Furie Rouge

James Swallow · Chapitre 4 sur 18

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Furie Rouge

Chapitre Quatre

 

L’écarlate s’étalait à perte de vue dans les cieux au-dessus de Baal.

Des dizaines de vaisseaux de guerre, de la plus petite corvette jusqu’à l’énorme et impressionnant croiseur, étaient majestueusement alignés en orbite haute au-dessus de l’équateur de la planète désertique. Chaque vaisseau disposait d’un périmètre délimité et se trouvait sur le même plan orbital que son voisin afin de respecter le protocole, pour qu’aucun ne puisse être considéré comme étant en position supérieure ou inférieure. Seul un groupe de vaisseaux était positionné au-dessus d’eux en milieu cislunaire près des docks à cale sèche : la flotte des Blood Angels. Ce n’était que justice : Baal était le monde natal du chapitre et ils en étaient les gardiens. Tous les autres space marines rassemblés ici étaient des invités d’honneur – à qui l’on devait bien évidemment le respect mais ils n’étaient qu’invités.

Rafen imaginait bien que certains de ses frères s’irriteraient d’un tel spectacle et il pouvait comprendre ce sentiment. Les rôles avaient été inversés sur Eritaen, il n’y avait pas si longtemps de cela. C’étaient les Flesh Tearers qui étaient cette fois-ci les invités de son chapitre, et c’était à eux de faire preuve de circonspection. En même temps, ils ne le feront pas. Ce n’est pas dans leurs habitudes.

Il repensa à Seth, se demandant si le maître de chapitre était en train d’observer le même déploiement de ses quartiers d’apparat à bord du Tycho, situés trois niveaux plus bas. Seth était quelqu’un d’étrange : il déjouait les attentes de Rafen sur ce que pouvait être un Flesh Tearer. Il n’avait pas cet air d’arrogance assoiffée de sang qu’avaient manifesté Gorn et Noxx. Leur maître de chapitre était constamment maussade, perdu dans ses pensées, comme s’il menait une bataille dans un lieu lointain que lui seul pouvait voir. Seth était le contraire absolu du charismatique Dante.

Le Tycho pénétra lentement dans une zone prédéterminée du ciel avant de mettre en panne à l’aide de ses réacteurs de contre-poussée, et d’occuper une position géostationnaire. À tribord était placée une frégate rouge à liseré jaune, sa coque ventrale hérissée d’une voile solaire. Sur le panneau chatoyant se dessinait la silhouette d’un grand Graal noir surmonté d’une goutte de sang sombre.

— Les Blood Drinkers », dit Kayne d’un air absent, en s’approchant de la baie devant laquelle se tenait son commandant. « Ils ont fait tout ce chemin depuis le Front de Lethe d’après ce que j’ai entendu dire. »

Rafen hocha la tête sans rien dire. Plus loin, derrière le vaisseau des Blood Drinkers se trouvait un croiseur d’attaque dont la proue était constituée d’un gigantesque crâne blanc. Des ailes couleur de rubis s’étendaient pour recouvrir chaque côté de la proue. Il vit les ouvertures béantes des lance-torpilles à l’intérieur de ses gigantesques orbites vides. Le reste du vaisseau n’affichait que deux couleurs de la proue jusqu’à la poupe : sur tribord un rouge profond et sur bâbord un noir de jais nocturne.

— Les Angels Sanguine », fit-il remarquer, rompant le silence pour montrer le navire au jeune soldat. « Et derrière, les vaisseaux des Angels Vermillion.

— Je sais la chance que j’ai d’être ici aujourd’hui. » Kayne se sentait humble devant la vision qui s’offrait à lui. « Combien de nos frères de bataille pourront dire qu’ils ont été témoins d’un rassemblement aussi illustre ? » Il esquissa un sourire. « Je donnerais cher pour être présent lorsque l’élite de ces chapitres se rencontreront, j’imagine que cela sera… intéressant à observer .»

Les yeux de Rafen se rétrécirent et il regarda durement l’autre space marine.

— Ce n’est pas un jeu, Kayne. Ce conclave a été appelé pour discuter d’affaires de la plus haute importance. Rappelle-toi bien cela. »

Le jeune guerrier baissa la tête, penaud.

— Bien sûr, frère-sergent, je ne voulais pas me montrer irrespectueux. » Il attendit quelques minutes avant de reprendre la parole. « Somme-nous les derniers à être arrivés ?

— Le capitaine m’a informé que deux autres navires vont arriver après nous dans l’heure qui suit, le White Eye et le Rapier. Je pense que le conclave s’ouvrira peu de temps après qu’ils aient pris position. »

La conversation qu’avait eue Rafen avec le capitaine du Tycho avait quelque peu éprouvé sa patience : pas à cause de l’homme lui-même, mais des ordres que l’officier avait dû relayer au Blood Angel. Un maillage complexe de couloirs de vol avait été mis en place afin que les Thunderhawk et les navettes Aquila décollant des vaisseaux en orbite ne se croisent pas lors de leurs déplacements. Une rotation des procédures d’atterrissage avait été également établie afin que chaque contingent puisse poser le pied sur la surface de Baal suivant leur ancienneté et leur Fondation. Tout cela l’agaçait prodigieusement. Certains de ses cousins avaient insisté pour qu’un tel décorum soit étalé à la vue de tous mais, au vu de l’importance de la réunion, n’auraient-ils pas pu s’en passer et se rencontrer comme des personnes égales ?

Avant de quitter Baal à la recherche de Seth, Rafen avait posé la question à Corbulo. Le haut prêtre sanguinien l’avait regardé droit dans les yeux avant de laisser échapper un rire, chose inhabituelle chez lui. Frère, avait-il dit, en dépit de la grandeur que l’Empereur a octroyé à chacun d’entre nous, il a aussi fait de nous des rivaux. Les sceaux, les drapeaux et les honneurs font partie intégrante de ce que nous sommes. Ignorer notre héraldique, c’est ignorer une part de nous-mêmes.

Tout avait été dit. Pourtant, Rafen commençait vraiment à perdre patience.

— C’est étrange. » Kayne avait repris la parole. « Si je regarde en bas, seigneur, vers la surface de la planète, je vois tout ce qui fait la singularité de Baal. » Il pointa le doigt vers des particularités géographiques visibles à travers la fine couche de nuages. « Les montagnes du Calice, Le Grand Canyon de Glace et la mer de Rubis… Je connais ces endroits comme n’importe lequel de nos frères. » Le jeune guerrier indiqua les autres vaisseaux en orbite. « Mais pour eux… Que représente donc Baal ? Une chose vague, un peu abstraite ? Un lieu qu’ils ne connaissent qu’à travers la doctrine et les légendes ? »

La planète poursuivrait sa révolution en contrebas. La sphère désertique couleur de rouille avait une beauté quelque peu austère. Les couches de poussière radioactive dans l’atmosphère supérieure formaient un halo éclairé par l’étoile rouge géante de Baal. Un monde si dur et si hostile, et pourtant le fait de le voir émut les deux hommes d’une manière difficilement explicable.

Rafen jeta un coup d’œil vers son subordonné.

— Tu veux savoir si nos cousins sont aussi impressionnés d’être ici que toi tu l’es d’être en leur présence, c’est ça ? »

Kayne le surprit en secouant la tête.

— Non, seigneur. Je me demandais s’ils avaient autant de respect pour Baal que moi. »

Rafen saisit la pensée du jeune guerrier.

— Kayne, les Flesh Tearers sont des successeurs parmi beaucoup d’autres. Le caractère des Fils de Sanguinius est très différent suivant les chapitres. »

Kayne hocha lentement la tête.

— Cela sera intéressant d’étudier ces différences de visu. »

Rafen lui retourna son geste, sentant le poids des jours à venir encore un peu plus sur ses épaules.

— Oui, très intéressant en effet. »

— Ce n’est pas ce que j’avais imaginé », dit Noxx. Il se tenait devant l’une des baies des quartiers d’apparat, le casque lové au creux de son bras, le regard fixé sur la planète. « Je pensais que cela serait plus…

— Impressionnant ? » suggéra son commandant. L’attention du capitaine Gorn était ailleurs, alors qu’il regardait à travers une lunette pour observer les autres vaisseaux qui les entouraient dans la pénombre. « Comparée à Cretacia, la vue n’offre pas grand-chose. Pas de jungles à perte de vue, pas de marécages, pas de nuages orageux tourbillonnants.

— Je suppose, seigneur. Peut-être étais-je présomptueux d’imaginer le monde natal du Grand Ange – que la lumière puisse l’éclairer – comme une sphère étincelante d’or et de rubis. »

Derrière eux, leur maître de chapitre prit la parole sans lever les yeux de son armure qu’il était en train de polir.

— Rappelle-toi de ta doctrine, Noxx. Garde l’esprit ouvert. Tu sais comme nous tous que Baal n’est pas son lieu de naissance. Sanguinius a grandi sur la deuxième lune, Baal Secundus.

— Les lunes ne peuvent pas être observées de cette position sur l’orbite », fit remarquer Gorn d’un froncement de sourcil. « Nous sommes sur le côté jour, notre position est trop basse. »

Noxx resta silencieux pendant un instant, cherchant ses mots.

— Pensez-vous que….qu’on pourrait être autorisés à aller là-bas ? Sur Secundus, voir la Chute de l’Ange ? Le lieu où il a vécu étant enfant… » Même s’il essayait de la dissimuler du mieux qu’il pouvait, on pouvait sentir une profonde vénération dans le ton bourru du sergent vétéran.

Seth poursuivit son travail.

— Je ne pense pas. Les Blood Angels protègent jalousement leur très haut statut de Première Fondation, frère-sergent. J’imagine qu’ils n’apprécieraient pas beaucoup que les bottes d’un space marine de la Deuxième Fondation foulent leur sol sacré.

— Le seigneur Dante n’oserait pas refuser une telle requête, maître », dit Gorn, « pas si vous la faisiez personnellement.

— Mon cousin Dante ose beaucoup de choses, apparemment », songea Seth. « Notre présence ici en est la preuve. » Il secoua d’un coup sec le chiffon qu’il tenait, un signe d’irritation chez lui qui indiquait qu’il fallait changer de sujet de conversation. « Les vaisseaux, Gorn, dis-moi ce que tu vois.

— Le Blood Angel Rafen a dit la vérité. Beaucoup de vaisseaux sont rassemblés, de presque toutes les fondations, semble-t-il. J’ai pu apercevoir les Angels Encarmine, les Flesh Eaters. »

Un sourire se dessina lentement sur le visage de Seth.

— Tiens donc, les Flesh Eaters. Ils sont donc toujours vivants ? Le Warp leur a donc laissé une chance ?

— Je pense qu’ils disent la même chose de nous, seigneur », fit remarquer Noxx.

L’humour sarcastique de Seth disparut en un clin d’œil.

— Tu penses, c’est ça ? Et ensuite, que penses-tu que nos cousins disent d’autre sur nous ? »

Il se mit debout, le chiffon tomba à terre et son humeur prit immédiatement un tour plus sombre.

— Nous, dont la petite flotte est tellement engluée dans les conflits que nous n’avons même pas été capables de venir sur Baal à bord de l’un de nos propres vaisseaux ? »

Noxx et Gorn se turent. L’humeur de Seth avait été changeante tout au long du voyage depuis Eritaen. Les épisodes d’irritation s’étaient faits plus nombreux à mesure qu’ils approchaient de leur destination. Aucun ne prit la parole, laissant à leur maître toute latitude pour donner libre cours à toute la frustration qui s’était accumulée. Il indiqua, agacé, le vaisseau de l’autre côté de la vitre blindée.

— Ils doivent être fiers, nos cousins avec leurs beaux vaisseaux. Ils doivent éprouver tant de pitié pour nous. » Il s’approcha de Noxx d’un air menaçant.

— Je vous pose la question, frère-sergent, nous devons avoir une sacrée chance n’est-ce pas ?

— Je… Je ne sais pas, seigneur. »

Seth le fixa pendant un long moment avant de se détourner.

— Je vais vous le dire alors. Nous sommes maudits, mes frères. Pris dans les griffes de notre propre sauvagerie, ravagés par la Soif et la Rage, nous sommes les moins nombreux des successeurs de Sanguinius. » Il leva la main, doigts écartés, pouce replié. « Quatre. Nous ne sommes que quatre compagnies et nous inspirons pourtant une peur plus grande chez nos ennemis que des chapitres deux fois plus nombreux ! Mais sommes-nous respectés pour autant ? Ne sommes-nous pas jugés par chaque space marine qui pose les yeux sur nous ?

— C’est exact », acquiesça Noxx.

— Dante nous fait venir pour se lamenter sur les blessures que sa légion a subies, mais jamais nos cousins n’ont pris en compte nos blessures ! Notre douleur ! »

Le capitaine Gorn déglutit péniblement, mal à l’aise.

— Alors… si je peux me permettre… pourquoi êtes-vous revenu sur votre première réponse au Blood Angel Rafen ? Au nom d’Amit, seigneur, pourquoi sommes-nous ici ? »

À ces mots, un sourire revint lentement sur le visage de Seth.

— Ce dont Rafen nous a parlé m’a redonné la foi, frère-capitaine. Cela m’a rappelé que l’Empereur est bon et juste, qu’il octroie le salaire de l’orgueil à ceux qui le méritent. Les Blood Angels sont tellement fiers, Gorn. Et cette suffisance s’est retournée contre eux pour les dévorer jusqu’à la moelle ! Après dix mille ans, ils font subitement défaut. L’ombre de l’extinction plane sur eux. Maintenant, Dante et ses frères vont éprouver la même chose que nous, voyez-vous ? Ils sont en train d’appendre la leçon que nous avons apprise, il y a de cela des millénaires. » Ses yeux étincelaient. « Que lorsqu’on se tient sur le bord du précipice… » Ses doigts se recourbèrent comme des griffes. « Vous faites tout ce qu’il faut pour ne pas chuter dans les abysses.

— Ils veulent qu’on les aide », dit Noxx.

— Oui », répondit Seth. « Et même plus que ça, ils en ont besoin comme de l’oxygène que nous respirons. Et lorsqu’un guerrier a la chance de pouvoir répondre à un besoin par une exigence, il peut… Il doit en tirer avantage. »

Noxx croisa les bras sur sa poitrine.

— La question n’est donc pas pourquoi en tirer parti mais comment. Comment notre chapitre pourrait profiter des difficultés des Blood Angels ?

— De tels propos pourraient être considérés comme de la sédition », fit remarquer Gorn.

Seth renifla d’un air sévère. « Nous sommes des space marines. Il est dans notre nature de tirer parti d’un avantage tactique dans n’importe quelle situation. Tout ce que nous faisons, nous le faisons au nom de l’Empereur. Il n’a jamais accepté aucune faiblesse, et nous non plus.

— Les Blood Angels sont-ils affaiblis, monseigneur ?

— Nous allons bientôt le savoir, frère-capitaine. »

La navette de classe Arvus descendait rapidement dans le ciel ; les fortes bourrasques de vent frappaient sa carlingue rectangulaire tandis que l’appareil pivotait en direction des escarpements dentelés de la zone arctique situés en contrebas. Les étendues sauvages de la région polaire de Baal s’étendaient à perte de vue. Les crêtes gelées de neige et de glace ressemblaient à des vagues immobiles immortalisées sur un écran-pict. Le panorama immaculé se teintait légèrement de rose, là où la poussière provenant de la croûte rocheuse, riche en fer, avait fusionné avec les glaciers.

La navette franchit avec difficulté une tempête hurlante, ses ailerons stabilisateurs à la peine, avant de poursuivre sa descente. Caecus jeta un coup d’œil par la meurtrière située près de sa couchette antigrav. Il avait effectué ce type de voyage si souvent qu’il avait du mal à se les rappeler tous, en provenance ou à destination de Baal, vers chaque partie de son monde natal et vers bien d’autres mondes qui sortaient de son cadre de travail. Le vol mouvementé à la fin du trajet ne l’inquiétait pas : il lui signalait juste qu’il serait bientôt de retour là où il devait être, avec sa recherche. Ce voyage à travers Baal Primus n’avait pas vraiment porté les fruits escomptés. L’Apothecae Majoris soupira doucement, tapotant d’un air absent la caisse à ses côtés ; le matériau génétique qu’il avait prélevé au sein des tribus sur la première lune allait sans doute se révéler aussi inutilisable que tous les autres. Si seulement il pouvait trouver un échantillon non contaminé par les radiations ou par une quelconque dérive génétique…

Le sol s’approchait à leur rencontre et Caecus arriva à distinguer à l’autre bout des plaines situées au sud-ouest un chapelet de points rouge vif dans le champ de glace, pareils à des gouttelettes de sang tombées sur une feuille de velum.

Frères de bataille. Les points minuscules de couleur vive étaient en fait des space marines en pleine épreuve, des hommes qu’on avait jetés là sans armes, sans équipement, juste avec l’ordre de rejoindre une fissure gelée et d’y survivre pendant quelques jours. C’étaient des scouts de la Dixième Compagnie, et la promotion de certains avait été avancée à cause du problème d’effectifs que le chapitre rencontrait actuellement. Caecus se demanda s’ils allaient être prêts à temps. La mort n’était pas rare pendant ce type d’exercice, causée par des accidents mortels sur la glace ou sous les coups des ours sauvages qui rôdaient dans les étendues neigeuses.

— On ne peut plus se permettre de pertes supplémentaires. » Il fallut un moment à l’apothicaire avant de réaliser qu’il avait prononcé ces paroles à voix haute, mais comme il était seul dans la soute de la navette, personne ne le remarqua. Il secoua la tête alors que l’Arvus amorçait un virage vers l’est.

— Seigneur. » La voix monocorde du serviteur-pilote émana du haut-parleur au-dessus de sa tête. « Nous allons arriver à la citadelle. Veuillez vous préparer à l’atterrissage. »

Le vaisseau contourna une haute crête et Caecus aperçut la tour. Un pilier de pierre rouge couronné de givre, un pic rouillé planté dans une crête blanche de glace et de roche. Les lignes de la citadelle Vitalis étaient à la fois douces et aiguës, perturbées par la seule forme d’une échauguette située à son sommet. La structure crénelée saillait du flanc de la tour, son toit plat et circulaire permettant l’atterrissage d’un vaisseau utilitaire. Haute de quarante étages, la tour était le seul élément visible du complexe qui s’étalait en-dessous. Beaucoup d’installations annexes de ce type étaient éparpillées à la surface de Baal. En plus du complexe medicae de la citadelle, il y avait les reliquaires de Sangre au sud ainsi que les grands laboratoires des techmarines du chapitre dans la Regio Quinquaginta-Unus. Ces lieux étaient très éloignés les uns des autres afin d’éviter qu’une attaque ennemie ne puisse tous les abattre d’un seul coup – et aussi pour réduire le risque de retombées nocives à l’intérieur des installations en cas d’urgence.

Le toit circulaire de l’échauguette s’ouvrit comme un iris et l’Arvus atterrit à l’intérieur, malmenée par le vent capricieux. La navette se logea brusquement dans ses étriers et Caecus était déjà hors de son harnais avant même que l’écoutille se soit totalement ouverte ; il sortit en baissant la tête pour ne pas se cogner sur le panneau supérieur de la trappe qui se relevait. Au-dessus de lui, l’iris était en train de se refermer mais quelques flocons de neige épaisse les avaient suivis à l’intérieur de la tour et flottaient dans l’air froid de la citadelle.

Fenn, ainsi qu’un serviteur, l’attendait au pied du système d’arrimage. Le serf de chapitre s’inclina.

— Majoris », commença-t-il. « Je vous souhaite la bienvenue. »

Caecus tendit la caisse d’échantillons au serviteur et l’ilote mécanique cliqueta une réponse en binaire avant de s’éloigner sur la plate-forme noircie par les fumées d’échappement en claudiquant sur ses jambes à pistons.

— Un voyage pour rien », dit-il à son assistant.

Fenn se renfrogna ; pour être plus juste, il se renfrogna plus qu’à son habitude. Mince comme un clou et d’apparence quelque peu négligée, le serf avait toujours l’air d’être inquiet et agité, tordant ses mains lorsqu’il traitait des problèmes ou des affaires importantes. Son apparence extérieure dissimulait néanmoins un esprit acéré. Comme la plupart des serfs de chapitre au service des Blood Angels, Fenn avait été recruté parmi les tribus du Sang sur Baal Secundus. Jugé trop faible pour subir les rituels exténuants qui auraient transformé un homme normal en space marine, son intelligence servait pourtant le chapitre en tant qu’assistant de Caecus.

— J’aurais dû y aller à votre place », fit remarquer Fenn. « Les chances de récolter de nouvelles données sur Primus ont toujours été très faibles. »

Caecus acquiesça.

« Oui. Mais j’avais besoin d’un prétexte pour quitter le laboratorium pendant un moment. Pour me rappeler qu’une galaxie existe bel et bien au-delà de ces murs. » Il indiqua la citadelle qui les entourait.

Les doigts de Fenn se nouèrent.

— Il n’y a eu aucune avancée dans les dernières séries de tests », dit-il en anticipant la question de Caecus. La capacité qu’avait Fenn à deviner les pensées de son maître était l’une des raisons pour lesquelles Caecus l’avait gardé à son service depuis si longtemps, allant même jusqu’à offrir à l’homme des traitements rajeunissants pour qu’il puisse bénéficier quelque peu de la longévité des Blood Angels.

L’apothicaire lui indiqua d’un hochement de tête qu’il avait enregistré ces informations tout en se dirigeant avec lui vers la cabine du monte-charge qui les emmènerait dans les niveaux inférieurs.

— A-t-on reçu de la visite pendant que j’étais absent ?

— Personne, monseigneur.

— Comme je l’avais prévu. » Malgré l’agitation et les marques d’intérêt qu’on leur portait, leurs travaux étaient largement ignorés. On acclamait plutôt les soldats qui combattaient sans relâche sous la bannière des Blood Angels. Il n’y aurait jamais de portraits peints à la gloire des Apothicaires ou d’honneurs rendus aux personnes œuvrant dans ce lieu. Il n’y aurait jamais de décorations pour avoir trouvé une manière potentielle de soigner la Rage, aucune récompense pour avoir fait une découverte essentielle dans une théorie qui, un jour, pourrait servir à endiguer la Soif.

Fenn continua.

— Avec tous ces vaisseaux en orbite et les allées et venues dans la forteresse, je pense que la citadelle aurait pu s’envoler sans que personne n’y fasse attention. »

Caecus avait assisté au rassemblement de la flotte au-dessus de Baal lors de son retour de la première lune. Le ballet des différents vaisseaux de guerre avait obligé le pilote à effectuer un grand crochet et à rejoindre la zone polaire par le côté nuit. Une partie de lui était curieuse de savoir quel effet cela ferait d’avoir son propre conclave, de convoquer des Apothicaires et des prêtres sanguiniens de tous les chapitres successeurs afin de mettre leurs savoirs en commun.

Quels secrets aurait-il bien pu apprendre de ses cousins, si seulement ils avaient bien voulu les partager ? Mais un membre de l’Adeptus Astartes ne fonctionnait pas de cette manière. Pendant un instant, il laissa errer ses pensées, se rappelant les histoires à propos des Lamenters, l’un des chapitres successeurs de la Vingt-et-unième Fondation : ils étaient censés avoir trouvé une manière d’éliminer les anomalies de la lignée de sang qu’ils avaient en commun. Si c’était vrai… Caecus aurait donné beaucoup de choses pour rencontrer de telles personnes et tirer des enseignements de leur sagesse, mais on n’avait pas entendu parler des Lamenters depuis des décennies, pas depuis qu’une force tyranide avait décimé un grand nombre des leurs et que chaque messager envoyé pour les contacter était revenu bredouille. Il savait bien qu’ils ne seraient pas représentés lors du conclave de Dante. C’est bien dommage, pensa-t-il, mais pour l’heure, ce n’est pas ce qui importe. D’autres affaires doivent être réglées.

Ils prirent place dans la nacelle de cuivre ornementée d’un ascenseur qui les emmena rapidement dans les profondeurs du complexe. Étage après étage, la citadelle Vitalis se déroulait rapidement devant leurs yeux, niveaux interminables abritant des installations d’expérimentation, des gène-labs ainsi que des stations de travail.

La quête pour comprendre la nature labyrinthique des gènes des Blood Angels était un travail constant, et ce site n’était qu’un parmi tant d’autres. La mission qui consistait à trouver les causes et les remèdes aux malédictions jumelles de la Rage Noire et de la Soif Rouge devait être menée sans relâche. Mais d’autres recherches se déroulaient également dans ces murs, des expériences dissimulées dans des chambres fortes auxquelles seul Caecus et son personnel avaient accès. Ils se dirigeaient maintenant vers l’une de ces installations, liés par une entente tacite.

L’Apothecae Majoris sentit néanmoins un non-dit flotter entre eux. Après quelques minutes, il scruta attentivement le serf.

— Qu’est-ce qui t’inquiète, Fenn ? »

Les doigts de son assistant se nouèrent un peu plus.

— Cela… n’a pas d’importance, seigneur.

— Dis-moi », insista-t-il. « Tout ce qui se passe sous mon toit me concerne.

— C’est cette femme, seigneur », lâcha Fenn. « Son comportement continue à m’énerver. Je pense qu’elle agit de cette manière pour s’amuser à mes dépens. »

Caecus fronça les sourcils.

— Je te l’ai déjà dit plusieurs fois, fais la paix avec elle. Ne te méprends pas, serf. Ces mots n’étaient pas une simple requête.

— J’ai essayé, monseigneur. » Fenn inclina légèrement la tête. « Mais elle me rabaisse en permanence, elle se moque de mes compétences. » Il marqua une pause. « Je ne l’aime pas.

— L’aimer ? Tu n’as pas à l’aimer. Tu as juste à travailler avec elle. Si tu ne peux pas y arriver…

— Non, non ! » Fenn secoua la tête. « Seigneur Caecus, vous connaissez mon dévouement au chapitre et à vos recherches ! Mais l’ambiance négative qu’elle fait planer ici…

— Je lui parlerai. » Caecus mit un terme à la discussion d’un ton ferme. « Nous sommes à l’aube de quelque chose de magnifique, Fenn. Je ne vais pas laisser ce genre de petit détail gâcher mes travaux. »

Le serf ne dit rien, le regard fixé sur le maillage hexagonal du plancher tandis que l’ascenseur poursuivait sa descente. À travers le grillage métallique, il voyait l’ascenseur s’enfoncer dans les profondeurs de la montagne.

Les grandes portes de cuivre s’ouvrirent et un pont-levis massif s’abaissa, leur permettant de quitter l’ascenseur. Fenn lui emboîta le pas, comme le suggéraient des années d’entraînement discipliné, un pas derrière son maître, sur la droite. Le Seigneur Caecus passa devant les serviteurs d’armes enchâssés dans les murs de pierre, laissant leur museau effilé enregistrer son odeur. Satisfaits, les gardiens poussèrent une longue plainte synonyme d’assentiment avant de baisser le canon de leurs mitrailleuses. Les pistons, qui maintenaient fermées les portes pressurisées du laboratorium, se rétractèrent et des nuages de vapeur brûlante s’en échappèrent dans un sifflement. Les grands panneaux d’acier pivotèrent vers le haut et rappelèrent à Fenn le lever de rideau au théâtre.

Sous l’œil vigilant des capteurs de l’esprit de la machine, les deux hommes s’avancèrent dans le tunnel éclairé par une lumière bleue tout en se laissant asperger par une fine brume désinfectante. Puis les portes intérieures s’ouvrirent et ils débouchèrent dans la salle proprement dite.

Le rouge et le blanc étaient omniprésents. Les bandes lumineuses sur les murs fournissaient un éclairage dur qui baignait de lumière les paillasses où des traitements chimiques étaient en cours. Des centrifugeuses ronronnaient, des distillations fractionnées bouillaient lentement, ce qui donnait un semblant de vie, même austère, à la pièce. Des serviteurs du medicae allaient et venaient, effectuant des tâches répétitives programmées dans leur cerveau à l’aide de jeux de cartes perforées dorées.

Le rouge s’invitait ici et là par petites touches : sur la tenue des serviteurs, dans les collecteurs pleins de sang des tables de dissection, dans les fioles alignées dans des râteliers contre les murs.

Une femme se tenait devant l’un de ces râteliers, utilisant un microscope d’étain et de cristal pour observer de manière détaillée un échantillon de sang. Elle leva la tête, les traits durs de son visage accentués par sa chevelure noir de jais qu’elle portait en chignon serré. Des cordons de mecadendrites à peine visibles sortaient de prises en cuivre alignées de sa tempe jusqu’à la base de son cou. Comme Fenn, elle portait de simples robes de travail en tissu blanchi. À la différence de Fenn toutefois, l’habit parvenait à accentuer les courbes fermes et musclées de son corps.

— Nyniq », dit Caecus, et elle s’inclina en direction du Blood Angel en guise de salut.

— Vous êtes revenu au bon moment, Majoris. » La voix de Nyniq avait ce quelque chose que certains hommes trouvaient charmant, séduisant même. Fenn n’en faisait pas partie : ses manières lui paraissaient mielleuses et hypocrites. Il avait été contre l’implication de la technoprêtresse dès le début, mais le Seigneur Caecus avait balayé ses objections. Les motivations de cette femme passaient après le travail en cours, avait dit le space marine. Le travail, le travail, toujours le travail. Voilà ce qui est le plus important. Les paroles de son maître sonnaient faux à ses oreilles.

Il était indiscutable que Nyniq avait apporté sa grande intelligence dans ce projet ; Fenn avait effectivement admis à contrecœur que ses solutions à certains problèmes leur avaient fait faire des bonds de géant. Mais cela ne l’empêchait pas de la détester pour autant. Ce travail était l’affaire des Blood Angels et de leurs frères baalite, et non l’occasion pour un membre itinérant du Magos Biologis d’arriver sans crier gare et d’y mettre son grain de sel.

Cela faisait des mois maintenant qu’elle était là. Elle semblait ne jamais quitter le laboratorium, toujours là lorsque Fenn arrivait après une période de repos, toujours là lorsqu’il partait dormir ou se restaurer. Et puis, elle avait cette manie de fredonner un air étrange lorsqu’elle travaillait. Fenn trouvait cela agaçant.

Une idée le réconforta néanmoins : s’il s’avérait qu’elle avait une autre idée derrière la tête que la recherche fondamentale qu’elle revendiquait, son existence connaîtrait une fin rapide. Caecus avait été clair avec elle : tant qu’elle travaillait au sein de la citadelle, sa vie appartenait aux Blood Angels. Si elle faisait quoi que ce soit pour nuire à cette confiance, son sang se répandrait sur le sol ici même.

Fenn suivit son maître à la suite de Nyniq, et ils débouchèrent dans la crèche incubatrice après avoir franchi la porte de séparation de l’autre côté de la salle.

À l’intérieur, la couleur était du bleu-vert des océans qui avaient baigné Baal avant la chute dans la Longue Nuit. La lumière miroitait sur les murs par vagues chatoyantes. Leurs bottes résonnèrent sur la passerelle de service entre les deux longues rangées de cuves en verre recouvertes de buée. Nyniq les conduisit devant une capsule qui reposait sur son armature, maintenue verticalement près de la passerelle. Un bulbe de métal orné de voyants était intégré dans la paroi de verre. L’air était lourd des relents âcres des produits chimiques.

— Huitième série, douzième itération », dit la femme. « Que voyez-vous ? »

Fenn fronça immédiatement les sourcils.

— Celui-là n’est pas encore arrivé à maturité.

— En effet », concéda Nyniq. « Mais il est assez avancé pour ce que je veux vous montrer. » Elle tapa une séquence sur le clavier en murmurant une brève incantation.

À l’intérieur de la cuve, le liquide laiteux se clarifia pour laisser apparaître le corps d’un homme nu, à la corpulence équivalente à l’un des jeunes des tribus Baalites, mais sans la chair pâle ni la musculature noueuse typique. La silhouette en suspension dans le liquide avait une peau rouge brique qui protégeait une couche saillante de muscles vigoureux. Le voir revêtu d’une armure de Scout aurait paru normal.

Caecus étudia le jeune homme qui flottait, comme plongé dans le sommeil, sa bouche laissant échapper un fin chapelet de bulles.

— L’aspect extérieur est prometteur », dit-il prudemment.

Nyniq acquiesça.

— Mais comme nous l’avons vu dans les dernières séries d’itérations, cela ne constitue pas une garantie. » Elle appuya sur un autre bouton et le corps dans la cuve tressaillit, les membres tétanisés.

Ses yeux s’ouvrirent subitement et Fenn eut le souffle coupé lorsqu’il regarda le serf droit dans les yeux. L’œil ne comportait ni blanc ni pupille, seulement un orbe sombre de rubis, dure et sinistre. Les mains recroquevillées en griffes se levèrent et raclèrent l’intérieur de la paroi de verre, traçant de fines rayures dans le verre renforcé. Et ensuite, la bouche s’ouvrit. À l’intérieur, un champ de crocs effilés, rangée après rangée.

L’expression de Caecus resta froide et distante alors que la silhouette gargouillait et écumait, martelant les parois de sa prison.

— Encore un échec alors.

— Oui », reconnut Nyniq d’un ton maussade. « Malgré tous nos efforts, monseigneur, des erreurs continuent d’apparaître dans l’architecture de la matrice génétique. Elles s’aggravent à chaque nouvelle itération. Les protocoles de duplication sont déficients à un niveau si primaire, si élémentaire, que nous sommes incapables de les corriger. »

Caecus se détourna en indiquant la cuve de la main.

— Débarrassez-vous-en.

— À vos ordres. » La prêtresse appuya sur un autre bouton et un appareil rectangulaire vint s’insérer dans le haut de la cuve : un bolter modifié monté sur bras. Fenn vit une émotion presque humaine passer brièvement dans les yeux du spécimen avant que le tir ne parte avec une détonation assourdie. Le liquide laiteux se veina de rouge.

Nyniq recula et une vanne à la base de la cuve s’ouvrit, libérant en même temps liquide, chair et matière morte dans une conduite ouverte sous l’escalier.

Fenn rejoignit son maître.

— Monseigneur, il n’y a pas d’échecs. Juste des données supplémentaires. Nous allons tirer des leçons de cette itération et nous allons nous remettre au travail.

— Est-ce la bonne décision à prendre ? » demanda Nyniq.

Les deux hommes s’arrêtèrent et se retournèrent pour lui faire face.

— C’est moi qui décide de ce qui est bon ou non », dit Caecus d’une voix menaçante.

Elle toucha le pendentif en platine qu’elle portait autour du cou. La forme de la double hélice d’ADN faisait écho à la marque rouge qui ornait l’épaulière de chaque apothicaire Blood Angels.

— Majoris, je vous ai proposé mes services après notre première rencontre car j’étais fascinée par la pureté de votre dévouement. Je l’ai fait car j’étais sûre que vos recherches allaient profiter à l’Adeptus Astartes, à la gloire de l’Empereur. Mais je dois être honnête avec vous maintenant. Nous avons atteint les limites de nos compétences. On ne peut pas faire mieux. » Elle inclina la tête. « Je vous remercie pour cette opportunité d’avoir pu travailler avec vous. Mais nous devons accepter l’échec et continuer notre chemin. »

La mâchoire de Caecus tressaillit.

— C’est pour moi hors de question ! Je suis un Blood Angel ! Nous n’abandonnons pas au premier obstacle ! Nous menons notre mission jusqu’au bout !

— Mais ce n’est pas le premier obstacle, seigneur. Ni le deuxième, ni le dixième, ni le cinquantième que nous rencontrons. » Nyniq avait baissé la voix, et prit un ton conspirateur. « Monseigneur, je sais que vous nous avez caché certaines choses. Je sais que le maître de chapitre n’a pas donné sa bénédiction pour que ces recherches puissent se poursuivre, et pourtant vous avez continué.

— Le seigneur Dante ne nous a pas ordonné d’arrêter », intervint Fenn. « Il… Il n’a pas utilisé ces termes !

— Question de sémantique », dit Nyniq. « Je ne pense pas que cela lui plairait d’apprendre que nous avons continué pendant tous ces mois malgré sa décision.

— Elle a raison. » Caecus se déplaça vers une autre cuve et observa son reflet dans la paroi de verre, retrouvant son calme petit à petit. « Mais j’ai pris ma décision. Le seigneur Dante est un grand homme mais il a foi dans ce qu’il peut contrôler. Il n’a foi que dans l’Empereur et dans la force de ses frères. Je suis convaincu… Je suis certain que Dante se rendrait compte de l’importance de nos travaux si seulement je pouvais lui apporter une preuve matérielle et non purement théorique.

— La seule preuve que nous ayons, ce sont des clones qui ne sont même pas achevés. Des mutants sauvages, des parodies monstrueuses de space marines qui ne valent pas mieux que les engeances du Corrompu. » Nyniq secoua la tête. « Nous savons que Corax de la Raven Guard a mis des décennies à établir ce processus et, même à ce moment-là, le résultat était d’une réussite pour une centaine d’échecs !

— Peut-être… Peut-être que vous avez raison. »

La lèvre de Fenn frémissait tandis qu’il voyait l’attitude de son maître changer. La conviction qui l’habitait était en train de disparaître. Un grand poids semblait être tombé sur ses épaules. Le serf se rendit subitement compte avec horreur qu’il voyait au-delà du masque plein de détermination que son maître affichait habituellement, que cette lassitude était son vrai visage. Le visage de quelqu’un épuisé par des années de labeur harassant et infructueux, poursuivant un but qu’il n’attendrait peut-être jamais.

— Maître ! Il doit y avoir une autre solution ! Certaines pistes inexplorées, des approches que nous n’avons pas considérées. » Il tendit le bras et toucha Caecus sur son gantelet.

— Et qui serait au courant, mon vieil ami ? L’apothicaire eut la bonté d’adresser un regard à Fenn. « Toi ? Parle, si tu as une solution. J’aimerais l’entendre. »

Nyniq se racla la gorge pour attirer leur attention. Elle jouait toujours avec son pendentif.

— Il y a bien… quelqu’un. Un homme de grand savoir. Je le connais, Seigneur Caecus. Il a été mon parrain magos biologis lors de mon apprentissage en tant qu’aspirante. Il a mentionné les recherches du Grand Corax avec beaucoup d’intérêt en plus d’une occasion. »

Fenn fronça les sourcils.

— Vous voulez amener une autre personne de l’extérieur ? » Il décocha un regard vers son maître. « Monseigneur, une, ce n’est déjà pas assez ?

— Nous sommes tous les serviteurs de l’Empereur ! » l’interrompit sèchement Nyniq. « Et il est possible que cet homme représente le dernier espoir pour votre projet de reconstruction des Blood Angels !

— Son nom alors », dit Caecus. « Donne-moi son nom.

— Le techno-maître Haran Serpens, Majoris. »

L’apothicaire hocha la tête.

— Je connais ses travaux. Il a fabriqué un remède pour les Pestes des Nuées sur Farrakin.

— C’est bien lui. »

Après un moment de réflexion, le maître de Fenn acquiesça.

— Convoquez-le. Faites-le avec prudence et discrétion. Je n’ai pas envie de me retrouver devant Dante avant d’avoir quelque chose de tangible à lui montrer. » Il s’éloigna en direction des portes.

Fenn courut pour le rattraper.

— Seigneur ! Êtes-vous sûr que c’est le bon choix ? Pouvons-nous faire confiance aux magos ? »

Caecus ne le regarda pas.

— Nous sommes tous les serviteurs de l’Empereur », répéta-t-il. « Et parfois, nous devons nous associer contre notre gré afin d’obtenir une victoire plus éclatante.

— Je n’ai pas confiance en elle ! » siffla Fenn.

— La confiance n’est pas nécessaire », dit Caecus. « Seule compte l’obéissance. »

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