Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Charles Le Beau · Chapitre 1 sur 1 · partie 8/18

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Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 18 parties.

[Note latérale: III.

Calomnies de Zosime réfutées.

Zos. l. 4, c. 27, 28 et 29.

Vict. epit. p. 232 et 233.]

Ce juste tempérament d’une noble économie a prêté également aux louanges de ses panégyristes et à la censure de ses ennemis. Zosime, déclaré contre tous les princes qui ont travaillé aux progrès du christianisme, reproche à Théodose le luxe de sa table, la multitude de ses eunuques, qui disposaient, dit-il, de tous les emplois, et gouvernaient l’empereur même. Il ne tient pas à lui qu’on ne croie que ce prince, plongé dans la mollesse, endormi dans le sein des plaisirs, livré à des bouffons et à des farceurs qui corrompaient sa cour, ne fit par lui-même rien de mémorable; qu’il dut tous ses succès à ses généraux; qu’il vendait au plus offrant les charges et les gouvernements; et que, sous son règne, les provinces accablées d’impôts, épuisées par l’avarice de leurs magistrats, faisaient des vœux pour changer de maître. A ces reproches, Zosime ne manque pas d’ajouter celui d’avoir aboli le culte des dieux. Ce dernier trait décèle le ressentiment de l’auteur, et l’on sent que ses invectives ne sont que le cri de l’idolâtrie terrassée. Un autre historien, païen ainsi que Zosime, mais plus équitable, fait de Théodose un héros accompli; il remarque même, comme un exemple presque unique, que ce prince devint meilleur sur le trône, et que sa grandeur fit croître ses vertus. Il le compare à Trajan, dont il lui attribue toutes les belles qualités d’esprit et de corps, sans lui donner aucun de ses vices.

[Note latérale: IV.

Fautes de Théodose.

Zos. l. 4, c. 27.]

Il faut cependant convenir qu’entre les imputations de Zosime, il en est deux qui semblent avoir quelque fondement. Théodose multiplia les commandements; au lieu de deux généraux, l’un de la cavalerie, l’autre de l’infanterie, il en établit jusqu’à cinq, et peut-être encore plus. Il doubla le nombre des préfets, des tribuns, des capitaines. Les gages de ces officiers épuisaient le trésor, et leur avarice ruinait les soldats, sur lesquels ils s’établissaient des droits arbitraires. Il commit une autre faute d’une conséquence encore plus dangereuse. Les malheurs précédents ayant diminué le nombre des troupes, il reçut dans ses armées les Barbares qui venaient d’au-delà du Danube lui demander du service: c’était altérer la discipline des légions, et donner des armes et des leçons aux ennemis de l’empire.

[Note latérale: V.

Caractère de Flaccilla.

Ducange, fam. Byz. p. 69.

Chron. Alex. p. 305.

Greg. Nyss. de Placilla, t. 3, p. 533.]

Sa femme, Ælia Flaccilla, que les Grecs nomment souvent Placilla et quelquefois Placidie, contribua beaucoup à sa gloire et au bonheur de ses sujets. Elle était Espagnole, selon le sentiment le plus suivi, fille d’Antoine, consul en 382. Jamais union ne fut mieux assortie. Ils semblaient se disputer l’un à l’autre le prix de toutes les vertus. Flaccilla secondait Théodose lorsqu’il s’agissait de fermeté et de justice; elle le devançait dans les actions de douceur et de bonté; c’était un modèle de piété, de chasteté, de tendresse conjugale. Elle savait allier la modestie avec une noble hardiesse, l’humilité avec la grandeur d’âme. Pleine de foi, de zèle pour l’église, de charité pour les pauvres, elle sanctifiait son mari par son exemple et par ses conseils; elle lui répétait souvent ces paroles: Ne perdez jamais de vue ce que avez été et ce que vous êtes. Lorsqu’elle quitta l’Espagne, elle était déja mère d’un fils et d’une fille. Arcadius doit être né en 377, et Pulchérie l’année suivante.

[Note latérale: VI.

Famille de Théodose.

Vict. epit. p. 234.

Themist. or. 16, p. 203.

Zos. l. 5, c. 2.

Symm. l. 10, ep. 57.

Claud. de laud. Serenæ et in Fescenn. et de laud. Stilic. l. 3.

Till. Theod. art. 1, et Honor. art. 1.]

Théodose avait un oncle qu’on croit être Euchérius, qui fut consul en 381. Devenu empereur, il continua de l’honorer comme un second père. On sait qu’il eut une sœur, dont le nom est ignoré; et plusieurs frères plus âgés que lui, desquels on ne connaît qu’Honorius, qui mourut avant 384. Il paraît qu’ils demeurèrent en Espagne, et qu’après la mort d’Honorius, Théodose fit venir à Constantinople ses deux filles, Thermantia et Séréna. Leur mère était une dame espagnole, nommée Marie. Théodose maria l’aînée à un général que l’histoire ne nomme pas; Séréna, la cadette, épousa Stilichon. Elle était adroite, insinuante, instruite par la lecture des poètes. L’empereur l’aima par prédilection411; elle charmait ses chagrins, elle savait apaiser sa colère; il lui confiait ses secrets412. Il paraît même qu’il l’adopta; du moins les enfants de Stilichon et de Séréna sont-ils appelés par Claudien, petits-fils de l’empereur413. L’obscurité répandue sur les parents de Théodose fait honneur à ce prince; c’est une preuve qu’il ne leur permit pas d’abuser de sa puissance, et que l’amour qu’il avait pour sa famille ne l’emporta pas sur celui qu’il devait à ses sujets.

[Note 411:

Defuncto genitore tuo sublimis adoptat Te patruus, magnique animo solatia luctus Restituens, propius, quam si genuisset, amavit Defuncti fratris sobolem.

CLAUD. laus Seren. v. 104 et seq.—S.-M.]

[Note 412:

Et quoties, rerum moles ut publica cogit, Tristior, aut ira tumidus flagrante redibat, Cum patrem nati fugerent, atque ipsa timeret Commotum Flaccilla virum, tu sola frementem Frangere, tu blando poteras sermone mederi.

CLAUD. laus Seren. v. 134 et seq.—S.-M.]

[Note 413:

Dedit hæc exordia lucis Eucherio, puerumque ferens hic regia mater Augusto monstravit avo; lætatus at ille Sustulit in Tyria reptantem veste nepotem.

CLAUD. de laud. Stilich. l. 3, v. 176 et seq.—S.-M.]

[Note latérale: VII.

Théodose délivre la Thrace.

Zos. l. 4, c. 25.

Themist. or. 14, p. 181.

Claud. in 6º Consul. Honor. et de laud. Serenæ.

Soz. l. 7, c. 4.

Oros. l. 7, c. 34.

Jornand. de reb. Get. c. 27.

Prosp. chron.

Idat. chron. et fast.

Marcel. chr.]

Le premier soin de ce guerrier actif et vigilant, fut d’assembler des troupes pour chasser les Barbares hors de la Thrace414. Il en avait battu l’année précédente un corps très-nombreux; mais il en restait encore la plus grande partie, divisée en plusieurs détachements, qui continuaient de ravager la province. Théodose rappela les soldats dispersés après la défaite de Valens; et, par la sévérité de la discipline, qu’il sut tempérer de douceur et de largesses faites à propos, il fit renaître leur ancien courage. Il rassura les habitants des campagnes; et de timides fugitifs, il en fit des soldats qui ne respiraient que vengeance. Il enrôla surtout ceux qui travaillaient aux mines, gens endurcis aux plus rudes travaux. Cette armée, séparée en divers corps, donna la chasse aux Barbares, et les resserra vers les bords du Danube. Il se livra plusieurs sanglants combats, dont les écrivains du temps ne détaillent aucune circonstance415. Ils nous apprennent seulement que, le 17 de novembre, on reçut à Constantinople la nouvelle d’une grande victoire remportée sur les Goths, les Huns et les Alains. Une partie de ces nations repassa le fleuve avec Fritigerne, Alathée et Saphrax; ceux qui restèrent en Thrace se soumirent à l’empire, et donnèrent des ôtages. Stilichon commença de se signaler dans cette guerre416. On croit que ce fut dans une des rencontres qui furent fréquentes pendant cette campagne, que le fameux Alaric, encore jeune alors, et chef d’un détachement de l’armée de Fritigerne, surprit Théodose et l’enferma sur les bords de l’Hèbre417; mais on ne dit point par quel moyen l’empereur se tira de ce péril.

[Note 414: Les lois de cette année nous font voir que Théodose était encore à Thessalonique le 17 juin. On le trouve le 7 juillet à Scupi et le 10 août, dans un lieu dont la position est inconnue, mais qui s’appelait le bourg d’Auguste, Vicus Augusti.—S.-M.]

[Note 415: C’est une remarque qu’on ne doit pas perdre de vue en lisant ce qui concerne Théodose. Il ne reste aucun auteur original qui le fasse connaître. La grande lumière jetée par Ammien Marcellin sur l’histoire de l’empire romain, cesse au règne de Théodose. Il faut se contenter alors du témoignage suspect de Zosime, et des faibles indications de quelques obscurs annalistes.—S.-M.]

[Note 416:

Haud aliter Stilicho, fremuit cum Thracia belli Tempestas, cunctis pariter cedentibus, unus Eligitur ductor…....

CLAUD. laus Seren. v. 208 et seq.—S.-M.]

[Note 417:

Maurusius Atlas Gildonis furias, Alaricum barbara Peuce Nutrierat: qui sæpe tuum Sprevere profana Mente patrem. Thracum venientem finibus alter Hebri clausit aquis.

CLAUD. de 6º cons. Honor. v. 104 et seq.—S.-M.]

[Note latérale: VIII.

Exploit du général Modarius.

Zos. l. 4, c. 25.

Greg. Naz. ep. 135 et 136, t. 1, p. 863 et 864.]

De tous ces exploits, celui du général Modarius418 est le seul dont l’histoire nous ait laissé quelque détail. Modarius était du sang royal des Goths419. Un démêlé qu’il eut avec Fritigerne, dès le temps de Valens, l’avait fait passer au service de l’empire; il s’y était tellement distingué par sa fidélité et par sa valeur, que Théodose le mit à la tête d’un corps de troupes. Ce général, sans être aperçu des ennemis, vint se poster sur une hauteur, qui commandait une vaste plaine où les Barbares s’étaient répandus pour le pillage. Ayant appris par ses coureurs, que les Goths, ensevelis dans le vin, étaient épars çà et là et couchés par terre, il ordonna à ses soldats de ne prendre que leurs épées et leurs boucliers, et de fondre sur eux. Il n’en coûta que la peine de les égorger, la plupart endormis, tous hors d’état de se défendre. Après avoir recueilli leurs dépouilles, on marcha vers leur camp fermé de quatre mille chariots. On y trouva leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves. Les Goths en conduisaient un si grand nombre que, dans leurs marches, les uns remplissaient les chariots, les autres suivaient à pied et y montaient à leur tour. Toute cette multitude fut emmenée prisonnière. Nous voyons par les lettres de saint Grégoire de Nazianze, que Modarius fut lié avec lui d’une étroite amitié. L’éloge que ce saint prélat fait de sa piété, et le secours qu’il lui demande pour apaiser les troubles de l’église, ne permettent pas de douter qu’en quittant les Goths, Modarius n’eût abandonné le parti de l’arianisme. Cette première campagne de Théodose annonçait un règne glorieux, et rendait le repos à la Thrace désolée depuis trois ans par les plus horribles ravages.

[Note 418: Zosime lui donne, l. 4, c. 25, le nom de Modarès.—S.-M.]

[Note 419: Ἐκ τοῦ βασιλείου τῶν Σκυθῶν γένους. Zos. l. 4, c. 25.—S.-M.]

[Note latérale: IX.

Gratien à Milan.

Socr. l. 5, c. 6.

Auson. grat. act. p. 526 et 527.

Epist. Grat. ad Ambros.

Ambros. de fide, l. 1, c. 1, t. 2, p. 445, et de Spiritu sancto, l. 1. c. 1, t. 2, p. 599.

Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 5.

Paul. vit. Ambros.

Till. Grat. art. 10, et vie de S. Ambr. art. 19.

Fleury, hist. ecclés. l. 17, art. 44.]

Gratien s’étant déchargé sur son nouveau collègue du soin de l’Orient, fit à Sirmium un séjour de quelques mois. Il remporta de son côté plusieurs avantages sur différents partis de Barbares qui s’étaient avancés jusqu’en Pannonie420. Il reprit ensuite le chemin de la Gaule, en passant par Aquilée et par Milan, où il arriva vers la fin de Juillet. Les catholiques, dont il s’était déclaré le protecteur, accouraient sur son passage et faisaient des vœux pour la prospérité de son gouvernement. Pendant son séjour à Milan, il eut de fréquents entretiens avec saint Ambroise. Il avait pour ce saint évêque un respect mêlé de tendresse, et puisait dans cette source féconde la connaissance et l’amour de la vérité. Lorsqu’il était parti pour l’Illyrie, il avait prié saint Ambroise de lui composer quelque ouvrage, pour le confirmer dans la loi de la consubstantialité; et il en avait reçu deux livres intitulés: De la Foi. En partant de Sirmium, il lui écrivit pour le prier de confondre les sectateurs de Macédonius, qui niaient la divinité du Saint-Esprit. Il voulait même que le saint prélat le vînt trouver en diligence. Saint Ambroise s’en excusa; il attendit l’empereur à Milan, et se contenta pour lors d’ajouter trois autres livres aux deux premiers, dans lesquels il prouvait la divinité du Fils: il lui promit d’écrire dans la suite sur la divinité du Saint-Esprit, et s’acquitta de cette promesse deux ans après. Ce fut sans doute par le conseil de ce saint, que Gratien révoqua la loi qui permettait aux hérétiques de tenir leurs assemblées421. Le zèle d’Ambroise ne se renfermait pas dans les bornes de son diocèse: le siége de Sirmium étant vacant par la mort de l’arien Germinius, Justine, que Gratien avait laissée dans cette ville avec son fils Valentinien, entreprit d’y placer un évêque du même parti. Sur cette nouvelle, Ambroise vole à Sirmium; il s’oppose avec fermeté aux efforts de l’impératrice, et vient à bout de faire nommer un évêque catholique; c’était Anémius. Ce coup de vigueur fut l’origine de la haine implacable, dont les éclats scandaleux déshonorèrent Justine, et augmentèrent la gloire de l’intrépide prélat.

[Note 420: Voyez ci-devant, p. 149, note 2, liv. XX, § 40—S.-M.]

[Note 421: En vertu d’une loi rendue à Milan le 3 août 379.—S.-M.]

[Note latérale: X.

Il retourne dans les Gaules.

Zos. l. 4, c. 24.

Socr. l. 5, c. 6.

Soz. l. 7, c. 4.

Auson. grat. act. p. 553 et 554.

Cod. Th. l. 4, tit. 20, leg. 1, l. 13, tit. 3, leg. 12, 13, 14 et 15.]

Les incursions des Allemands appelèrent Gratien dans la Gaule plus tôt qu’il n’aurait désiré422. Ils ne l’attendirent pas, et ce prince passa l’hiver à Trèves423. Il y publia plusieurs lois. Les débiteurs du fisc se mettaient à couvert des poursuites, en faisant cession de leurs biens, ce qui donnait occasion à des fraudes plus préjudiciables aux peuples qu’au prince même, puisque le prince ne perd jamais ce qui lui est dû, et qu’il sait se dédommager, aux dépens de ses sujets, de ce qui lui est enlevé par des mains infidèles. Gratien ordonna d’employer contre ces débiteurs la rigueur des supplices, à moins qu’ils ne prouvassent qu’ils avaient été ruinés par quelque accident involontaire. Il confirma les priviléges accordés aux médecins; Théodose en fit autant dans la suite. Ausone, en sortant du consulat, prononça en présence de l’empereur le discours de remercîment que nous avons encore, et qui peut servir à fixer une des époques du dépérissement de l’éloquence.

[Note 422: Ausone décrit en ces termes, Grat. act. cons. p. 553, le rapide voyage de Gratien. Tu Gratiane, tot Romani imperii limites, tot flumina et lacus, tot veterum intersepta regnorum, ab usque Thraciam, per totum, quam longum est, latus Illyrici, Venetiam, Liguriamque, et Galliam veterem, insuperabilia Rhætiæ, Rheni aquosa, Sequanorum invia, porrecta Germaniæ, celeriore transcursu, quam est properatio nostri sermonis, evolvis, nulla requie otii, ne somni quidem, aut cibi munere liberali, ut Gallias tuas inopinatus illustres, ut consulem tuum, quamvis desideratus, anticipes.—S.-M.]

[Note 423: Il était dans cette ville le 14 septembre et sans doute long-temps avant. C’est au séjour que ce prince et son père avaient fait dans cette ville, qu’elle dut les nombreux monuments dont il reste encore des débris, et qu’elle acquit le haut rang qu’elle conserva jusqu’à la chute de l’empire.—S.-M.]

[Note latérale: AN 380.

XI.

Baptême de Théodose.

Prosp. chron.

Socr. l. 5, c. 6.

Soz l. 7, c. 4.

Zos. l. 4, c. 34.

Jorn. de reb. Get. c. 27.

Ambr. ep. 15, t. 2, p. 819.

Aug. de civ. l. 5, c. 26, t. 7, p. 442.

Hermant, vie de S. Greg. l. 9, c. 1.]

Au commencement de l’année suivante, Théodose, consul avec Gratien, tomba malade à Thessalonique424. On désespérait de sa vie, et tout l’Orient craignit de voir éteindre cet astre naissant, qui promettait à tant de peuples des jours plus sereins et plus tranquilles. L’empereur, plus occupé du soin de son âme que de la guérison de son corps, désirait le baptême. Mais inviolablement attaché à la foi catholique, qu’il avait héritée de ses pères, il ne voulait être baptisé que par un orthodoxe. Il fit venir Ascolius, évêque de Thessalonique. Ce prélat, célèbre par sa vertu, mais renfermé dans les fonctions de son ministère, était encore inconnu à la cour. Lui seul avait servi de défense à la Macédoine dans le désastre de l’empire; et lorsque les Goths vainqueurs, pillant impunément la Thrace, et poussant au loin leurs partis, étaient venus attaquer Thessalonique, dépourvue de secours, Ascolius, sans autres armes que les prières qu’il adressait à Dieu, avait repoussé leurs efforts. Frappés de la peste et poursuivis par un bras invisible, les Goths avaient pris la fuite. Théodose l’interrogea sur sa croyance; il répondit: Qu’il n’en avait point d’autre que celle de Nicée; et que c’était la doctrine constante de toute la Macédoine, où les dogmes d’Arius n’avaient jamais eu le crédit de s’établir; plus heureuse en ce point que les provinces orientales et que la ville de Constantinople, où les sectes hérétiques déchiraient le sein de l’église. L’empereur, satisfait de cette profession de foi, reçut le baptême de la main d’Ascolius, avec plus de joie qu’il n’avait, un an auparavant, reçu de Gratien la couronne impériale. Il conserva toujours un profond respect pour ce saint évêque; il se gouvernait par ses conseils dans ce qui concernait les affaires de l’église. La confiance d’un si grand prince, et l’éminente vertu du prélat relevèrent beaucoup l’éclat du siége de Thessalonique. Le pape Damase revêtit Ascolius et ses successeurs de la qualité de vicaires du saint siége pour l’Illyrie orientale; ils avaient l’autorité de juger en dernier ressort les causes ecclésiastiques dans ces provinces; ils y tenaient le premier rang entre les primats, sans préjudice des droits respectifs des églises. La guérison de Théodose suivit de près son baptême.

[Note 424: On voit par ses lois qu’il fut dans cette ville durant l’année 380, au moins depuis le 15 janvier jusqu’au 14 juillet.—S.-M.]

[Note latérale: XII.

Lois de Théodose concernant la religion.

Soz. l. 7, c. 4.

Greg. Naz. carm. de vita sua, t. 2, p. 21 et 22.

Cod. Th. l. 16, tit. 1, leg. 3, tit. 2, leg. 25. l. 9, tit. 35, leg. 4, 5, tit. 38, leg. 6, 7, 8; l. 15, tit. 5, leg. 2; l. 2, tit. 8, leg. 2.

Append. Sirm. leg. 7. Baronius in ann. 385.]

Sa convalescence fut longue: il ne put quitter Thessalonique avant le mois de Juillet. Il profita de ce temps de repos, pour remédier aux désordres de l’église et de l’état. Il traita d’abord les hérétiques avec douceur; et St. Grégoire de Nazianze paraît douter si cette tolérance venait d’un défaut de zèle, ou si c’était un effet de prudence, que ce saint ne peut s’empêcher d’approuver. Mais Théodose ne tarda pas à déclarer quelle était la doctrine à laquelle il souhaitait que tous ses sujets voulussent se conformer; et comme la ville de Constantinople était tout à la fois la capitale de son empire, d’où ses édits pouvaient plus aisément se répandre dans toute l’étendue de ses états, et le centre de l’hérésie qui s’y était affermie sous le règne de Constance et de Valens, ce fut au peuple de Constantinople que, dès le 28 de février, il adressa une loi célèbre, dont voici les termes: Nous voulons que tous les peuples de notre obéissance professent la religion qui, suivant une tradition constante, a été enseignée aux Romains par l’Apôtre saint Pierre, qui est évidemment professée par le pontife Damase et par Pierre, évêque d’Alexandrie, prélat d’une sainteté apostolique; en sorte que, selon les instructions des Apôtres et la doctrine de l’Évangile, nous reconnaissions dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, une seule Divinité, avec une égale majesté et dans une adorable Trinité. Nous donnons le titre de Chrétiens Catholiques à ceux qui suivront cette loi; et, regardant les autres comme des insensés, nous voulons qu’ils portent le nom ignominieux d’hérétiques, et que leurs assemblées ne soient point honorées du titre d’Églises, en attendant qu’ils ressentent les effets de la vengeance de Dieu et de la nôtre, selon ce que la divine Providence daignera nous inspirer. Il déclare, par une autre loi datée du même jour, que ceux qui altèrent par leur ignorance, ou qui violent par leur négligence, la sainteté de la loi de Dieu, se rendent coupables de sacrilége. Au milieu du carême de cette année, il ordonna par une loi425 de suspendre toute procédure criminelle durant les quarante jours qui précèdent la fête de Pâques; ce qu’il confirma neuf ans après par une seconde loi: Les juges, dit-il, ne doivent pas punir les criminels dans un temps, où ils attendent de Dieu la rémission de leurs propres crimes. Il suspendit aussi dans la suite les procédures, même civiles, durant la quinzaine de Pâques, et tous les Dimanches de l’année, pendant lesquels les spectacles furent interdits. Nous avons une loi sans date, par laquelle, à l’exemple de Valentinien, il fait grâce à tous les criminels en faveur de la fête de Pâques; il en excepte aussi les crimes énormes, qui sont celui de lèse-majesté, l’homicide, l’adultère, le poison ou la magie, la fausse monnaie. Gratien, à l’occasion d’une pareille rémission, excepte encore le rapt et l’inceste; et il exclut de cette grâce ceux qui, après l’avoir déjà obtenue, sont retombés dans les mêmes crimes. Valentinien le jeune en fit une loi perpétuelle pour l’Occident; mais aux exceptions précédentes, il ajoute le sacrilége en général, et en particulier celui qui consistait à violer les sépultures. En l’année 387, comme Théodose dictait l’ordonnance de l’indulgence Paschale, plût à Dieu, dit-il, qu’il fût en mon pouvoir de ressusciter les morts. Dans une autre loi faite sur le même sujet, on lit cette belle maxime: Que c’est une perte pour l’Empereur de ne trouver personne à qui il puisse pardonner.

[Note 425: Rendue le 27 mars 380 à Thessalonique.—S.-M.]

[Note latérale: XIII.

Lois civiles.

Cod. Th. l. 10, tit. 10 leg. 12, 13, 17, 18, 19. tit. 18, leg. 2, 3, l. 9, tit. 2, leg. 3, tit. 3, leg. 6, tit. 27, leg. 1, 2, 3, 4, 5, 6; l. 15, tit. 1, leg. 20, 21, 23, 24, 27, 29 et ibi God. p. 302, tit. 5, leg. 2. l. 8, tit. 15, l. 3, tit. 8; leg. 1, 2, tit. 11, leg. unic. leg. 12, tit. 1, leg. 80 usque ad 140, et ibi God. p. 431. tit. 12, leg. 7.

Cod. Just. l. 5, tit. 9, leg. 1. l. 6, tit. 55, leg. 4.

Liban. de Vetus descr. C. P.

Themist. or. 15, p. 194.]

La faiblesse de Valens avait laissé un libre cours à plusieurs abus: Théodose se fit un devoir de les réformer. Il se déclara ennemi des délateurs; et, pour rendre ce pernicieux métier aussi rare qu’il est infâme, il prononça la peine capitale contre tout esclave qui accuserait son maître, même avec fondement; et contre tout délateur qui aurait réussi dans trois différentes dénonciations, la mort était le prix de sa troisième victoire. Il y eut toujours de ces hommes dangereux qui abusent de leur puissance et de leur crédit pour opprimer les faibles, et toujours ils ont trouvé des magistrats intéressés ou timides qui se sont prêtés à leurs injustices. Sur une plainte non avérée, on arrêtait les accusés; on les laissait languir dans des cachots étroits et incommodes, où ils ne pouvaient dormir que debout: là, ces misérables, souvent innocents, étaient abandonnés à l’avarice des geôliers, qui leur vendaient bien cher les nécessités de la vie, et les traitaient cruellement lorsqu’ils n’avaient pas de quoi payer: ils y mouraient souvent de faim. Les magistrats, occupés de spectacles, de festins et d’amusements frivoles, ne trouvaient pas le temps de visiter les prisons. Théodose défendit de mettre aux fers quiconque ne serait pas convaincu: il voulut que l’accusateur fût détenu en prison, pour subir la peine du talion, s’il était reconnu calomniateur; que le procès fût promptement instruit et jugé, afin que le coupable ne tardât pas à recevoir son châtiment, et l’innocent sa délivrance. Il interdit aux geôliers leurs exactions inhumaines, et ordonna que tous les mois le garde des registres mettrait sous les yeux du juge, le rôle des prisonniers, avec la note de leur âge, de la qualité des crimes dont ils étaient accusés, et du temps de leur détention; que le juge négligent et paresseux, qui n’avait de sa charge que le titre, serait condamné à une amende de dix livres d’or et à l’exil. Six ans après, pour donner aux magistrats le loisir de s’acquitter de leurs devoirs, il leur défendit d’assister aux spectacles, excepté le jour de la naissance et du couronnement des empereurs. Il paraît, par un discours de Libanius, que ces lois furent plus faibles que les désordres: l’an 386 il adressa à Théodose, en faveur des prisonniers, une remontrance hardie, dans laquelle il ne craint pas de dire que le prince ne peut s’excuser sur ce qu’il ignore ces iniquités; que son devoir est de les connaître et de les punir. Jamais empereur ne prit tant de précautions pour arrêter les concussions des magistrats: il ordonna que les juges convaincus de ce crime, seraient dépouillés de leur charge, déclarés incapables d’en posséder aucune; qu’en cas de mort, leurs héritiers seraient responsables de leurs larcins; que, pour les malversations dans les causes des particuliers, ils seraient assujettis aux peines du péculat: il invita ceux qui se trouveraient lésés, à poursuivre la vengeance, et leur promit justice et récompense. Natalis, commandant des troupes en Sardaigne, sous le règne de Valens, avait pillé la province: Théodose l’y fit reconduire sous bonne garde, pour y être convaincu sur les lieux, et le condamna à rendre le quadruple de ce qu’il avait pris injustement. Il défendit aux officiers qu’il envoyait dans les provinces, d’y faire aucune acquisition d’immeubles, d’y recevoir aucun présent ni pour eux ni pour leur famille, leurs conseillers, leurs domestiques; il permit aux habitants de répéter en justice ce qu’ils auraient ainsi donné. Si un gouverneur ou magistrat de province employait son autorité pour tirer une promesse de mariage, soit en sa faveur, soit en faveur de qui que ce fût, il déclarait la promesse nulle; et pour une simple tentative du magistrat, pour une simple proposition accompagnée de promesses ou de menaces, il le condamnait à payer dix livres d’or, et à perdre, après sa gestion, toutes les prérogatives que sa charge procurait; les personnes qu’il avait sollicitées étaient affranchies de sa jurisdiction, elles et leur famille, et avaient leurs causes commises par-devant d’autres juges. Pour entretenir cet esprit de vie qui, dans un grand empire, doit animer toutes les parties même les plus éloignées du centre, il maintint en vigueur l’ordre municipal des villes. Il nous reste de lui beaucoup de lois sur la nomination de ces officiers, sur les moyens de conserver leur nombre, sur leurs exemptions et leurs priviléges. Flavianus, proconsul d’Asie, et un préfet d’Égypte, furent mis en prison pour avoir appliqué à la torture des officiers municipaux. Afin d’épargner aux villes les frais des nombreuses députations, il ordonna que, dans les occasions où elles auraient quelque demande à porter au prince, toutes celles d’une même province concerteraient ensemble, et se contenteraient d’envoyer trois députés pour la province entière. Il eut encore plus de soin d’entretenir les anciens édifices, que d’en construire de nouveaux, ce qui flattant davantage la vanité des princes ou des magistrats, apporte aux villes plus de dépense et souvent moins d’utilité. Il ne permit aux gouverneurs de faire de nouveaux ouvrages publics, qu’après qu’ils auraient réparé les anciens qui tombaient en ruine, et achevé ceux que leurs prédécesseurs avaient commencés. Il voulut que les entrepreneurs fussent pendant quinze ans, eux et leurs héritiers, responsables de la solidité des constructions. Cette attention ne l’empêcha pas de travailler à l’embellissement de Constantinople. Il y fit dans la suite construire un port, un aquéduc, des bains, des portiques, des académies, un palais, une place et une colonne qui portèrent son nom. Valentinien II suivit l’exemple de Théodose, et recommanda d’entretenir dans Rome les anciens monuments, plutôt que d’en entreprendre de nouveaux. Constantin avait décidé que, si quelqu’un trouvait un trésor, il le partagerait par moitié avec le fisc; Théodose le laissa tout entier à qui l’aurait découvert, à condition cependant que, s’il le trouvait sur le terrain d’autrui, il en céderait le quart au propriétaire du terrain. Les lois romaines avaient borné le temps du deuil au terme de dix mois; Théodose l’étendit à l’année entière; il déclara infame la veuve qui, avant l’année révolue, convolerait à de secondes noces: telle était déjà la disposition des anciennes lois; mais il y ajouta la perte de tous les biens que la femme tiendrait du premier mari. Quant aux veuves qui se remariaient après le terme prescrit, il les obligea de conserver aux enfants du premier lit tous les biens venus de leur père, et il leur ôta la liberté de les aliéner. La plupart de ces lois sont adressées à Eutrope, alors préfet du prétoire d’Orient, et dont nous avons déjà parlé dans l’histoire de la conjuration de Théodore.

[Note latérale: XIV.

Théodose envoie en Égypte un grand nombre de Goths.

Zos. l. 4, c. 30, 31 et 56.

Eunap. in excerpt. de leg. p. 21 et 22.]

Dans le même temps que Théodose s’occupait à corriger les désordres, il songeait aussi à fortifier l’empire contre les attaques des Barbares. Il employa pour cet effet un moyen dangereux, ainsi qu’il a déjà été observé, et tout-à-fait contraire à la saine politique. Les malheurs précédents avaient affaibli les armées; il invita les Goths d’au-delà du Danube à prendre parti dans ses troupes, et il promit de les traiter comme ses sujets naturels. Il en vint une si grande multitude, qu’ils surpassèrent bientôt en nombre les soldats romains, et l’empereur craignit avec raison de n’être plus le maître de les contenir, s’ils venaient à former quelque entreprise. En effet, selon un auteur de ce temps-là, avant que de passer le fleuve, ils s’étaient secrètement engagés, par des serments exécrables, à faire aux Romains tous les maux qu’ils pourraient, soit par la force, soit par la ruse et la trahison, et à ne se donner de repos qu’après s’être rendus maîtres de tout l’empire. Quoique Théodose ignorât ce perfide complot, cependant, par une sage précaution, il résolut de les mettre hors d’état de nuire en les divisant: il manda une partie des légions qu’il avait en Égypte, et envoya pour les remplacer un corps considérable de ces Barbares, sous la conduite d’Hormisdas, ce neveu de Sapor qui s’était signalé dans la révolte de Procope. Les deux détachements se rencontrèrent à Philadelphie. Celui des Goths était de beaucoup le plus nombreux: ils avaient traversé l’Asie, comme des brigands, en pillant tout sur leur passage. Réunis dans la même ville avec des troupes disciplinées, ils voulurent continuer les mêmes violences. Un habitant qui venait de vendre quelque denrée à un soldat goth, en reçut pour paiement un coup d’épée au travers du corps; un autre qui était accouru pour le défendre, ne fut pas mieux traité. On s’attroupa de part et d’autre. Les officiers venus d’Égypte s’efforcèrent en vain de faire entendre aux Barbares, que la discipline romaine qu’ils avaient embrassée, ne permettait pas ces emportements; on ne leur répondit qu’à grands coups d’épée. Alors les soldats romains, quoique fort inférieurs en nombre, se jetant sur les Goths, en massacrèrent plus de deux cents: plusieurs se sauvèrent dans les égouts de la ville, où ils périrent. On épargna les autres, qui après cette sanglante leçon, continuèrent leur voyage en observant une plus exacte discipline.

[Note latérale: XV.

Division entre les Goths.]

Ce mélange de Goths et de Romains introduisit le désordre dans les armées. On dit même que l’empereur, pour attirer à son service un plus grand nombre de ces Barbares, leur permettait de retourner dans leur pays en substituant un soldat en leur place, et de revenir reprendre leur rang lorsqu’ils le jugeraient à propos. Malgré la haine qu’ils avaient jurée au nom romain, Théodose, à force de caresses et de libéralités, parvint à gagner le cœur de quelques-uns, et à les attacher sincèrement à l’intérêt de l’empire. C’était le plus faible parti, s’il n’avait eu pour chef un jeune homme plein de courage; il se nommait Fravita. Païen de religion, mais sincère, ennemi du déguisement et de l’artifice, il détestait les noirs desseins de ses compatriotes, et croyait faire pour eux plus encore qu’il ne devait, en ne les démasquant pas426. Il épousa même une Romaine, pour ne pas entretenir dans sa maison une secrète intelligence avec la trahison et la perfidie. A la tête de l’autre parti était Ériulphe427, homme violent et emporté. Un jour qu’ils étaient tous deux à la table de l’empereur, qui pour adoucir l’humeur féroce de ces Barbares, les traitait souvent avec magnificence, le vin échauffant leurs esprits, ils se prirent de paroles. Dans les transports de leur colère, ils dévoilèrent le secret de la conspiration générale. Les convives prennent la fuite en tumulte: Fravita tire l’épée et tue Ériulphe: les gens de celui-ci accoururent pour venger leur maître; ils allaient mettre en pièces le meurtrier, si les gardes du prince ne se fussent jetés à la traverse et ne l’eussent tiré de leurs mains. Théodose, averti par cet événement du complot des Barbares, ne crut pas devoir employer la violence pour en prévenir les effets: il prit sans doute des mesures de prudence dont l’histoire ne rend aucun compte.

[Note 426: Il fut consul en l’an 401. Il est appelé Φραόυστιος, par Zosime, l. 4, c. 56. D’autres auteurs l’appellent Φράβιθος.—S.-M.]

[Note 427: Ce chef Goth est nommé Prioulphe Πρίουλφος, par Zosime, l. 4, c. 56. C’est Eunapius qui le nomme Ἐρίουλφος.—S.-M.]

[Note latérale: XVI.

Gratien se prépare à repousser les Goths.

Zos. l. 4, c. 33 et 34.

Vict. epit. p. 231.

Till. vie de S. Ambr. art. 21.

Cod. Th. l. 11, tit. 16, leg. 12; l. 15, tit. 7, leg. 4, 5, 6, 9, 10, 11, 12 et ibi God.]

Les Goths établis en Thrace, n’étaient pas mieux intentionnés que leurs compatriotes. Oubliant les ôtages qu’ils avaient donnés l’année précédente, ils envoyèrent des partis en Pannonie, et favorisèrent le passage d’Alathée et de Saphrax, qui, sans trouver aucun obstacle, vinrent encore avec Fritigerne se montrer en-deçà du Danube428. Vitalianus commandait en Pannonie. Gratien, ne comptant pas beaucoup sur la capacité de ce général, partit de Trèves429 au mois de mars, après avoir ordonné des levées d’hommes, de chevaux et de vivres, et il alla attendre à Milan que ses troupes fussent assemblées. Justine qui s’y trouvait alors, toujours ardente à protéger l’hérésie, profita de ce séjour pour solliciter l’empereur d’accorder aux ariens une des églises de la ville. Elle obtint seulement par ses importunités, que cette église fût mise en séquestre. Mais bientôt Gratien, honteux d’une si faible complaisance, la rendit aux catholiques, sans attendre les remontrances de saint Ambroise. Ce fut sans doute par le conseil du saint prélat, que ce prince exempta les femmes chrétiennes de la nécessité de monter sur le théâtre, à moins qu’elles n’eussent démenti la sainteté de leur religion par les désordres de leur vie. Il imposa une amende de cinq livres d’or à quiconque retirerait dans sa maison une comédienne ou une danseuse. Théodose animé des mêmes sentiments, entreprit dans les années suivantes de réformer la licence et le luxe des gens de théâtre: il défendit d’acheter, de vendre, d’instruire, et de produire dans les festins ou dans les spectacles, d’entretenir même dans son domestique, une chanteuse ou joueuse d’instruments; d’exposer dans les lieux publics où se trouvait l’image des princes, les portraits des pantomimes, des cochers du cirque, des histrions; il interdit aux comédiennes l’usage des pierreries et la magnificence des habits; aux femmes chrétiennes et à leurs enfants tout commerce avec les acteurs et les actrices.

[Note 428: Jornandès qui rapporte, c. 27, cette nouvelle irruption des Goths, en donne un motif assez plausible, c’est la maladie de Théodose. Sed Theodosio, dit-il, principe pene tunc usque ad desperationem ægrotante, datur iterum Gothis audacia, divisoque exercitu, Fridigernus ad Thessaliam prædandam, Epiros, et Achaïam digressus est: Alatheus vero, et Safrach cum residuis copiis Pannoniam petierunt.—S.-M.]

[Note 429: L’empereur était à Trèves le 6 et le 15 février; à Aquilée le 14 mars et à Milan le 24 et le 27 avril. On le retrouve à Aquilée, le 27 juin. Ce voyage fut nécessité, à ce qu’il paraît, par la maladie de Théodose et par la nouvelle irruption des Goths.—S.-M.]

[Note latérale: XVII.

Avantages de Gratien et de Théodose sur les Goths.

Zos. l. 4, c. 32, 33 et 34.

Jorn. de reb. Get. c. 27.

Cod. Th. l. 7, tit. 13, leg. 8, 9, tit. 22, leg. 9, 10.

Idat. fast.

Greg. Naz. carm. de vita sua, t. 2, p. 20.

Philost. l. 9, c. 19.

Marcel. chr.

Oros. l. 7, c. 34.

Prosp. chr.]

Gratien, étant parti de Milan au mois de juin, passa par Aquilée, et prit la route de la Pannonie. Il défit les partis des Goths qui ravageaient la province. Pour les détacher du reste de la nation, il entra en négociation avec eux et conclut un traité de paix430, auquel Théodose crut devoir accéder431; mais ni Alathée, ni Saphrax, ni Fritigerne ne furent compris dans ce traité432. Celui-ci s’étant séparé des autres après le passage du Danube, prit sa route vers la Thessalie, dans le dessein de ravager la Grèce433. Théodose avait trop de sujet de se défier des Goths, pour n’être pas sur ses gardes. Tout ce qu’il pouvait réunir de troupes romaines était depuis long-temps assemblé auprès de lui; il avait rappelé au service les fils des vétérans, qui prétendaient jouir des priviléges de leurs pères, sans en avoir supporté les fatigues. Quoiqu’il eût besoin de soldats, il avait cependant par une loi expresse, exclu du métier des armes, les esclaves, les eunuques, et toutes les professions qui travaillent pour la table, le luxe et la volupté. Au premier bruit de la marche de Fritigerne, il se mit en campagne. Tous les auteurs, à l’exception de Zosime, s’accordent à dire que ce prince remporta cette année plusieurs victoires, qu’il dompta les Goths, et qu’il entra triomphant dans Constantinople434; mais si l’on s’en rapporte à cet historien, l’empereur fut défait et revint couvert de honte. Son récit, qui ne se soutient pas lui-même, et qui est démenti par les autres écrivains et par la suite des événements, ne mérite aucune croyance. Fritigerne repassa le Danube avec les deux autres généraux, qui n’avaient pas eu plus de succès que lui.

[Note 430: Nec tamen fretus (Gratianus) in armis, sed gratia eos muneribusque victurus, pacemque et victualia illis concedens, cum ipsis inito fædere fecit. Jornand. de reb. Get. c. 27.—S.-M.]

[Note 431: Ubi vero post hæc Theodosius convaluit imperator, reperitque Gratianum cum Gothis et Romanis pepegisse fœdus, quod ipse optaverat, admodum grato animo ferens, et in hac ipse pace consistit. Jornand. de reb. Get. c. 27.—S.-M.]

[Note 432: Zosime a commis, l. 4, c. 34, une assez singulière erreur au sujet de ces trois chefs goths. Il dit que deux des nations germaniques qui habitaient au-delà du Rhin, et qui étaient commandées, l’une par Fritigerne et l’autre par Allothus et Safracès firent alors une irruption chez les nations de la Gaule, τοῖς Κελτικοῖς ἔθνεσιν ἐπικείμεναι. Il est facile de reconnaître ici une confusion assez étrange. Il est évident que Zosime a pris les Germains pour les Goths, et le Rhin pour le Danube.—S.-M.]

[Note 433: Ils voulaient, dit Zosime, l. 4, c. 34, passer de la Pannonie en Épire, traverser le fleuve Achéloüs et attaquer les villes de la Grèce. Διαπλεύσαντες οὖν ἐπὶ τούτοις τὸν Ἴστρον, διανούμενοί τε διὰ Παιονίας ἐπὶ τὴν Ἤπειρον διαβῆναι, περαιωθῆναι δὲ τὸν Ἀχελῶον, καὶ τᾶις Ἑλληνικαῖς πόλεσιν ἐπιθέσθαι.—S.-M.]

[Note 434: Theodosius adflictam rempublicam ira dei reparandam credidit misericordia illius, omnem fiduciam sui ad opem Christi conferens, maximas illas Scythicas gentes, formidatasque cunctis majoribus, Alexandro quoque illi magno, sicut Pompeius Corneliusque testati sunt, evitatas, nunc autem, exstincto romano exercitu, Romanis equis armisque instructissimas, hoc est, Alanos, Hunnos et Gothos, incunctanter adgressus, magnis multisque præliis vicit. Urbem Constantinopolim victor intravit. Oros. l. 7, c. 34.—S.-M.]

[Note latérale: XVIII.

Théodose à Constantinople.

Zos. l. 4, c. 33.

Idat. chron. et fast.

Marcel. Chr.

Chron. Alex. p. 303.

Greg. Naz. or. 28, t. 1, p. 473-486, et or. 32, p. 516 et seq. et carm. de vita sua, t. 2, p. 20 et 21.

Socr. l. 5, c. 6 et 7.

Soz. l. 7, c. 5 et 6.

Philost. l. 9, c. 19.

Chron. Cod. Theod.

Hermant, vie de S. Greg. l. 9, c. 9.

Fleury, hist, eccles. l. 17, art. 59.]

Théodose ayant dissipé ce nouvel orage, alla conférer avec Gratien à Sirmium435, où il paraît qu’il était le 8 de septembre; mais il n’y demeura que peu de jours, puisque le 20 du même mois, il était de retour à Thessalonique. Il entra le 24 novembre à Constantinople, où il fut reçu avec beaucoup de joie, surtout de la part des catholiques. Il y avait quarante ans que l’arianisme dominait dans cette ville; depuis l’exil d’Evagrius choisi pour évêque par les catholiques en 370, et chassé par Valens, Démophile possédait seul toutes les églises. Valens étant mort, les catholiques avaient appelé Grégoire de Nazianze pour les soutenir contre les hérétiques. Grégoire, sans être attaché à aucun siége, était revêtu du caractère épiscopal: il avait été ordonné évêque de Sasima en Cappadoce, dont il n’avait jamais pris possession. Après la mort de son père, qu’il avait aidé dans les fonctions d’évêque de Nazianze sa patrie, il s’était retiré dans la solitude. Pressé par les instances de l’église de Constantinople, qui le priait de venir combattre les ennemis de la foi, il s’était rendu dans cette ville. Ce saint prélat, chéri et respecté des fidèles, persécuté sans cesse par les Ariens, avait par la sainteté de sa vie et la force de son éloquence, ranimé la foi prête à s’éteindre dans la capitale de l’empire. Un philosophe cynique, nommé Maxime, flétri de crimes et de châtiments, mais hypocrite effronté, était venu d’Alexandrie traverser les succès du saint évêque; et s’était fait secrètement ordonner et installer par une cabale sur le siége de Constantinople. Chassé aussitôt par les catholiques, il était allé trouver Théodose à Thessalonique pour implorer sa protection. L’empereur l’avait rebuté avec indignation; mais ce fourbe était soutenu par un puissant parti. Tel était l’état de l’église de Constantinople à l’arrivée de Théodose. Ce prince, deux jours après, c’est-à-dire le 26 de novembre, fit demander à Démophile s’il voulait embrasser la foi de Nicée; et sur son refus, il lui ordonna d’abandonner toutes les églises de la ville. Le prélat hérétique préféra l’exil à l’abjuration de ses erreurs: il alla mourir à Berrhée en Thrace, dont il avait été autrefois évêque. Grégoire ne soupirait qu’après la retraite; accablé d’années et de travaux, il voulait se décharger du fardeau de l’épiscopat. L’empereur le retint malgré lui, le conduisit lui-même à la grande église, et le mit en possession de la maison épiscopale et de tous les revenus attachés au siége de Constantinople. Eunomius, le chef des Anoméens, dogmatisait alors à Chalcédoine. Comme il était hardi et subtil dans la dispute, il attirait à ses discours un grand nombre de personnes. Théodose lui-même témoigna quelque désir de l’entendre; mais l’impératrice Flaccilla l’en détourna, en lui représentant que ce serait accréditer l’erreur et autoriser une curiosité dangereuse.

[Note 435: Il était à Andrinople, le 17 août de la même année.—S.-M.]

[Note latérale: AN 381.

XIX.

Loi contre les hérétiques.

Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 6.

Theod. l. 5, c. 2.

Appendix Sirm. ad Cod. Th.

Till. Arian. art. 136 et vie de S. Melèce, art 14.]

Après avoir dépouillé les ariens des églises de Constantinople, il déclara par une loi datée du 10 janvier436, sous le consulat d’Euchérius et de Syagrius, qu’il ne serait permis à nulle secte hérétique, et nommément aux Photiniens, aux Ariens, aux Eunomiens, de tenir leurs assemblées dans l’enceinte d’aucune ville; qu’on n’aurait nul égard aux rescrits impériaux qu’ils pourraient surprendre en leur faveur; que la foi de Nicée serait seule publiquement professée; que les évêques orthodoxes seraient dans toute l’étendue de l’empire remis en possession des églises, et que si les hérétiques formaient quelque entreprise séditieuse pour s’y maintenir, ils seraient eux-mêmes chassés des villes sans espérance de retour. Cette loi ne leur ôtait que les églises des villes. On voit en effet que dans ce même temps les Ariens obtinrent hors de Constantinople, l’église de Saint-Mocius, qui tombait en ruine: ils la réparèrent; elle tomba sept ans après, lorsqu’ils y étaient assemblés, et en écrasa un grand nombre. Elle ne fut rebâtie que sous Justinien. Sapor, un des plus illustres généraux de Théodose, fut chargé de faire exécuter cette loi dans toutes les provinces. Il n’eut pas de peine à y rétablir la paix, excepté dans Antioche. Il en chassa Vitalis, évêque des Apollinaristes, qui avaient formé une secte séparée en 376; mais le peuple catholique était lui-même divisé entre deux évêques orthodoxes, Paulin et Mélétius. Celui-ci, pour rétablir la concorde, offrait de partager l’épiscopat avec Paulin, à condition qu’on ne nommerait point de successeur à celui des deux qui mourrait le premier. Sur le refus que fit Paulin d’accepter une proposition si raisonnable, Sapor donna les églises à Mélétius, et n’en laissa qu’une seule à Paulin pour y célébrer les mystères avec ses partisans qu’on appelait Eustathiens. Ce triomphe de la foi, si long-temps opprimée, combla de joie les fidèles; et dans la suite plusieurs conciles en témoignèrent à Théodose une pieuse reconnaissance.

[Note 436: Cette loi fut rendue à Constantinople.—S.-M.]

[Note latérale: XX.

Théodose se concilie l’amour des peuples.

Themist. or. 15, p. 192; 16, p. 212; 17, p. 216 et 221; 19, p. 227.

Cod. Th. l. 9, tit. 42, leg. 8, et 9; l. 10, tit. 24, leg. 2, et 3; l. 13, tit. 11. leg. 1, 2, 3 et 4.]

L’Arianisme abattu n’osait faire éclater son ressentiment. Les vertus de Théodose rendaient impuissante la malignité naturelle à l’hérésie. Il était irréprochable; ses sujets l’aimaient avec tendresse; et jamais prince ne fut plus propre à régner sur les esprits, à la faveur de ce doux empire qu’il sut s’établir dans le cœur de ses peuples. La douceur de ses regards, celle de sa voix, la sérénité qui brillait sur son visage, tempéraient en lui l’autorité souveraine. Grand observateur des lois, il savait cependant en adoucir la rigueur. Dans les trois premières années de son règne, il ne condamna personne à la mort. Il ne fit usage de son pouvoir que pour rappeler les exilés, faire grace aux coupables dont l’impunité ne tirait pas à conséquence, relever par ses libéralités les familles ruinées, remettre ce qui restait à payer des anciennes impositions. Il ne punissait pas les enfants des fautes de leurs pères par la confiscation de leurs biens: mais il ne pardonnait pas les fraudes qui tendaient à frustrer le prince des contributions légitimes: également attentif à arrêter deux excès, d’enrichir son trésor par des exactions odieuses, et de le laisser appauvrir par négligence. Ses sujets le regardaient comme leur père; ils entraient avec confiance dans son palais comme dans un asyle sacré. Ses ennemis mêmes, qui auparavant ne se fiant pas aux traités, ne se croyaient point en sûreté à la table des empereurs, venaient sans défiance se jeter entre ses bras; et ceux qu’on n’avait pu vaincre par les armes, se rendaient volontairement à sa bonne foi.

[Note latérale: XXI.

Athanaric vient à C. P.

Zos. l. 4, c. 34.

Themist. or. 15, p. 190-192.

Socr. l. 5, c. 10.

Idat. fast. et chron.

Prosp. chr.

Marcel. chr.

Oros. l. 7, c. 34.

Jornand. de reb. Get. c. 28.

Isidor. Chr. Goth.

Amm. l. 27, c. 5.

Ambr. proœm. de Spir. Sancto, t. 2, p. 603.]

On en vit un exemple éclatant dans la personne d’Athanaric. Ce fier monarque des Visigoths437, qui avait traité d’égal à égal avec Valens, chassé par Fritigerne438 du territoire où il s’était long-temps maintenu contre les Huns, n’eut d’autre ressource que la générosité de Théodose. Il oublia le serment qu’il avait fait autrefois de ne jamais mettre le pied sur les terres des Romains, et envoya demander à l’empereur une retraite pour lui et pour les Goths qui lui étaient demeurés fidèles. Théodose oublia de son côté les hostilités d’Athanaric; il tint à grand honneur que son palais devînt l’asyle des princes malheureux; il l’invita à venir à sa cour; il alla plusieurs milles au-devant de lui, et l’ayant embrassé avec tendresse, il le conduisit à Constantinople439. Athanaric y entra le 11 de janvier avec cet air de grandeur, que l’infortune ajoute encore aux princes qui savent s’élever au-dessus d’elle440. L’empereur lui fit les honneurs de sa capitale, et le roi barbare, qui n’avait vu jusqu’alors que les forêts et les cabanes des Goths, ne put considérer sans étonnement la situation de cette ville, la hauteur de ses murs, la beauté de ses édifices, ce nombre infini de vaisseaux qui remplissaient le port, l’affluence de tant de nations qui venaient y aborder de toutes les contrées de la terre, la belle ordonnance des troupes rangées en haie sur son passage. Il était païen, et avait même persécuté les chrétiens avec violence. Frappé de cette sorte d’admiration, qui agit plus fortement dans les ames les plus grossières, il s’écria: Certes, l’empereur est le dieu de la terre; et quiconque ose lever le bras contre lui, court infailliblement à sa perte. La vue de la statue de son père, érigée par Constantin, lui tira des larmes441: il se crut établi dans le sein de sa famille; et le traitement honorable que lui fit Théodose, lui promettait les jours les plus heureux de sa vie, lorsqu’il fut frappé d’une maladie qui le conduisit au tombeau le quinzième jour après son arrivée442. L’empereur lui fit faire de magnifiques funérailles443; il y assista lui-même, marchant devant le cercueil. Les Goths qui étaient venus avec leur roi, charmés de la bonté de Théodose, lui vouèrent un attachement inviolable444. Les uns s’en retournèrent dans leur pays, publiant hautement les louanges de ce prince; les autres en plus grand nombre s’engagèrent dans ses troupes. Ils furent employés à garder les passages du Danube contre les entreprises de leurs compatriotes, et ils s’en acquittèrent avec fidélité445. Pendant le court intervalle qui s’écoula entre l’arrivée et la mort d’Athanaric, Thémistius prononça dans le palais en présence de Théodose, un discours dans lequel, en faisant l’éloge de l’empereur, il montra que la justice, la bonté, la vigilance à maintenir l’ordre, sont les qualités essentielles de la souveraineté; que ce sont ces vertus qui forment la vraie grandeur du prince et le bonheur des sujets.

[Note 437: Ἀθανάριχόν τε, παντὸς τοῦ βασιλείου τῶν Σκυθῶν ἄρχοντα γένους; κ. τ. λ. Zos. l. 4, c. 34.—S.-M.]

[Note 438: Ammien Marcellin rapporte, l. 27, c. 5, qu’Athanaric fut chassé par ses parents; il ne nomme pas Fritigerne, qui était sans doute de ce nombre. Postea, dit-il, Athanaricus proximorum factione genitalibus terris expulsus. Quoique la chose ne soit pas rapportée précisément de cette façon, par les auteurs anciens, qui sont fort obscurs sur ce point, et en particulier Zosime, l. 4, c. 34, il est certain qu’il faut l’entendre comme elle est présentée ici.—S.-M.]

[Note 439: Αὐτὸς ἀκονιτὶ ἐφειλκύσω τὸν Γέτην δυνάστην · καὶ ἥκει σοι ἐθελοντὴς, ὁ πάλαι σεμνὸς, καὶ ὑψηλογνώμων, ἱκέτης εἰς τὴν πόλιν τὴν βασιλίδα. Them. or. 15, p. 190.—S.-M.]

[Note 440: S. Ambroise s’exprime ainsi au sujet de l’arrivée d’Athanaric à Constantinople. Postea verò quam fidei exsules abdicavit, hostem ipsum, judicem regum, quem semper timere consueverat, deditum vidit, supplicem recepit, morientem obruit, sepultum possidet. Ambros. in proœm. de spir. sancto, t. 2, p. 603.—S.-M.]

[Note 441: Οὕ τὸν πατέρα ὁ μαμμεγέθης Κωνσταντῖνος εἰκόνι ἀπεμειλίσσετο, νῦν ἔτι ἀνακειμένῃ πρὸς τῷ ὀπισθοδόμῳ τοῦ βουλευτήριου. Them. or. 15, p. 191.—S.-M.]

[Note 442: On apprend d’Isidore de Séville, dans sa chronique des Goths, que le règne d’Athanaric avait été de treize ans. Voyez ci-devant, p. 104, not. 1. liv. XX, § 5.—S.-M.]

[Note 443: Fatali sorte decessit, dit Ammien Marcellin, l. 27, c. 5, et ambitiosis exsequiis ritu sepultus est nostro.—S.-M.]

Continuer : partie 9 sur 18