Histoire du Bas-Empire. Tome 04
Chapitre 1
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 18 parties.
HISTOIRE
DU BAS-EMPIRE. TOME IV.A PARIS,
{ FIRMIN DIDOT PÈRE ET FILS, Libraires, rue Jacob, nº 24; CHEZ { LEQUIEN, Libraire, rue des Noyers, nº 45; { BOSSANGE PÈRE, Libraire, rue de Richelieu, nº 60; { VERDIÈRE, Libraire, quai des Augustins, nº 25. HISTOIRE DU BAS-EMPIRE, PAR LEBEAU. NOUVELLE ÉDITION REVUE ENTIÈREMENT CORRIGÉE, ET AUGMENTÉE D’APRÈS LES HISTORIENS ORIENTAUX, PAR M. DE SAINT-MARTIN, MEMBRE DE L’INSTITUT (ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET ΒELLES-LETTRES). TOME IV. PARIS, DE L’IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, IMPRIMEUR DU ROI ET DE L’INSTITUT, RUE JACOB, nº 24. M. DCCC. XXIV.HISTOIRE
DU
BAS-EMPIRE.
LIVRE XIX.
I. Complots formés contre Valens. II. Devins consultés pour savoir quel sera son successeur. III. Caractère de Théodore. IV. Découverte de cette intrigue. V. Théodore est arrêté. VI. Punition de quelques conjurés. VII. Interrogatoire de Théodore et des principaux complices. VIII. Leur supplice. IX. Funeste crédit de Palladius et d’Héliodore. X. Histoire d’Héliodore. XI. Innocents condamnés. XII. Funérailles d’Héliodore. XIII. Persécution excitée contre les philosophes. XIV. Cruautés de Festus. XV. Mort du philosophe Maxime. XVI. Para roi d’Arménie, attiré à Tarse. XVII. Para s’échappe. XVIII. Il regagne l’Arménie. XIX. Il est assassiné. XX. Négociations avec Sapor. [XXI. Varazdat est nommé roi d’Arménie par Valens.] XXII. Assassinat de Gabinius roi des Quades. XXIII. Les Quades vengent la mort de leur roi. XXIV. Le jeune Théodose repousse les Sarmates. XXV. Paix avec Macrianus. XXVI. Débordement du Tibre. XXVII. Lois de Valentinien. XXVIII. Saint-Ambroise évêque de Milan. XXIX. Valentinien marche en Pannonie. XXX. Il apprend les vexations de Probus. XXXI. Il ravage le pays des Quades. XXXII. Mort de Valentinien. XXXIII. Valentinien II empereur. XXXIV. Conduite de Gratien à l’égard de son frère. XXXV. Caractère de Gratien encore César. XXXVI. Qualités de Gratien empereur. XXXVII. Mort de Théodose. XXXVIII. Punition de Maximin. XXXIX. Lois de Gratien. XL. Irruptions des Huns. XLI. Origine des Huns. XLII. Caractère et coutumes des Huns. XLIII. Idée générale de leur histoire. XLIV. Origine des Alains. XLV. Mœurs des Alains. XLVI. Les Huns passent en Europe. XLVII. Ils chassent les Ostrogoths. XLVIII. Défaite des Visigoths. XLIX. Les Goths s’assemblent sur les bords du Danube.VALENTINIEN, VALENS, GRATIEN.
[Note latérale: AN 374.
I.
Complots formés contre Valens.
Amm. l. 29, c. 1.
Zon. l. 13, t. 2, p. 33.]
La révolte de Firmus ne causait à Valentinien que de légères inquiétudes; il se reposait de la conservation de l’Afrique sur la capacité de Théodose. Mais son frère Valens vivait dans de perpétuelles alarmes: naturellement cruel et avare, il avait jusqu’alors forcé son caractère; enflé des médiocres avantages qu’il venait de remporter sur les Perses, il crut n’avoir plus besoin de se contraindre; ses courtisans avides, qu’il avait su retenir aussi-bien que ses vices, commencèrent à abuser de leur faveur pour ruiner les familles les plus opulentes. Ce prince environné de flatteurs qui fermaient tout accès aux plaintes et aux remontrances, plus obstiné dans sa colère lorsqu’elle était moins raisonnable, crédule aux rapports secrets, incapable par paresse d’examiner la vérité, et par orgueil de la reconnaître, ne lançait plus que des arrêts d’exil et de confiscation. Il se faisait un mérite d’être implacable, et il répétait souvent que quiconque s’apaise aisément s’écarte aisément de la justice. Plus de distinction entre l’innocent et le coupable; c’était par la sentence de condamnation que les objets de sa colère apprenaient qu’ils étaient soupçonnés1; ils passaient en un instant, comme dans un songe, de l’opulence à la mendicité. Le trésor du prince engloutissait toutes les fortunes, pour les verser ensuite sur ses favoris; et ses largesses ne le rendaient pas moins odieux que ses rapines. Tant d’injustices excitèrent la haine; et la haine publique produisit les attentats. Il se formait sans cesse des conspirations contre Valens: un jour qu’il dormait tranquillement après son dîner, dans un de ses jardins entre Antioche et Séleucie, un de ses gardes, nommé Salluste, fut sur le point de le tuer; et ce prince ne fut sauvé de ce péril et de plusieurs autres, que par les décrets de la Providence qui l’avait condamné à périr de la main des Goths.
[Note 1: Inexpiabile illud erat, quod regaliter turgidus, pari eodemque jure, nihil inter se distantibus meritis, nocentes innocentesque malignâ insectatione volucriter perurgebat: ut dum adhuc dubitaretur de crimine, imperatore non dubitante de pæna, damnatos se quidam priùs discerent quam suspectos. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: II.
Devins consultés pour savoir quel sera son successeur.
Amm. l. 29, c. 1 et 2.
Liban. or. 26, t. 2, p. 602.
Zos. l. 4, c. 13-15.
Greg. Naz. ep. 137, 138, t. 1, p. 864 et 865.
Chrysost. ad vid. Jun. t. 1. p. 343 et 344, et orat. 3 cont.
Anom. p. 470.
Socr. l. 4, c. 19.
Soz. l. 6, c. 35.
Philost. l. 9, c. 15.
Zon. l. 13, t. 2, p. 32.
Cedr. t. 1, p. 313.]
La même impatience qui faisait naître contre lui tant de complots, excita quelques visionnaires à rechercher quel serait son successeur. Fidustius, Irénée et Pergamius, tous trois d’un rang distingué, s’adressèrent pour cet effet à deux devins célèbres, nommés Hilaire et Patricius2. Je n’exposerai pas ici les ridicules cérémonies que ces devins pratiquèrent3, et dont on prétend qu’ils firent eux-mêmes le détail dans leur interrogatoire. Il suffira de dire qu’ayant gravé autour d’un bassin les caractères de l’alphabet grec, ils suspendirent au-dessus un anneau enchanté, qui, par ses vibrations diverses, marqua les lettres, dont l’assemblage formait la réponse de l’oracle. Elle était conçue en vers héroïques, et signifiait que le successeur de Valens serait un prince accompli; que leur curiosité leur serait funeste; mais que leurs meurtriers éprouveraient eux-mêmes la vengeance des dieux, et périraient par le feu dans les plaines de Mimas[4]. Comme l’oracle ne s’était exprimé sur le prince futur qu’en des termes généraux, on demanda quel était son nom. Alors l’anneau ayant frappé successivement sur ces lettres THEOD, un des assistants s’écria que les dieux désignaient Théodore. Tous les autres furent du même avis; et la chose parut si évidente, qu’on s’en tint là sans pousser plus loin la recherche. Il faut avouer que si ce récit était vrai dans toutes ses circonstances, jamais l’art magique n’aurait enfanté une prédiction plus juste ni plus précise; c’est ce qui doit en faire douter. En effet, les auteurs ne s’accordent pas sur le moyen qui fut employé: les uns disent qu’on fit usage de la nécromancie; quelques-uns racontent qu’on traça sur la terre un grand cercle, autour duquel on marqua, à distances égales, les lettres de l’alphabet; qu’on les couvrit ensuite de blé, et qu’un coq placé au centre du cercle avec des cérémonies mystérieuses, alla choisir les grains de blé semés sur les lettres que nous venons de dire.
[Note 2: On apprend de deux fragments d’Eunapius, insérés dans le lexique de Suidas, sous les noms de ces deux personnages, que le premier était Phrygien et le dernier Lydien. Zosime en dit autant, l. 4, c. 15. Le même auteur leur joint un certain Andronicus de Carie, qu’il qualifie aussi du nom de philosophe. Presque tous les philosophes de cette époque se mêlaient de magie et de divination.—S.-M.]
[Note 3: Ammien Marcellin en donne longuement le détail, l. 29, c. 1, d’après les dépositions d’un des accusés.—S.-M.]
[Note 4: Ces vers qui sont en grec, et qui paraissent bien avoir été supposés après coup, se trouvent dans Ammien Marcellin, l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: III.
Caractère de Théodore.]
Ce Théodore en faveur duquel on était si fortement prévenu, était né en Gaule, d’autres disent en Sicile, d’une famille ancienne et illustre. Une éducation brillante avait perfectionné ses talents naturels, et les graces de l’extérieur y ajoutaient un nouvel éclat: ferme et prudent, bienfaisant et judicieux, modeste et savant dans les lettres, il était chéri du peuple, respecté des grands, considéré de l’empereur; et quoiqu’il ne tînt que le second rang entre les secrétaires du prince, il était presque le seul qui fût assez courageux pour lui parler avec franchise, et assez habile pour s’en faire écouter. Eusérius, qui avait été vicaire d’Asie, et qui était dans le secret de la consultation, l’instruisit des prétendus desseins du ciel sur sa personne. Une tentation si délicate fit connaître que sa vertu n’était pas à l’épreuve de l’ambition. Théodore se sentit flatté, et aussitôt il devint criminel: il écrivit à Hilaire qu’il acceptait le présent des dieux, et qu’il n’attendait que l’occasion de remplir sa destinée.
[Note latérale: IV.
Découverte de cette intrigue.]
Il n’en eut pas le temps; la conspiration où l’on avait déja engagé un grand nombre de personnes considérables, fut découverte par un accident imprévu: Fortunatianus, intendant du domaine5, poursuivait deux de ses commis6, coupables d’avoir détourné les deniers du prince. Procope, ardent délateur, les accusa d’avoir voulu se tirer d’embarras, en faisant périr Fortunatianus, et de s’être adressés, pour cet effet, à un empoisonneur nommé Palladius, et à l’astrologue Héliodore7. L’intendant du domaine fit aussitôt saisir Héliodore et Palladius, et les mit entre les mains de Modestus, préfet du prétoire. Dans les tourments de la question, ils s’écrièrent qu’on avait tort d’employer tant de rigueurs pour éclaircir un fait si peu important; que si on voulait les écouter, ils révéleraient des secrets d’une toute autre conséquence, et qui n’allaient à rien moins qu’au renversement général de l’état. A cette parole on suspendit les tourments, on leur ordonna de dire ce qu’ils savaient: ils étaient instruits de la conspiration, et ils en exposèrent toute l’histoire. On leur confronta Fidustius, qui avoua tout; Eusérius fut mis en prison. On informa le prince de cette découverte; les courtisans, et surtout Modestus, s’empressaient à l’envie d’exagérer le péril et d’enflammer la colère du souverain; et comme il paraissait dangereux de faire arrêter tant de personnes, dont plusieurs avaient un grand crédit, le préfet, flatteur outré et impudent, élevant sa voix: Et quel pouvoir, dit-il, peut résister à l’empereur? il pourrait, s’il l’avait entrepris, faire descendre les astres du ciel, et les obliger de comparaître à ses pieds[8]. Cette hyperbole insensée ne révolta nullement l’imbécile vanité de Valens.
[Note 5: C’est-à-dire qu’il était Comes rerum privatarum ou Comes rei privatæ. Ce Fortunatianus avait été très-lié avec Libanius, comme on le voit par les lettres de ce dernier.—S.-M.]
[Note 6: C’étaient deux officiers du palais palatini, appelés Anatolius et Spudasius.—S.-M.]
[Note 7: Fatorum per genituras interpres. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note 8: Ad extollendam ejus vanitiem sidera quoque, si jussisset, exhiberi posse promittens. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: V.
Théodore est arrêté.]
On envoya en diligence à Constantinople pour enlever Théodore, qu’une affaire particulière y avait rappelé. En attendant son retour, on passait les jours et les nuits à interroger les complices qui se trouvaient dans Antioche; et sur leurs dépositions, on dépêchait de toutes parts jusque dans les provinces les plus éloignées, pour saisir les coupables et les amener à la cour. Plusieurs d’entre eux étaient distingués par leur noblesse et par leurs emplois. Les prisons publiques, et même les maisons particulières, étaient remplies de criminels, chargés de fers, tremblants pour eux-mêmes, et plus encore pour leurs parents et leurs amis dont ils ignoraient le sort. Théodore arriva: comme on appréhendait quelque violence de ses partisans, on le fit garder dans un château écarté sur le territoire d’Antioche. Sa disgrace avait du premier coup abattu son courage; et son ame qui avait paru si ferme à la cour, ne se trouva pas d’une trempe assez forte pour se soutenir à la vue d’une mort prochaine qu’il avait méritée.
[Note latérale: VI.
Punition de quelques conjurés.]
Valens forma un tribunal composé de grands officiers, auxquels présidaient le préfet du prétoire. On donnait alors la question aux criminels dans la salle même de l’audience, en présence de tous les juges. Quand les bourreaux eurent étalé à leurs yeux les instruments des diverses tortures, on fit entrer Pergamius. C’était un homme éloquent et hardi; mais sentant bien qu’il ne pouvait éviter la mort, au lieu de nier son crime et de désavouer ses complices, il prit une voie toute contraire; et soit pour effrayer Valens, soit pour prolonger sa vie, il n’attendit pas les interrogations des juges qui paraissaient embarrassés, et dénonça des milliers de complices, nommant avec une volubilité incroyable tout ce qu’il connaissait de Romains dans toute l’étendue de l’empire; il demandait qu’on les fît tous venir, et promettait de les convaincre. Une pareille déposition devenant inutile par l’impossibilité d’en éclaircir la vérité, on lui imposa silence pour lui prononcer son jugement, qui fut sur-le-champ exécuté. Après qu’on en eut fait mourir plusieurs autres que l’histoire ne nomme pas, on envoya chercher dans la prison Salia, qui avait été peu de temps auparavant trésorier général de la Thrace9. Mais pendant que ses gardes le détachaient pour le faire sortir du cachot, frappé d’effroi comme d’un coup de foudre, il expira entre leurs bras. On introduisit ensuite Patricius et Hilaire; on leur ordonna de faire le détail de leur procédé magique: comme ils hésitaient d’abord, on leur fit sentir les ongles de fer, et on les força ainsi d’exposer toutes les circonstances de la consultation; ils ajoutèrent, par amitié pour Théodore, qu’il ignorait tout ce qui s’était passé. Ils furent mis à mort séparément.
[Note 9: C’est-à-dire Receveur-général de la Thrace. Salia, thesaurorum paulo antè per Thracias Comes. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: VII.
Interrogatoire de Théodore et des principaux complices.]
Ces supplices n’étaient que le prélude de la principale exécution. On fit enfin comparaître ensemble tous les conjurés distingués par des emplois et des titres d’honneur. A la tête des coupables étaient Théodore, portant sur son visage tous les signes d’une profonde douleur. Ayant obtenu la permission de parler, il en usa d’abord pour demander grace par les plus humbles supplications; le président l’interrompit, en lui disant qu’il était question de réponses précises, et non pas de prières. Théodore déclara qu’ayant appris d’Eusérius la prédiction qui faisait son crime, il avait plusieurs fois voulu en informer l’empereur; mais que le même Eusérius l’en avait toujours détourné, sous prétexte que cette prédiction n’annonçait qu’une destination innocente, et qu’il parviendrait à l’empire par l’effet d’un accident inévitable, auquel il n’aurait lui-même aucune part. Eusérius, appliqué à une question cruelle, s’accordait parfaitement avec Théodore; mais la lettre écrite à Hilaire les démentait tous deux. Tous les autres, entre lesquels étaient Fidustius et Irénée, furent interrogés et convaincus. Eutrope, alors proconsul d’Asie, le même dont nous avons un abrégé de l’histoire romaine10, et dont saint Grégoire de Nazianze parle avec éloge11, quoiqu’il fût païen, avait été injustement confondu avec les conjurés. L’envie attachée au mérite avait saisi cette occasion de le perdre; il fut redevable de sa conservation au philosophe Pasiphile, qui résista constamment à toute la violence des tortures, par lesquelles on s’efforçait de lui arracher un faux témoignage. Un autre philosophe, nommé Simonide, signala sa hardiesse: il était encore fort jeune, mais déja célèbre par l’austérité de ses mœurs12. On l’accusait d’avoir été instruit de toute l’intrigue par Fidustius; il en convint, et ajouta qu’il savait mourir, mais qu’il ne savait pas trahir un secret. Fidélité louable, si elle n’eût pas été employée à favoriser un crime.
[Note 10: Eutropius Asiam proconsulari tunc obtinens potestate. Amm. Marc. l. 29, c. 1. Festus qui avait tenté de le faire périr le remplaça dans sa magistrature (voyez ci-après, § 14, p. 16). Il fut préfet du prétoire en 380 et en 381, et consul en 387, sous le règne de Théodose-le-Grand.—S.-M.]
[Note 11: Ce saint personnage lui avait eu de grandes obligations pendant sa préfecture d’Asie; il nous reste deux lettres qu’il lui adressa et dans l’une desquelles il l’appelle le grand Eutrope, Εὐτρόπιος ὁ μέγας.—S.-M.]
[Note 12: Adolescens ille quidem, verum nostrâ memoriâ severissimus. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: VIII.
Leur supplice.]
Le tribunal ayant envoyé toutes les dépositions à l’empereur, le pria de prononcer sur la punition. Il condamna tous les accusés à perdre la tête; le seul Simonide, dont l’intrépidité lui parut une insulte, fut destiné à un supplice plus rigoureux; Valens ordonna qu’il fût brûlé vif. Ils furent tous exécutés dans la place publique d’Antioche, à la vue d’une multitude innombrable, qui oublia leur crime pour s’attendrir sur leur supplice. La haine qu’on avait conçue contre l’empereur, leur tint lieu d’apologie; et le peuple voulut croire qu’entre ceux qui périrent alors, l’avarice du prince avait enveloppé un grand nombre d’innocents. La constance de Simonide rendit encore l’exécution plus odieuse: il se laissa dévorer par les flammes sans pousser aucun soupir, sans changer de contenance13, et renouvela le spectacle de cette effrayante fermeté, dont le philosophe Pérégrinus avait fait volontairement parade sous le règne de Marc-Aurèle. La femme de Théodore, qui égalait son mari en noblesse, dépouillée de ses biens, fut réduite à vivre en servitude; n’ayant sur les femmes nées dans l’esclavage que le triste privilège de tirer des larmes à ceux qui, en la voyant, se rappelaient sa fortune passée.
[Note 13: «Fuyant la vie comme une maîtresse furieuse, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 1, il mourut en riant». Qui vitam, ut dominam fugitans rabidam, ridens subitas momentorum ruinas, immobilis conflagravit. Il est bien difficile ici comme en beaucoup d’autres endroits de rendre exactement les expressions recherchées de l’auteur latin.—S.-M.]
[Note latérale: IX.
Funeste crédit de Palladius et d’Héliodore.]
Les bons princes sont sévères par nécessité, et indulgents par caractère; leur penchant naturel les ramène promptement à ces sentiments de douceur, qui font autant leur félicité que celle de leurs sujets. Mais Valens ne se lassa point de punir; il ouvrit son cœur à tous les soupçons, ses oreilles à tous les délateurs; et pendant quatre années, il ne cessa de frapper, jusqu’à ce que les Goths, exécuteurs de la justice divine, l’appelérent lui-même au bruit de leurs armes, pour recevoir la punition de tant de cruautés. Palladius et Héliodore, qui n’avaient évité le supplice qu’en dénonçant les conjurés, s’autorisant du service qu’ils avaient rendu à l’empereur, étaient devenus redoutables à tout l’empire: maîtres de la vie des plus grands seigneurs, ils les faisaient périr ou comme complices de la conjuration, ou comme coupables de magie, crime proscrit depuis long-temps, mais devenu irrémissible depuis qu’il avait donné naissance au dernier complot. Ils avaient imaginé un moyen infaillible de perdre ceux dont les richesses excitaient leur envie: après les avoir accusés, lorsqu’on allait par ordre du prince saisir leurs papiers, ils y faisaient glisser des pièces qui emportaient une condamnation inévitable. Ce cruel artifice fut répété tant de fois, et causa la perte de tant d’innocents, que plusieurs familles brûlèrent tout ce qu’elles avaient de papiers14, aimant mieux perdre leurs titres que de s’exposer à périr avec eux.
[Note 14: C’est principalement dans les provinces orientales que se firent ces recherches inquisitoriales. Inde factum est, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 2, per Orientales provincias, ut omnes metu similium exurerent libraria omnia: tantus universos invaserat terror.—S.-M.]
[Note latérale: X.
Histoire d’Héliodore.]
Héliodore était plus puissant et plus accrédité que Palladius, parce qu’il était encore plus fourbe et plus méchant15. Il avait été d’abord vendeur de marée16. Comme il passait par Corinthe, son hôte qui avait un procès, tomba malade, et le pria de se rendre pour lui à l’audience. Lorsqu’il eut entendu les avocats, il se persuada qu’il réussirait dans cette profession: il partagea son temps entre son commerce et l’étude des lois. La nature lui avait donné l’impudence, et ce talent suppléa à tous les autres. Il trouva assez de dupes pour faire une médiocre fortune. S’étant ensuite adonné à l’astrologie17, il s’attacha à la cour. Parvenu à la faveur du prince par la voie que nous avons racontée, les courtisans le comblaient de présents, et il les payait en accusations calomnieuses contre ceux qu’ils haïssaient. Sa table était somptueuse; il entretenait dans sa maison plusieurs concubines, auxquelles toutes les personnes en place se croyaient obligées de payer un tribut. Le grand-chambellan lui rendait de fréquentes visites de la part de l’empereur. Valens qui se piquait d’éloquence jusque dans ces cruelles sentences qu’il prononçait contre les innocents, s’adressait à Héliodore pour donner à son style le tour et les graces oratoires.
[Note 15: Heliodorus, tartareus ille malorum omnium cum Palladio fabricator. Amm. Marc. l. 29, c. 2.—S.-M.]
[Note 16: Ἄνθρωπος δέ τις γάρου κάπηλος, καὶ τοῦτο ποιῶν διὰ τῆς θαλάττης, Ἡλιόδωρος ὄνομα αὐτῷ. Liban. or. 26, t. 2, p. 602.—S.-M.]
[Note 17: Il était ce que l’on appelait alors un mathématicien, mathematicus ut memorat vulgus, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 2. Les mathématiciens de cette époque étaient des espèces de diseurs de bonne aventure.—S.-M.]
[Note latérale: XI.
Innocents condamnés.]
Ces deux scélérats firent périr plus de noblesse, que n’en aurait détruit une maladie contagieuse. Diogène, ancien gouverneur de Bithynie, était noble18, éloquent, chéri de tous par la douceur de ses mœurs, mais il était riche; il fut mis à mort. Alypius, autrefois vicaire des préfets dans la Grande-Bretagne, le même que Julien avait inutilement employé pour rebâtir le temple de Jérusalem19, s’était retiré de la cour et des affaires. La calomnie vint l’arracher de sa retraite. On l’accusa de magie avec son fils Hiéroclès, dont la probité était connue. Le père fut condamné au bannissement et le fils à la mort. Comme on traînait celui-ci au supplice, tout le peuple d’Antioche courut au palais de l’empereur, et obtint par ses cris la grace de ce jeune homme qui n’avait besoin que de justice. Bassianus, secrétaire de l’empereur20, avait consulté les devins sur la grossesse de sa femme; on l’accusa d’avoir eu un objet de plus grande importance: les sollicitations empressées de ses parents lui sauvèrent la vie, mais ne purent lui conserver ses biens. Eusèbe et Hypatius, frères de l’impératrice Eusébia21, et beaux-frères de Constance, n’avaient pas perdu depuis la mort de ce prince la considération qu’une si haute alliance leur avait procurée. Héliodore les accusa d’avoir porté leurs vues jusqu’à l’empire: il supposait une consultation de devins, et un voyage entrepris pour exciter une révolte: il prétendait même qu’Eusèbe s’était fait préparer les ornements impériaux. La colère de l’empereur s’alluma aussitôt, il ordonna l’information la plus rigoureuse; sur la requête d’Héliodore, il fit venir des provinces les plus éloignées une infinité de personnes. On mit en œuvre toutes les tortures; et quoiqu’une si dangereuse procédure n’eût servi qu’à faire éclater l’innocence d’Eusèbe et d’Hypatius, l’accusateur ne perdit rien de son crédit, et les accusés furent bannis. Il est vrai que cette injustice ne subsista pas long-temps. Ils regagnèrent Héliodore, et obtinrent leur rappel et la restitution de leurs biens.
[Note 18: Vir nobili prosapiâ editus. Ammien Marcellin, l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note 19: Voyez t. 3. p. 46, note 2, liv. XIII, § 35.—S.-M.]
[Note 20: Notarius militans inter primos. Amm. Marc. l. 29, c. 2. Le même historien ajoute qu’il était d’une race illustre. Bassianus procerum genere natus. Ces mots ont fait croire qu’il pouvait être le fils de Bassianus César, beau-frère de Constantin. D’autres pensent qu’il était le même que Bassianus fils de Thalassius qui avait été préfet du prétoire d’Orient, et gendre d’Helpidius, qui obtint la même dignité. Cette dernière opinion est la plus vraisemblable.—S.-M.]
[Note 21: Ils avaient été consuls en 359. Voyez t. 2, p. 268, liv. X, § 45.—S.-M.]
[Note latérale: XII.
Funérailles d’Héliodore.]
Peu de temps après, ce calomniateur, abhorré de tout l’empire, mais chéri de Valens, mourut de maladie, ou peut-être par l’effet d’une vengeance secrète22. Valens inconsolable lui fit préparer de magnifiques funérailles. Il avait résolu de les honorer de sa présence; et il ne s’en dispensa que sur les prières réitérées de sa cour, qui sentait mieux que lui l’indécence de cette démarche: mais il voulut que les personnes titrées, et nommément les deux beaux-frères de Constance marchassent devant le convoi en habit de deuil, la tête et les pieds nus, les bras croisés sur la poitrine23. Cet avilissement de ce qu’il y avait de plus respectable dans l’empire déshonorait le prince, sans honorer la mémoire de cet indigne favori: mais c’était le caractère de Valens, ainsi que de toutes les ames faibles, de se livrer sans réserve à ceux qu’il aimait, et de n’observer à leur égard aucune règle de bienséance et de justice. On en vit dans le même temps un autre exemple24. Un tribun, nommé Pollentianus, très-méchant, mais très-aimé du prince, avait ouvert le ventre à une femme enceinte et vivante, pour évoquer les ombres des morts, et les consulter sur le successeur de Valens. Le fait était avéré par la confession même du coupable. L’empereur, qui venait de punir si rigoureusement cette curiosité dans des circonstances beaucoup moins atroces, ne permit pas de condamner le tribun; et, malgré l’indignation des juges, il le laissa dans la possession paisible de ses biens et de son rang.
[Note 22: Heliodoro, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 2, incertum morbo an quadam excogitata vi mortuo. Nolim dicere, utinam nec ipsa res loqueretur?—S.-M.]
[Note 23: Funus ejus per vespillones elatum pullati præcedere honorati complures, inter quos et fratres jussi sunt consulares…. Inter quos omnes adolescentiâ et virtutum pulchritudine commendabilis noster Hypatius præminebat. Amm. Marc. l. 29, c. 2. Flavius Hypatius fut préfet du prétoire d’Italie, en 382 et 383. Il joignit à cette dignité la préfecture de Rome.—S.-M.]
[Note 24: Ammien Marcellin l’appelle par ironie une des belles actions de Valens. Accesserat hoc quoque eodem tempore ad Valentis cæteras laudes, l. 29, c. 2.—S.-M.]
[Note latérale: XIII.
Persécution excitée contre les philosophes.
Amm. l. 29, c. 1 et 2.
Themist. or. 7, p. 99.
Eunap. in Max. t. 1, p. 62 et 63, ed. Boiss.
Liban. vit. t. 2, p. 52, 56 et 57.
Zos. l. 4, c. 15.
Socr. l. 4, c. 19.
Soz. l. 6, c. 35.
Zon. l. 13, t. 2, p. 33.
Suid. in Φῆστος.]
Socrate, et d’après lui Sozomène, rapportent que Valens ordonna de mettre à mort tous ceux dont le nom commençait par les deux syllabes THEOD, et que pour éviter cette proscription, quantité de personnes changèrent de nom. Cet ordre cruel aurait inondé de sang tous les états de Valens: rien n’était plus commun que cette dénomination dans les noms d’étymologie grecque. Aussi les auteurs les plus dignes de foi épargnent à Valens ce trait d’inhumanité. Mais ils conviennent qu’il fit brûler tous les livres de magie, et qu’il persécuta vivement les philosophes, dont la science n’était alors qu’une cabale. Il en fut des livres comme des hommes: on en condamna aux flammes un grand nombre d’innocents, et cet incendie fit périr beaucoup d’ouvrages de littérature, de physique et de jurisprudence25. Les délateurs poursuivaient sans relâche les philosophes, et les livraient aux magistrats, qui les condamnaient sans connaissance de cause. Il y en eut qui s’empoisonnèrent pour se soustraire aux supplices26. Libanius échappa à la haine de Valens; et si on veut l’en croire, ce fut à la magie même qu’il fut redevable de n’être pas convaincu de magie. Le nom de philosophe était devenu si funeste, qu’on en évitait avec soin jusqu’à la moindre ressemblance dans les habits. Comme on faisait dans toutes les provinces d’exactes recherches, on trouva entre les papiers d’un particulier l’horoscope d’un nommé Valens: et quoique celui à qui ils appartenaient, alléguât pour sa défense qu’il avait eu un frère de ce nom, et qu’il était en état de prouver que cet horoscope était celui de son frère, on le fit mourir sans vouloir l’entendre. Ce qui n’était que folie et faiblesse d’esprit devint un crime d’état. L’usage de ces remèdes extravagants, qui consistent en certaines paroles et en pratiques bizarres et ridicules, fut puni de mort. Festus, proconsul d’Asie, fit périr dans les plus grands tourments Céranius, Égyptien, philosophe célèbre27; parce que dans une lettre latine écrite à sa femme, il avait inséré du grec, que Festus n’entendait pas.
[Note 25: Deinde congesti innumeri codices, et acervi voluminum multi sub conspectu judicum concremati sunt, ex domibus eruti variis ut illiciti, ad leniendam cæsorum invidiam: cùm essent plerique liberalium disciplinarum indices variarum et juris. Ammian. Marcell. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note 26: Selon Zonare, l. 13, t. 2, p. 33, ce fut un philosophe nommé Iamblique qui se donna ainsi la mort. Il est probable que ce Iamblique est celui auquel Julien adressa plusieurs lettres qui existent encore.—S.-M.]
[Note 27: Philosophum quemdam Cœranium, haud exilis meriti virum. Amm. Marc. l. 29, c. 2. Il est aussi question de ce philosophe dans un fragment d’Eunapius, rapporté par Suidas: il nous apprend que Céranius était Égyptien.—S.-M.]
[Note latérale: XIV.
Cruautés de Festus.]
Ce proconsul28 était né à Trente Tridentinum, d’une fort basse extraction. Devenu avocat, il se lia d’une amitié étroite avec Maximin29, qui exerçait alors la même profession. Pendant que celui-ci s’avançait par ses intrigues à la cour de Valentinien, Festus passa en Orient, et s’attacha au service de Valens. Il fut gouverneur de Syrie30, et secrétaire du prince pour l’expédition des brevets31. Dans ces deux emplois, il se fit aimer par sa douceur, et mérita avec l’estime publique la charge de proconsul d’Asie. Il était le premier à blâmer la conduite injuste et cruelle de son ancien ami: mais la fortune de Maximin le piqua de jalousie, et étouffa dans son cœur tout sentiment d’honneur et de vertu. Voyant que ce méchant homme s’était élevé à la préfecture du prétoire à force de répandre du sang, il crut devoir tenir la même route pour parvenir à la même dignité. Changeant tout à coup de caractère, il devint violent, injuste, inhumain; et tandis que l’Italie et la Gaule gémissaient sous le gouvernement de Maximin, Festus, rival de ce tyran, désolait l’Asie par ses cruautés et ses injustices. C’est à lui qu’on attribue un sommaire fort court de l’histoire romaine, dédié à l’empereur Valens, aussi-bien qu’une description de la ville de Rome32.
[Note 28: Il se nommait Sextus Rufus Festus.—S.-M.]
[Note 29: Il paraît, d’après ce que dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 2, qu’il était son parent, in nexum germanitatis a Maximino dilectus, ut sodalis et contogatus.—S.-M.]
[Note 30: Il avait occupé cette place en l’an 368.—S.-M.]
[Note 31: Il était magister memoriæ ou secrétaire intime.—S.-M.]
[Note 32: Ces deux ouvrages, presque sans importance, ont été imprimés plusieurs fois dès le quinzième siècle. La meilleure édition est celle qui a été donnée à Hanovre en 1815, 1 vol. in-8º, par M. Guill. Muennich.—S.-M.]
[Note latérale: XV.
Mort du philosophe Maxime.]
Entre les innocents qu’il fit mourir, on ne peut compter le fameux Maxime33, dont la mort ne parut injuste qu’aux zélés partisans de l’idolâtrie. Dès le commencement du règne des deux empereurs, cet imposteur, après avoir couru risque de la vie, avait obtenu la permission de retourner en Asie. Quoiqu’il n’éprouvât que des disgraces, il ne prit point de part à la révolte de Procope, et il essuya même à ce sujet une nouvelle persécution de la part des rebelles. Ennuyé d’une vie si misérable, il pria sa femme de lui apporter du poison: elle obéit, mais l’ayant elle-même avalé en sa présence, elle expira entre ses bras. Il aurait succombé à tant de malheurs, si Cléarque, alors proconsul d’Asie, imbu de sa doctrine, ne se fût hautement déclaré son protecteur. La faveur de ce magistrat lui rendit son repos et son ancienne fortune. Il revint à Constantinople. Soupçonné d’être entré dans le complot de Théodore, il avoua qu’il avait eu connaissance de l’oracle, mais qu’il aurait cru déshonorer la philosophie, s’il eût révélé le secret de ses amis. Il fut, par ordre de l’empereur, transféré à Éphèse, sa patrie34, où Festus lui fit trancher la tête. Ainsi fut vengé le sang de tant de chrétiens, que ce fanatique avait fait couler sous le règne de Julien, son admirateur et son disciple. Mais la religion chrétienne, instruite à ne se venger de ses plus mortels ennemis que par des bienfaits, n’eut aucune part à ce supplice. Elle n’entrait pour rien dans les conseils de l’ambitieux Festus, qui cinq ans après, ayant embrassé l’idolâtrie sans qu’on en puisse deviner la raison, tomba mort en sortant d’un temple35.
[Note 33: Ammien Marcellin en parle dans les termes les plus honorables. Maximus, dit-il, ille philosophus, vir ingenti nomine doctrinarum, cujus ex uberrimis sermonibus ad scientiam copiosus Julianus exstitit imperator. l. 29, c. 1.—S.-M.]
[Note 34: Il avait été amené à Antioche pour y être jugé: ὁ Μάξιμος συνηρπάσθη μὲν, καὶ εἰς τὴν Ἀντιόχειαν ἦλθεν, dit Eunapius, t. 1, p. 63, edit. Boiss.—S.-M.]
[Note 35: C’était un temple des Euménides. Eunapius, qui rapporte ce fait, est bien tenté de le présenter, comme un effet de la vengeance des dieux, et le juste châtiment de la mort de Maxime. Festus avait été destitué par Théodose, peu de temps après son avènement à l’empire. Il avait alors contracté un mariage riche, γάμον τυραννίδι πρέποντα, qui avait peut-être eu de l’influence sur son changement de religion. Eunap. in Max. t. 1, p. 64.—S.-M.]
[Note latérale: XVI.
Para, roi d’Arménie attiré à Tarse.
Amm. l. 30, c. 1.]
Les soupçons de Valens, qui mettaient en deuil tant de familles, ne furent pas moins funestes au roi d’Arménie36. On persuada à l’empereur que Para continuait d’entretenir des intelligences secrètes avec les Perses: on lui dépeignait ce jeune prince comme un ingrat et un perfide37. Ce rapport était du moins hasardé. On avait lieu de croire que Para, qui ignorait l’art de feindre, après avoir été quelque temps séduit par les artifices de Sapor38, était revenu de son erreur, et il paraissait rentré de bonne foi dans le parti des Romains. Mais il avait un ennemi mortel dans la personne de Térentius, qui résidait alors en Arménie de la part de l’empereur39. Térentius, dont les écrivains ecclésiastiques font l’éloge40, parce qu’il était fort attaché à la foi catholique, était d’ailleurs un esprit sombre, dangereux, ardent à semer la discorde41. Appuyé du témoignage de quelques seigneurs Arméniens, qui voulaient perdre leur prince, parce qu’ils l’avaient offensé42, il ne cessait d’écrire à la cour, et de remettre sous les yeux la mort de Cylacès et d’Artabannès43. Ces impressions malignes firent leur effet sur Valens. Il manda le jeune monarque pour conférer avec lui sur des affaires pressées et importantes44. Para était imprudent par caractère autant que par jeunesse, et jamais ses malheurs passés ne purent l’instruire à la défiance. Il partit avec trois cents cavaliers, et étant arrivé à Tarse, il y fut retenu sous divers prétextes45. On lui rendait tous les honneurs dus à sa dignité46; mais l’éloignement de la cour, et le profond silence qu’on gardait sur des affaires, qu’on lui avait annoncées comme pressantes47, commençaient à lui donner de l’inquiétude, lorsqu’il apprit, par des avis secrets, que Térentius sollicitait vivement l’empereur d’envoyer au plus tôt un autre roi en Arménie48. Ce général faisait entendre à Valens que la nation détestait Para, et que, dans la crainte de retomber entre ses mains, elle était prête à se donner aux Perses49.
[Note 36: Dirum in Oriente committitur facinus, Para Armeniorum rege clandestinis insidiis obtruncato. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 37: Consarcinabant inhunc etiamtum adultum crimina quædam apud Valentem exaggerantes malè sollertes homines, dispendiis sæpè communibus pasti. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 38: Voyez tom. 3, p. 431 et suiv., liv. XVIII, § 32.—S.-M.]
[Note 39: Il était, comme on s’exprimait alors, duc d’Arménie, dux Armeniæ.—S.-M.]
[Note 40: S. Basile l’appelle (ep. 215, t. 3, p. 323) un homme admirable θαυμασιωτάτος ἄνηρ, ou bien (ep. 216, t. 3, p. 324) un homme excellent en tout, τὸν πάντα ἄριστον ἄνδρα Τερέντιον. Nous avons encore deux lettres de ce saint (ep. 99, t. 3, p. 193, et ep. 214, t. 3, p. 320) adressées à ce général, et où il ne le traite pas avec moins de bienveillance. Il en est de même de Théodoret dans son Histoire ecclésiastique (l. 4, c. 32).—S.-M.]
[Note 41: Le portrait qu’Ammien Marcellin fait de Térentius, l. 30, c. 1, est loin d’être flatteur. Inter quos erat, dit-il, Terentius dux demissè ambulans, semperque submœstus, sed quoad vixerat, acer dissensionum instinctor.—S.-M.]
[Note 42: Qui adscitis in societatem gentilibus paucis, ob flagitia sua suspensis in metum. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 43: Scribendo ad comitatum assiduè Cylacis necem replicabat et Artabannis. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 44: Unde quasi futurus particeps suscipiendi tunc pro instantium rerum ratione tractatus. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 45: Apud Tarsum Ciliciæ obsequiorum specie custoditus. Amm. Marc. l. 30, c. 2.—S.-M.]
[Note 46: Para regaliter vocatus, dit Ammien Marcellin, l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 47: Nec urgentis adventus causam scire cunctis reticentibus posset. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 48: Tandem secretiore indicio comperit, per litteras Romano rectori suadere Terentium, mittere propediem alterum Armeniæ regem. Amm. Marc. l. 30, c. 1. Il serait possible que Térentius ait voulu, vers cette époque, placer sur le trône d’Arménie un prince arsacide nommé Varazdat, qui, selon les historiens arméniens, était venu dans ce royaume dans le temps même de la captivité d’Arsace. Ce qui peut appuyer cette conjecture c’est que ce Varazdat, qui était, à ce qu’il paraît, frère naturel de Para, fut déclaré roi d’Arménie, peu après l’assassinat de ce prince.—S.-M.]
[Note 49: Ne odio Paræ speque quod revertetur, natio nobis opportuna deficeret ad jura Persarum, eam rapere vi vel metu vel adulatione flagrantium. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: XVII.
Para s’échappe.]
Le jeune roi ouvrit alors les yeux sur le péril qui le menaçait50. Il rassembla ses trois cents cavaliers51, tous bien montés et pleins de courage; et se mettant à leur tête, il sortit hardiment52 de la ville vers la fin du jour. L’officier chargé de la garde des portes53, courut après lui à toute bride, et l’ayant atteint à quelque distance, le conjura de revenir. Pour toute réponse, on le menaça de le tuer, s’il ne se retirait à l’instant. Peu de temps après, Para se voyant poursuivi par une grande troupe de cavaliers, revint sur eux avec les plus braves de ses gens, et fit si bonne contenance, qu’ils n’osèrent hasarder une action, et le laissèrent librement continuer sa route. Après avoir marché deux jours et deux nuits par des chemins rudes et difficiles, sans prendre de repos, ils arrivèrent au bord de l’Euphrate. Comme ils ne trouvaient point de bateaux, et qu’ils ne pouvaient, sans s’exposer à une perte certaine, entreprendre de traverser à la nage un fleuve si large et si rapide54, ils se crurent perdus sans ressource. Enfin on s’avisa d’un expédient. Ce pays était un vignoble; on y trouva quantité d’outres, dont on se servit pour soutenir des planches, sur lesquelles ils passèrent, tenant leurs chevaux par la bride. Quelques-uns traversèrent le fleuve sur leurs chevaux mêmes; et tous, avec un extrême danger, mais sans aucune perte, atteignirent l’autre bord. Ils s’y reposèrent quelques moments, et reprirent leur route avec encore plus de diligence.
[Note 50: Quæ reputans, ille impendere sibi præsagiebat exitium grave. Ammien Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 51: Conglobatis trecentis comitibus secutis eum e patria. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 52: Audacter magis quàm consideratè. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 53: Ce n’est pas le gardien des portes de la ville, mais le gouverneur de la province qui courut après le roi, selon le récit d’Ammien Marcellin, l. 30, c. 1. Cumque eum provinciæ moderator, apparitoris qui portam tuebatur imparatus, festinato studio reperisset in suburbanis, ut remaneret enixius obsecrabat.—S.-M.]
[Note 54: Inopiâ navium voraginosum amnem vado transire non posset. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note latérale: XVIII.
Il regagne l’Arménie.]
Valens, averti de l’évasion de Para, avait sur-le-champ dépêché le comte Daniel et Barzimer, tribun de la garde, avec mille hommes de cavalerie légère55. Comme le prince, ne connaissant pas le pays, perdait beaucoup de temps dans des détours inutiles56, ceux-ci gagnèrent les devants par des routes abrégées. S’étant arrêtés dans un lieu où il n’y avait que deux passages éloignés d’une lieue l’un de l’autre57, ils se partagèrent sur ces deux chemins chacun avec leur troupe. Un heureux hasard sauva le roi d’Arménie. Un voyageur ayant aperçu les cavaliers postés sur ces deux routes, passa pour les éviter au travers des buissons et des bruyères qui remplissaient l’intervalle, et rencontra les Arméniens. On le conduisit au roi, qu’il instruisit en secret de ce qu’il avait vu. Para le retint pour servir de guide; et sans faire connaître à ses gens le danger où ils étaient, il envoya séparément deux cavaliers, l’un à droite et l’autre à gauche, pour préparer sur les deux chemins des logements et des vivres. Un moment après il partit lui-même, guidé par le voyageur; et ayant fait passer ses gens à la file par un sentier étroit et fourré, il laissa l’embuscade derrière lui. Les Romains s’étant saisis des deux cavaliers, l’attendirent inutilement aux deux passages tout le reste du jour. Il eut le temps de gagner du pays, et arriva dans ses états, où il fut reçu avec une extrême joie58. Daniel et Barzimer retournèrent à Antioche, couverts de confusion59; et pour se défendre des railleries dont on les accablait, ils publièrent que Para était un enchanteur, et qu’il s’était rendu invisible lui et sa troupe60. Ce conte absurde trouva croyance à la cour, entêtée pour lors de magie et de sortiléges.
[Note 55: Le premier était comte et le second tribun des Scutaires. Cum sagittariis mille succinctis et levibus Danielum mittit et Barzimerem revocaturos eum, comitem unum, alterum Scutariorum tribunum. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 56: Ut peregrinus et insuetus mæandros faciebat et gyros. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 57: Vias proximas duas trium millium distinctas. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 58: Ille regno incolumis restitutus, et cum gaudio popularium summo susceptus. Amm. Marc. l. 30, c. 3.—S.-M.]
[Note 59: Pour se venger de la honte et du mépris que leur attira cette mésaventure, Daniel et Barzimer ne cessèrent de calomnier Para dans l’esprit de l’empereur, pour tâcher de le perdre. On pourrait donc croire d’après ce qu’en dit Ammien Marcellin, l. 30, c. 1, qu’ils contribuèrent à décider l’empereur à ordonner le lâche assassinat, que l’on commit bientôt sur la personne du jeune roi d’Arménie. Ut hebetatæ, dit-il, primo appetitu venenatæ serpentes, ora exacuere letalia, cum primum potuissent, elapso pro virium copia nocituri. Et leniendi causâ flagitii sui, vel fraudis quam meliore consilio pertulerunt, apud imperatoris aures rumorum omnium tenacissimas incessebant falsis criminibus Param....—S.-M.]
[Note 60: Ammien Marcellin donne quelques détails, qui sont loin d’être clairs, sur la prétendue puissance magique du roi d’Arménie. Selon lui, Daniel et Barzimer accusaient ce prince de savoir, par des enchantements semblables à ceux de Circé, affaiblir et changer les corps d’une manière extraordinaire; ils ajoutaient que c’était en usant de semblables moyens qu’il leur avait échappé, en s’enveloppant d’un nuage et en prenant d’autres formes encore, et qu’il était à craindre qu’il ne causât d’autres maux, si on ne faisait aucune attention à son évasion. Apud imperatoris aures rumorum omnium tenacissimas incessebant falsis criminibus Param, incentiones Circeas in vertendis debilitandisque corporibus miris modis eum callere fingentes: addentesque quod hujusmodi artibus offusâ sibi caligine mutatus, vasorumque formâ transgressus, tristes sollicitudines, si huic irrisioni superfuerit, excitabit. Amm. Marc. l. 30, c. 1. Il est difficile de se faire une idée juste de ce que cet auteur entend par les mots vasorum formâ transgressus; doit-on penser qu’il veut dire par là, que le roi d’Arménie avait échappé à ses ennemis sous la forme de vases, ou qu’à la faveur d’un nuage factice, on avait pu le prendre lui et les siens pour des bagages? Quoi qu’il en soit sur ce point, qui n’importe guère, on ne sera pas peu surpris de retrouver des récits à peu près semblables, et les mêmes imputations dans l’historien arménien Faustus de Byzance qui était contemporain (l. 4, c. 44, et l. 5, c. 22). Cet auteur prétend que c’était là un effet de la conduite criminelle de la reine Pharandsem, qui avait dévoué aux démons son fils naissant. Aussi, selon lui, ces démons agissaient-ils dans ce prince, et le dirigeaient-ils dans toutes ses actions. Il ajoute même qu’ils étaient visibles, et qu’ils sortaient des épaules de ce roi, lui environnant le cou de manière à épouvanter ceux qui étaient en sa présence, mais qu’ils disparaissaient aussitôt que le patriarche Nersès se montrait. Il en fut ainsi pendant toute la vie de Para; et c’est à cette obsession qu’il faut attribuer selon Faustus de Byzance toutes les mauvaises actions du jeune roi d’Arménie. Ces récits fabuleux, qui décèlent un ennemi de Para, et qui montrent que l’historien arménien était un fauteur secret des généraux romains qui tramaient la perte de Para, font cependant voir, en les rapprochant de ce que rapporte Ammien Marcellin, que ces bruits absurdes étaient réellement répandus à cette époque dans l’Arménie et dans l’empire.—S.-M.]
[Note latérale: XIX.
Il est assassiné.
[Amm. l. 30, c. 1.
Faust. Byz. l. 5, c. 32.
Mos. Chor. l. 3, c. 39.
Theod. l. 4, c. 32.]]
Le roi d’Arménie, naturellement doux et paisible61, dévora sans se plaindre l’injure qu’il avait reçue. Il demeurait fidèle aux Romains62. Mais Valens ne pouvait lui pardonner de s’être affranchi d’un indigne esclavage. Il se vengea par une horrible perfidie du mauvais succès de la première63. Le comte Trajan avait succédé à Térentius. Celui-ci, à son retour d’Arménie64, fit une action qui serait digne d’un héros du christianisme, et qui montre entre mille exemples que la méchanceté du caractère n’altère pas toujours la pureté de la croyance. Valens content des services de Térentius, l’invita à lui demander telle récompense qu’il désirerait. Le comte lui présenta une requête, par laquelle il ne demandait ni or, ni argent, ni aucune dignité, mais seulement une église pour les Catholiques. L’empereur irrité la mit en pièces. Demandez-moi toute autre chose, lui dit-il; celle-ci est la seule que je ne puisse vous accorder. Alors Térentius ramassant les morceaux de sa requête: Prince, répondit-il, je me tiens pour récompensé; celui qui juge les cœurs me tiendra compte de mon intention. Valens, par des dépêches secrètes, chargea le comte Trajan65, qui avait succédé à Térentius, de le défaire d’un prince dont la patience augmentait sa honte. C’était à force de crimes vouloir étouffer les remords. Trajan se prêta sans scrupule à ce détestable ministère. Il fit sa cour au jeune prince: il entrait dans ses parties de plaisir; il lui remettait souvent des lettres de l’empereur, par lesquelles il paraissait que tous les nuages de défiance étaient dissipés66. [Le roi habitait alors un lieu nommé Khou, dans le canton de Pakrévant67, non loin du camp des Romains, où se trouvait Trajan, qui] l’invita enfin à un festin. Le prince s’y rendit68. Tout respirait le plaisir et la joie. [Para, traité en apparence avec tous les égards que l’on doit à un roi, était à la place d’honneur. Une garde nombreuse, armée de haches et de boucliers, était placée à l’extérieur, tandis qu’un détachement se rangeait dans l’intérieur autour de la tente où on faisait le festin. Le roi crut que c’était une attention du général; mais bientôt il fut détrompé. Au milieu du repas69, pendant qu’on servait des mets délicats, que la salle retentissait du bruit des chants et des instrumens, et que le vin échauffait les convives,] Trajan sortit et en sa place on vit entrer un Barbare70, d’un regard effrayant, tenant en main une épée nue. Les convives, les uns glacés d’effroi, les autres complices de l’assassinat, demeurèrent immobiles, ou prirent la fuite. Para, ayant tiré son poignard, disputa quelque temps sa vie, et tomba percé de coups71. [Gnel, prince des Andsévatsiens72, se fit tuer sur le corps de son souverain.] Ainsi périt ce prince trop crédule73. [De sa femme Zarmandokht, dont l’origine nous est inconnue, Para laissait deux enfans en bas âge, et hors d’état de faire valoir leurs droits à la couronne. Ils se nommaient Arsace et Valarsace. Il en sera question par la suite.] Ce meurtre, plus affreux dans ses circonstances, que n’avait été celui de Vithicabius, acheva de convaincre les nations étrangères, que les Romains n’avaient plus de caractère propre; et que sous un méchant prince, ils ne respectaient ni la foi des alliances, ni la majesté des rois, ni les droits sacrés de l’hospitalité74.
[Note 61: Faustus de Byzance représente au contraire le roi d’Arménie comme très-méchant et surtout très-corrompu; il n’est aucune débauche, aucune infamie, dont il ne le suppose capable (Faust. Byz. l. 4, c. 44 et l. 5, c. 22).—S.-M.]
[Note 62: Au contraire, selon Faustus de Byzance, l. 5, c. 32, le roi d’Arménie aurait voulu faire alliance avec le roi de Perse; il lui envoyait des ambassadeurs pour en obtenir des secours contre l’empereur. Il assure que poussé par un orgueil insupportable, ou plutôt par un accès de folie, il prétendait que l’empereur lui cédât Césarée de Cappadoce et dix autres villes, ainsi qu’Édesse qui, disait-il, avait été fondée par ses ancêtres; sans quoi, il saurait bien s’en rendre maître. Le connétable Mouschegh et les autres princes, ajoute-t-il, ne purent empêcher les démarches inconséquentes de leur souverain. Quoiqu’il soit bien évident que toutes ces allégations viennent d’un ennemi, il ne serait pas étonnant qu’elles eussent quelques fondements. Il est assez clair en effet que, tout en blâmant la conduite que l’empereur et ses officiers tinrent avec le roi d’Arménie, Ammien Marcellin regarde comme constant que Para entretenait des relations avec le roi de Perse. Quoiqu’il en rejette la faute sur l’inexpérience et la jeunesse du prince, il établit involontairement le fait, mieux attesté encore par les regrets que témoigna Sapor en apprenant la mort de Para, dont il avait fait périr le père et la mère: Sapor, dit-il, l. 30, c. 2, comperto interitu Paræ, mærore gravi perculsus. Il paraît donc que malgré les secours que les Romains avaient fournis à Para, pour le rétablir sur le trône de son père, ce prince avait prêté l’oreille aux partisans des Perses. La crainte d’être sacrifié et abandonné comme Arsace, si les Romains éprouvaient des revers dans l’Orient, l’avait peut-être porté à chercher les moyens de se préserver des mêmes malheurs. Il paraît, d’après ce que raconte Faustus de Byzance, que Gnel prince des Andsévatsiens, était le principal guide de Para, et qu’il était en Arménie le chef du parti persan.—S.-M.]
[Note 63: Hinc in illum inexplicabile auctum principis odium, et doli struebantur in dies, ut per vim ei vel clam vita adimeretur. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 64: Ἀπὸ τῆς Ἀρμενίας Τερέντιος τρόπαια στήσας. Theod. l. 4, c. 32.—S.-M.]
[Note 65: Agenti tunc in Armenia Trajano, et rem militarem curanti, id secretis committitur scriptis. Amm. Marc. l. 30, c. 1. Faustus de Byzance rapporte, l. 5, c. 32, que Térentius et Arinthée étaient encore en Arménie. Les détails circonstanciés donnés par Ammien Marcellin, font voir que l’auteur arménien n’a pas été bien informé de ce qui concerne la catastrophe de son souverain. J’en dirai autant de Moïse de Khoren, qui attribue aussi (l. 3, c. 39) à Térentius la mort du jeune Para.—S.-M.]
[Note 66: Qui inlecebrosis regem insidiis ambiens, et modò serenæ mentis Valentis indices litteras tradens, modò ipse sese ejus conviviis ingerens. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 67: Voy. t. 2, p. 224, note 1, liv. X, § 11.—S.-M.]
[Note 68: Ad ultimum compositâ fraude ad prandium verecundius invitavit: qui (rex) nihil adversum metuens venit, concessoque honoratiore discubuit loco. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 69: Cumque apponerentur exquisitæ cuppediæ, et ædes amplæ nervorum et articulato flatilique sonitu resultarent, jam vino incalescente; ipso convivii domino per simulationem naturalis cujusdam urgentis egresso, etc. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.]
[Note 70: Il était, selon Ammien Marcellin, l. 30, c. 1, du nombre de ceux qu’on appelle Supræ. Quidam barbarus asper, ex his quos Supras appellant.—S.-M.]