Furie Rouge
Chapitre Dix
Alerté par le tocsin, Rafen se rendit au valetudinarium situé au même étage que l’atrium. Il se trouvait non loin de là, en route pour rejoindre les baraquements, afin de prendre le repas du soir, lorsqu’il avait entendu résonner l’alarme. Ce n’était ni un entraînement, ni un exercice surprise. Personne n’oserait faire une chose pareille pendant le conclave.
Il entra et trouva Frère Corbulo, ses robes de service blanches mouchetées d’un rouge différent de celui des bandes écarlates qui barraient ses épaules. La puanteur du sang frais provenant d’un space marine déclencha un flot désordonné de souvenirs – souvenirs de batailles, souvenirs de frères disparus. Rafen écarta ces pensées et s’avança.
— Êtes-vous blessé, seigneur ?
Corbulo affichait un visage sévère.
— Ce n’est pas moi aujourd’hui, Rafen. » Il indiqua la baie vitrée qui les séparait d’une cellule medicae. À l’intérieur, des apothicaires ainsi que des serfs s’efforçaient de retirer délicatement les plaques d’armure rouge et noir d’un torse malmené qui reposait sur un cadre de soutènement.
Rafen reconnut l’armure et les décorations de combat qu’il avait vues lors de la première cérémonie du conclave.
— Rydae ? » Le space marine avait été grièvement blessé. Les cratères, laissés par les multiples impacts de bolts tirés à bout portant, constellaient toute la surface de l’armure. Corbulo hocha gravement la tête.
Le comment et le pourquoi restèrent coincés pendant des secondes interminables dans sa gorge, avant qu’un bruit de bottes n’annonce l’arrivée d’autres personnes, attirées elles aussi par le hululement de la cloche. À leur tête, le Seigneur Sentikan, encapuchonné, s’avança silencieusement dans la pièce avant de s’arrêter brusquement. Rafen ne voyait pas son visage mais il entendit la légère inspiration prise par le maître de chapitre.
— Je veux une explication », dit l’Angel Sanguine. Ses paroles froides et mesurées firent hésiter Rafen.
Corbulo laissa échapper un soupir.
— Une alarme provenant de la chapelle du Graal Rouge m’a poussé à me rendre sur les lieux, seigneur. Lorsque je suis arrivé, le frère-capitaine Rydae gisait sur le sol. Il a, semble-t-il, franchi la démarcation d’interdiction et s’est trouvé dans la ligne de tir des serviteurs d’armes protégeant la relique sacrée.
— Il ne ferait pas une telle chose », répliqua Sentikan d’une voix glaciale. « Nous respectons les interdictions des Blood Angels ! Il ne serait jamais entré dans la chapelle sans y être autorisé !
— Le faire sans être accompagné par un prêtre accrédité est puni de mort », dit Rafen. « Il le savait. »
Sentikan décocha un regard à l’un des space marines de son escorte lorsque celui-ci approcha.
— Maître, le seigneur Dante et son archiviste sont ici. D’autres sont en route. » Il indiqua le plafond et les haut-parleurs vox dans les murs. « La cloche, seigneur. Ils ont tous entendu la cloche. »
Corbulo transmis après coup un ordre par le vox placé sur son poignet et l’alarme se tut. Sentikan le poussa sur le côté pour se frayer un passage vers la baie vitrée de la cellule medicae.
— Que sont-ils en train de faire ? » demanda-t-il. Pour la première fois, Rafen sentit clairement de la colère dans la voix du Seigneur Angel Sanguine.
— Sentikan. » Dante entra dans la pièce, le visage renfrogné. « Je… »
L’Angel Sanguine se retourna et lança un regard furieux à son homologue. « Que vos apothicaires cessent immédiatement leur travail, frère, ou je les réduis en lambeaux ! »
Dante n’hésita pas un instant et fit immédiatement signe à Corbulo.
— Faites ce qu’il dit.
— Oui, seigneur. » Le Blood Angel franchit l’iris afin de pénétrer dans la cellule.
— Il se pourrait qu’il soit encore vivant, peut-être est-il plongé dans une transe régénératrice », commença Rafen. « Ils pourraient lui sauver la vie.
— Non. » Mephiston secoua la tête, le regard perdu dans le lointain. « Frère Rydae n’est plus. Son esprit a quitté son corps pour rejoindre le Grand Ange. »
Sentikan s’approcha du psyker d’un air menaçant.
— Si j’ai la moindre preuve que vous utilisez votre clairvoyance pour vous insinuer dans la chair de mon frère, archiviste, je vous arrache les yeux ! »
Le reproche plein de colère fit hésiter Mephiston un instant.
— Je voulais juste avoir un aperçu de ses dernières pensées. Pour essayer de savoir ce qui lui était arrivé. »
Dante secoua la tête et posa sa main sur le bras de son camarade.
— Nous devons laisser les morts des Angels Sanguine reposer en paix.
— Personne ne touche à la chair de nos morts », gronda Sentikan. « À moins de vouloir les rejoindre. »
Rafen jeta un coup d’œil en arrière en direction du corps. Les visages encapuchonnés, les casques qu’ils ne retirent jamais. L’espace d’une seconde, il se demanda une nouvelle fois ce que les Angels Sanguine voulaient dissimuler au reste de la galaxie.
Sentikan reprit la parole.
— Je vais me retirer sur le croiseur d’attaque Unseen avec le corps de Rydae. Demain, Dante, lorsque je serai de retour, vous saurez comme cela est arrivé. »
Le maître des Blood Angels acquiesça.
— Bien sûr. Sache, frère, que je suis aussi choqué que toi par cet incident. »
L’Angel Sanguine l’observa pendant un moment.
— Mais tu vas me demander maintenant de le passer sous silence, n’est-ce pas ? Par peur que cela ne fasse qu’aggraver les désaccords qui sont apparus entre les successeurs ?
— Il est trop tard pour ça », fit une autre voix renfrognée, avant que Dante ne puisse répondre. À cet instant, de plus en plus de space marines se frayaient un passage dans le niveau de l’atrium. L’arrivée des Flesh Tearers venait de faire s’envoler toute possibilité de passer l’affaire sous silence. Caecus le perçut dès que la rampe s’abaissa, au moment même où l’air gelé s’infiltra à l’intérieur de la cabine de l’appareil. Le hurlement aigu des moteurs résonnait à l’intérieur de l’échauguette mais il n’y avait pas d’autres sons. Aucune voix, aucun bruit de pas.
Pas même Fenn, qui aurait attendu comme à son habitude au pied de la plate-forme d’atterrissage. Caecus serra les pans de ses robes autour de lui avant de s’avancer dans le hangar, une main étreignant la précieuse fiole, cette si précieuse fiole. L’Apothecae renifla l’air froid, sa respiration formant un nuage de vapeur devant son visage. Les odeurs qui s’entremêlaient envoyèrent des signaux d’avertissement à son cerveau : Caecus décela des traces ténues de conservateurs chimiques, de liquide de distillation et d’électrolyte. Mais il y avait d’autres odeurs. De la cordite peut-être. De la cordite brûlée et du sang frais. Il lui était difficile d’isoler clairement chaque effluve.
Il poursuivit sa progression dans les couloirs de la citadelle Vitalis, se tenant sur ses gardes à chaque coin sombre, attentif au silence qui régnait à chaque fois qu’il s’arrêtait en retenant sa respiration. Habituellement, le complexe bruissait de vie, de mouvements, des sons familiers des travaux en cours qui résonnaient entre ses murs – et cela, bizarrement, le réconfortait sans qu’il sache pourquoi. Mais là, à ce moment-là, il n’y avait aucun bruit. Ce calme étrange et menaçant l’oppressait. Caecus écouta sa propre respiration pour être sûr qu’il n’était pas tout simplement devenu sourd.
Il utilisa le crypto-vox d’un des lutrins de l’atrium principal pour envoyer d’abord un message à Fenn, puis pour contacter le laboratorium et enfin les salles de contrôle général situées aux niveaux supérieurs. Il attendit là pendant un quart d’heure, mais il n’eut aucune réponse.
Une centaine de scénarios différents sur ce qui s’était passé tournoyaient dans son esprit. Dante avait-il activé un plan d’urgence après le combat dans l’arène, détruisant tout ce qui se trouvait dans le complexe dans un accès de rage ? Y avait-il eu une rupture de confinement dans l’un des autres laboratoria, quelque chose qui avait provoqué un isolement d’urgence ?
La navette se trouvait encore sur la plate-forme. Il avait la possibilité de remonter à bord s’il le désirait. De quitter les lieux, repartir vers la forteresse-monastère. De reconnaître ce qui s’était passé. D’assumer cette responsabilité. Caecus regarda la fiole qu’il tenait dans sa main.
— Reconnaître ceci serait reconnaître mon échec. » Il repensa à cette femme, cette Nyniq. Elle lui avait dit ces mots, et il avait réagi brutalement. Qu’en était-il de ce dévouement maintenant ? Il sentait sa volonté tiraillée entre d’un côté un certain abattement teinté de mélancolie et de l’autre une certitude pleine de rage. Il savait pertinemment que repartir d’ici serait signer son arrêt de mort. Il n’avait pas menti à Rydae lorsqu’il lui avait dit qu’il avait dépassé le point de non-retour. Caecus leva l’éprouvette à la lumière des biolumes et le liquide miroita. Voici mon dévouement devenu réalité.
Il jeta un dernier coup d’œil par-dessus son épaule. Dante enverrait ses hommes à sa poursuite, si ce n’était pas déjà fait. Son seul espoir de salut se trouvait sous ses pieds, au cœur du laboratorium replicae.
Les ascenseurs de cuivre alignés dans l’atrium restèrent sourds à ses appels. Sur ses gardes, Caecus emprunta l’escalier double en colimaçon accroché au flanc de la tour, simulacre de l’hélice génétique humaine.
Il n’avait franchi qu’une dizaine de niveaux lorsqu’un bruit remonta jusqu’à lui : le tir saccadé d’un bolter en mode automatique, brusquement interrompu par un cri perçant.
Le seigneur Seth bouscula Mephiston mais le psyker se mit en travers du chemin du frère-capitaine Gorn. Le Seigneur des Flesh Tearers s’approcha de la cellule medicae avant de l’observer pendant un long moment.
Rafen aperçut Puluo à l’entrée de la pièce et le rejoignit.
— Tu devais le garder dans ses quartiers. »
Le space marine baissa la tête.
— C’est un maître de chapitre, seigneur. À moins de lui mettre un pistolet sur la tempe, comment aurais-je pu l’empêcher de faire ce qu’il voulait ? »
Le sergent hocha la tête avec lassitude. Puluo n’avait rien fait de mal, mais l’intervention de Seth, juste à ce moment-là, n’allait faire qu’empirer la situation.
— Tu nous aurais caché ceci ? » demanda Seth à Dante. « Un space marine assassiné ici, dans cette forteresse ?
— Personne n’a parlé de meurtre », rétorqua Mephiston. « Ce peut être un accident malheureux et rien de plus. »
Seth ignora l’interruption et concentra son attention sur le maître de chapitre.
— Tu nous l’aurais caché, comme tu as essayé de dissimuler le replicae ? » Il secoua la tête. « Tu me déçois de plus en plus, Blood Angel.
— Je ne cache rien », répliqua Dante. « J’essaie juste de maintenir le calme après ce tragique accident pour que l’on puisse savoir ce qui est vraiment arrivé. » Il lança un regard furieux à Seth. « Mais certains vont essayer d’utiliser cet incident à leurs propres fins.
— Tu es en train de m’accuser ? » demanda le Flesh Tearer. « Il est inutile de chercher quelqu’un à blâmer ! Cette atrocité s’est déroulée sur ton monde, Dante. C’est toi le responsable !
— Dis-moi quelque chose que j’ignore », répondit-il. « Cela sera élucidé, sois tranquille. » Les yeux du maître de chapitre se rétrécirent. « Mais je dis que quiconque utilisera cette tragédie pour se grandir diminuera d’autant l’honneur de tous les space marines ici présents ! » Sentikan regardait les deux hommes s’affronter sans dire un mot.
Rafen sentit une présence à ses côtés et se retourna pour se trouver nez à nez avec Mephiston.
— La magos, celle appelée Nyniq », chuchota le psyker. « Elle s’est suicidée sur le pont du hangar. Les serfs ont rapporté que Caecus et Rydae avaient disparu tous les deux dans la confusion. »
Il fronça les sourcils.
— Donc Caecus n’est jamais parti pour la citadelle ? »
Mephiston secoua la tête.
— Un appareil a décollé du hangar tertiaire sur le rempart est. Le sceau de Caecus a été utilisé pour autoriser le décollage. »
Il a tué Rydae et s’est enfui ! La conclusion lui sauta à l’esprit, dans toute son horreur et sa brutalité. Mais faire une telle chose serait de la folie pure !
Le psyker hocha la tête, et Rafen se demanda s’il n’était pas en train de lire ses pensées superficielles.
— Il est impératif que l’Apothecae exécute les ordres du commandeur Dante à la lettre, frère-sergent, mais il est également impératif que nous sachions s’il a joué un rôle dans cet accident… Prenez votre escouade et rendez-vous à la citadelle Vitalis. Occupez-vous de cette mission.
— À vos ordres.
— Attendez », dit sèchement Seth, qui s’était approché et avait entendu leur dernier échange. « Tu ne penses quand même pas nous cacher cela Mephiston ! S’il doit y avoir une enquête, tout le monde doit être au courant ! Elle doit être totalement transparente.
— Comme vous l’avez mentionné, seigneur, ceci est notre monde », fit remarquer Mephiston. « Et en tant que tel, c’est de la responsabilité des Blood Angels d’en assurer la garde.
— C’est insuffisant. » Seth, jeta un coup d’œil à Sentikan. « Tu n’es pas d’accord avec moi ? » L’Angel Sanguine ne dit pas un mot mais hocha brièvement la tête.
— Mes hommes vont s’occuper de ça », insista Dante.
— Bien sûr », rétorqua sèchement Seth, « mais ils seront accompagnés par mes hommes. » Il sourit froidement et fit un geste en direction du capitaine Gorn. « Considère cela comme une aide pour alléger ton fardeau. »
Il n’avait aucune arme si ce n’était lui-même. C’était un scientifique, un combattant dans des batailles qui n’avaient rien à voir avec les affrontements brutaux, mais Caecus était néanmoins un frère de bataille. Il s’était battu, avait versé le sang au nom de Sanguinius et de l’Empereur, sur des mondes ravagés par la guerre dans l’espace ork et dans une dizaine d’enfers corrompus par le Chaos à travers l’Ultima Segmentum. Il pouvait invoquer la volonté de tuer si cela était nécessaire mais, en vérité, il n’avait pas mis le pied sur un champ de bataille depuis plusieurs décennies.
Il demeurait néanmoins un membre de l’Adeptus Astartes. Au plus profond de lui, il restait un guerrier, et qu’importe si ses compétences s’étaient émoussées par le manque d’action.
Les bruits l’attiraient, la curiosité prenant le pas sur la volonté. Caecus n’avait pas encore vu un seul occupant de la citadelle. Il avait trouvé d’étranges décombres sur les marches et les paliers de certains niveaux. Des tablettes pict éparpillées, comme jetées à la hâte ; des lambeaux de robes d’un serf du chapitre ; et là, à cet étage, des douilles de bolter dont l’électrum terni luisait faiblement dans la lumière.
Il se pencha, en prit une au hasard pour la renifler. La puanteur de la cordite était encore forte : le tir était récent. Il fit rouler la douille entre ses doigts. C’était un projectile de pistolet, pas le type de munitions qu’un serviteur d’armes porterait dans ses chargeurs. Caecus chercha pendant un moment des impacts de balles ou des traces de ricochet sur les murs de pierre, en vain.
Il s’empressa de pénétrer dans le niveau, s’arrêtant juste à côté de la première porte ouverte qu’il trouva. La pièce était une salle de recherche mineure, dédiée à la classification et à la distillation des échantillons de sang. Il y en avait beaucoup dans la citadelle, un petit rouage de plus dans la machine en perpétuelle activité consacrée à l’étude de la déficience génétique du chapitre. Des cubes de verre blindé brisés, chacun de la taille d’un galet, étaient entassés au pied des centrifugeuses hors-service. Des urnes de stockage et des éprouvettes à révolution avaient été ouvertes et vidées, hormis certaines qui contenaient encore quelques traces rougeâtres, mais la plupart avaient été drainées jusqu’à la moindre goutte.
Le sang, tout le sang avait disparu.
Caecus vit alors une forme affalée près d’un cogitateur réduit en miettes. Un corps. Le premier signe de vie – ou de mort – qu’il avait rencontré depuis son retour. Il franchit le sol dallé, faisant bien attention à ne pas marcher sur des morceaux de verres cassés, avant de s’accroupir sur ses talons. Étant maintenant plus près, il voyait que le corps était vêtu des robes d’un serf du chapitre de rang intermédiaire.
Des compétences oubliées resurgirent immédiatement, comme par instinct. Il étudia le corps, vérifia tout ce qui aurait pu s’apparenter à un piège, peut-être un dispositif explosif à pression placé sous le corps, ou peut-être un fil tendu. Il put observer à loisir le cadavre pendant son inspection. L’épiderme de son visage avait disparu, entièrement arraché, et la chair en-dessous était pâle comme de la viande ayant bouilli trop longtemps. Il remarqua d’autres détails au fur et à mesure. Il y avait ce qui aurait pu s’apparenter à des marques de griffes sur le torse et les bras, des déchirures dans le tissu de la robe qui ne pouvaient provenir que de lacérations.
Mais il y avait peu de sang. Très peu de sang en fait, et seulement dans les traînées laissées par le corps que l’on avait déplacé de la porte jusqu’ici, au milieu de la pièce.
Caecus ne bougea plus. Le milieu de la pièce. À quoi bon tuer quelqu’un, s’en débarrasser, et ensuite le déplacer et le laisser en évidence ?
Un piège.
Un mince rayon rouge, émanant d’un laser de visée caché derrière les colonnes de distillation, oscilla avant de se fixer entre les yeux de Caecus.
— La droiture est notre bouclier », entonna la voix. « La foi notre armure… » Il entendit que l’on ôtait le cran de sécurité de l’arme. « Et ensuite ? Dites-le. »
L’ Apothecae fit bien attention à rester totalement immobile.
— La haine. La haine arme mon bras », dit-il, citant le dernier vers de l’axiome d’Alchonis.
Le rayon de visée se baissa immédiatement.
« Par le fléau de Terra. Je croyais que vous étiez l’un d’entre eux ». Une forme émergea des ténèbres, une arme à la main, et Caecus reconnut l’individu, l’un des Apothecae minoris de premier rang.
— Frère Léonon ? »
Le Blood Angel hésita. « Majoris ? Majoris, c’est vous ? Pardonnez-moi, je ne vous avais pas reconnu… » Il ne finit pas sa phrase et indiqua le pansement fait à la va-vite qui lui barrait le visage. « Ma vue est déficiente. Le verre… » Il indiqua le sol. « Je ne suis pas arrivé à enlever tous les fragments de mon œil.
— Léonon, que s’est-il passé ? » Caecus se redressa et adopta l’attitude du supérieur hiérarchique qu’il exerçait habituellement dans les salles de la citadelle. « Et à quoi rime cette histoire avec l’axiome ?
— Ils ne semblent pas être assez intelligents pour pouvoir prononcer plus de quelques mots », dit-il d’une voix rauque. « De loin, ils nous ressemblent à peu près mais je devais en avoir le cœur net. » Léonon secoua la tête. « J’ai vu des hommes s’entre-tuer, dans le doute. »
Une situation horrible commençait à prendre forme dans l’esprit de Caecus, son estomac se serrant par révulsion, par dégoût de lui-même, et peut-être par peur.
— Où est le personnel ?
— Tous morts ou, sinon, ils doivent être à l’isolement et attendre qu’on vienne les secourir comme moi. » Léonon cligna longuement de son œil valide. « Combien d’hommes avez-vous amené ? Comment avez-vous déjoué leur vigilance ? »
Caecus ignora les questions et indiqua le serf mort de la tête.
— Qui a fait cela ? »
Son cœur se serra dans la poitrine lorsqu’il entendit la réponse de la bouche du Blood Angel.
— Des mutants. » Léonon secoua la tête. « Je n’ai vu que celui qui a fait ça mais il doit y en avoir d’autres. Sinon, comment la citadelle aurait-elle pu devenir silencieuse aussi vite ? »
Caecus revit dans son esprit le moment horrible dans l’arène où le corps parfaitement sculpté du Fils du Sang s’était déformé. Il se rappela de ses rangées de dents, de ses membres distordus et des autres aberrations de tous les clones ratés dont il avait dû se débarrasser. Tout ceci était largement pire qu’un monstre abattu en présence du maître de chapitre. Si les itérations d’embryons dans les salles de culture avaient massivement subi une sorte de métamorphose spontanée, des dizaines de ces créatures déviantes devaient désormais parcourir le complexe en toute liberté.
Il pensa à Fenn et à Serpens. Étaient-ils déjà morts, démembrés par des clones rendus fous en proie à leurs instincts les plus primaires ? Il lutta pour garder son calme, refrénant l’envie de jurer en présence de l’autre space marine.
— Je dois continuer ma progression », dit-il à Léonon. « Vers les niveaux sécurisés. L’origine de ce… problème se trouve là-bas. »
Le visage de l’autre apothicaire devint plus sombre.
— En bas, Majoris, c’est devenu un charnier. Ces monstres s’en donnent à cœur joie, je les ai entendus.
— C’est un ordre ! » dit-il sèchement, perdant patience. « Vous venez avec moi ! » Caecus aperçut du coin de l’œil une ombre bouger légèrement dans la faible lumière des biolumes.
Léonon l’avait vue également et se retourna en levant le pistolet bolter. L’ombre se détacha du reste de l’obscurité et traversa la pièce en un seul bond rapide. Elle bougeait si vite que Caecus la distinguait à peine : une multitude de griffes, une bouche semblable à celle d’une lamproie, des yeux rouges comme des rubis. Elle priva Léonon de son arme et Caecus vit seulement le rayon écarlate du laser virevolter en dessinant de grandes arabesques, avant que le pistolet ne disparaisse dans le couloir sombre. L’agresseur ignora Caecus et se fraya un chemin à travers la salle en traînant derrière lui l’Apothecae minoris, s’amusant avec lui, lacérant sauvagement sa chair. La créature frappait à la manière d’un requin des sables, mordant avec sa gueule distendue et secouant sauvagement sa proie, déchiquetant la chair en lambeaux.
Caecus essaya de retrouver le pistolet et fut pris de nausées en entendant le cri du space marine se transformer en gargouillis. Le mutant lui écrasa la trachée et Léonon s’étouffa avec son propre sang. Tombant à genoux, il trouva l’arme sur le sol de pierre. Une partie de l’avant-bras et la main de Léonon étaient encore accrochée à la poignée, l’autre extrémité pendant comme un amas de guenilles rougeâtres. Il arracha le membre de l’arme et empoigna le pistolet bolter en visant à travers l’encadrement de la porte. Le mutant leva la tête du corps agonisant du Minoris, son visage maculé de viscères cramoisies.
Caecus ouvrit le feu, la première balle arrachant des morceaux de dalles, les suivantes s’enfonçant profondément dans le torse et l’abdomen de la créature qui hurla d’un cri presque humain.
Le pistolet produisit un bruit sec lorsque le mécanisme se bloqua. Le Blood Angel jura et saisit la culasse mobile de sa main libre : l’arme s’était enrayée à cause d’une cartouche de bolt qui s’était coincée verticalement dans la fenêtre d’éjection, dépassant comme un tuyau de poêle.
Son adversaire recouvert de sang ne se jeta pas sur lui. Il l’observait, la tête inclinée sur le côté. Puis il commença à être agité de soubresauts obscènes, ses épaules se soulevant à chaque haut-le-cœur. La créature cracha finalement un vomi épais et huileux sur les dalles avant de reprendre péniblement sa respiration.
Caecus entendit la douille coincée s’envoler dans un tintement et l’arme fut prête à fonctionner à nouveau. Le mutant n’attendit pas. Il mit en pièces le torse de frère Léonon et le saisit par la cage thoracique de ses doigts griffus affreusement distordus. Il utilisa les muscles hypertrophiés de ses jambes pour sauter au plafond et éventrer une grille de ventilation enchâssée dans le plafond de pierre. Il s’engouffra dans le conduit en se recroquevillant pour pouvoir progresser dans l’espace confiné tout en traînant Léonon derrière lui. Caecus entendit les os du space marine se fracturer lorsque la créature tira l’Apothecae par l’ouverture avec une force telle que ses robes furent arrachées.
L’écho des raclements s’éloigna tandis que la bête s’enfuyait à travers le réseau de conduits, et le silence régna à nouveau dans la pièce. Des objets brillaient dans la mare de liquide qu’il avait régurgité ; Caecus s’approcha et osa y jeter un regard. Englués dans la bile pleine de sang, se trouvaient deux disques tordus qui ressemblaient à des capsules de culture fongique. L’Apothecae en fit bouger une du doigt. Un peu de vapeur s’éleva de la capsule encore chaude du passage dans la chair du mutant. Caecus se souvint brièvement de son service en tant que medicae militaire. Il avait vu la même chose à de nombreuses reprises lorsqu’on lui avait demandé d’extraire des balles de ses frères blessés, la forme aplatie du projectile qui s’était déformé à l’impact sur de la chair dense.
Il se remit debout, vérifia une nouvelle fois son pistolet et reprit sa descente dans les entrailles de la citadelle.
Le Thunderhawk plongea vers les champs de glace à une vitesse quasi hypersonique, les réacteurs poussés à la puissance maximum. L’écoulement d’air sur les ailes prenait une teinte rougeoyante alors que le vaisseau de transport entamait la phase terminale de son vol suborbital vers la forteresse-monastère. La zone polaire était d’un gris fantomatique dans la lumière délavée de Baal Prime lorsqu’on regardait à travers les meurtrières de la carlingue. La première lune était haute dans le ciel, sa grande sœur encore basse dans l’horizon, cachée par les épais bancs de nuages chargés de poussière.
Rafen détourna le regard. Il se sentait maintenant plus à l’aise car il avait revêtu son armure de combat. Après tout ce qui s’était passé depuis son retour d’Eritaen, une partie de lui avait regretté l’intimité paisible de l’armure autour de son corps. Maintenant qu’elle était sur sa peau, il sentit sa confiance s’affermir. La politique et les pourparlers du conclave étaient une abomination pour lui : l’équation simple du combat lui avait manqué. Son armure était comme un vieil ami, un camarade. Une fois qu’il l’avait revêtue, Rafen était redevenu le glaive écarlate de l’Empereur, prêt à accomplir Sa volonté.
Le communicateur sonna dans son oreille et il inclina la tête.
— Je vous écoute.
— Seigneur, ici Corvus », dit l’autre space marine situé sur le pont de vol du Thunderhawk. « Aucune réponse aux signaux d’interrogation du cogitateur. Les communicants de la citadelle ne répondent pas. Quelque chose ne va pas. »
Rafen absorba ces informations tout en réfléchissant. Ils pourraient peut-être détecter des signaux d’unités vox portables lorsqu’ils seraient plus près, mais la citadelle Vitalis était construite dans un cairn de roches denses, ce qui signifiait que toute tentative de communication à partir des niveaux inférieurs serait vouée à l’échec.
— Frère, commute les appels en répétition automatique. Rejoins ensuite la baie de largage et tiens-toi prêt au déploiement.
— Doit-on en informer la forteresse ?
— Pas encore. Pas avant d’avoir quelque chose de solide à communiquer. Le seigneur Dante a d’autres problèmes à régler en ce moment.
— Oui, frère-sergent. » La voix de Corvus s’évanouit et Rafen sentit quelqu’un se tenir dans la travée qui courait au milieu du compartiment de troupes du transport. Il se redressa dans sa couchette antigrav.
— Rafen », commença le capitaine Gorn, « nous allons arriver sur la cible dans un instant. » L’officier avait son casque lové au creux de son bras et affichait un sourire sans joie à l’intention du Blood Angel. « Déployez vos hommes dans une formation en doubles larmes espacées après l’atterrissage, et j’irai avec le frère-sergent Noxx… »
Il leva une main gantée de métal pour interrompre le Flesh Tearer dans son explication.
— Je vous demande pardon, seigneur, mais je pense qu’il y a dû y avoir une mauvaise communication. Cette sortie est sous mon commandement. Le seigneur Dante lui-même l’a avalisée. »
Gorn frémit.
— Est-ce que le grade de capitaine signifie quelque chose pour vous ?
— Votre grade n’est pas ce qui importe actuellement, Capitaine. » Il mit l’accent sur l’aspect honorifique. « Ici, vous êtes sur Baal. Et aucune mission n’est menée sur son sol qui ne soit pas dirigée par un Blood Angel. » Il regarda ostensiblement alentour. « Apparemment, je suis le plus haut gradé de ce chapitre ici présent. »
L’irritation jouait à la commissure des lèvres du capitaine mais il la réprima d’un autre sourire forcé.
— Comme vous voudrez. Nous sommes vos invités, après tout. Peut-être néanmoins accepteriez-vous mes conseils tactiques si la situation l’exigeait ?
— Peut-être », concéda Rafen. « Mais nous ne sommes pas sur Eritaen. Ce n’est pas une zone de combat. » Le Thunderhawk rencontra un courant ascendant et le pont s’inclina. Gorn était sur le point de répliquer lorsque Rafen le devança. « Nous sommes entrés dans la phase d’atterrissage, frère-capitaine. Vous devriez retourner à votre couchette antigrav. L’air au-dessus du pôle peut être capricieux. » Le transport chuta brusquement à travers une turbulence comme pour illustrer ses propos.
Gorn s’éloigna pour rejoindre l’endroit où le sergent Noxx et son escouade étaient déjà arrimés. Il se pencha près d’eux pour échanger quelques paroles à voix basse.
Le communicateur de Rafen sonna une fois de plus, cette fois-ci en même temps qu’une rune sur son affichage de casque indiquant une communication sur canal confidentiel.
— Il n’a pas l’air très content », dit Turcio. « Cela ne me surprendrait pas si lui et ses hommes nous faisaient faux bond au moment où nous toucherons terre.
— Respecte au moins le grade si tu ne respectes pas le guerrier, frère », répondit-il. « Et en parlant de la bonne humeur de ce cher capitaine, c’est bien le cadet de mes soucis. »
Turcio était assis deux rangées derrière lui, confiné lui aussi dans son armure si bien que personne n’entendait leur conversation.
— Qu’est-ce qui a pris au maître de les autoriser à nous accompagner ? Ils n’ont rien à faire dans la citadelle. »
Rafen fronça les sourcils sous son casque.
— Le seigneur Dante a ses propres problèmes à régler. Nous ne sommes que ses outils.
— Ave Imperator, alors », dit Turcio.
— En effet », opina le sergent avant de se replonger dans ses propres pensées alors que le Thunderhawk approchait de sa destination.
La situation ne faisait qu’empirer au fur et à mesure que Caecus approchait du laboratorium replicae. Au début, il trouva une partie de corps isolée, ou un membre sectionné, livide après s’être vidé de son sang, des morceaux de cadavres laissés par leurs assassins, disposés sur les larges marches de l’escalier en pierre. Les restes laissés par une meute de prédateurs.
Puis il traversa des niveaux qu’il ne chercha pas à explorer en profondeur. Il lui parvenait de temps en temps un bruit de mouvement, et une fois, un étrange et faible miaulement lui parvint à travers les portes qui menaient vers les profondeurs de ces étages. Au quarante-septième niveau, il dut retenir sa respiration à cause de l’odeur de mort qui flotta jusqu’à lui. Il s’arrêta pour écouter et entendit au loin une sorte de clapotis dans un couloir qui rayonnait à partir de l’escalier. Il n’y avait aucune lumière, mais le sol était luisant du liquide qui s’était déversé par l’escalier, devenu glissant d’humidité.
Il n’avait plus que trois balles dans le chargeur de son pistolet bolter. Il reprit sa descente par l’escalier en spirale.
Les lourdes portes étaient dépressurisées et, à l’intérieur de l’antichambre de purification, les lumières bleues actiniques bourdonnaient tout en clignotant. Les cages des gardes n’étaient plus que des trous béants taillés dans la roche et les bandeaux métalliques avaient été tordus vers l’extérieur. Des morceaux de fer et de cuivre sales étaient éparpillés sur le sol : il ne restait plus rien des serviteurs d’armes. Le sol était poisseux et collait aux sandales de Caecus tandis qu’il descendait lentement de l’escalier, ses deux mains agrippant le pistolet bolter. Le faisceau écarlate de la visée laser balaya les murs devant lui.
Il hésita sur le seuil de la salle, serrant un peu plus l’arme dans son poing. Il ne pouvait plus faire marche arrière.
L’intérieur du laboratorium était rouge du sol au plafond. Le sang recouvrait chaque centimètre carré de chaque surface et gouttait du plafond par endroits pour former de petites mares. Caecus sentit son odeur s’insinuer dans sa chair, son goût métallique se déposer sur sa langue à chacune de ses respirations. Il fut immédiatement écœuré par le spectacle, mais une partie de lui, la partie sauvage de l’âme du Blood Angel, savoura le parfum sinistre qui flottait dans l’air. L’Apothecae se rappela la sensation que le Graal Rouge avait brièvement réveillée en lui. Là, c’était une sensation analogue tout en étant moins contrôlée, plus sauvage.
Il repoussa ces pensées lugubres en clignant des yeux et prit la pleine mesure du désastre. Tout avait été détruit : chaque machine, chaque cylindre de stockage, chaque serviteur et chaque cogitateur, tous réduits en pièces comme si un ouragan s’était formé dans la pièce avant de ravager tout ce qu’elle contenait. Il vit que la porte située de l’autre côté du laboratorium – celle qui donnait sur la salle de replicae – pendait de biais, béante, les charnières supérieures arrachées par une force incroyable. Il s’approcha et lorsqu’il franchit la porte, Caecus força son occulobe à ajuster sa vision pour percer les ténèbres denses dans la salle. Il ressentit un picotement oculaire et une forme apparut petit à petit : un homme ayant la même taille et la même corpulence que lui.
Le techno-maître se tenait près d’une console en examinant un morceau de chair déchiquetée avec indifférence. Il s’en débarrassa et se tourna à l’approche de Caecus, comme s’il voulait jouer un rôle d’hôte accueillant un visiteur dans son salon. Il inclina la tête.
— Ah, Majoris, je suis content que vous voir. Je dois bien l’admettre, je pensais que vous auriez flanché avant cette étape. » Un sourire se dessina sur les lèvres distordues. « Cela me réjouit de m’être trompé. » Sa démarche semblait différente, quelque peu voûtée, comme si un grand poids reposait sur ses épaules.
Caecus vit que les cuves de gestation étaient toutes vides, brisées de l’intérieur.
— C’est vous le responsable », souffla-t-il d’une voix rauque, les mots se bousculant à mesure qu’il les prononçait.
— Je n’ai fait qu’accélérer un processus déjà bien entamé. » Le sourire s’élargit un petit peu plus. « Je suis désolé de vous annoncer que, malgré tout le travail que vous avez accompli, vos recherches étaient vouées à l’échec, comme le furent celles de Corax. » Il gloussa, riant pour lui-même. « Mais Corax a toujours été un idiot.
— Serpens ! » aboya Caecus, son nom sonnant comme une accusation, tandis que l’autre homme laissait tomber son pardessus au sol d’un haussement d’épaules. « J’ai eu confiance en vous ! Quel était le but alors ? » Il cligna des yeux. « Mon équipe… Léonon… Fenn ?
— Cela serait surprenant de trouver encore des survivants. Les Démons du Sang sont des tueurs si brutaux, si efficaces, ne trouvez-vous pas ? » Quelque chose bougeait dans son dos, quelque chose en train de se déplier en cliquetant.
— Démon du sang ? »
Sa question fut accueillie par un hochement de tête indulgent.
— Je trouve que cela sonne mieux. »
Caecus tressaillit, sa maîtrise de soi en train de céder sous la pression. Il jeta un coup d’œil à l’arme qu’il agrippait toujours dans sa main, comme s’il avait oublié sa présence. L’Apothecae leva l’arme et visa l’autre individu.
— Je vais vous tuer pour ce que vous avez fait !
— Ne voulez-vous pas savoir pourquoi ? » L’homme passa ses longs doigts osseux sur la peau de son visage, tirant dessus, pinçant ses pommettes et sa mâchoire. « Vous êtes un scientifique, Caecus. Cause et conséquence, raison et processus, voici les choses qui vous sont essentielles pour exister. Pouvez-vous vraiment me tuer sans vouloir comprendre pourquoi tout cela est arrivé ? » Il y eut un bruit de déchirement et des lanières épaisses de peau se détachèrent du visage du magos, puis tombèrent au sol avant de se désagréger. Caecus vit qu’il y avait une autre peau en dessous, une peau tendue sur un crâne ancien et anguleux.
— Alors, parle Serpens ! » cria-t-il. « Reconnais ce que tu as fait ! »
Il laissa échapper un autre rire mais cette fois-ci à la tonalité plus sourde, plus sèche et flûtée.
— J’ai été Haran Serpens pendant quelque temps. Mais il ne me va pas, il est étroit à l’entrejambe, je me lasse de lui. » Les déchirements continuèrent et la peau tomba d’elle-même. Une chevelure blanche et filasse émergea avant de retomber sur les épaules de l’homme. Il fit un pas en avant pour que les lumières clignotantes de la salle puissent mieux l’éclairer. « Me reconnais-tu, Frère Caecus ? Réfléchis, je pense que tu te rappelles. » Des tiges de cuivre s’allongèrent derrière son dos en soupirant et l’Apothecae Majoris réalisa subitement que ce qu’il avait pris pour des ombres mouvantes était en fait un dispositif arachnéen fixé sur les épaules de l’imposteur. « Je te connais, toi et toute ton espèce », poursuivit-il. « J’ai foulé la même terre que ton primarque, je l’ai même regardé une fois dans les yeux. » Il rit à gorge déployée. « Vous n’êtes vraiment que l’ombre de sa splendeur passée. Il aurait honte de vous.
— Ne prononce pas le nom de Sanguinius, imposteur ! » hoqueta Caecus. « Ne dis pas son… Son nom… » La fureur qui bouillonnait dans ses veines se transforma subitement en glace lorsqu’il reconnut enfin la personne qu’il avait devant lui. « Toi ! » Il sentit son estomac chavirer. « C’est impossible !
— Ton primarque a toujours été quelqu’un d’arrogant, Blood Angel. Tu es comme lui, même dix mille ans après que le Grand Horus ne l’ai tué comme le sot qu’il était. » L’imposteur ouvrit les bras et un bouquet de membres en cuivre se déploya dans son dos. « Tu ne me reconnais donc pas ? »
L’apothicaire tira à l’aveuglette mais les balles crissèrent contre les bras arachnéens qui s’interposèrent pour dévier les tirs. Un voile sombre et glacial emplit la pièce.
— Alors, permets-moi de me présenter. » L’imposteur fit une profonde révérence, révélant la machine cliquetante accrochée à son corps dans toute sa splendeur grotesque. « Je suis le primogenitor du Chaos Universel, Maître de la douleur, Seigneur des Nouveaux Hommes. » Sa voix n’était que fiel et moquerie. « Je suis Fabius Bile. Et tu as quelque chose que je désire. »
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