’Apothecae a rompu les liens avec ses frères, s’est peut-être même détourné de la lumière de l’Empereur pour arriver à ses fins…

— Il n’existe aucune preuve de cela ! » s’emporta Mephiston mais sans toute la conviction qu’il aurait voulu y mettre.

Seth reprit la parole.

— Ces aberrations rôdent dans toutes les pièces de ce bâtiment. Elles se nourrissent, frères. Elles se nourrissent du sang qui coule dans nos veines.

— Nous sommes sur Baal. Cette affaire est du ressort des Blood Angels. » La colère froide de Dante bouillonnait derrière son regard dur, si forte que Mephiston la voyait presque se déverser en une nuée écarlate dans le monde psychique. « Vous serez escortés jusqu’au pont d’envol et ensuite jusqu’à vos navettes. Je vous demanderai de regagner vos vaisseaux en orbite et de permettre à mes hommes d’éradiquer cette… infestation. »

Daggan émit un grognement métallique.

— C’est une insulte ? Tu nous demandes à nous, héros de Sanguinius, de fuir face à quelques mutants ?

— Ceci est de ma faute », admit Dante. « Vous n’avez pas à porter ce fardeau ni à verser votre sang pour lui.

— C’est entendu », dit Orloc. « Mais nous resterons ici et nous le ferons quand même, n’est-ce pas ? » Il regarda autour de lui les autres maîtres de chapitre qui acquiescèrent en guise de réponse.

— Baal t’appartient, Blood Angel, c’est indiscutable. Mais c’est la demeure de notre primarque à tous, ce qui fait d’elle notre héritage commun. Comme l’a dit le vénérable Seigneur Daggan, être tenus à l’écart pourrait être pris comme une insulte de ta part. »

— Nous restons », répéta Armis.

Mephiston aperçut les lèvres de son maître esquisser un sourire.

— Alors vous faites honneur à notre chapitre. Nous combattrons côte à côte, comme l’aurait voulu notre primarque. » Dante se tourna vers son fidèle lieutenant. « Qu’un détachement de frères de bataille apporte des armes pour tous les guerriers ici présents ainsi que des munitions pour les canons du Seigneur Daggan.

— À vos ordres », dit le psyker en s’inclinant.

Les paroles qui suivirent furent impitoyables.

— Fais venir mon armurier. Je veux mon armure et mes armes. » Le sourire de Dante disparut. « Cela a assez duré. Nous allons mettre fin à cette folie avant l’aube. »

Le Thunderhawk tombait en chute libre, ravagé par les flammes. Les réacteurs, poussés au-delà des limites de sécurité, commencèrent à entrer en fusion. Le métal chauffé à blanc, incandescent comme le cœur d’un soleil, se déforma, les collecteurs du moteur se gauchirent, et de grandes traînées de fumée noire signalèrent la trajectoire descendante du vaisseau. Des paillettes de métal en fusion tombaient derrière eux comme des projectiles traçants.

L’intérieur de l’appareil ressemblait à l’enfer. Des voyants d’alarme clignotaient sans cesse de leur lumière écarlate, mais Rafen avait rapidement interrompu le braiment de la sonnerie d’alarme dans le compartiment des troupes.

— Combien de temps encore ? » cria-t-il.

— Nous sommes en approche finale », répondit Kayne. Le sergent avait envoyé le jeune guerrier dans le cockpit afin de persuader le pilote de lancer le Thunderhawk dans un vol suicide. Le plan avait marché, et leur vol de retour avait pris beaucoup moins de temps que l’aller ; le seul problème était le prix à payer. Cet appareil ne volerait plus jamais ; au mieux, les techmarines allaient pouvoir utiliser ses morceaux comme pièces détachées.

Et encore, si nous arrivons à parcourir les derniers kilomètres sans exploser en plein vol, pensa Rafen d’un air sombre. Mais l’Empereur les avait amenés jusque-là sans les rappeler à Lui, et Il ne leur retirerait pas Sa bénédiction maintenant, pas avec le mont Seraph et la forteresse-monastère en vue.

La tête penchée, Noxx était en train de psalmodier. Il menait la prière de ses frères de bataille, malgré les secousses et les soubresauts. Rafen perçut les mots qu’il prononçait et les répéta.

— Nous sommes les Élus de l’Empereur. Entends Sa colère dans le rugissement du pistolet bolter. Vois Son formidable courroux dans la lame de ton épée tronçonneuse. Sens Sa force éternelle dans la protection de ton armure. » Cette litanie très simple lui permit de se concentrer. Chaque mot semblait juste. Là-bas, dans la citadelle, Rafen avait senti le doute pointer au moment de juger Caecus. Il avait été si naïf ; l’intention de l’Apothecae avait été pure, au contraire de ses méthodes. Il secoua la tête. Il n’y aurait plus de pardon désormais. Par son arrogance, Caecus avait ouvert la voie à la corruption et la disgrâce s’était abattue sur son chapitre. Le regard de Rafen se posa à nouveau sur Noxx et il s’interrogea : est-ce que tous les successeurs nous voient de la sorte ? Hautains, obstinés, convaincus de notre bon droit jusqu’à l’irresponsabilité ?

— Tenez-vous prêts à évacuer ! » hurla Kayne.

Rafen pencha la tête pour murmurer une dernière supplique.

— Seigneur de Terra, seigneur de Baal. Que cet atterrissage se fasse en toute sécurité. Puissé-je infliger ma vengeance à ceux qui le méritent. »

À peine avait-il terminé que le Thunderhawk s’écrasa dans la grande cour du monastère comme abattu brusquement par un marteau gigantesque.

L’appareil rebondit sur les dalles, brisa trois mâts avant d’atterrir, si durement cette fois-ci que le train d’atterrissage fut broyé, les patins métalliques sectionnés de leurs supports. L’appareil dérapa en laissant échapper des volutes d’une fumée noire et épaisse, perdit d’abord une aile, puis l’autre. Le carburant des réacteurs giclait par intermittence du fuselage percé. Des morceaux se détachèrent du Thunderhawk avant que celui-ci ne se couche sur son flanc gauche en creusant un sillon noirâtre dans le sol, et ne se dirige vers la grande statue érigée au milieu de la cour carrée. Il perdit petit à petit de la vitesse dans des gerbes d’étincelles pour finalement s’arrêter dans un crissement, les aérofreins convulsant dans la mort de la machine.

La rampe d’assaut fut éjectée grâce à des boulons explosifs et les space marines débarquèrent dans un flot continu d’armures. Rafen et Kayne furent les derniers à sortir et à toucher le sol.

— Le pilote ? » demanda le sergent.

— Décédé », répondit le jeune guerrier. « La tension du vol a été trop forte pour son cœur. Il est mort en même temps que l’appareil.

— Il a accompli sa tâche. C’est tout ce qui importe. » Rafen leva les yeux vers la statue du primarque Sanguinius qui les surplombait, et il la remercia d’un hochement de tête silencieux.

Le vent froid du désert leur fit parvenir le son lugubre du tocsin et chaque guerrier se raidit.

— La cloche du cloître », siffla Corvus. « Nous avons eu raison de nous dépêcher.

— Les créatures sont ici », dit Ajir, « je les sens. »

Rafen tourna la tête et vit Noxx accroupi non loin de là au bord d’un cratère d’impact. Alors qu’il regardait, il vit le Flesh Tearer cracher par terre et faire le signe de l’aquila, imité par ses hommes.

— Roan », dit Puluo, impassible.

— En effet », acquiesça Rafen.

À côté de lui, Kayne n’avait pas quitté la statue des yeux.

— Seigneur, vous arrivez à voir ça ? Il y a quelque chose là-haut… mais rien sur la vision tactique… »

Rafen se retourna en levant son bolter, juste à temps pour voir de vagues formes musculeuses se jeter des épaules de la grande statue en déployant des ailes membraneuses pour ralentir leur chute.

Les tirs retentirent autour de l’épave du Thunderhawk lorsque la meute de Démons du Sang passa à l’attaque. Le plus imposant d’entre eux, encore ivre du riche mélange d’énergie vitale qu’il avait ingurgité dans la chapelle, resta en arrière et laissa ses congénères plus petits faire couler le premier sang.

Tel un maelström de pulsions primitives et d’instincts animaux, l’esprit du clone mutant était déchiré par quelque chose qui s’apparentait à de la folie : les caquètements des voix, les différents fragments de lui-même et des personnalités anciennes, mortes, entraient en conflit. Ils ne s’arrêtaient que lorsqu’ils étaient noyés sous un déluge d’énergie vitale volée.

La créature, comme tous ses congénères, était un miroir brisé renvoyant en apparence l’image d’un Blood Angel mais sans sa part d’humanité. S’il avait une âme, un esprit, alors celui-ci était brisé, distordu. Avec des siècles de tests et d’études, d’expérimentations et de pratiques minutieuses, le replicae aurait pu donner quelque chose de proche de l’homme. Au lieu de cela, les mutations dont ils étaient victimes avaient été accélérées par les machinations de Fabius Bile, et à chaque goutte de sang éclatant qu’ils absorbaient, la soif qui dominait les Démons du Sang devenait plus forte. L’alpha de la meute grimpa sur un débris d’épave pour humer l’air. Il sentait l’odeur cuivrée portée par le vent. Pas un sang quelconque comme celui qui s’accumulait à ses pieds depuis des veines des space marines, mais quelque chose de supérieur, comme le liquide contenu dans le Graal, mais encore plus puissant, beaucoup plus puissant.

Il le trouverait. L’absorberait. Et peut-être ensuite, il ferait taire la folie définitivement.

— Ils vont venir le chercher… » Mephiston s’immobilisa, son épée cristalline à la main, et la sensation soudaine que son armure comprimait son corps.

— Seigneur ? » À côté de lui, le garde d’honneur lui lança un regard interrogateur.

Le psyker hésita dans le couloir au-delà de la grande salle. La faible lumière du Thunderhawk en flammes accrocha son regard noir à travers les fenêtres en ogive. La force des pensées animales était si soudaine, si puissante qu’elle l’avait pris au dépourvu. Elle était là pendant un instant puis avait subitement disparu, comme un éclair zébrant une nuit d’encre. Il cligna des yeux et retrouva ses esprits en voyant Corbulo accourir vers lui. Le prêtre sanguinien étreignait un sac à cordonnet de cuir épais, son épée tronçonneuse dans l’autre main. Le sang maculait le tranchant de la lame et les robes de Corbulo. Le frère de bataille de Mephiston avait le visage couvert de contusions mais il ne semblait pas en être conscient. Au lieu de cela, il arborait une expression de dégoût mêlé d’horreur.

— archiviste ! » hoqueta Corbulo en secouant la tête d’un air incrédule. « J’ai… ce que j’ai vu me donne la nausée ! Ces bêtes, elles ont envahi la chapelle !

— Je sais. » Mephiston essayait de ne pas laisser échapper le schéma de pensées capricieux du Démon du Sang mais il coulait comme du mercure, se séparant pour mieux se reconstituer. Il vit des images : la chapelle, le Graal Rouge. Il ressentit un écho sensoriel : le goût riche du sang ancien, très ancien, le fer brut sur la chair en lambeaux. « Il a bu au calice. Il a tout bu… »

Corbulo hocha la tête, abattu par la honte.

— Je n’ai pas pu l’empêcher.

— Ce ne sera pas suffisant », dit le psyker tandis que la fragile étincelle de contact vacilla avant de disparaître. « Ils veulent plus. Par le Trône, frère, ils veulent tout.

— Ils ne peuvent pas tous nous saigner ! » aboya le prêtre.

Le visage de Mephiston se durcit en réalisant enfin ce qui allait se passer. Il tourna les talons, son manteau cramoisi virevoltant autour de lui, et repartit en courant vers la salle.

Le seigneur Dante se retourna en entendant prononcer son nom. Ses yeux se rétrécirent. Il avait déjà vu le Seigneur de la Mort adopter beaucoup de postures, allant du guerrier à l’érudit mais jamais celle qu’il contemplait maintenant. La révulsion, pure, brute, se peignait sur son visage.

— Qu’y-a-t-il, frère ? » dit-il. Il arrêta de s’habiller, les canons d’avant-bras de son armure encore ouverts.

— Infamie ! » cria le psyker. « Atrocité et profanation, maître. Ils doivent être arrêtés !

— C’est la clairvoyance », dit sombrement Orloc d’un hochement de tête. « Qu’avez-vous vu ? »

Mephiston s’arrêta, tous les yeux rivés sur lui, et fit un effort manifeste pour se contrôler.

— Les créatures… Les Démons du Sang. Ils ont pénétré dans la chapelle du Graal Rouge, et ont bu l’énergie vitale du calice ! »

Une vague d’effroi parcourut l’assemblée tout entière. Dante entendit Daggan émettre une malédiction dans un grésillement.

— Le sang », dit Seth, devenant livide. « Trône et damnation… Ils ont pris le sang du Graal !

— Et ils en veulent plus », dit Corbulo d’une voix rauque. « Ils s’en nourrissent, s’améliorent à chaque gorgée. Je l’ai vu de mes propres yeux. »

Le psyker hocha la tête.

— Le Graal Rouge ne leur a pas suffi. Ils voudront plus, maintenant qu’ils y ont goûté. »

Seth croisa le regard de Mephiston puis celui de Dante.

— S’il en est ainsi… Il n’y a qu’un seul endroit où ils iront.

— Le sarcophage. » La voix de Dante semblait un murmure dans le silence qui s’était abattu dans la pièce. « La chair même du primarque. S’ils absorbent son sang, ils seront invincibles. »

Penser une telle chose était une horreur, une offense si grande qu’aucun space marine ne prit la parole ; il revint au maître des Blood Angels de briser le silence.

Il se tourna vers Corbulo.

— Frère », commença-t-il, « contacte le Seigneur Sentikan à bord du croiseur d’attaque Unseen. Dis-lui toute la dimension de cet… outrage. Transmets-lui cette requête. » Dante soupira. « Dis à Sentikan qu’il a toute autorité pour agir en tant que commandant de la flotte en orbite au-dessus de Baal. » Aucun maître de chapitre ne montra de signe de désaccord, conscients de la gravité du moment, et de ce qu’allait ensuite dire Dante. « Dis-lui de tenir les lances dirigées vers la planète, avec comme cible le lieu où nous nous trouvons. Si nous n’arrivons pas à arrêter ces créatures, le mont Seraph doit être détruit. Ces abominations doivent mourir. »

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