Furie Rouge
Chapitre Onze
À peine le Thunderhawk avait-il atterri sur la plate-forme que les space marines débarquèrent de la soute. Les Blood Angels et les Flesh Tearers descendirent en un flux continu avant de former un périmètre autour de l’appareil. Les hommes équipés de lampes-torches au sodium, fixées sur leurs épaulières, balayèrent l’intérieur de l’échauguette de leurs faisceaux de lumière blanche et crue, faisant ressortir très nettement les contours des ravitailleurs de carburant, des caisses de marchandises et des appareils en sommeil.
À côté de Rafen, Puluo inclina légèrement la tête, et tout en reniflant profondément, il lança un regard lourd de sens à son commandant. Le sergent sentit lui aussi l’odeur, même à l’abri dans son casque : l’odeur du sang versé masquait toutes les autres effluves.
— J’ai trouvé quelque chose », lança Roan, le second du sergent Noxx qui était posté sur le tribord du Thunderhawk. Rafen passa sous les ailes du transport en baissant la tête, ignorant les claquements secs du fuselage en train de refroidir, avant de rejoindre le Flesh Tearer.
Noxx se trouvait déjà sur place.
— Qu’est-ce que c’est ? »
Roan éclaira la proue de la navette de classe Arvus en orientant la lampe placée sur son épaule. Le cockpit triangulaire de l’appareil était béant et la structure métallique avait été complètement repliée sur elle-même lorsqu’elle avait été arrachée. Des éclats de verre blindé de couleur verte étaient éparpillés sur le pont tout autour de la navette. Dans la pénombre, les feux de position n’étaient que de petits points jaunes, clignotant faiblement à quelques secondes d’intervalles. Une lumière faible émanait également des instruments de bord.
L’œil rivé sur la mire de son bolter, Rafen s’avança le premier à travers le trou aux contours déchiquetés qu’avait occupé auparavant la verrière. À l’intérieur s’entassait un amas de mecadendrites sectionnées, semblables à un nid de serpents morts posé sur le pupitre de contrôle actif. Les parois du cockpit étaient mouchetées par des traces de résidu huileux et de fluides de graissage. À la place de la couchette de commandement habituelle, il n’y avait qu’un podium métallique trapu qui se terminait par des tuyaux libérant une odeur d’ozone et de fluides humains.
— Il aurait dû y avoir un serviteur-pilote là-dedans », dit Roan.
— Oui », remarqua Noxx. « En principe. »
Rafen observa de plus près la structure métallique distordue avant de l’inspecter avec son gantelet. Il remarqua une série de marques étranges qui ne semblaient avoir aucune logique, jusqu’au moment où il réalisa qu’elles reproduisaient la forme d’une main grande ouverte.
— Quelqu’un a arraché le pilote et l’a tué.
— Caecus peut-être », suggéra le capitaine Gorn en s’approchant un peu plus près. « Il voulait s’assurer que personne ne puisse repartir après avoir atterri. »
Puluo indiqua les rangées des autres navettes.
— Ce n’est pas le seul appareil dans le hangar.
— J’imagine alors qu’on les trouvera tous hors service. »
Rafen écoutait à moitié, scrutant attentivement les recoins sombres de la plate-forme d’atterrissage. Le dispositif optique de son casque commuté en vision tactique, il chercha mais ne trouva aucun signe de chaleur à part les tuyaux d’échanges thermiques qui parcouraient les murs et le plafond. Il repassa en vision normale, et remarqua du coin de l’œil que le sergent Noxx avait effectué la même opération.
— Pourquoi est-ce que le Majoris ferait une chose pareille ? » dit Puluo. « Et en aurait-il même la force ? »
Gorn haussa les épaules.
— Il a tué un Angel Sanguine. Il s’est échappé comme un lâche. Il est l’un de vos frères. Dites-moi, selon vous, est-ce que ce sont les agissements d’un frère qui est encore sain d’esprit ? »
De l’autre côté du hangar, une écoutille éclairée par la lumière pâle provenant d’un biolume s’ouvrit en grinçant avant de laisser le passage à une silhouette encapuchonnée vêtue de robes d’apothicaire. Le nouvel arrivant s’approcha très calmement, sans être effrayé le moins du monde par les armes qui le visèrent instantanément.
Le capitaine des Flesh Tearers n’attendit pas que Rafen prenne la parole. Il s’avança et franchit le périmètre formé par ses soldats autour du Thunderhawk.
— Vous ! », demanda-t-il. « Halte. Identifiez-vous. » Gorn plaça une main sur la poignée de son fauchon accroché à sa taille, et dégaina partiellement l’épée courte à lame dentelée pour montrer qu’il n’hésiterait pas à l’utiliser.
La silhouette ralentit le pas avant de s’arrêter puis s’inclina profondément.
— Parlez », ordonna Gorn. « C’est un ordre.
— Frère-capitaine ! » avertit Rafen.
Le Flesh Tearer lui lança un regard furieux par-dessus son épaulière noire de céramite brillante.
— Sergent… »
La forme encapuchonnée se jeta sur lui dès qu’il la quitta des yeux. Elle était étonnamment rapide, presque trop pour que les space marines puissent détailler chacun de ses mouvements. Les pans de la robe s’ouvrirent brusquement et une main griffue à la chair d’un rouge profond surgit. Les doigts joints et tendus, elle s’étendit comme une lame et frôla le cou de Gorn là où la gorge du Flesh Tearer était nue.
Un jet écarlate décrivit un arc nimbé de vapeur dans l’air froid du hangar. Le capitaine leva sa main pour comprimer la blessure en laissant échapper un cri étranglé mais cela ne dura pas. Lorsqu’elles effectuèrent le revers, les griffes vinrent fouiller la blessure qu’elles avaient provoquée pour l’élargir. Gorn tituba vers la forme encapuchonnée ; celle-ci se jeta sur lui et ils tombèrent violemment sur le sol de la plate-forme.
Une vague d’hésitation parcourut les soldats, aucun ne voulant ouvrir le feu de peur de toucher le capitaine Gorn. Noxx se précipita en avant en dégainant son couteau de chasse dans un sifflement.
Il y eut un bruit d’écrasement, comme si l’on broyait quelque chose ; la tête de Gorn fut séparée de son corps avant de rouler au loin sur les plaques anti-explosion. Le sang jaillit comme d’une fontaine, par intermittence, tandis que le tueur encapuchonné fouillait le cou sectionné du capitaine.
Le bolter lourd de Puluo entonna son chant, et des flammes jaillissant du cache-flammes cruciforme de l’arme éclairèrent le space marine en ombre chinoise. Le meurtrier de Gorn fut projeté en arrière par les tirs puissants qui déchiquetèrent sans distinction robes et chair écarlate. Même si cela était à peine concevable, il ne fit que déraper avant d’essayer de se relever une fois de plus. La peau, les griffes et des arcs osseux ondulaient sous les robes en lambeaux.
— Mouvement détecté ! » cria Ajir en essayant de couvrir le rugissement de l’arme lourde. « Au-dessus ! »
Rafen leva les yeux vers les endroits qu’il avait inspectés quelques minutes auparavant. Des morceaux du plafond se détachèrent et tombèrent dans leur direction, l’air faisant claquer les capes pendant la chute. Mais il n’avait rien vu là-haut… La vision prédatrice n’avait détecté aucune source de chaleur…
Il chassa cette pensée et rugit un ordre.
— Feu à volonté ! »
Des éclairs jaunâtres nimbés de nuages de cordite zébrèrent l’air tout autour de lui tandis qu’une dizaine de bolters ouvrirent le feu en même temps. Il entendit Corvus et Kayne maudire leurs ennemis au nom de l’Empereur, ajoutant leurs invectives à la cacophonie de l’affrontement.
Ajir tira une rafale de trois balles vers quelque chose de rapide qui poussait des hurlements. Il n’était pas certain que les bolts avaient atteint leur cible car son attaquant ne semblait pas avoir infléchi sa course. Le mutant le heurta avec un impact étourdissant qui les projeta tous les deux contre l’un des trains d’atterrissage du Thunderhawk. Il pesait sur lui, repoussait Ajir pour qu’il ne puisse relever son bolter, griffant et égratignant son armure comme s’il voulait y pénétrer pour lui tenir compagnie. Enfouis dans une tête noueuse et déformée, les yeux rouges de la folie le vrillaient du regard et un souffle chaud et puant l’abattoir passa sur Ajir en lui donnant immédiatement la nausée.
Il donna un coup de poing puis un coup de tête à la créature mais c’était comme frapper un morceau de viande caoutchouteux : rien de ce qu’il faisait ne semblait affecter le comportement du monstre hurlant et dégoulinant de bave. Ajir essaya de se débattre tandis qu’elle allongeait son cou de manière grotesque, et que ses mâchoires se distendaient pour exposer les crocs barbelés d’un animal sauvage.
La créature visa la veine jugulaire mais Ajir parvint à se débattre et la bouche de lamproie arracha à la place un morceau de peau et une partie de sa joue. Le mutant fouilla la plaie qu’il venait de faire en le tenant serré contre lui dans une étreinte obscène, aspirant le sang qui jaillissait de la blessure. Le space marine donna un coup de pied et sentit un os se briser sous le talon de sa botte blindée. La créature cracha et resserra un peu plus son étreinte en distendant les membres sinueux qui ressemblaient désormais plus à des tentacules qu’à des bras.
Ajir perçut le grondement rauque d’une épée tronçonneuse qui s’approchait et vit du coin de l’œil une autre silhouette en armure. Il entendit le son caractéristique des lames rotatives mordant la chair nue et le mutant relâcha immédiatement son emprise en hurlant.
Son sauveur enfonça l’arme dans la colonne vertébrale de son agresseur et laissa l’inertie du coup faire le reste. La rangée de dents d’adamantium déchiqueta la chair rougeâtre, perça l’abdomen de la bête avant de l’ouvrir en deux. Elle tomba en arrière dans un gargouillis aigu, les deux parties du corps ne tenant plus que par des paquets de nerfs et des os mis à nu. Elle vacilla, se raccrochant tant bien que mal à la vie, tandis que son sang s’écoulait par à-coups.
Ajir poussa un juron en cherchant à tâtons le casque attaché à sa ceinture, se maudissant d’avoir été aussi négligent. Son camarade s’approcha et lui tendit la main pour l’aider à se relever.
— Cela va bien cicatriser », dit Turcio.
Ajir ignora sa main et se leva seul, l’agacement bouillonnant en lui.
— Même pas merci ? » dit l’autre Blood Angel. « Ou est-ce que c’est indigne de montrer de la gratitude à un pénitent ? »
Il ne dit rien et s’approcha du mutant agonisant alors qu’il essayait de s’éloigner en rampant. Ajir posa le canon de son arme sur sa tempe et appuya sur la détente.
Leurs assaillants se déplaçaient avec une vitesse à peine concevable pour des créatures d’une telle densité et d’une telle masse : ils se propulsaient par la force brute de leurs muscles hypertrophiés ou sautaient de part en part à l’aide de leurs griffes, escaladant les passerelles ou le fuselage des appareils remisés dans le hangar.
Rafen entendit un profond gémissement et pivota pour voir Noxx s’approcher en rechargeant son arme d’un air irrité. Le cri d’agonie provenait d’un autre Flesh Tearer : trois mutants lui tombèrent dessus et arrachèrent les membres de son corps pour ensuite regagner les ombres avec leurs récompenses macabres, pourchassés par les tirs de bolts.
— Maudites créatures du Warp », cracha le sergent-vétéran. « Ils absorbent les tirs comme si de rien n’était ! »
Rafen tira vers une forme indistincte dans les ténèbres et entendit les balles toucher leur cible dans un bruit mat. Les créatures battaient en retraite pour le moment, et le silence retomba dans le hangar, seulement interrompu par les gémissements des blessés et le cliquetis des douilles qui roulaient à leurs pieds. Il traversa la plate-forme avec Noxx sur ses talons pour rejoindre l’endroit où un amas de viande recouvrait un mètre carré du sol. Il restait peu de choses du capitaine Gorn après l’attaque frénétique des créatures.
Il marqua un temps d’hésitation en voyant, à ses pieds, l’insigne de la lame circulaire des Flesh Tearers qui ornait un morceau de plaque d’armure brisée portant des traces de griffes.
« Aucun space marine ne devrait mourir de cette manière », dit-il doucement.
— L’Empereur connaît son nom, » répondit Noxx. « J’ai toujours su que l’excès de confiance en soi du capitaine Gorn le mènerait à sa perte. »
Les deux sergents échangèrent un regard, dans un rare moment de compréhension mutuelle.
— La bête dans l’arène. Le clone », dit Rafen. « Ce sont les mêmes créatures. »
Noxx secoua la tête. « Non, pas les mêmes. Plus fortes.
— Oui, vous avez raison. » Il réfléchit un instant. « Elles ont déjoué la vision tactique. Elles ont une masse supérieure mais elles sont plus rapides. Comment est-ce possible ?
— Celle que nous avons vaincue ne s’est transformée que vers la fin du combat. Peut-être celles-ci… » Il indiqua les traces humides sur la plate-forme. « Peut-être ont-elles évolué.
— C’est le sang », dit Rafen d’un ton agacé en se rappelant la soif désespérée qu’il avait lue dans les yeux de la créature dans l’arène. Il vit la main de Noxx se porter sur l’épaule où la bête l’avait mordu. « Plus elles ingèrent de sang, plus elles deviennent fortes. » Il secoua la tête. « Celle qui a tué Gorn… Rien ne pourrait normalement survivre au tir de barrage d’un bolter lourd.
— Comme dans les vieilles légendes. » La voix de Noxx se fit murmure. « Les sanguinaires, les prédateurs de l’homme. Les vampires. »
L’ancienne malédiction provoqua un regard acéré de la part du sergent.
— Ces choses sont des aberrations, des mutations infernales cultivées dans une éprouvette. » Il leva la tête alors que le reste des hommes approchait, Blood Angels comme Flesh Tearers. « Notre mission n’a pas changé. On les exécute tous.
— Et Frère Caecus ? » demanda Kayne en massant sa main pansée d’un air absent. « Et le reste de nos frères qui se trouvaient ici ?
— Le Majoris est hors d’atteinte désormais. » Le visage de Rafen se ferma. « Les survivants passent au second plan. Nous avons tous vu ce que ces choses étaient capables de faire. » Il jeta un regard circulaire. « Nous étions combien ici ? Et combien en avons-nous tué ?
— Nous les avons à peine égratignées », dit Turcio.
Puluo acquiesça.
— Elles ne doivent pas sortir de la citadelle. »
Ajir bouillait intérieurement.
— Oui. Ces créatures sont une insulte envers notre lignée !
— Cette installation est aussi vaste qu’elle est profonde », dit Roan en se tournant vers Noxx. Cela va nous prendre des jours pour fouiller tous les niveaux.
— Et nous n’avons aucune idée du nombre de créatures qui nous attendent en bas ni de la vitesse à laquelle elles se transforment. Elles ne se battent pour l’instant qu’avec leurs crocs et leurs griffes mais combien de temps faudra-t-il avant qu’elles n’utilisent des fusils ou des lance-flammes ? » Noxx observait Rafen avec attention. « Je pense qu’une solution plus expéditive est nécessaire.
— Nous sommes enfin d’accord sur quelque chose alors. » Rafen hocha la tête et fit signe à Corvus d’approcher. « Frère, tu as eu le temps d’étudier le plan de cet endroit pendant notre vol. Où se trouve la salle terminatus de la citadelle ?
— Vous avez l’intention de détruire le complexe tout entier ? » demanda Turcio. « Est-ce sage, seigneur ?
— La citadelle Vitalis est construite sur un conduit géothermique,», expliqua Corvus. « Un aquifère minéral chauffé par une chambre à magma située plusieurs kilomètres en dessous. » Il indiqua du doigt les échangeurs de chauffage sur les murs. « Il fournit le chauffage et l’énergie pour le complexe tout entier en étant canalisé par les installations du Mechanicus. La salle terminatus abrite le système de gestion qui déconnectera la régulation du conduit.
— Tout ce qu’un magos du Mechanicum peut construire, un space marine peut le détruire », dit Rafen. « Et nous sommes désormais au-delà de la frappe chirurgicale. » Il leva la tête. « On détruit cet endroit et ces monstruosités par la même occasion. »
Aucun des soldats présents ne contesta la logique implacable de ce plan.
Corvus sortit son auspex avant de l’allumer. Une carte vectorielle en fils de fer reproduisant l’architecture du complexe apparut sur l’écran.
— La salle terminatus se trouve juste en dessous de nous, seigneur. À dix niveaux de profondeur. »
Rafen hocha la tête.
— Kayne, Turcio. Restez ici et montez la garde près du Thunderhawk. Si vous vous faites déborder, décollez et restez en attente. Attendez mon signal pour revenir. »
Les deux Blood Angels saluèrent. Noxx s’adressa à deux de ses hommes.
— Toi et toi. Vous restez avec eux. »
Il y eut un regain d’activité alors que les space marines se préparaient, rechargeaient leurs armes et vérifiaient l’intégrité de leurs armures. Rafen laissa échapper un long soupir.
— De retour dans l’arène », dit Noxx. « Mais c’est différent cette fois-ci.
— Oui », opina le Blood Angel. « Cette fois-ci, il n’y aura ni grâce, ni pardon. »
Caecus avait perdu toute sensibilité dans son bras droit lorsqu’il avait repoussé la quatrième – ou peut-être était-ce la cinquième – attaque. Le membre inerte pendait sur son flanc, chair tuméfiée et fractures ouvertes qui émergeaient des lambeaux détrempés de sa manche. Un épanchement constant de sang gouttait de ses doigts morts, et marquait le sol au fur et à mesure que la vie l’abandonnait. Il laissait derrière lui le cœur du pandémonium, gravissait l’escalier en colimaçon, traversait les couloirs en se demandant ce qu’il trouverait au bout.
La douleur l’empêchait d’avoir les idées claires. Son corps entier était couvert de marques de griffes, de blessures, légères ou profondes, qui lui envoyaient des éclairs de douleur à chaque pas. Il sentait son implant de Larraman fonctionner au maximum de son potentiel pour arrêter l’hémorragie mais le space marine allait perdre ce combat quoi qu’il en soit.
Caecus n’arriva pas à comprendre pourquoi l’infâme Fabius ne l’avait pas tout simplement tué comme Fenn, les autres apothicaires ou même Nyniq, sa servante. Il le comprit petit à petit, au gré des attaques du marine cloné qui le poursuivait, qui l’avait chassé du laboratorium vers les salles nauséabondes de la citadelle. Le renégat du Chaos y prenait du plaisir. Il l’observait, d’une manière ou d’une autre, peut-être par le biais des écrans de surveillance du couloir ou à travers les yeux des mutants eux-mêmes. Les créatures ne l’attaquaient pas toutes en même temps, sinon il serait mort en quelques secondes. Non, elles avaient choisi de le tuer à petit feu, de l’épuiser progressivement. De temps en temps, les Démons du Sang se laissaient tomber des ténèbres ou le heurtaient violemment, le griffaient ou le frappaient, avant de rejoindre les ombres. Sans arme, il en était réduit à se battre à mains nues, mais ils étaient trop rapides, et lui se vidait de son sang, chaque pas lui coûtant de plus en plus.
Il mourait un peu plus à chaque minute même si cela ne se voyait pas.
— Non, je ne vais pas mourir ! » cria-t-il avec une véhémence soudaine. Caecus cracha de la salive mêlée de sang entre ses lèvres tuméfiées. « Je resterai en vie, tant que j’aurai… j’aurai ça… » Sa main valide fouilla dans les poches de ses robes détrempées et souillées, à la recherche de l’échantillon qu’il avait ramené de la chapelle du Graal Rouge. La peur lui serra la gorge lorsqu’il retourna la poche déchirée par des coups de griffes. « Vide… ? » Il se sentit aussi insignifiant que les mots qu’il prononçait. « Non… »
La fiole avait disparu. Il tourna sur place, trébuchant en arrière, cherchant la fiole sur le sol. La douleur provoquée par les innombrables blessures le fit vaciller. Le sang. Le sang mêlé pendant des centaines de siècles, celui des prêtres et du primarque lui-même, l’énergie vitale de son chapitre était perdue. Caecus laissa échapper un gémissement, ressentant une douleur plus vive que celles provoquées par ses blessures. « Qu’ai-je fait ? »
Il lui sembla entendre un rire moqueur au loin, à peine perceptible, mais plein de dédain. Pas perdu alors. Pris. Pris par Fabius. Caecus se passa sa main valide sur le visage et sentit des larmes chaudes ruisseler sur ses joues meurtries. Il chancela une dernière fois avant de s’effondrer.
Une sensation glaciale dans la gorge le réveilla brusquement. Caecus cligna des yeux et vit des silhouettes revêtues de céramite noire et rouge au-dessus de lui. Il entendit le sifflement d’un narthecium. Le froid le submergea, ses pensées redevenant à peu près claires. La douleur lui parut alors lointaine, accessoire.
— C’est lui », dit une voix grave près de son oreille. « C’est le Majoris. »
L’un des géants se pencha près de lui. Caecus distingua vaguement un visage. La colère irradiait du guerrier aux cheveux sombres.
— Il est vivant ?
— À peine. » hésita la voix grave. « Si nous le ramenons au Thunderhawk, il aura une chance de s’en tirer. Le serviteur-medicae à bord pourra provoquer un sommeil de stase.
— Caecus », dit l’individu en colère. « C’est le frère-sergent Rafen qui vous parle.
— Seigneur, avez-vous… »
Rafen regarda dans une direction que Caecus ne pouvait pas voir.
— J’ai entendu ce que vous avez dit, Corvus. Éloignez-vous maintenant ».
Il essaya de parler. Sa première tentative se borna à un sifflement presque inaudible.
— C’est plus grave que vous le pensez », arriva-t-il enfin à dire. «Ils ont tous été libérés. Les Démons du Sang… Le Chaos est derrière tout ça. » Caecus s’étouffa en prononçant ces paroles et cracha un sang noirâtre. Quelque chose à l’intérieur de lui s’était brisé, il le sentait à chaque inspiration qu’il prenait. « Fabius Bile. Il est ici. »
Le Blood Angel le releva par le revers de ses robes.
— Ici ? » grogna-t-il. « Sur Baal ? » Certains space marines crachèrent instinctivement à la mention du renégat. Le visage de Rafen s’assombrit tandis qu’il luttait pour maîtriser sa colère. « Tout ça est de votre faute, espèce de crétin narcissique ! Vous avez laissé tout cela arriver.
— Je lui ai donné ce qu’il voulait… » Il arriva à hocher la tête. « Je serai damné pour mon orgueil. Je serai damné… »
Rafen le relâcha et l’Apothecae retomba contre le mur.
— Tu as tout à fait raison », répondit-il. La gueule sombre d’un bolter remplit son champ de vision. « Caecus, au nom du chapitre, je te juge coupable. Tu ne trouveras aucun pardon dans la lumière de l’Empereur.
— Qu’il en soit ainsi. » Il arriva à prendre une nouvelle inspiration et une quiétude étrange l’envahit au moment où il prit la pleine mesure de ses échecs. « C’est tout ce que je mérite. »
Le coup de feu résonna dans le couloir, et tous les frères de bataille détournèrent le regard lorsque justice fut rendue.
Rafen s’aperçut que Puluo le regardait. Le space marine se frappa la poitrine, à l’endroit où étaient implantées les glandes progénoïdes. Les petits amas de chair contenaient l’ADN complexe nécessaire à chaque génération de Blood Angel : les récupérer sur le corps des défunts permettait à une nouvelle vie d’éclore à l’ombre de la mort.
— Non », dit Rafen. « Pas de prélèvement pour lui. Le crime de Caecus l’a souillé au-delà de tout pardon. Rien ne doit subsister. » Le sergent fit signe à Roan qui portait un lance-flammes léger. « Vous, brûlez-le. »
Le souffle de prométhium enflammé se gonfla avant d’engloutir le cadavre. Tout le monde garda le silence pendant que le corps du Majoris se consumait.
Le regard déterminé de Noxx était voilé ; il rompit enfin le silence.
— Si un agent des Puissances de la Ruine se trouve ici, comment nos psykers ne l’ont-ils pas détecté ?
— Quelle importance cela a-t-il maintenant ? » demanda Ajir. « Chaque space marine connaît le traître Fabius Bile. Il a dix mille ans. Pour avoir réussi à survivre aussi longtemps, il doit user de stratagèmes qui nous sont inconnus. »
Rafen acquiesça lentement. Le guerrier, connu autrefois comme Frère Fabius de la légion des Emperor’s Children, avait été lui-même membre de l’Adeptus Astartes avant de prêter allégeance aux dieux du Chaos lors de l’insurrection menée au 31e millénaire par Horus contre Terra. Il s’était détourné, lui, son primarque et le reste de la IIIe légion, de la lumière de l’Empereur pour emprunter la voie du traître. Il y avait beaucoup d’histoires, toutes nauséabondes et détestables, sur l’individu qui s’était renommé Fabius Bile, « primogenitor » autoproclamé des hordes du chaos. Depuis qu’il n’était plus allié à sa bande de traîtres corrompus, il avait la réputation d’opérer comme agent indépendant dans les rangs de l’Archi-Ennemi, jouant le rôle de mercenaire, offrant ses connaissances corrompues à ceux qu’il estimait dignes de les recevoir. Fabius Bile avait croisé la route des Blood Angels à maintes reprises, mais jamais auparavant il n’avait osé s’aventurer aussi près du cœur du chapitre.
— Le plan n’a pas changé », dit le sergent. « Nous avons maintenant une raison de plus pour détruire cet endroit s’il a été souillé par Bile.
— Nous allons exciser cette tumeur et le tuer par la même occasion », dit Corvus. « C’est lui qui doit être à l’origine des mutants. » Le space marine osa jeter un regard vers le corps calciné encore fumant. « Il s’est servi de Caecus pour frapper le chapitre. »
Noxx renifla bruyamment.
— Et tu crois que ce guerrier infernal va simplement attendre qu’on le noie sous des trombes d’eau bouillante ? Si cela se trouve, il s’est peut-être déjà enfui. »
Kayne secoua la tête.
— Aucun vaisseau n’a quitté la citadelle ces derniers jours, mis à part l’appareil utilisé par le Majoris. Le complexe ne possède pas d’autres issues. »
Corvus consulta son auspex.
— Frère, ce que tu dis est inexact. »
Il montra l’écran à Rafen et le sergent écarquilla les yeux.
— Un téléportarium ?
— Au niveau où nous nous trouvons, seigneur, utilisé pour le transit d’échantillons génétiques », dit le space marine. Il fronça les sourcils. « Il y a des dizaines de vaisseaux en orbite…
— Si ce fils de chienne arrive à se téléporter sur l’un d’eux, il est sûr de pouvoir s’échapper ! » Roan secoua la tête.
— Il faut scinder l’unité », dit Noxx qui pensait la même chose que son homologue Blood Angel.
— Accordé », acquiesça Rafen. « Corvus, tu pars avec le sergent Noxx et son escouade Flesh Tearer. Amène-les jusqu’à la salle terminatus et commence les rites d’oblitération. Quant à nous, nous allons localiser le téléportarium et le rendre inutilisable. »
Noxx indiqua Roan d’un geste. « Prends-le avec toi. Je ne permettrai pas à Mephiston de dire que j’ai laissé mes frères combattre avec un homme de moins.
— Pour Sanguinius, alors. »
Noxx hocha la tête.
— Oui, pour le primarque. »
Les mutants le suivaient docilement en file indienne, leur tête bougeant en mouvements saccadés comme des oiseaux de proie à la recherche de leur prochaine victime. Certains beuglaient, d’autres cherchaient à se mordre avec hargne. Ils s’étaient énormément nourris mais ils demeuraient toujours aussi affamés. Le primogenitor se demanda ce qu’il faudrait pour satisfaire leur appétit sans limites. Combien de litres de sang ? Combien de victimes ? Une partie de lui était triste de ne pas pouvoir rester en arrière afin d’observer leur comportement. Cela l’intéressait mais, à vrai dire, d’une façon purement accessoire. Il avait des choses beaucoup plus importantes à faire, des expérimentations beaucoup plus importantes à mener.
Fabius tapota de ses doigts effilés un rythme sur la bourse de chair attachée à sa ceinture, un sac à lanière fabriqué à partir d’une peau tannée prélevée sur le crâne d’une petite fille qu’il avait capturée sur un monde-ruche dont le nom lui échappait. À intérieur, à l’abri derrière les yeux et la bouche cousus, se trouvait l’échantillon que Caecus lui avait apporté. Le Démon du Sang le plus massif, celui qui marchait en tête, lui avait rapporté la fiole. Ce clone était le spécimen le plus avancé, le plus développé. Bile apercevait les prémices de l’intelligence dans ses yeux. Il portait un bolter qu’il avait volé ainsi que des cartouches de munitions prises dans l’armurerie de la citadelle. Le clone tenait l’arme d’une manière à la fois inhabituelle mais très familière.
Il esquissa un sourire. Ces replicae étaient exceptionnels, presque à égalité avec les Nouveaux Hommes créés par le primogenitor lui-même. C’était triste, dommage même, de gâcher un matériau génétique si riche mais cela servait une cause bien plus importante. Cette précieuse fiole valait tous les sacrifices. Les généformes contenues dans le liquide immortel allait lui faire gagner des décennies de recherche.
Le renégat laissa les portes du téléportarium grandes ouvertes derrière lui et s’approcha du pupitre de commandes, ralentissant à peine son pas pour briser la nuque du serviteur en faction. Il lança distraitement le cadavre vers les clones qui s’acharnèrent dessus pendant un moment. Il travailla à la vitesse de l’éclair sur le panneau constellé de runes, aidé par les appendices de cuivre accrochés dans son dos lorsqu’il se rendit compte que le plus massif des Démons du Sang, « l’alpha » de la meute, était en train de renifler l’air et de lui lancer des regards inquiets… Les mutants lui avaient montré une soumission presque instinctive, comme s’ils comprenaient à un niveau élémentaire qu’il était, d’une certaine manière, leur créateur. Mais à cet instant-là, ils commençaient à montrer des signes d’agitation.
Il se dépêcha : il avait d’autres affaires plus cruciales à régler et le temps commençait à manquer. Il sentait s’accroître la pression à l’arrière de son crâne. Le portail allait s’ouvrir, et il quitterait bientôt cet endroit. Il vivait ses derniers instants d’imposture en tant qu’Harans Serpens avant de redevenir lui-même une nouvelle fois. Sentir ses fidèles outils – sa baguette et sa seringue – dans ses mains lui manquait. Ils étaient son orbe et son sceptre, les accessoires qui l’avaient propulsé maître-généticien de l’Œil de la Terreur.
Mais, avant de repartir, il devait s’assurer que personne ne le suivrait. La première étape avait déjà été accomplie, il le sentait dans le changement de température de l’air. La deuxième étape… Il en avait presque fini avec elle.
Fabius laissa de côté les rituels d’activation et les litanies ennuyeuses de remerciement au Dieu-Machine que l’esprit-drone exigeait. Au lieu de cela, le chirurgeon accroché dans son dos étendit un bras muni d’une seringue et injecta un poison euphorisant dans la cavité crânienne du drone et le laissa se noyer dans les sensations de plaisir. Désormais libre d’agir, il put imposer un nouveau jeu de coordonnées et enclencher le processus de conversion matière-énergie pour que s’accumule la puissance nécessaire au transfert.
Les chaînes d’énergie bourdonnantes atteignaient leurs pics lorsque les hurlements des Démons du Sang se firent aigus et tonitruants. Une escouade de space marines venait de franchir les portes de la salle, et le renégat rit d’un ton plein de dédain.
— Vous êtes en retard, messieurs. »
Les hommes de Noxx bougeaient avec une rapidité et un talent de prédateur qui étaient tout l’opposé de ce qu’ils avaient montré sur Eritaen. Corvus suivait le rythme, l’auspex à la main, prêt à faire feu de son bolter.
Le sergent Flesh Tearer désamorça une mine à déclenchement laser installée à la hâte près de la porte massive de la salle terminus avant de l’ouvrir.
— Cette porte n’aurait pas dû être fermée ? » demanda l’un des Flesh Tearers.
Corvus n’y prêta pas attention, concentré sur la tâche qui l’attendait. Il avait déjà établi les scripts de désactivation du mécanisme de régulation géothermique, et il entra en même temps que Noxx, prêt à les offrir à l’esprit de la machine de la citadelle.
Il se figea en voyant le carnage. Les glyphes sur le pupitre de contrôle luisaient d’un rouge vif. Corvus avait à peine intégré cette information qu’il ressentit une faible vibration à travers la semelle de ses bottes.
Noxx poussa un juron.
— La situation est critique. »
Corvus secoua la tête, la bouche sèche.
— Non, sergent, c’est pire que cela. »
— Fabius Bile, je te condamne comme traître ! » cracha Rafen avant d’ouvrir le feu, le bolter calé sur la hanche. Les tirs de bolts criblèrent le pupitre de commande et le renégat esquiva la rafale en se jetant derrière la masse de câbles qui étaient connectés aux turbines énergétiques. Celles-ci encerclaient la rampe du téléporteur comme la couronne d’un géant.
Les clones Fils du Sang – non, les Démons du Sang – se déchaînèrent mais, cette fois-ci, les space marines étaient prêts. Ils effectuèrent un tir de barrage précis pour les contenir et les obliger à monter sur la grille hexagonale qui bourdonnait. L’énergie crépitante les enveloppa.
— En arrière ! » cria Puluo. « Restez en arrière ! »
À l’avant du groupe, Roan relâcha son attention. Rafen resta ébahi lorsqu’il vit un clone plus imposant que les autres lever un bolter avant d’ouvrir le feu. Le Flesh Tearer esquiva le tir et trébucha sur la grille tandis que de petites lueurs émeraude apparaissaient dans l’air. Noxx avait raison : les créatures étaient en train d’évoluer. Il se rappela du Fils du Sang qu’ils avaient affronté dans l’arène, la manière dont il s’était approprié rapidement leurs techniques de combat. Ces créatures faisaient la même chose, apprenant de plus en plus vite à chaque affrontement.
— Où est passé ce traître répugnant ? » demanda Ajir.
Rafen perçut un mouvement de l’autre côté de la salle. Il s’était attendu à ce que le renégat soit parmi les clones mais c’était tout l’inverse. Les appendices de son mécanisme vertébral s’agitant dans tous les sens, Bile se dirigeait vers une autre issue en se baissant pour esquiver de justesse les rafales de bolts.
Les clones martelaient le revêtement métallique en hurlant et l’un d’eux, un mutant déguingandé et filiforme, saisit Roan à la cheville. Rafen quitta son couvert pour tenter de l’attraper mais Puluo fit pivoter son bolter lourd et repoussa violemment le space marine.
— Non, seigneur ! »
Le sergent Blood Angel réalisa trop tard ce qui allait se passer. Rafen laissa échapper un souffle lorsque le bourdonnement électrique s’insinua jusque dans ses os et qu’une lumière émeraude illumina la salle. Il y eut un claquement de tonnerre, une bourrasque, et tout à coup, la plate-forme de téléportation était vide hormis quelques volutes d’ozone qui dérivaient là où, quelques instants auparavant, s’étaient tenus la horde stridente des clones et un Flesh Tearer.
Rafen grogna avant de monter en courant sur la plate-forme de transport encore crépitante d’énergie. Il était à mi-chemin lorsque le renégat lança un chapelet d’œufs métalliques vers le groupe de propulsion du téléporteur.
— Prenez ceci comme un cadeau ! » cria Fabius en refermant l’écoutille derrière lui.
Les grenades antichars explosèrent à l’impact et une onde de choc parcourut la salle. Rafen sentit la plate-forme se dérober sous ses pieds lorsqu’il fut projeté en l’air pour atterrir finalement dans une colonne de régulation qui explosa en fragments de verre tranchants.
Les secousses se rapprochaient dangereusement et Corvus commençait à entendre le grondement du torrent en ébullition qui se déversait dans les niveaux inférieurs. Les space marines remontèrent l’escalier de pierre au pas de charge, trois marches à la fois. Le champ de vision du Blood Angel se réduisit au dos de Noxx devant lui, le pack énergétique du sergent dodelinant alors qu’ils atteignaient les niveaux supérieurs.
— Frère-sergent Rafen, le processus de destruction a déjà démarré ! » dit-il dans son vox d’une voix hachée. « Bile nous a devancés ! Vous devez battre en retraite au Thunderhawk ! »
Personne ne lui répondit.
Ignorant la douleur qui lui transperçait le corps, Rafen s’extirpa des débris de la plate-forme du téléporteur en flammes et continua sa progression dans l’incendie. Il ouvrit l’écoutille d’un coup d’épaule et pénétra dans la pièce. Une passerelle d’accès surplombait une multitude de conduits énergétiques, continuant sur plusieurs mètres avant de se terminer de façon abrupte contre une paroi de ferrobéton.
Il sentit l’air autour de lui. L’atmosphère état lourde, avec une acidité nauséabonde et grasse au goût, même à travers les filtres de son casque. Un motif visqueux ornait le mur. Rafen posa la main sur la paroi de roche artificielle à la recherche d’une porte dérobée, d’une sortie cachée mais il ne trouva rien, aucun moyen physique de s’échapper de ce cul-de-sac. Il se concentra et ressentit pour la première fois la vibration sourde parcourant les murs autour de lui.
Il essaya rapidement tous les modes vision disponibles dans l’armure énergétique d’un space marine – électrochimique, ultraviolet, et infrarouge. Ce ne fut qu’en passant en vision prédatrice qu’il trouva ce qu’il voulait et le Blood Angel frappa instinctivement ce qui venait d’apparaître dans l’air. La forme commença à se dissiper lentement, comme une fumée épaisse.
Rafen réprima un haut-le-cœur. La fumée était en train de disparaître, mais pendant un instant il avait vu la silhouette fantomatique dans son intégralité. C’était une image, une ébauche grossière flottant en l’air.
Un crâne hurlant, un passage de la taille d’un space marine, et entre ses mâchoires grandes ouvertes flottait une étoile à huit branches.
Mephiston s’arrêta brutalement devant la fenêtre haute et siffla entre ses dents lorsqu’une lance de douleur lui transperça le crâne.
— Frère ? » dit Dante. « Qu’y-a-t-il ? »
Le psyker secoua la tête.
— Quelque chose… Je l’ai déjà ressenti mais je n’en étais pas sûr. Cette fois-ci par contre… L’empreinte des ténèbres… » Il déglutit, un goût métallique dans la bouche.
Il y eut alors un grand éclair vert très haut dans le ciel au-dessus de la cour centrale de la forteresse-monastère.
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