Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Charles Le Beau · Chapitre 1 sur 1 · partie 16/18

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Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 18 parties.

[Note 676: Voici l’indication chronologique de toutes les tentatives faites par le sénat, pour obtenir le rétablissement de l’autel de la Victoire. La première fois en 382, on s’adressa à Gratien qui refusa d’entendre les députés. La seconde en 384, auprès de Valentinien, durant la dispute de Symmaque avec Saint Ambroise; la troisième en 388, auprès de Théodose; c’est celle dont il s’agit ici: et enfin en 392, auprès du jeune Valentinien.—S.-M.]

[Note 677: Non puto, dit-il, bonis temporibus eam causæ meæ conditionem futuram; quæ sub tyranno fuit, cujus litteris ad Marcellini suggestionem datis homines meos scis esse mulctatos. Quod in panegyrici defensione non tacui. Symmach. lib. 2, ep. 31.—S.-M.]

[Note 678: Parmi lesquelles Socrate compte, l. 5, c. 14, Léontius, évêque des Novatiens de Rome.—S.-M.]

[Note latérale: LXVII.

Synagogue de Callinicus.

Ambr. ep. 40 et 41. t. 2. p. 946-963.

Paulin, vit. Ambr. § 22.

Till, vie de S. Amb. art. 53-55.

Fleury, hist. ecclés. 1. l. 19. art. 14, 15.]

Quoique Théodose fût ennemi de l’erreur, il exigeait des chrétiens la modération et la douceur qui fait le plus beau caractère de la religion qu’ils professent. Callinicus679 était une ville épiscopale de l’Osrhoène, sous la métropole d’Édesse; elle fut depuis nommée Leontopolis. Les Juifs y avaient une synagogue, et les hérétiques Valentiniens680, un temple enrichi d’un grand nombre d’offrandes. Les habitants chrétiens brûlèrent la synagogue; et les moines, troublés dans l’exercice de leurs cérémonies religieuses681 par les hérétiques, mirent le feu au temple, dont les richesses furent consumées682. Le comte d’Orient, en écrivit à Théodose, qui était à Milan, et accusa l’évêque d’avoir conseillé ces violences. Le prince ordonna que l’évêque rebâtirait la synagogue à ses dépens, que les moines seraient sévèrement punis, et qu’on dédommagerait les Valentiniens de la perte qu’ils avaient faite. Ambroise était alors à Aquilée. Ayant appris l’ordre de l’empereur, il lui écrivit pour en obtenir la révocation. Il se plaignait qu’on eût condamné l’évêque sans l’avoir entendu: il représentait que les ordres du prince allaient faire ou des prévaricateurs, si les chrétiens y obéissaient, ou des martyrs, s’ils aimaient mieux obéir à la loi de Dieu et de leur conscience: que l’on avait laissé impunies les violences tant de fois exercées contre l’église, soit par les Juifs, soit par les hérétiques683: quelle honte serait-ce pour un empereur chrétien, qu’on eût sujet de dire que son bras ne s’armait que pour venger les hérétiques et les Juifs! Cette lettre n’ayant pas produit l’effet qu’il désirait, il retourna promptement à Milan; et l’empereur étant venu à l’église, l’évêque prit le ton du prophète Nathan, en faisant parler Dieu à Théodose en ces termes: C’est moi qui vous ai choisi pour vous élever à l’empire; je vous ai livré l’armée de votre ennemi; je l’ai réduit sous votre puissance; j’ai placé vos enfants sur le trône; je vous ai fait triompher sans peine; et vous faites triompher de moi mes ennemis! Comme il descendait de la tribune, Théodose lui dit: Mon père, vous avez bien parlé aujourd’hui contre nous: Non pas contre vous, prince, repartit Ambroise, mais pour vous. L’empereur avoua qu’il était trop dur d’obliger l’évêque à la réparation de la synagogue; mais, ajouta-t-il, les moines sont coupables de beaucoup de désordres[684]. Comme Timasius, maître de la milice, naturellement hautain et insolent, qui était présent à cet entretien, s’emportait en invectives contre les moines: Je parle à l’empereur, lui dit Ambroise; avec vous je traiterais autrement[685]. Il obtint que l’ordre fût révoqué, et ne consentit à célébrer les saints mystères, qu’après avoir tiré de Théodose une parole réitérée. Ce n’est pas que ce saint prélat autorisât les procédés violents en matière de religion: il avait montré le contraire dans l’affaire de Priscillien. Mais il regardait comme un crime, de forcer des chrétiens à rétablir des édifices dans lesquels Dieu était outragé. Cependant, comme les chrétiens, trop souvent animés contre les Juifs d’une haine que le christianisme n’autorise pas, continuaient en Orient de détruire ou de piller leurs synagogues: cinq ans après, Théodose ordonna de punir sévèrement ces excès686, déclarant que la secte judaïque n’était proscrite par aucune loi, et qu’elle devait avoir par tout son empire le libre exercice de sa religion.

[Note 679: Voyez au sujet de cette ville, qui s’appelle actuellement Rakkah, tom. 3, pag. 65, not. 3, liv. XIV, § 7.—S.-M.]

[Note 680: Ces hérétiques, dit saint Ambroise, ep. 40, t. 2, p. 951, adorent trente-deux éons qu’ils appellent dieux, isti triginta et duos æonas colunt, quos appellant deos. Ces hérétiques appelés aussi Gnostiques, faisaient partie de ces sectes, qui unissaient la philosophie et la théologie des Orientaux, aux dogmes du christianisme.—S.-M.]

[Note 681: Ils avaient été insultés pendant la célébration de la fête des Macchabées.—S.-M.]

[Note 682: In partibus orientis in quodam castello à christianis viris synagoga Judæorum et lucus Valentinianorum incendio concremata sunt, propterea quod Judæi vel Valentiniani insultarent monachis christianis. Paulin. Vit. Ambros. § 22.—S.-M.]

[Note 683: Saint Ambroise parle des églises brûlées par les Juifs du temps de Julien, et en particulier de deux basiliques à Damas. Elles étaient encore en ruines de son temps; elles avaient été à peine réparées, non pas aux frais de la synagogue, mais à ceux de l’église. Quarum una vix reparata est, sed ecclesiæ non synagogæ impendiis: altera basilica informibus horret ruinis. L’évêque de Milan fait mention de beaucoup d’autres églises brûlées à Gaza, à Béryte, à Ascalon et à Alexandrie; et il termine en employant ces paroles peu charitables: Ecclesia non vindicata est, vindicabitur synagoga.—S.-M.]

[Note 684: Re vera de synagoga reparanda ab episcopo durius statueram, sed emendatum est. Monachi multa scelera faciunt. Ambr. ep. 41, tom. 2, p. 963.—S.-M.]

[Note 685: Ego cum imperatore ago, ut oportet: quia novi quod habeat domini timorem; tecum autem aliter agendum, qui tam dura loqueris. Ambr. ep. 41, t. 2, p. 963.—S.-M.]

[Note 686: Par une loi rendue le 29 septembre 393, et adressée à Addæus, commandant des troupes d’Orient, dans l’Osrhoène.—S.-M.]

[Note latérale: LXVIII.

Théodose exclus du sanctuaire.

Theod. l. 5. c. 17.

Soz. l. 7. c. 25.

Hermant, vie de S. Ambr. l. 6. c. 15.]

Ce fut un bonheur, pour l’état et pour l’Église, d’avoir en même temps un évêque dont la liberté héroïque retenait dans de justes bornes la puissance souveraine, et un souverain dont la généreuse docilité se prêtait aux conseils salutaires de l’évêque. C’était une coutume introduite par la flatterie et tolérée par la timide complaisance des prélats, que les empereurs, pendant la célébration de l’office, fussent assis dans le sanctuaire, où les prêtres seuls avaient leur place, selon l’ancienne discipline. Un jour que Théodose y était resté après avoir fait son offrande, Ambroise s’en étant aperçu, lui envoya demander ce qu’il attendait: J’attends, répondit l’empereur, le moment de participer aux saints mystères. Alors l’évêque lui fit dire par un de ses diacres, que le sanctuaire était réservé aux seuls prêtres; que la pourpre donnait droit à l’empire, mais non pas au sacerdoce, et qu’il devait prendre place avec les autres laïques. Théodose reçut cet avis avec respect, et se retira hors de la balustrade, en disant, qu’il n’avait eu dessein de rien entreprendre contre les canons de l’Église; qu’il avait trouvé cette coutume établie à Constantinople, et qu’il remerciait l’évêque de l’avoir instruit de son devoir. Il retint si fidèlement cette leçon, qu’étant retourné à Constantinople, la première fois qu’il vint à l’église, il sortit du sanctuaire, après avoir porté son offrande à l’autel. L’évêque Nectarius lui ayant envoyé demander pourquoi il ne restait pas dans l’enceinte sacrée: Hélas! dit-il en soupirant, j’ai appris bien tard la différence d’un évêque et d’un empereur! Que de temps il m’a fallu pour trouver un homme qui osât me dire la vérité! Je ne connais qu’Ambroise qui soit digne du nom d’évêque. Depuis ce temps les empereurs prirent leur place dans l’église à la tête du peuple, hors de l’enceinte destinée aux prêtres; et cette coutume subsista sous les successeurs de Théodose; jusqu’à ce que les princes usurpèrent une partie des fonctions ecclésiastiques; et que, par un mélange bizarre, voulant être tout à la fois empereurs et évêques, ils ne furent ni évêques ni empereurs.

FIN DU LIVRE VINGT-TROISIÈME.

LIVRE XXIV.

I. Désintéressement de Théodose. II. Il vient à Rome. III. Désordres abolis. IV. Lois contre les Manichéens et les magiciens. V. Réglements qui concernent le sénat et les jugements. VI. État de l’idolâtrie dans Rome. VII. Plusieurs sénateurs s’obstinent en faveur de l’idolâtrie. VIII. Elle est détruite à Rome. IX. Imposture d’un prêtre payen. X. Occasion d’une sédition des payens dans Alexandrie. XI. Fureur des payens. XII. Olympe se met à leur tête. XIII. Ils résistent aux magistrats. XIV. Les séditieux prennent l’épouvante. XV. L’empereur ordonne de détruire tous les temples d’Alexandrie. XVI. Description du temple et de l’idole de Sérapis. XVII. Fourberies des prêtres de Sérapis. XVIII. On met en pièces sa statue. XIX. Destruction du temple. XX. Débordement du Nil. XXI. Idolâtrie abolie dans Alexandrie. XXII. La ville de Canope purifiée. XXIII. Le paganisme détruit dans toute l’Égypte. XXIV. Temples abattus en Syrie. XXV. Lois contre l’idolâtrie. XXVI. État où Théodose laissa l’idolâtrie. XXVII. Libanius demande une loi contre les sollicitations faites aux juges. XXVIII. Il se plaint des protections que les officiers de guerre accordent aux paysans. XXIX. Valentinien en Gaule. XXX. Météores. XXXI. Lois. [XXXII. Partage de l’Arménie entre les Romains et les Perses.] XXXIII. Sédition de Thessalonique. XXXIV. Rufin excite Théodose à la vengeance. XXXV. Massacre de Thessalonique. XXXVI. Remontrance de saint Ambroise. XXXVII. Saint Ambroise refuse à Théodose l’entrée de l’église. XXXVIII. Théodose demande à être réconcilié. XXXIX. Entrevue de Théodose et de saint Ambroise. XL. Saint Ambroise lui impose la pénitence. XLI. Loi sur les diaconesses. XLII. Loi sur les moines. XLIII. Obélisques et statue de Théodose à Constantinople. XLIV. Lois de Théodose. XLV. Ravages des Barbares en Macédoine. XLVI. Théodose découvre leur retraite. XLVII. Ils sont taillés en pièces. XLVIII. Mort de Promotus. XLIX. Théodose à Constantinople. L. Église de saint Jean Baptiste.

VALENTINIEN II, THÉODOSE, ARCADIUS.

[Note latérale: AN 389.

I.

Désintéressement de Théodose.

Idat. fast.

Symm. l. 2. ep. 13.

Cod. Th. l. 4. tit. 4. leg. 2.]

Timasius et Promotus qui venaient de servir l’état avec zèle dans la guerre contre Maxime, en furent récompensés par le consulat de l’année suivante. Les dépenses qu’avait entraînées une expédition si importante, ne rendirent pas Théodose moins scrupuleux sur les moyens d’acquérir. Il savait que la fraude déshonore les particuliers, et que le simple soupçon d’intérêt suffit pour avilir la majesté souveraine; en conséquence de ce principe, il abandonna un droit légitime qui pouvait quelquefois devenir suspect. Il publia le 23 de janvier une loi687 par laquelle, permettant à ses sujets de profiter des codicilles et des fidéicommis, il y renonçait pour lui et pour sa famille, et déclarait que tout ce qui lui serait légué de cette sorte, demeurerait aux enfants du défunt ou à ses autres héritiers. Il acceptait cependant les donations qui lui seraient faites par des testaments revêtus de leur forme; mais il rejetait toute distinction, tout privilége qui s’écarterait du droit commun. Par cette générosité, il donnait aux particuliers un exemple que les princes, même ses successeurs, n’ont pas suivi. Justinien n’a pas inséré cette loi dans son Code.

[Note 687: Théodose était encore à Milan lors de la promulgation de cette loi.—S.-M.]

[Note latérale: II.

Il vient à Rome.

Pacat. pan. c. 1, 2, 47.

Claud. in 6º Cons. Honor.

Idat. fast. et Chron.

Marcel. chr.

Chron. Alex. p. 305.

Socr. l. 5. c. 14.

Soz. l. 7. c. 14.

Philost. l. 10. c. 9.

Sidon. Apoll. l. 8, ep. 11.]

Après avoir fait rentrer l’Occident sous l’obéissance de son prince légitime, Théodose partit de Milan pour aller à Rome. La longue absence des empereurs, et les troubles des dernières années avaient introduit dans cette dernière ville un grand nombre de désordres. L’idolâtrie, malgré les atteintes qu’elle avait reçues, s’y maintenait avec plus de fierté que dans le reste de l’empire. Théodose, touché de ces maux, voulut y remédier en personne. Accompagné de Valentinien et de son fils Honorius, qui n’avait pas encore cinq ans accomplis, et qu’il avait fait venir de Constantinople après la mort de Maxime, il entra dans Rome le treizième de juin, et cette entrée fut un magnifique triomphe688. On portait devant son char les représentations des batailles gagnées et des villes reprises sur les rebelles; mais rien n’attirait les regards autant que Théodose lui-même, qui, renonçant à sa propre grandeur, voulut faire à pied une partie du chemin, se laissant librement aborder, s’entretenant avec les citoyens, partageant leur joie, écoutant avec gaîté ces chansons folâtres et satiriques dont la liberté romaine avait conservé l’usage dans les triomphes. Il alla d’abord au sénat, et présenta aux sénateurs assemblés, son fils Honorius; de là il se rendit à la grande place, où il se montra sur la tribune aux harangues, et fit des largesses au peuple. Les jours suivants il prit plaisir à se promener dans la ville, sans gardes et sans autre escorte que la foule dont il était environné, visitant les ouvrages publics, entrant dans les maisons des particuliers, avec lesquels il conversait familièrement. Il lui fallut entendre dans le sénat son propre panégyrique prononcé par Latinus Pacatus Drépanius, le plus fameux orateur de ce temps-là. C’était un Gaulois689 de la ville d’Agen (Nitiobriges)[690]: car depuis long-temps l’éloquence semblait s’être retirée dans la Gaule, et surtout dans l’Aquitaine, où perdant l’ancienne majesté romaine, elle avait pris le ton de saillie et cette délicatesse affectée qui dégénère en sécheresse et ramène enfin la barbarie. On vit quelques jours après arriver à Rome des ambassadeurs perses, qui venaient de la part de Sapor III691 offrir des présents à l’empereur et renouveller le traité d’alliance.

[Note 688: Cette date est donnée par les fastes d’Idatius et par la chronique du comte Marcellin.—S.-M.]

[Note 689: Cet orateur était venu, à ce qu’il dit, de l’extrémité des Gaules, des bords de l’Océan où le soleil termine son cours, des lieux où la terre habitée se mêle à l’élément humide, pour admirer par lui-même les vertus de Théodose. Sed cum admiratione virtutum tuarum ab ultimo Galliarum recessu, qua littus Oceani cadentem excipit solem, et deficientibus terris sociale miscetur elementum, ad contuendum te, adorandumque properassem, ut bona quæ auribus ceperam etiam visu usurparem. Pacat., c. 2.—S.-M.]

[Note 690: Sidonius Apollinaris parle, l. 8, ep. 11, d’un poète appelé Drépanius, qui était de cette ville. Ce qui fait présumer qu’il est le même que le panégyriste de Théodose, c’est qu’Ausone (Lud. sept. Sap.) parle d’un poète son contemporain, qui se nommait aussi Drépanius, et dont il égale le génie à celui de Virgile. Il fut proconsul d’Afrique en l’an 389, et intendant du domaine en l’an 393.—S.-M.]

[Note 691: Il est fort douteux que cette ambassade ait été envoyée par Schahpour III, ou Sapor: ce prince dont le règne fut de cinq ans et quatre mois, avait commencé sa sixième année le 18 mai 388. Il est donc certain qu’à l’époque où les ambassadeurs Persans arrivèrent à Rome en 389, un autre prince était sur le trône. Ce nouveau roi était un fils de Sapor; il se nommait en persan Bahram, ou en grec Ouararanès. Les orientaux le surnomment Kerman-schah, c’est-à-dire roi du Kirman, à cause d’une province de la Perse méridionale, dont il avait eu le gouvernement avant son avénement. Le même surnom se retrouve dans Agathias, l. 4, pag. 136, sous la forme Cermasaa. Οὐαραράνης ὁ παῖς (Σαβόρου), ὅς δὴ καὶ Κερμασαὰ ὠνομάζετο. Il lui venait, selon l’historien grec, de ce que du temps de son père, il avait soumis le pays de Cerma (le Kirman). Καὶ Κέρμα ἔθνους τυχὸν ἥ χώρας ὑπῆρχεν ἐπωνυμία· ταύτης δὲ τῷ πατρὶ τοῦ Οὐαραράνου δεδουλωμένης, εἰκότως ὁ παῖς τὴν ἐπωνυμίαν ἐκτήσατο. Ce surnom, comme il le remarque, était donc tout-à-fait analogue à ceux d’Africanus, de Germanicus, ou de tout autre dérivé du nom d’une nation vaincue, que les Romains étaient dans l’usage de donner à leurs généraux victorieux. Καθάπου πρότερον καὶ παρὰ Ῥωμαίοις ὁ μὲν Ἀφρικανὸς τυχὸν, ὁ δὲ Γερμανικὸς, ὁ δὲ ἐξ ἄλλου τοῦ γένους νενικημένου ἐπεκλήθη. Le règne de Bahram IV, fils de Sapor III, fut de onze ans accomplis, et on dut le compter à partir du 18 mai 388. J’aurai bientôt l’occasion de donner d’autres détails sur ce prince.—S.-M.]

[Note latérale: III.

Désordres abolis.

Socr. l. 5. c. 18.

Theoph. p. 63.

Cod. Th. l. 12. tit. 16. leg. unic.]

Il s’appliqua ensuite à corriger les désordres. L’histoire en cite deux, dont on ne trouverait point d’exemple dans les nations les moins policées. On avait bâti depuis long-temps de vastes édifices, où l’on faisait le pain qu’on distribuait au peuple: ce travail était attaché à certaines familles à titre de servitude; c’était aussi la punition des moindres crimes, que d’être condamné à tourner la meule: car alors on écrasait encore le grain à force de bras. Comme le nombre des travailleurs diminuait tous les jours, les entrepreneurs, pour y suppléer, eurent recours à un expédient criminel et barbare. Ils établirent à côté de leurs boulangeries des cabarets où des femmes perdues attiraient les passants; on y avait ménagé des trappes, qui communiquaient à de profonds souterrains, où les moulins étaient placés. Les malheureux qui s’engageaient dans ces lieux de débauche, tombant dans ces cachots ténébreux, y étaient détenus et condamnés à tourner la meule toute leur vie, sans espérance de revoir le jour. Cette cruelle supercherie, ignorée de tout autre que de ceux qui la pratiquaient, s’exerçoit depuis plusieurs années, et quantité de personnes, surtout d’étrangers, avaient ainsi disparu. Enfin, un soldat de Théodose ayant donné dans ce piége, et se voyant environné de ces spectres hideux, se jeta sur eux le poignard à la main, en tua plusieurs, et força les autres à le laisser sortir. L’empereur en étant informé, punit sévèrement les entrepreneurs, détruisit ces repaires de brigands; et afin de ne pas laisser manquer le service du peuple, il fit un réglement pour y attacher un nombre suffisant de travailleurs. L’autre désordre était un scandale public. Lorsqu’une femme était convaincue d’adultère, on lui imposait pour châtiment la nécessité de multiplier ses crimes. Renfermée dans une cabane destinée à la débauche, elle était obligée de se prostituer à tous venants, et de sonner une cloche toutes les fois qu’elle recevait un nouvel hôte, afin que le voisinage fût averti de ses horreurs. L’empereur abolit cette détestable coutume, fit abattre ces cabanes, et condamna les femmes adultères à de rigoureuses punitions.

[Note latérale: IV.

Lois contre les Manichéens et les magiciens.

Cod. Th. l. 9. tit. 16. leg. 11. l. 16. tit 5. leg. 18.

Hermant, vie de S. Ambr. l. 6. c. 2.]

Il ne montra pas moins de zèle à réprimer les abominations des Manichéens. Il les chassa de Rome, et les déclara incapables de tester ni de recevoir par testament, comme étant exclus du commerce des hommes692. Il ordonna qu’après leur mort leurs biens seraient saisis, et distribués au peuple. Le pape Sirice joignit à cette sévérité du prince les rigueurs de la discipline ecclésiastique. Comme plusieurs d’entre eux, pour se déguiser, se mêlaient parmi les catholiques, il défendit de recevoir à la communion aucun de ceux qui auraient jamais été infectés de cette hérésie: mais s’ils étaient véritablement convertis, il commanda de les renfermer dans des monastères pour y faire une rude pénitence, et de ne leur accorder l’eucharistie qu’à la mort. Théodose fut plus indulgent à l’égard des Novatiens et des Donatistes, qui continuèrent d’avoir leurs évêques. Il ne fit aucune grace aux magiciens: il voulut qu’on les déférât aux tribunaux, dès qu’on en aurait connaissance693; mais comme ces malheureux fanatiques étaient censés proscrits, et que chacun se croyait en droit de les tuer d’autorité privée, l’empereur le défendit sous peine de mort. Il semble qu’il ait ignoré la véritable raison qui rend ces homicides criminels; celle qu’il apporte, c’est qu’il craint que leurs complices ne prennent ce moyen de se soustraire eux-mêmes à la justice, ou qu’on n’abuse de ce prétexte pour satisfaire des inimitiés particulières.

[Note 692: Par sa loi rendue à Rome, le 17 juin 389.—S.-M.]

[Note 693: La loi donnée contre eux fut promulguée le 16 du mois d’août de cette même année.—S.-M.]

[Note latérale: V.

Réglements qui concernent le sénat et les jugements.

Symm. l. 4. ep. 29, 45. l. 5. ep. 9. l. 10. ep. 21.

Cod. Th. l. 2. tit. 8. leg. 12. et ibi God.]

Le sénat n’avait pas moins besoin de réforme, que le peuple. Les richesses y avaient usurpé le rang au-dessus des dignités. Sans égard au grade supérieur que donnaient les magistratures, c’étaient les plus opulents qui opinaient les premiers. Cet avantage les rendant redoutables, ils captivaient les avis; en sorte qu’on n’osait les contredire, et que la fortune faisant taire la prudence, décidait dans tous les conseils. Théodose rappela l’ancien usage qui réglait l’ordre des avis sur celui des dignités; il voulut même rétablir la censure, depuis long-temps abolie. Cette magistrature semblait nécessaire pour resserrer la discipline, qui se relâchait de jour en jour dans toutes les parties de l’état; cependant Symmaque s’y opposa. Entre les raisons qu’il pouvait apporter, nous savons seulement qu’il allégua que, dans des temps où la cabale emportait presque toutes les charges, c’était ouvrir aux hommes puissants une porte à la tyrannie. Le sénat fut de son avis, et Théodose se désista de son dessein. Il fut plus heureux dans la réforme d’un abus qu’avait introduit la mollesse. Dès avant l’établissement des empereurs, le barreau était fermé pendant une grande partie de l’année. Auguste et ses successeurs avaient été de temps en temps obligés de retrancher des fêtes et des jeux publics, pour laisser un cours plus libre aux affaires. Marc-Aurèle avait fixé dans l’année deux cent trente jours pour l’exercice de la justice. C’était plus qu’il n’y en avait jamais eu depuis le temps de l’ancienne république. Ce nombre se trouvait fort diminué sous Théodose, et il était à craindre que la paresse, qui trouve aisément des prétextes, souvent même religieux, pour se dispenser du travail, ne le diminuât de plus en plus. Pour y remédier, l’empereur fit une loi694 selon laquelle le barreau devait être ouvert tous les jours, excepté dans les temps qu’elle marquait expressément: c’étaient trente jours dans la saison de la moisson, autant dans celle des vendanges, le premier et le dernier jour de chaque année, le troisième de janvier, qui, selon une ancienne coutume, était consacré à des vœux pour le salut des empereurs, le 21 d’avril et le 11 de mai, jours de la fondation de Rome et de Constantinople, la quinzaine de Pâques, tous les dimanches de l’année, et l’anniversaire de la naissance et de l’avénement au trône des empereurs actuellement régnants. C’étaient là les seules vacations du barreau. Ainsi il restait deux cent quarante jours employés sans exception aux actes judiciaires. On voit que ni la fête de Noël, ni celle de l’Épiphanie, ni la Pentecôte, n’étaient même exceptées, quoiqu’elles fussent dès lors au nombre des fêtes les plus solennelles des chrétiens.

[Note 694: Celle loi est datée de Rome, le 7 août 389.—S.-M.]

[Note latérale: VI.

Etat de l’Idolâtrie dans Rome.

Ambr. ep. 17. t. 2. p. 876.

Aug. serm. 62. t. 5. p. 364 et serm. 105. p. 547.

Prud. in Sym. l. 1.

Zos. l. 4. c. 59.

Suid. Θεοδόσιος.

Grut. inscr. p. 285. nº 8 et 286. nº 5.]

Mais Théodose méditait depuis long-temps une entreprise bien plus importante et plus difficile. C’était la destruction de l’idolâtrie. Il était réservé à ce prince et à ses enfants de consommer ce grand ouvrage, et d’accomplir dans toute l’étendue de l’empire ces oracles fameux qui, tant de siècles auparavant, avaient annoncé la chute des idoles. Rome était déja remplie de chrétiens; ils composaient la plus grande partie du peuple et même du sénat; mais les sacrifices abolis dans plusieurs provinces, s’étaient jusqu’alors maintenus dans Rome. Symmaque les soutenait encore par son éloquence, par son crédit, par une réputation éclatante de probité et de vertu. Albinus, préfet de Rome, qui avait succédé dans cette charge à l’historien Aurélius Victor, avait aussi une grande autorité; et quoiqu’il eût deux filles Læta695 et Albina696, qui sont devenues célèbres dans l’Église par leur piété, il était considéré comme un des principaux chefs de la religion payenne. La superbe architecture des temples, la richesse de leurs ornements, la beauté des statues des divinités sorties de la main des plus célèbres ouvriers de l’ancienne Grèce, en un mot, tout le brillant appareil de la superstition attachait le peuple, dont l’esprit se laisse aisément séduire par les yeux. On préférait à une religion sérieuse et toute spirituelle un culte qui respirait la joie et les plaisirs. Les fêtes introduisaient les divertissements, souvent même les dissolutions; les cérémonies les plus augustes étaient égayées de danses, de festins et de spectacles.

[Note 695: Elle fut mariée au sénateur Toxotius, père de sainte Paule. Voyez tom. 3, pag. 399, not. 1, liv. XVIII, § 8. S. Jérôme lui dit dans une lettre (ep. 107, tom. 1, pag. 671), Tu es nata de impari matrimonio: de te et Toxotio meo Paula generata est. Quis hoc crederet, ut Albini pontificis neptis de repromissione matris nasceretur: ut præsente et gaudente avo, parvulæ adhuc lingua balbutiens Christi alleluia resonaret, et virginem dei in suo gremio senex nutriret?—S.-M.]

[Note 696: Mère de sainte Mélanie la jeune.—S.-M.]

[Note latérale: VII.

Plusieurs sénateurs s’obstinent en faveur de l’idolâtrie.]

Théodose assembla le sénat: il exposa en peu de mots la folie du paganisme; il exhorta les sénateurs à embrasser une religion sainte, émanée de Dieu même, dont les dogmes étaient autorisés par tant de miracles, et dont la morale pure, simple et sublime élevait sans recherche et sans étude, les derniers des hommes au-dessus des plus grands philosophes, supérieurs eux-mêmes aux dieux qu’ils adoraient. Il permit ensuite de parler, et il écouta les raisons de ceux qui défendaient la cause du paganisme. Ce qu’ils disaient de plus fort se réduisait à ceci: Que le culte qu’on voulait proscrire était aussi ancien que Rome; que leur ville subsistait avec gloire depuis près de douze cents ans sous la protection de leurs dieux; qu’il y aurait de l’imprudence à les abandonner pour adopter une religion nouvelle, dont les effets seraient peut-être moins heureux. Théodose les voyant obstinés, leur déclara, que Valentinien, aussi bien que lui, ne regardant qu’avec horreur le culte impie dont ils étaient entêtés, on ne devait plus s’attendre à tirer du trésor public les frais nécessaires pour les sacrifices; que d’ailleurs ce fardeau devenait insupportable à l’état, qui étant environné de barbares avait plus besoin de soldats que de victimes. Après ces paroles il les congédia.

[Note latérale: VIII.

Elle est détruite à Rome.]

Comme selon les maximes romaines, c’était le trésor public qui devait fournir aux dépenses de la religion, les sacrifices cessèrent dès que le trésor fut fermé: les temples furent abandonnés; une grande partie de leurs ornements furent transportés dans les églises chrétiennes; les fêtes des dieux tombèrent dans l’oubli, et les sacerdoces dans le mépris; on permit au peuple d’abattre les objets de la vénération païenne, car, selon saint Augustin, les chrétiens ne les détruisaient qu’avec la permission du prince: Nous songeons, dit-il, à briser les idoles dans le cœur des payens, avant que de les renverser de leurs autels. Mais l’empereur réserva pour l’ornement de la ville, et fit placer en différents lieux, les statues faites par d’excellens artistes. Dans cette proscription de l’idolâtrie, il y eut peu d’opiniâtres. Les grands et les petits couraient en foule à l’église de Latran, pour y recevoir le baptême. Plusieurs sénateurs reconnurent leur aveuglement697. L’empereur n’employa jamais les supplices, il n’exclut pas même les païens des dignités, et la différence de religion n’effaçait pas dans son esprit le mérite des talents ni des services. L’idolâtrie terrassée dans Rome par Théodose, affaiblie encore dans la suite par son fils Honorius, ne fut cependant tout-à-fait étouffée qu’en 451, par l’édit de Valentinien III et de Marcien.

[Note 697: Prudence raconte longuement et en termes magnifiques, (in Symmach. l. 1, t. 545 et seq.) la conversion rapide des sénateurs romains.

Exultare patres videas, pulcherrima mundi Lumina conciliumque senum gestire Catonum, Candidiore togâ niveum pietatis amictum Sumere, et exuvias depone re pontificales. ...................................... Et dubitamus adhuc Romam tibi, Christe dicatam In leges transisse tuas?

—S.-M.]

[Note latérale: IX.

Imposture d’un prêtre payen.

Ruf. l. 12. c. 24, et 25.]

Alexandrie était dans l’empire le second rempart où l’idolâtrie continuait à se défendre. La superstition égyptienne, la plus ancienne de toutes et la plus chargée des chimères que l’esprit humain sait produire, y dominait encore, malgré les efforts de tant de saints évêques. Cynégius, qui avait été envoyé en Égypte cinq ans auparavant, n’avait osé entreprendre de détruire le paganisme dans une ville fanatique et séditieuse; mais la découverte d’une horrible imposture, toute semblable à celle qui, du temps de Tibère, avait excité une indignation générale, aida beaucoup à décréditer les idoles. Un prêtre de Saturne, nommé Tyrannus, abusait des femmes les plus qualifiées de la ville, en persuadant à leurs maris que le Dieu exigeait qu’elles passassent la nuit dans son temple. Les maris s’estimaient honorés de la préférence; ils paraient eux-mêmes leurs épouses et les conduisaient au rendez-vous. La nuit venue, le prêtre, caché dans la statue du Dieu, faisait parler l’idole; il éteignait les lampes au moyen de certaines cordes disposées à ce dessein, et contentait ses désirs impurs. Une femme moins crédule que les autres le reconnut à sa voix; elle en avertit son mari. Le fourbe appliqué à la question avoua ses crimes: il fut puni; mais la honte de son impiété rejaillit sur tous les payens d’Alexandrie.

[Note latérale: X.

Occasion d’une sédition des payens dans Alexandrie.

Ruf. l. 12. c. 22, et seq.

Socr. l. 5. c. 16 et 17.

Soz. l. 7. c. 15 et 20.

Eunap. in Ædesio. t. 1. p. 44 et 45. ed. Boiss.

Macrob. l. 1. c. 20.

Theod. l. 5. c. 22.

Suidas, Ὄλυμπος et Σάραπις.

Amm. l. 22. c. 16.

Liban. de templis. p. 20 et 21.

Prosp. prom. l. 3, c. 38.

Marc. chr. Theoph. p. 61 et 62.

Till. Theod. art. 51, et suiv. et not. 40, 41 et vie de Theoph. art. 7.]

L’évêque Théophile acheva de les couvrir de confusion. Ce prélat était depuis quatre ans assis sur le siége de cette capitale de l’Égypte. C’était un homme de beaucoup d’esprit et de savoir, hardi dans ses entreprises, constant et intrépide dans l’exécution. Il y avait dans la ville un ancien temple de Bacchus698, dont il ne restait rien de solide que les murailles. Constance l’avait autrefois donné à ces faux évêques, qu’il envoyait pour prendre la place d’Athanase. Théophile le demanda à l’empereur pour ouvrir une nouvelle église au peuple catholique, dont le nombre croissait tous les jours. Pendant qu’on travaillait à la réparation de cet édifice, on découvrit des souterrains plus propres à receler des crimes, qu’à servir à des cérémonies de religion; c’était le dépôt des mystères secrets. On y trouva un grand nombre de figures bizarres, ridicules, infames, que la superstition dissolue avait autrefois exposées à la vénération des peuples699, mais qu’elle cachait avec soin, depuis que le christianisme avait ouvert les yeux aux hommes. Théophile, plus ardent que circonspect, affecta de les produire au grand jour, et de les faire promener dans la ville, pour décrier l’idolâtrie700.

[Note 698: Διονύσου ἱερόν, dit Sozomène, l. 7, cap. 15. C’était sans doute un temple d’Osiris; car, comme on le sait par un grand nombre de témoignages antiques, tel était le nom de Bacchus chez les Égyptiens. Rufin dit, lib. 12, c. 22, que c’était une basilique, basilica quædam, un temple quelconque.—S.-M.]

[Note 699: C’étaient des phallus, au dire de Socrate, l. 5, c. 16, et de Sozomène; comme on le voit par le passage suivant du livre 7, ch. 15, de cet auteur. Φαλλοὺς, καὶ εἴ τι ἕτερον ἐν τοῖς ἀδύτοις κεκρυμμένον κατεγέλαστον ἦν ἢ ἐφαίνετο, δημοσίᾳ ἦγεν εἰς ἐπίδειξιν. Rufin rapporte la même chose, l. 12, c. 22. Reperta in loco sunt antra quædam latentia, et terræ defossa latrociniis et sceleribus magis quam cærimoniis apta.—S.-M.]

[Note 700: Il ordonna, dit Socrate, lib. 5, c. 16, d’exposer ces phallus au milieu du marché, τοὺς φαλλοὺς φέρεσθαι κελεύσας διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς.—S.-M.]

[Note latérale: XI.

Fureur des payens.]

Les payens, irrités701 qu’on dévoilât leurs honteux mystères, entrèrent en fureur, ils s’animèrent à la vengeance; et s’attroupant dans tous les quartiers de la ville, ils se jetèrent à main armée sur les chrétiens. C’était à chaque instant des combats; le sang ruisselait dans toutes les rues. Les chrétiens étaient supérieurs pour le nombre et la qualité des personnes; mais leur religion, ennemie de la violence et du carnage, leur inspirait la modération. Les payens avaient fait du temple de Sérapis leur fort et leur citadelle702. De là sortant avec rage ils blessaient ou tuaient les uns, ils entraînaient les autres avec eux et les forçaient à sacrifier. Ceux qui refusaient étaient mis à mort par les plus cruels tourments: on les attachait en croix, on leur brisait les jambes, on les précipitait dans les fosses construites autrefois pour recevoir le sang des victimes et les autres immondices du temple. L’église honore entre ses martyrs ceux qui, dans cette occasion, préférèrent la mort à l’apostasie703.

[Note 701: C’étaient plus particulièrement les philosophes, à ce qu’assure Socrate, l. 5, c. 16, καὶ μάλιστα οἱ φιλοσοφεῖν ἐπαγγελλόμενοι.—S.-M.]

[Note 702: Καταλαμβάνουσι τὸ Σεράπιον, ils s’emparèrent du Serapeum, dit Sozomène, lib. 7, cap. 15; ils en sortirent inopinément comme d’une forteresse, ajoute-t-il, ἐντεῦθεν ὡς ἀπ’ ἄκρας τινὸς ἐξαπιναίως ἐλθόντες, et ils prirent beaucoup de chrétiens, συνέλαβόν τε πολλοὺς Χριστιανῶν, κ. τ. λ.—S.-M.]

[Note 703: C’est le 17 mars que l’on célèbre la mémoire de ces martyrs.—S.-M.]

[Note latérale: XII.

Olympe se met à leur tête.]

Les séditieux devenus plus hardis à force d’attentats et de meurtres, songèrent à se donner un chef. Entre les prêtres de Sérapis était un imposteur nommé Olympe704. Il était venu de Cilicie pour se consacrer au culte de ce Dieu. Un extérieur de philosophe705, une grande taille, un air imposant, joint à un esprit pénétrant, avisé, insinuant et à un caractère affable et officieux à l’égard de ceux de sa religion, le faisaient regarder dans Alexandrie comme le héros du parti. Il avait cette éloquence ardente et emphatique qui sait enivrer le peuple et allumer dans les cœurs le feu du fanatisme. Il prenait le ton de prophète; et se disant inspiré de Sérapis, il avait prédit à ses plus intimes confidents, que ce Dieu allait bientôt quitter son temple. Dans le temps que Cynégius renversait les idoles en diverses provinces de l’Orient, et que les païens consternés semblaient douter de la puissance de leurs dieux, il les affermissait dans leur religion, en leur représentant que ces statues n’étaient qu’une matière corruptible; mais que les intelligences éternelles qui les avaient habitées s’étaient retirées dans les cieux[706]. Ce fut cet enthousiaste que les rebelles mirent à leur tête, pour les commander dans les attaques, et pour régler la défense, si on entreprenait de les forcer.

[Note 704: Sozomène l’appelle Olympius. Voyez la note suivante.—S.-M.]

[Note 705: Olympum quemdam nomine et habitu solo philosophum. Rufin. l. 12, c. 22. Un certain Olympius qui était avec eux sous l’habit de philosophe, dit Sozomène, l. 7, c. 15, les persuadait de ne pas abandonner leurs rites nationaux, mais, s’il le fallait, de mourir plutôt pour eux. Ὀλύμπιός τις ἐν φιλοσόφου σχήματι συνὼν αὐτοῖς, καὶ πείθων χρῆναι μὴ ἀμελεῖν τῶν πατρίων, ἀλλ’ εἰ δέοι ὑπὲρ ἀυτῶν θνήσκειν.—S.-M.]

[Note 706: Ὓλην φθαρτὴν καὶ ἰνδάλματα λέγων εἶναι τὰ ἀγάλματα, καὶ διὰ τοῦτο ἀφανισμὸν ὑπομένειν· δυνάμεις δὲ τινας ἐνοικῆσαι ἀυτοῖς, καὶ εἰς οὐρανὸν ἀποπτῆναι. Sozom. l. 7, c. 15.—S.-M.]

[Note latérale: XIII.

Ils résistent aux magistrats.]

En effet, Évagrius, préfet d’Égypte707, et Romanus qui commandait les troupes de la province avec la qualité de comte708, voyant que cette sédition n’était pas une de ces émeutes passagères, si fréquentes dans Alexandrie, mais que l’acharnement et la fureur croissaient de jour en jour, crurent qu’il était temps d’employer leur autorité. Ils se présentèrent aux portes du temple de Sérapis; et s’adressant aux séditieux qui se montraient aux fenêtres et sur le haut des toits, ils leur demandèrent comment ils étaient assez hardis pour prendre les armes, et assez barbares pour égorger leurs concitoyens sur les autels de leurs dieux. On ne leur répondit que par des cris confus. En vain, ils leur remontrèrent que leur attentat était un crime d’état; qu’un brigandage si atroce allait armer contre eux toute la puissance de l’empire et toute la rigueur des lois: ils ne furent pas écoutés, et ils se retirèrent persuadés qu’on ne pouvait réduire que par la force des esprits si opiniâtres. Mais comme ils craignaient qu’il n’en coûtât beaucoup de sang, ils en écrivirent à l’empereur et attendirent ses ordres. Cependant la fureur des séditieux s’embrasait de plus en plus, par la vue de leurs crimes passés et par les discours d’Olympe. Après avoir immolé les impies, leur disait-il, vous devez, s’il en est besoin, vous sacrifier vous-mêmes. En mourant pour la défense de vos dieux, vous vous rendrez immortels comme eux.

[Note 707: Il est appelé Évétius par Eunapius dans la vie d’Édésius (tom. 1, pag. 44, ed. Boiss.), c’est, je crois, par une faute de copiste.—S.-M.]

[Note 708: Eunapius désigne ainsi ces deux officiers. Εὐετίου δὲ τὴν πολιτικὴν ἀρχὴν ἄρχοντος, Ῥωμανοῦ δὲ τοὺς κατ’ Αἴγυπτον στρατιώτας πεπιστευμένου. Eunap. in Ædes. tom. 1, p. 44, ed. Boiss. Sozomène en parle en ces termes, l. 7, c. 15, ἦρχε δὲ τοτε τῶν ἐν Αἰγύπτῳ στρατιωτικῶν ταγμάτων Ῥωμανός. Ἐυάγριος δὲ ὕπαρχος τῆς Ἀλεξανδρείας ἡγεῖτο.—S.-M.]

[Note latérale: XIV.

Les séditieux prennent l’épouvante.]

Cet imposteur inspirait aux autres plus de courage et de résolution qu’il n’en avait lui-même. Lorsqu’il sut que les ordres de l’empereur allaient arriver, il sortit secrètement du temple pendant la nuit, et s’étant jeté dans un vaisseau il passa en Italie, où il demeura caché. Pour justifier sa fuite, il racontait qu’étant cette nuit-là dans le temple de Sérapis, dont les portes étaient fermées, pendant que tous ses compagnons étaient endormis, il avait entendu une voix qui chantait Alleluia, et qu’il avait jugé que les ordres de l’empereur alloient donner l’avantage aux chrétiens. Le jour étant venu, les courriers arrivèrent; et les païens ayant quitté leurs armes, comme s’ils eussent espéré que le rescrit de Théodose leur serait favorable, vinrent se rendre dans la place devant le temple, pour en entendre la lecture. A peine eut-on lu les premiers mots, où l’empereur marquait l’horreur qu’il avait du paganisme, que les chrétiens poussèrent un cri de joie, et que les païens glacés de frayeur oublièrent leur fureur passée et leur Sérapis, et ne songèrent plus qu’à cacher leur honte. Quelques-uns se confondirent dans la foule des chrétiens; d’autres se dispersèrent dans la ville et dans les campagnes, où ils cherchèrent les retraites les plus secrètes. Chacun d’eux ne voyait plus que la punition qu’il avait méritée. Plusieurs abandonnèrent l’Égypte. Deux pontifes, Helladius et Ammonius, se réfugièrent à Constantinople, où n’étant pas connus, ils ouvrirent une école de grammaire709. Ammonius avait été prêtre d’un singe adoré comme divinité par les Égyptiens710. Helladius avait fait la fonction de prêtre de Jupiter: il continua toute sa vie à gémir sur le désastre de l’idolâtrie, et il se vantait à ses amis d’avoir tué de sa main neuf chrétiens dans la sédition d’Alexandrie711.

[Note 709: Socrate dit, lib. 5, c. 16, que dès son enfance, il avait été leur disciple à Constantinople, οἱ δύο γραμματικοὶ, Ἑλλάδιος καὶ Ἀμμώνιος, παρ’ οἶς ἐγὼ κομιδῆ νέος ὢν ἐν τῇ Κωνσταντίνου πόλει ἐφοίτησα.—S.-Μ.]

[Note 710: Ἑλλάδιος μὲν οὖν ἱερεὺς τοῦ Διὸς εἶναι ἐλέγετο· Ἀμμώνιος δὲ πιθήκου. Socr. l. 5, c. 16.—S.-M.]

[Note 711: Ἑλλάδιος δὲ παρά τισιν ἤυχει, ὡς ἐννέα εἴη ἄνδρας ἐν τῇ συμπληγάδι φονεύσας. Soc. l. 5, c. 16.-S.-M.]

[Note latérale: XV.

L’empereur ordonne de détruire tous les temples d’Alexandrie.]

L’empereur dans sa lettre relevait le bonheur des chrétiens qui, par ce massacre impie, avaient reçu la couronne du martyre. Il déclarait que ce serait déshonorer ces glorieuses victimes que de venger leur mort, qu’il ne prétendait pas mêler avec leur sang celui de leurs meurtriers, qu’il pardonnait aux païens, pour leur apprendre quelle était la douceur de ceux qu’ils égorgeaient, et pour les porter à embrasser une religion à laquelle ils seraient redevables de la vie; mais il ordonnait de détruire tous les temples d’Alexandrie, source malheureuse de forfaits et de séditions. Il commettait Théophile à l’exécution de cet ordre, et chargeait le préfet et le comte de soutenir l’évêque. Il faisait présent à l’Église de tous les ornements et de toutes les statues des temples, dont le prix devait être employé au soulagement des pauvres.

[Note latérale: XVI.

Description du temple et de l’idole de Sérapis.]

Théophile armé de ce rescrit, commença par le temple de Sérapis. Ce Dieu était le plus révéré de tous ceux qu’adorait Alexandrie712. Dès la fondation de cette ville ce culte y avait passé de Memphis, où il était établi de toute antiquité. Sérapis était le souverain des enfers, que les Grecs, disciples de l’idolâtrie égyptienne, reconnaissaient sous le nom de Pluton713. Dans la suite des temps, il avait été décoré des attributs de presque toutes les divinités. Jupiter, Neptune, le Soleil, le dieu du Nil, Esculape étaient confondus avec lui; tout le ciel semblait réuni dans sa personne, selon la superstition des Égyptiens714. Quelques chrétiens se sont imaginé que c’était dans l’origine le patriarche Joseph715 qui, ayant comblé l’Égypte de biens pendant sa vie, serait devenu après sa mort l’objet d’une vénération sacrilége; mais cette opinion est mal fondée. Jamais les anciens Égyptiens n’ont mis les hommes au nombre des Dieux. La statue était d’une grandeur démesurée; elle atteignait de ses deux bras les deux murs opposés du temple716. Sur sa tête s’élevait un casque antique, que sa forme a fait prendre tantôt pour un boisseau, tantôt pour une corbeille717. A côté du Dieu paraissait le chien Cerbère, dont les trois têtes étaient entortillées des replis d’un énorme serpent, qui posait sa tête sur la main droite du Dieu718. Ce n’était pas cette statue qui, sous le règne du premier des Ptolémées, avait été apportée de Sinope719, elle était plus ancienne; et peut-être avait-elle été transportée de Memphis à Alexandrie, lorsque cette dernière ville fut bâtie720. Saint Clément dit721 que Sésostris l’avait fait faire de toute sorte de métaux; qu’il entrait aussi dans sa composition des pierres et du bois, et que de ce mélange résultait une couleur bleue722. Il en nomme l’ouvrier Bryaxis, qu’il ne faut pas confondre avec le sculpteur athénien beaucoup plus moderne, qui travailla au fameux tombeau de Mausole. Le temple était d’une structure encore plus admirable que la statue723. C’était un ouvrage d’Alexandre, ou, selon d’autres, de Ptolémée, fils de Lagus. Il était bâti sur un tertre fait de main d’homme724, dans le quartier d’Alexandrie nommé Rhacotis725. On y montait par plus de cent degrés. Ce tertre était soutenu sur des voûtes partagées en plusieurs berceaux qui communiquaient ensemble, et servaient à des mystères d’horreur dont l’idolâtrie cachait l’infamie ou la cruauté726. La plate-forme était bordée de divers édifices destinés au logement et aux différents usages des gardiens du temple et d’un grand nombre de fanatiques qui faisaient une profession extérieure de chasteté. On y voyait aussi cette célèbre bibliothèque, rétablie depuis que l’ancienne avait été brûlée du temps de Jules César, et qui subsista jusqu’à l’invasion des Sarrasins727. Après avoir traversé cette enceinte, on trouvait un vaste portique qui régnait autour d’une place carrée, au milieu de laquelle s’élevait le bâtiment du temple, soutenu sur des colonnes du marbre le plus précieux. Il était spacieux et magnifique. Les murailles étaient revêtues en dedans, de lames d’or, d’argent, et de cuivre, placées les unes sur les autres, en sorte que le métal le plus riche était au-dessous728. On découvrait apparemment tantôt celles d’argent, tantôt celles d’or, selon les diverses solennités. Ammien Marcellin ne trouve dans l’univers que le temple de Jupiter Capitolin, qui pût égaler en splendeur et en majesté ce superbe édifice729.

[Note 712: C’était, selon les Égyptiens, dit Macrobe, l. 1, c. 20, le plus grand des dieux. Sarapis, quem Ægyptii deum maximum prodiderunt.—S.-M.]

[Note 713: C’est l’opinion rapportée par Plutarque (de Isid. et Osir.), d’après l’interprète Timothée et l’historien Manéthon. On la trouve aussi dans Tacite (Hist. lib. 4, c. 84) qui dit: Deum ipsum multi Æsculapium, quod medeatur ægris corporibus; quidam Osirin, antiquissimum illis gentibus numen; plerique Jovem, ut rerum omnium potentem; plurimi Ditem patrem, insignibus, quæ in ipso manifesta, aut per ambages conjectant. Cette opinion est encore dans Macrobe, l. 1, c. 19, cum Plutone Serapim conjungunt. La relation de l’historien arménien, Moïse de Khoren, qui alla à Alexandrie au cinquième siècle, fait voir que c’était le système admis à cette époque. Voyez le Journal Asiatique, t. 2, p. 329. On peut consulter aussi ce qu’en dit Julien, or. 4, p. 136.—S.-M.]

[Note 714: Jablonski a réuni dans son Panthéon Égyptien, l. 2, c. 5, toutes les autorités que fournissent les écrivains de l’antiquité sur Sérapis. C’est de toutes les divinités égyptiennes celle dont il est le plus souvent question dans leurs ouvrages. Il n’est pas facile, au milieu des passages contradictoires qu’il a réunis, de se faire une idée juste de ce qu’était ce dieu. Les découvertes et les dissertations plus modernes ont plutôt encore contribué à obscurcir la question qu’à l’éclaircir. Jablonski pense que dans un certain sens Sérapis était le Nil, et dans un autre le soleil d’hiver ou le soleil dans les signes inférieurs.—S.-M.]

[Note 715: Quidam in honorem nostri Joseph formatum perhibent simulacrum, dit Rufin, l. 12, c. 23. La même opinion se retrouve dans Julius Firmicus Maternus, c. 14.—S.-M.]

[Note 716: Simulacrum Serapis ita erat vastum, ut dextera unum parietem, alterum læva perstringeret. Rufin. Hist. Eccles. l. 12, c. 23.—S.-M.]

[Note 717: On l’appelait calathus; il est assez difficile de savoir ce que c’était; mais pour sûr ce n’était pas un casque.—S.-M.]

[Note 718: Macrobe donne la description de la statue de Sérapis, l. 1, c. 20: Omnem, dit-il, illam venerationem soli se sub illius nomine testatus impendere, vel dum calathum capiti ejus infigunt, vel dum simulacro signum tricipitis animantis adjungunt: quod exprimit medio eodemque maximo capite leonis effigiem. Dextera parte canis caput exoritur mansueta, specie blandientis. Pars vero læva cervicis rapacis lupi capite finitur; easque formas animalium draco connectit volumine suo capite redemit: ad dei dexteram quam compescitur monstrum.—S.-M.]

[Note 719: On sait comment, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, d’autres disent sous celui de Ptolémée Soter, ce qui est plus vraisemblable, on amena de Sinope une ancienne statue très-révérée et que ses attributs firent prendre par les Égyptiens pour une image de leur dieu Sérapis. Elle en reçut le nom, fut placée dans le temple de ce dieu, où elle devint l’objet de la vénération universelle. Le culte que l’on voua à cette divinité dans la capitale de l’empire des Macédoniens, en Égypte, contribua puissamment à augmenter la dévotion que l’on y avait déja pour ce dieu, qui devint alors, pour ainsi dire, la principale divinité des Égyptiens. Voyez Plutarch., de Isid. et Os. Tacit. l. 4, c. 84.—S.-M.]

[Note 720: Sedem, ex qua transierit (Serapis), dit Tacite, Histor. lib. 4, c. 84, Memphim perhibent, inclytam olim et veteris Ægypti columen. Pausanias, l. 1, c. 18, est d’accord avec Tacite, quand il dit que les Égyptiens ont beaucoup de temples dédiés à Sérapis, que le plus célèbre est à Alexandrie et le plus ancien à Memphis. Αἰγυπτίοις δὲ ἱερὰ Σαράπιδος, ἐπιφανέστατον μὲν ἐστιν Ἀλεξανδρεῦσιν, ἀρχαιότατον δὲ ἐν Μέμφει.—S.-Μ.]

[Note 721: S. Clément d’Alexandrie rapporte effectivement dans son exhortation aux payens, t. 1, p. 42 et 43, que cette statue avait été faite par les ordres de Sésostris, et exécutée par les artistes qu’il avait amenés en grand nombre, après avoir soumis plusieurs nations de la Grèce. Σέσωστρίν φησι τὸν Αἰγύπτιον βασιλέα, τὰ πλεῖστα τῶν παρ’ Ἑλλησὶ παραστησάμενον ἐθνῶν, ἐπανελθόντα εἰς Αἴγυπτον, ἐπαγαγέσθαι τεχνίτας ἱκανούς. Il raconte ensuite que cette statue était faite d’or, d’argent, de cuivre, de fer, de plomb et d’étain; on y avoit mis toutes les pierres précieuses connues des Égyptiens, comme le saphir, l’hématite, l’éméraude et la topaze. Le tout avait été mêlé, poli et recouvert d’une couleur, ce qui donnait à la statue entière une apparence noire. On trouve dans Rufin, Hist. Ecclés., l. 12, c. 13, des détails à peu près semblables sur cette statue.—S.-M.]

[Note 722: L’auteur de l’histoire fabuleuse d’Alexandre publiée par l’abbé Mai, rapporte, l. 1, c. 30, que cette statue était faite d’une matière qu’il n’était pas donné à l’homme de connaître. Simulacrum ex ea materia figuratum, quam dinoscere homini virium non est. On assurait, dit S. Clément d’Alexandrie (Cohort. ad gent., tom. 1, pag. 42.), qu’elle n’avait pas été faite par une main humaine, τοῦτον ἀχειροποίητον εἰπεῖν τετολμήχασιν, τὸν Αἰγύπτιον Σάραπιν.—S.-M.]

[Note 723: Sa grandeur, dit Tacite, Histor. l. 4, c. 84, égalait celle d’une ville, templum pro magnitudine urbis exstructum. Il était, dit Sozomène, l. 7, c. 15, situé sur une colline, et également remarquable par sa grandeur et par sa beauté; ναὸς δὲ οὗτος ἦν κάλλει καὶ μεγέθει ἐμφανέστατος, ἐπὶ γεωλόφου κείμενος.—S.-M.]

[Note 724: Non natura, sed manu et constructione per centum aut eo amplius gradus in sublime suspensus. Rufin. lib. 12, c. 23.—S.-M.]

[Note 725: Loco, cui nomen Rhacotis, dit Tacite, Hist., l. 4, c. 84. Rhacotis est le nom d’une bourgade dont l’existence était antérieure à celle d’Alexandrie, et qui fut ensuite englobée dans l’enceinte de cette ville, dont elle forma un quartier. Les Coptes donnent souvent à la ville entière le nom de Rakoti, à cause de cette ancienne bourgade.—S.-M.]

[Note 726: Occultis aditibus invicem ipsemet distinctis, usum diversis ministeriis et clandestinis officiis exhibebant. Rufin. Hist. Eccles. l. 12, c. 23.—S.-M.]

[Note 727: On oublie de remarquer que cette bibliothèque fut pillée alors par les chrétiens. Orose le dit assez clairement, lib. 6, c. 15, quand il rapporte qu’il en vit les armoires vides plusieurs années après. Nos vidimus armaria librorum: quibus direptis, exinanita ea à nostris hominibus, nostris temporibus memorent.—S.-M.]

[Note 728: Tous ces détails sont dans l’Histoire Ecclésiastique de Rufin, l. 12, c. 23.—S.-M.]

[Note 729: His accedunt altis sublata fastigiis templa; inter quæ eminet Serapeum, quod licet minuatur exilitate verborum, atriis tamen columnariis amplissimis, et spirantibus signorum figmentis, et reliqua operum multitudine ita est exornatum, ut post Capitolium, quo se venerabilis Roma in æternum attollit, nihil orbis terrarum ambitiosius cernat. Amm. Marc., l. 22, c. 16.—S.-M.]

[Note latérale: XVII.

Fourberie des prêtres de Sérapis.]

La fourberie des prêtres contribuait à le rendre célèbre par de faux miracles, propres à surprendre la crédulité du vulgaire. La statue de Sérapis étant placée à l’occident, on avait pratiqué dans le mur oriental une ouverture étroite et imperceptible, par laquelle le soleil, dans un certain jour de l’année, dardait à une certaine heure ses rayons sur la bouche de l’idole. Ce jour-là on apportait dans le temple une image du soleil pour saluer Sérapis. Le peuple, à la vue du rayon qui éclatait sur les lèvres de la statue, ne doutait pas que ce ne fût un baiser du dieu du jour: il applaudissait à grands cris à l’embrassement des deux divinités, et les prêtres ne manquaient pas, après quelques moments, de refermer l’ouverture et d’enlever l’image du soleil, dont la visite ne pouvait être plus longue sans trahir l’artifice. On raconte encore des prodiges d’une pierre d’aimant placée à la voûte du temple, et dont les prêtres seuls avaient connaissance. Si l’on en pouvait croire les auteurs sur cet article, elle aurait admirablement servi l’imposture. Selon quelques-uns, on plaçait sous cette pierre, une ou deux fois l’année, une figure du soleil d’un fer très-mince et très-léger, qui s’élevait d’elle-même jusqu’à la voûte. Selon d’autres, un char de fer avec les chevaux, représentant le char du soleil, y demeurait perpétuellement suspendu. Ils ajoutent que, dans le temps de la démolition, un chrétien ayant enlevé la pierre d’aimant, toute la machine tomba et se brisa avec fracas; mais ces merveilles sont de la même nature que celles qu’on a si long-temps débitées sur le tombeau de Mahomet.

Continuer : partie 17 sur 18