Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Charles Le Beau · Chapitre 1 sur 1 · partie 3/18

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Histoire du Bas-Empire. Tome 04

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 18 parties.

[Note 132: Animam diu colluctatam efflavit ætatis quinquagesimo anno et quinto; imperii, minùs centum dies, secundo et decimo. Amm. Marc. l. 30, c. 6. Valentinianus imperavit annos duodecim minus diebus centum. Aur. Vict. ep. p. 229. Valentinien avait été déclaré empereur, le 26 février 364. Ainsi le calcul de ces historiens est juste.—S.-M.]

[Note 133: Le corps de Valentinien fut reçu à Constantinople, le 28 décembre de l’an 376, mais il ne fut déposé dans le tombeau préparé pour lui, que le 21 février 382, par les ordres de Théodose.—S.-M.]

[Note latérale: XXXIII.

Valentinien II empereur.

Amm. l. 30, c. 10.

Zos. l. 4, c. 19.

Idat. chron.

Vict. epit. p. 230.

Auson. grat. act.

Socr. l. 4, c. 31.

Philost. l. 9, c. 16.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 303.

God. chron. p. 95, 101.

Till. Grat. art. 2, et not. 3 et Valent. n. 30.]

L’armée assemblée dans la ville d’Acincum craignait que les soldats gaulois, naturellement audacieux et turbulents, qui s’étaient plus d’une fois rendus arbitres de l’empire, ne se hâtassent de nommer un empereur étranger à la famille impériale. Ils étaient encore au-delà du Danube, bien avant dans le pays des Quades, sous les ordres de Mérobaudès et de Sébastien. On prit donc le parti de rompre le pont qui communiquait aux terres des Quades, et de mander Mérobaudès de la part de l’empereur, comme si ce prince eût encore été vivant. Mérobaudès, dont le nom fait croire qu’il tirait son origine des Francs, était affectionné et même allié par un mariage à la famille de Valentinien. Se doutant de la vérité, ou peut-être en étant instruit par le courrier, il publia que l’empereur lui donnait ordre de renvoyer les soldats gaulois avec le comte Sébastien, pour veiller à la défense des bords du Rhin, menacés par les Allemans. Il était de la prudence d’éloigner Sébastien, avant qu’on apprît la nouvelle de la mort de l’empereur, non pas que ce comte donnât par lui-même aucun soupçon; mais il était estimé et chéri des troupes. Après avoir pris ces précautions, Mérobaudès, s’étant promptement rendu à Acincum, proposa, de concert avec le comte Equitius, de conférer le titre d’Auguste à Valentinien, âgé de quatre ans, qui se trouvait alors à trente lieues134 de l’armée avec sa mère Justine. Les esprits y étaient déja disposés. Ainsi Céréalis, oncle maternel du jeune prince, partit sur l’heure, et l’amena au camp. Ces démarches se firent avec une si extrême diligence, que le 27 de novembre, dix jours après le décès de l’empereur135, son second fils fut proclamé Auguste selon les formes ordinaires. Tous les auteurs, excepté la chronique d’Alexandrie, abrègent encore de cinq jours cet intervalle, et placent la proclamation de Valentinien II, au 22 de novembre; ce qui me paraît incroyable. On peut conjecturer par quelques traces légères, à peine marquées dans l’histoire, que l’armée romaine ne quitta ce pays qu’après avoir remporté sur les Quades et les Sarmates un nouvel avantage, et qu’on accorda la paix à ces peuples.

[Note 134: A cent milles de distance, selon Ammien Marcellin, l. 30, c. 10, dans une maison de campagne, appelée Murocincta. Centesimo lapide disparatus, dit-il, degensque cum Justina matre in villa quam Murocinctam appellant.—S.-M.]

[Note 135: Ce fut le sixième jour après la mort de Valentinien, selon Ammien Marcellin, l. 30, c. 10. Sextoque die post parentis obitum imperator legitimè declaratus, Augustus nuncupatur more solemni. Je ne vois aucune bonne raison de rejeter le témoignage de cet auteur et de lui préférer, comme le fait Lebeau, celui de la Chronique d’Alexandrie.—S.-M.]

[Note latérale: XXXIV.

Conduite de Gratien à l’égard de son frère.]

On s’attendait bien que Gratien aurait d’abord quelque mécontentement qu’on lui eût donné un collègue sans le consulter; mais on comptait sur la bonté de son cœur, et l’on ne fut pas trompé. Il aima tendrement son frère, qu’il regarda comme son fils, et prit soin de son éducation. Il le nomma consul pour l’année suivante, et ce jeune prince fut collègue de Valens, qui prit le consulat pour la cinquième fois. Quelques historiens disent que l’Occident fut alors partagé entre les deux frères, et que Gratien laissa à Valentinien l’Italie, l’Illyrie et l’Afrique; se réservant à lui-même la Gaule, l’Espagne et la Grande-Bretagne. D’autres prétendent que ce partage ne se fit qu’après la mort de Valens; mais selon l’opinion la mieux fondée, Gratien gouverna seul tout l’Occident jusqu’à sa mort, qui arriva lorsque le jeune Valentinien n’avait pas encore douze ans accomplis. Il ne partagea donc avec son frère que le titre et les honneurs du commandement, et non pas les provinces de l’empire.

[Note latérale: XXXV.

Caractère de Gratien encore César.

Auson. in Grat. act.

Themist. or. 9, p. 125, or. 13, p. 161, or. 15, p. 187.

Idat. chron.

Vict. epit. p. 231.

Chron. Alex. p. 293.

Sulp. Sev. l. 2, c. 63.]

La jeunesse de Gratien pouvait donner de l’inquiétude, si ses bonnes qualités n’eussent rassuré les esprits. Il était né à Sirmium le 18 d’avril de l’an 359136. Ainsi il n’était âgé que de seize ans et demi dans le temps de la mort de son père. Marié depuis un an à Constantia, fille de Constance, il n’avait nul penchant à la débauche, et jamais il ne connut d’autre femme que la sienne. Ausone, le meilleur poète de ce temps-là, avait été chargé de son éducation; et le jeune prince, dès-lors honoré du titre d’Auguste, ne s’était distingué des enfants ordinaires que par une soumission plus respectueuse. Son génie heureux et docile avait aisément pris le goût des lettres; plus vertueux que son maître, il n’avait appris de lui qu’à tourner agréablement des vers, à s’exprimer avec grace, à composer des discours. Bien fait de sa personne, il s’était adonné aux exercices du corps, il s’y était même livré avec passion. Il surpassait ceux de son âge à la course, à la lutte, à tirer de l’arc, à lancer le javelot avec force et avec adresse; personne ne savait mieux manier un cheval. Sobre, frugal, dormant peu, c’était dans les exercices qu’il mettait tout son plaisir; mais il y mit aussi toute sa gloire; et l’on reproche à ses instituteurs de ne s’être pas appliqués à le former de bonne heure aux affaires de l’état, et à lui inspirer le goût des études politiques qui conviennent à un souverain.

[Note 136: Selon la Chronique d’Alexandrie, ce fut le 23 du même mois.—S.-M.]

[Note latérale: XXXVI.

Qualités de Gratien empereur.]

L’usage de la puissance absolue ne changea rien dans son caractère. Il commençait toutes ses journées par la prière, et sa piété ne fut jamais équivoque. Sa démarche était modeste, sa contenance réservée, ses habits décents, mais sans luxe. Dans son conseil il montrait de l’intelligence et une prudence naturelle; il ne manquait que de lumières. Il était prompt à exécuter. Son éloquence avait de la force et de la douceur. Il avait trouvé le palais plein d’alarmes et de terreur, il en fit un séjour aimable: on n’y entendit plus de gémissement; on n’y vit plus d’instruments de tortures. Il rappela sa mère et un grand nombre d’exilés, il ouvrit les prisons à ceux que la calomnie y tenait enfermés; il rendit les biens confisqués injustement, et fit oublier la dureté du gouvernement de son père. Il remit ce qui restait à payer pour les impositions des années précédentes, faisant publiquement brûler les cédules des redevances. Il rendait à ses amis tous les devoirs de l’amitié la plus tendre. Traitant ses soldats comme ses enfants: il allait visiter les blessés, assistait à leurs pansements, faisait charger ses mulets de leurs bagages, leur prêtait ses propres chevaux, les dédommageait de leurs pertes. Toujours accessible, écoutant avec patience, rassurant par sa bonté ceux que sa majesté intimidait, interrogeant lui-même ceux qui venaient lui porter leurs plaintes, il faisait consister son bonheur à répandre des graces et à pardonner. Il n’eut que trop d’indulgence, et il ne vécut pas assez long-temps pour apprendre qu’il est aussi nuisible aux états de ne pas châtier les crimes, que de ne pas récompenser les services. Il s’attacha à saint Ambroise; mais tous ceux qui approchèrent de sa personne, n’eurent pas les sentiments de cette ame élevée et généreuse; et l’empire, sous un prince juste, humain, libéral, ressentit encore quelquefois les tristes effets de l’iniquité, de la cruauté et de l’avarice.

[Note latérale: AN 376.

XXXVII.

Mort de Théodose.

Hier. chron.

Ambr. or. in fun. Theod. § 53. t. 2, p. 1213.

Symm. l. 10, ep. 1 et 32.

Theod. l. 5, c. 5.

Oros. l. 7, c. 33.

Jorn. de regn. succ. ap. Murat. t. 1, p. 238.

Grut. inscr. p. 402, nº 3.

Reines. class. 3, nº 62.

Fléchier, vie de Theod. l. 1, c. 44.

Till. Grat. not. 5.]

La première action de son règne fut la plus blâmable de toutes. Pour en effacer l’horreur, il aurait fallu à Gratien une vie plus longue, et des vertus plus éclatantes. Théodose avait été, sous le règne de Valentinien, l’honneur et le soutien de l’état. Sa valeur venait de conserver l’Afrique, et sa sagesse y avait rétabli la paix et le bon ordre. Tout l’empire célébrait ses exploits. Lui seul n’en était pas ébloui; l’habitude des grandes actions lui en cachait le prix; et quoiqu’il fût sur tout autre sujet fort éloquent, rien n’était plus simple ni plus succinct que le compte qu’il rendait de ses victoires. Il semblait ne mériter que des triomphes, lorsqu’il reçut son arrêt de mort. La postérité ignore la cause d’un si étrange événement, et c’en est assez pour faire trembler les sujets lorsqu’ils voient monter sur le trône un prince encore jeune et sans expérience, quoiqu’avec les plus excellentes qualités. Tout ce que l’histoire nous apprend, c’est que ce guerrier invincible succomba sous une intrigue de cour, et sous les coups meurtriers d’une cruelle jalousie. Il fut exécuté à Carthage. Accoutumé à braver la mort, il la vit approcher sans effroi, et la rendit, par sa fermeté, aussi glorieuse sur l’échafaud, qu’elle l’eût été sur un champ de bataille. Après avoir demandé et reçu le baptême, pour s’ouvrir l’entrée d’une vie immortelle, il présenta lui-même sa tête à l’exécuteur. L’empire le pleura; on lui érigea dans la suite des statues à Rome et dans les provinces; les payens l’honorèrent du titre de Divus; et Gratien lui-même semble n’avoir pas différé de ressentir une douleur amère d’une si noire ingratitude. Le choix qu’il fit peu de temps après de Théodose le fils, pour l’associer à l’empire, prouve autant ses regrets, qu’il justifie la mémoire du père. Le jeune Théodose qui brillait déja d’une gloire personnelle, se déroba pour lors aux traits de l’envie: il se retira en Espagne où il avait pris naissance. Quelques auteurs épargnent à Gratien une si atroce injustice; ils en chargent Valens: ce prince, disent-ils, sacrifia Théodose à ses craintes: il le fit mourir avec tous ceux dont le nom commençait par les quatre lettres fatales; mais outre qu’il est au moins incertain que Valens ait fait périr personne pour une cause si frivole, Théodose ne fut mis à mort que deux ans après cet oracle prétendu dont nous avons parlé; et ce qui est encore plus fort, il n’était pas sujet de Valens. Carthage, où s’exécuta cette funeste tragédie, faisait partie de l’empire de Gratien; et le jeune empereur n’était pas assez uni avec Valens pour se prêter, par une si criminelle condescendance, aux alarmes chimériques de son oncle.

[Note latérale: XXXVIII.

Punition de Maximin.

Amm. l. 28, c. 1, et ibi Vales.

Symm. l. 10, ep. 2.

Cod. Th. l. 9, tit. 1, l. 13; tit. 6, leg. 1, 2; tit. 35, leg. 3.

Till. Grat. not. 4.]

Il est plus probable que ce fut le dernier effet de la méchanceté de Maximin: ce barbare, teint du sang de tant de familles illustres, après avoir déshonoré le règne de Valentinien par des cruautés sans nombre, espérait noircir des mêmes horreurs celui de Gratien. La jeunesse du prince augmentait encore sa hardiesse et son insolence. Gratien ne tarda pas à le connaître, et bientôt il désarma sa fureur. Les esclaves et les affranchis étaient les instruments les plus ordinaires que Maximin mettait en œuvre. Gratien ordonna que ceux qui oseraient accuser leurs maîtres de tout autre crime que de celui de lèse-majesté, seraient, sans être entendus, brûlés vifs avec leurs libelles de dénonciation. Bientôt après Maximin lui-même, convaincu de plusieurs crimes, eut la tête tranchée. Simplicius subit la même peine en Illyrie; et Doryphorianus, autre ministre de Maximin, après avoir été renfermé dans la prison de Rome, en fut tiré par le conseil de la mère de l’empereur, pour expirer dans les plus rigoureuses tortures. Après la punition de ces hommes sanguinaires, Gratien songea à rassurer le sénat qu’ils avaient tenu si long-temps dans des alarmes continuelles. Il adressa à cette compagnie une lettre qui fut reçue avec joie: elle contenait plusieurs réglements favorables; et dès le commencement de l’année suivante il renouvela, par une loi expresse, un ancien privilège des sénateurs, que Maximin n’avait jamais respecté; c’était qu’ils fussent exempts des tourments de la question.

[Note latérale: XXXIX.

Lois de Gratien.

Cod. Th. l. 10, tit. 19, leg. 8; l. 13, tit. 3, leg. 11; l. 15, tit. 1, leg. 19; l. 16, tit. 2, leg. 23, 24; tit. 5, leg. 4, 5, et ibi God. tit. 6, leg. 2.

God. chron.

Hier. ep. 107, t. 1, p. 672.

Symm. l. 9, ep. 83.

Grut. inscr. p. 192, nº 3, et p. 1087, nº 4.]

Le jeune prince, naturellement pieux, était entretenu dans cette heureuse disposition par les conseils de Gracchus, qu’il honorait de sa confiance, et qu’il éleva à la dignité de préfet de Rome vers la fin de cette année. On dit que Gracchus descendait de l’ancienne et illustre famille Sempronia, dont il portait le surnom137. Plein de zèle pour le christianisme, il profita de l’autorité que lui donnait sa charge pour affaiblir l’idolâtrie; il détruisit un grand nombre d’idoles, mais sans user de violence, et sans donner ouvertement atteinte à la liberté de culte dont les payens jouissaient encore138. L’empereur fit, dès cette année, et la suivante, plusieurs lois avantageuses à l’église. Il ordonna que les contestations qui auraient pour objet les affaires de la religion, seraient décidées par l’évêque ou par le synode de la province, mais que les juges ordinaires demeureraient saisis des causes civiles ou criminelles. Il exempta des charges personnelles les prêtres et les ministres inférieurs. Les Donatistes avaient signalé leur zèle en faveur de Firmus: ils furent aussi les premiers hérétiques que l’empereur s’efforça de réprimer; il leur ôta leurs églises; il déclara que les lieux où ils tiendraient leurs assemblées, seraient saisis au profit du fisc139. Il étendit dans la suite cette loi sur tous les hérétiques. Cependant après la mort de Valens, étant à Sirmium, il leur rendit la liberté de s’assembler, exceptant seulement les sectateurs de Manès, d’Eunomius et de Photinus; mais cette permission fut bientôt révoquée. L’instruction publique a un rapport direct à la religion: aussi Gratien s’occupait-il dans le même temps à soutenir l’une et l’autre. L’étude des belles-lettres fleurissait alors dans la Gaule: il chargea le préfet d’établir dans toutes les principales cités des maîtres de rhétorique et de grammaire latine et grecque, et d’avoir soin qu’on fît choix pour ces emplois des personnes les plus capables. Il leur assigna, sur le trésor des villes, des appointements considérables, qu’il voulut régler lui-même, ne s’en rapportant pas sur ce point à la générosité des habitants: et comme Trèves était alors la ville impériale, il y établit de plus fortes pensions pour les professeurs140. La décadence des arts se faisait sentir de plus en plus; les Romains commençaient ce que les Goths devaient bientôt achever: ils détruisaient ou déshonoraient les magnifiques monuments de l’ancienne architecture, pour élever ou embellir des édifices de mauvais goût; et Rome perdait tous les jours de son antique majesté. Gratien ordonna aux magistrats de cette ville d’entretenir les ouvrages de leurs ancêtres; et afin qu’ils eussent la facilité d’en construire de nouveaux sans dégrader les anciens, il abolit en faveur des sénateurs les droits imposés sur le transport et l’entrée des marbres, qu’on tirait des carrières de Macédoine et d’Illyrie.

[Note 137: Gracchus nobilitatem patriciam nomine sonans, dit S. Jérôme, dans sa lettre à Léta, t. 1, p. 672.—S.-M.]

[Note 138: On cite quelques inscriptions de l’an 376, qui offrent le nom de Turcius Secundus Asterius, de Servilius Ædesius et d’Aurelius Victor Augentius, qui furent décorés de pontificats païens, ou qui célébrèrent alors des fêtes, selon les rites de l’ancienne croyance.—S.-M.]

[Note 139: Ce fut en vertu d’une loi dont le texte est perdu, mais qui est souvent citée dans le code Théodosien. Elle était adressée à un certain Nitentius dont la qualité nous est inconnue, et elle fut rendue en l’an 376.—S.-M.]

[Note 140: Ces mesures furent prises en vertu d’une loi rendue à Trèves, le 23 mai 376.—S.-M.]

[Note latérale: XL.

Irruption des Huns.

Zos. l. 4, c. 20.

S. Ambros. comment. in Luc. l. 10, c. 10, t. 1, p. 1506.]

L’Occident était en paix, et la négociation entamée avec Sapor suspendait en Orient les hostilités, sans faire cesser les inquiétudes. La Lycie et la Pamphylie étaient les seules provinces qui ne jouissaient pas du repos. Les Isauriens y ravageaient les campagnes, et, à l’approche des troupes romaines, ils se retiraient à l’ordinaire avec leur butin dans leurs montagnes inaccessibles; mais un peuple plus féroce que les Barbares connus jusqu’alors, portant l’effroi et le carnage, vint annoncer de nouveaux malheurs. Les Huns, sortant des Palus Méotides, poussèrent devant eux les nations qui habitaient au nord du Danube; et ces fugitifs renversés les uns sur les autres, se répandirent sur les provinces romaines, et changèrent la face de l’empire141. C’est un des points les plus importants de notre histoire, de faire connaître ce peuple redoutable, que la main de Dieu conduisit d’une extrémité du monde à l’autre, pour châtier les crimes de la terre. Son origine cachée dans les immenses forêts de la Tartarie asiatique, est demeurée inconnue jusqu’à nos jours. M. de Guignes, très-versé dans la littérature orientale, a découvert dans les historiens chinois tout le détail de l’histoire des Huns142. Guidés par ses recherches, nous allons tracer une idée de cette nation fameuse, et recueillir après lui dans les auteurs grecs et latins les traits qui la caractérisent.

[Note 141: Chunni in Alanos, Alani in Gothos, Gothi in Taïfalos et Sarmatas insurrexerunt. Nosquoque in Illyrico exsules patriæ Gothorum exsilia fecerunt, et nondum est finis. Ambr. Exp. in Ev. Luc. l. 10, c. 10.—S.-M.]

[Note 142: Deguignes est le premier savant qui ait tenté de dissiper la profonde obscurité répandue sur l’origine de la puissante nation des Huns, qui apparut à la fin du 4e siècle sur les frontières de l’empire romain, qu’elle menaça d’une entière destruction. Les recherches qu’il fit dans ce but furent immenses; il en a consigné le résultat dans son Histoire générale des Huns, Turks, etc. qu’il publia en cinq volumes in-4º. en 1756. Ce travail considérable méritait certainement les éloges qu’on lui a prodigués, surtout à l’époque où il parut. L’idée de faire connaître les Annales de la Chine, et d’y chercher des renseignements sur l’origine des peuples qui soumirent ce pays à diverses époques, et qui se répandirent dans d’autres régions, était heureuse. Le rapprochement de tous ces faits avec ceux qui se trouvent dans les anciens et dans nos historiens européens devait amener quelques résultats importants. C’est dans ce nombre qu’il faut placer la pensée de comparer les détails que fournissent les Chinois sur les Hioung-nou, peuple célèbre parmi eux, et long-temps dominateur des régions intérieures de l’Asie, avec ce que les Grecs et les Latins nous apprennent des Huns sujets d’Attila. Tout en rendant justice à cette idée lumineuse, on ne peut cependant s’empêcher de reconnaître que Deguignes en a poussé trop loin les conséquences. Ce ne serait pas la première fois qu’une observation juste aurait donné lieu à de fausses applications, pour n’avoir pas eu égard à beaucoup de considérations accessoires, mais non moins importantes, par leur influence sur des déductions plus éloignées. L’un des premiers inconvénients du système de Deguignes a été d’étendre le nom des Hioung-nou ou Huns, à toutes les tribus barbares de l’Asie centrale. En les réunissant ainsi sous une dénomination commune, qui a pu leur convenir à certaines époques, et sous certaines conditions, il a considérablement affaibli son hypothèse. Effectivement il est difficile de reconnaître dans son ouvrage à qui appartenait réellement le nom de Huns, qu’il donne aux Turks, aux Mongols, aux Mandchous et à beaucoup d’autres peuples encore, dont la différence d’origine est démontrée par les langues dont ils se servent. A quelle branche de ces peuples faut-il donc appliquer plus particulièrement la dénomination dont il s’agit? Deguignes ne le décide pas et peut-être est-il vrai de dire qu’elle ne convient parfaitement à aucun d’eux. Les historiens occidentaux et ceux de l’Arménie, nous montrent les Huns anciennement établis sur les rives du Volga et dans presque tous les pays à l’orient du Borysthène, qui forment actuellement l’empire de Russie. Tous les peuples soit anciens, soit modernes, qui paraissent tirer leur origine de ces barbares, nous font voir par les langues dont ils se servent encore, que les Huns durent former un peuple bien distinct et qu’il ne faut pas confondre avec les Turks, les Mongols et les Mandchous, quoique son nom, sa puissance et sa langue peut-être, se soient étendus autrefois jusque dans des pays très-éloignés et occupés à présent par les trois nations dont je viens de parler. Tous les peuples répandus dans les monts Ourals et dans diverses parties de la Russie, et qui paraissent descendre des anciens Huns, sont appelés actuellement Finnois, du nom de la Finlande, région située sur la mer Baltique et habitée par des hommes de la même race et de la même langue. Cette dénomination doit également s’appliquer aux Hongrois on Madjars, qui vinrent au neuvième siècle des bords du Volga, sur ceux du Danube. Leurs souvenirs historiques les rattachent aux anciens Huns, et leur langue prouve qu’ils sont Finnois. Ce dernier rapprochement ne ferait-il pas voir aussi qu’il s’agit sous deux formes peu différentes d’un seul et même nom. La fréquente permutation de l’H en F, dans une multitude d’idiomes est trop connue et trop commune pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter. Il n’est donc pas douteux à ce que je pense que le nom de Hunn diversement orthographié, ne soit le même que celui de Finn, et qu’il s’applique à une même race. Il est à remarquer que tous les renseignements qui le font connaître par la mer Noire et la mer Caspienne donnent la première orthographe, tandis que la dernière ne se rencontre que dans les relations venues par le nord et par la mer Baltique. Ainsi dès le commencement du deuxième siècle, Tacite avait connu les Finnois par la Germanie. Cette indication prouve que dès lors, et sans doute long-temps avant, les Huns ou Finnois s’étaient étendus jusqu’à la mer Baltique. Ce rapprochement montre encore que dans l’antiquité, comme à des époques plus récentes, les peuples de cette race étaient répandus sur tous les pays qui forment l’empire de Russie, dont il est à croire qu’ils furent les premiers habitants, avant l’arrivée des tribus gothiques et slaves, qui les soumirent plus d’une fois à leur empire en tout ou en partie. Si les Huns sont les indigènes des monts Ourals et des rives du Volga, rien ne s’oppose à ce qu’à des époques très-anciennes leur race ne se soit portée très-loin vers l’Orient, de manière à s’avancer jusqu’aux frontières de la Chine, comme plus tard ils se répandirent sur l’Europe. En soumettant à leurs lois les diverses tribus turques, mongoles ou mandchoues établies dans la Sibérie et dans l’Asie centrale, ils leur ont donné leur nom, qui s’est alors propagé jusque chez les Chinois, qui le font remonter jusqu’à des temps très-reculés. Rien n’empêche même de croire que des tribus, en tout semblables à celles des Finnois, n’aient pénétré jusque dans l’intérieur de l’Asie. L’un des résultats de l’établissement d’une aussi vaste puissance, a été de faire confondre les Huns, avec plusieurs des peuples qui, en devenant leurs sujets, partagèrent leur nom. C’est ainsi que les Turks primitifs ont été confondus avec eux. Tous les mots de la langue des anciens Hioung-nou conservés par les auteurs chinois étant Turks, on en a conclu que ces Hioung-nou étaient des Turks. Cette considération a fait douter à quelques personnes de l’identité des Huns, qui sont certainement Finnois, avec les Hioung-nou, identité proposée par Deguignes, qui ne balance pas à admettre la commune origine des deux peuples. Sans pousser si loin les conséquences de son système, ne serait-il pas plus naturel de croire, en admettant l’identité des deux noms, soit qu’ils aient pris naissance dans le sein de la race turque ou dans la race finnoise, qu’ils furent propres d’abord à une tribu particulière qui le communiqua ensuite à tous les peuples d’origines diverses qu’elle soumit à son empire? J’en dis autant du nom de Turk qu’il est difficile d’assigner originairement à l’une plutôt qu’à l’autre race. On conçoit alors comment le nom de Huns peut convenir aux anciens Turks et aux Finnois. On en trouve une preuve assez claire dans un passage de Théophylacte Simocatta, l. 3, c. 6, qui rapporte que les Perses sont dans l’usage d’appeler Turks les Huns qui habitent du côté du nord-est. Τῶν Οὔννων τοιγαροῦν τῶν πρὸς τῷ βοῤῥᾷ τῆς ἕω, οὕς Τούρκους ἔθος Πέρσαις ἀποκαλεῖν. Il serait facile d’en citer d’autres exemples. Les Hongrois actuels, dont le nom national est celui de Madjar, étaient appelés Turks, lorsqu’ils vinrent s’établir sur les bords du Danube au neuvième siècle de notre ère. Les écrivains de Constantinople donnèrent alors à la Hongrie le nom de Turquie Τούρκιας. Il est certain cependant que ces peuples qui se regardent comme les descendants des Huns d’Attila, sont Finnois, et leur langue qui le prouve présente très-peu de rapports avec le turk. Ces nouveaux Huns devaient donc à des circonstances particulières un nom qui semble appartenir à une race différente. De même, quand au treizième siècle les fils de Tchinghiz-Khan répandirent sur presque toute l’Asie et dans une grande partie de l’Europe la terreur et la puissance des Mongols, leurs soldats portaient tous ce nom redouté, qui cependant n’appartenait réellement qu’aux chefs et à une petite partie d’entre eux. Presque tous ces conquérants étaient Turks; et parmi ceux de leurs descendants qui existent en Russie, il n’en est aucun qu’on puisse rapporter à la race des Mongols. Il serait donc possible que, par suite d’un mélange de la même espèce, le nom de Hioung-nou ou Huns, le même que celui des Finnois, porté d’abord par une nation turque, se fût introduit à une époque très-reculée chez les Finnois, qui l’auraient seuls gardé et perpétué jusqu’à nous.—S.-M.]

[Note latérale: XLI.

Origine des Huns.

Deguignes, Hist. des Huns, descr. de la grande Tartarie, c. 1, art. 8, § 9, et c. 2, art. 4, et l. 1, p. 13, 15, 21, 34, 69 et 123.

Amm. l. 31, c. 2.

Claud. in Ruf. l. 1, v. 323-333.

Agathias, l. 5, p. 154.

Proc. bel. Pers. l. 1, c. 10.

Soz. l. 6, c. 37.

Philost. l. 9, c. 17.

Jornand. de reb. Get. c. 24.

Ptol. geogr. l. 6, c. 16.]

L’Occident ne commença à connaître les Huns qu’au moment qu’ils se firent voir en Europe, après avoir passé le Tanaïs143. On n’a pas suivi plus loin la trace de leur origine; et la plupart des auteurs placent leur première demeure à l’orient des Palus Méotides144. C’est pour cette raison que Procope les confond avec les Scythes et les Massagètes, dont il y avait des peuplades établies en-deçà comme au-delà de la mer Caspienne145. Jornandès raconte sérieusement que les Huns naquirent du commerce des diables avec des sorcières, que les Goths avaient reléguées dans les déserts de la Scythie146. Les Chinois, mieux instruits de l’histoire de ce peuple, avec lequel ils ont presque toujours été en guerre, nous apprennent qu’il habitait au nord de la Chine147. Ce sont les Annibi de Ptolémée148. Ils s’étendaient d’occident en orient dans l’espace de cinq cents lieues, depuis le fleuve Irtisch jusqu’au pays des Tartares nommés aujourd’hui Mantcheous[149]. Ils occupaient trois cents lieues de pays, du septentrion au midi, étant bornés d’un côté par les monts Altaï, de l’autre par la grande muraille de la Chine et les montagnes du Thibet.

[Note 143: Ce fait n’est pas certain. Ammien Marcellin, le premier et le plus exact des auteurs qui ont parlé de l’apparition des Huns, se contente de dire, l. 31, c. 2, que c’était une nation peu connue des anciens. Hunnorum gens, monumentis veteribus leviter nota. Ce n’est pas là dire qu’il s’agit d’une nation tout-à-fait inconnue. J’ai déjà observé, tom. 3, p. 277, note 3, liv. XVII, § 5, que les auteurs arméniens en parlent de manière à faire voir, que les Huns étaient bien connus dans leur pays, au quatrième siècle de notre ère. Ce qu’ils en disent montre, qu’ils étaient alors les plus puissants des peuples établis entre la mer Noire et la mer Caspienne, sur les bords du Volga et du Tanaïs. Mais, long-temps avant cette époque, les Huns s’étaient avancés jusqu’au Borysthène. Ils paraissent dans Ptolémée, l. 3, c. 5, sous le nom de Chuni, et ce géographe les place entre les Bastarnes et les Roxolans, μεταξὺ βαστέρνων καὶ Ῥωξολάνων Χοῦνοι. La forte aspiration qui commence le nom des Huns dans Ptolémée, se retrouve souvent dans les auteurs latins du 5e et du 6e siècle. On a pu déjà, en voir un exemple dans le passage de S. Ambroise, cité p. 60, note 1. Il serait facile d’en citer beaucoup d’autres. Les auteurs arméniens donnent aussi une aspiration à ce nom, mais moins forte; les écrivains du Nord, qui connurent les Huns par les invasions qu’ils firent dans la Scandinavie, ne manquent pas non plus de placer une aspiration devant leur nom. Ils appellent presque tout le pays, qui forme actuellement la Russie Européenne, Chunigard, c’est-à-dire, la demeure des Huns. La lettre initiale du nom des Finnois y représente aussi l’aspiration de celui des Huns. Denys le Périégète, v. 730, donne une autre mention des Huns, presque aussi ancienne que celle de Ptolémée. Il les place sur les bords de la mer Caspienne, dans le voisinage des Albaniens, précisément au lieu où les mettaient les Arméniens. C’est pour cette raison que ceux-ci appelaient le défilé de Derbend le rempart des Huns. Ces autorités font voir bien clairement que, dès avant le deuxième siècle de notre ère, les Huns étaient établis sur les bords de la mer Caspienne, sur les rives du Volga et du Tanaïs, et même sur ceux du Borysthène. Si on admet, comme on n’a guère au reste de raison pour s’y refuser, si on admet, dis-je, l’identité de ce peuple avec les Finnois, on le retrouvera dans Tacite, et dans Ptolémée, l. 3, c. 5, comme bornant du côté de l’orient les nations sarmates et germaniques, de manière à occuper tout l’espace compris entre la mer Noire et la mer Baltique, s’étendant jusqu’à l’océan glacé. La chose résulte assez clairement de ce que Tacite dit (German. c. 46.) au sujet des Fenni. Si les Huns ne furent pas connus d’une manière éclatante avant le 4e siècle, ce n’est pas qu’ils occupassent alors des régions très-éloignées, c’est qu’ils n’avaient pas encore vaincu les Goths, dont ils étaient probablement sujets, et qui les séparaient des terres de l’empire. Il est évident, après ces détails, qu’il y a de l’exagération dans Sozomène, quand il dit, l. 6, c. 27, que les Huns étaient inconnus aux Thraces du Danube et aux Goths eux-mêmes. Τοῦτο δὲ τὸ ἔθνος, ῶς φασὶν, ἄγνωστον ἦν προτοῦ Θρᾳξὶ τοῖς παρὰ τὸν Ἴστρον, καὶ Γότθοις αὐτοῖς.—S.-M.]

[Note 144: Ammien Marcellin dit, l. 31, c. 2, qu’ils habitaient au-delà des Palus Méotides, s’étendant jusqu’à la mer Glaciale, ultra Paludes Mæoticas, Glacialem Oceanum accolens; ce qui indique clairement qu’ils occupaient dès lors tout le pays, où on retrouve les hommes de race finnoise. Ce témoignage est tout-à-fait d’accord avec celui de Claudien, qui dit que les Huns étaient la plus célèbre des nations du septentrion, et qu’ils habitaient au-delà des glaces du Tanaïs, vers l’orient, contr. Ruf. l. 1, v. 323 et seq.

Est genus extremos Scythiæ vergentis in ortus Trans gelidum Tanain, quo non famosius ullum Arctos alit.

S. Jérôme en dit autant, ep. 77, t. 1, p. 460. Tous les auteurs s’accordent à leur donner pour habitation les vastes plaines qui s’étendent au nord du mont Caucase, entre les deux mers, se prolongeant fort au loin vers la mer Glaciale et l’orient. Agathias dit de plus, l. 5, p. 154, que la nation des Huns, οἱ Οὖννοι τὸ γένος, habitait autrefois sur les bords du marais Méotis, τὸ μὲν παλαιὸν κατώκουν τῆς Μαιώτιδος λίμνης, du côté du nord-est, τὰ πρὸς ἀπηλιώτην ἄνεμον, et qu’ils étaient bien au nord du Tanaïs, καὶ ἦσαν τοῦ Τανάῖδος ποταμοῦ ἀρκτικώτεροι. On voit que tous ces auteurs sont d’accord et que leur témoignage est conforme à ce que j’ai dit dans les notes précédentes. Quant à ce que rapportent Zosime, l. 4, c. 20, et Philostorge, l. 9, l. 17, que les Huns étaient, selon le premier, les mêmes que les Scythes royaux d’Hérodote, et, selon le second, les Neures du même auteur, ce sont des assertions qui ne méritent ni confiance, ni discussion.—S.-M.]

[Note 145: Les Alains, comme on le verra bientôt d’après le témoignage d’Ammien Marcellin, l. 31, c. 2, étaient les mêmes que les anciens Massagètes. Comme les Huns avaient vaincu les Alains et s’étaient emparés du pays qu’ils occupaient, il n’est pas étonnant que Procope, de Bell. Goth. l. 2, c. 1, les ait regardés comme le même peuple. Ceci doit faire voir que les rapprochements établis par les auteurs grecs et latins entre deux peuples anciens n’indiquent pas toujours que ces deux nations appartiennent à la même race; ils montrent seulement qu’elles se sont succédées dans les mêmes régions. C’est par la même raison que les Huns portent souvent aussi le nom de Scythes, avec lesquels on ne peut les confondre, puisque ceux-ci étaient les mêmes que les Gètes ou Goths, qui furent chassés par les Huns des pays qu’ils possédaient entre le Danube et le Tanaïs. Il est évident qu’on n’a pu les confondre que parce qu’ils ont occupé les mêmes contrées. Il en doit être de même de la confusion des Huns avec les Massagètes.—S.-M.]

[Note 146: Ces sorcières, selon l’historien goth, étaient appelées Aliorumnæ; elles furent chassées, à ce qu’il dit, par les Goths, sous le règne de Filimer, fils du grand Gandaric, le cinquième de leurs rois, après leur sortie de la Scandinavie. Repperit, dit-il, in populo suo quasdam magas mulieres, quas patrio sermone Aliorumnas is ipse cognominat, easque habens suspectas de medio sui proturbat, longeque ab exercitu suo fugatas in solitudinem coegit terræ. Quas spiritus immundi per eremum vagantes dum vidissent, et earum se complexibus in coitu miscuissent, genus hoc ferocissimum edidere; quod fuit primum inter paludes minutum, tetrum atque exile, quasi hominum genus, nec alia voce notum, nisi quæ humani sermonis imaginem assignabat. Tali ergo Hunni stirpe creati, Gothorum finibus advenere. Tous les peuples ont inventé des fables pareilles contre les Barbares leurs voisins qu’ils détestaient; ces fables ne sont que des témoignages de leur haine.—S.-M.]

[Note 147: Voici ce que dit M. Abel-Rémusat, dans ses Recherches sur les langues Tartares, t. 1, p. 327, sur l’étendue de l’ancienne puissance des Hioung-nou ou Huns. «Les Hioung-nou avaient à l’orient les barbares appelés Toung-hou ou barbares orientaux; dénomination vague, sous laquelle nous avons vu que probablement les Mongols et les Tongous avaient été confondus. Au sud-est, ils touchaient aux provinces chinoises du Chan-si et du Chen-si, dans lesquelles beaucoup de leurs tribus se sont répandues plus tard, et ont fondé des principautés. Au sud, était établie, deux siècles avant notre ère, la nation des Youeï-chi, chassée ensuite vers l’occident par les Hioung-nou; au sud-ouest, les Saï, dont les écrivains chinois font une race distincte, habitant primitivement au nord-est de la mer Caspienne, repoussée par les Youeï-chi vers le midi, entre Khasigar et Samarkand; à l’ouest des Hioung-nou, étaient les Ou-sun, grande et puissante nation, qui différait, par les traits du visage et par la langue, de tous les autres peuples de la haute Asie. Les hommes étaient remarquables par la couleur bleue de leurs yeux et par leurs cheveux rouges. C’est d’eux que tirent leur origine tous ceux des Tartares, qui, dans différentes tribus, offrent ces traits caractéristiques. Ils avaient d’abord été soumis aux Hioung-nou; mais leur puissance s’étant augmentée, ils devinrent indépendants, et s’emparèrent même du pays des Saï, jusqu’aux villes, c’est-à-dire jusqu’à la Boukharie. Il n’est pas difficile de reconnaître, dans toute cette description, un peuple gothique, opposant, depuis qu’il était devenu indépendant, une limite à l’extension des Turks du côté de l’occident. Plus au nord, étaient les Ting-ling, peuple de même origine que le précédent, et qui vivait mêlé avec les Kirgis. Enfin, du côté du septentrion, jusqu’à la mer Glaciale, étaient beaucoup de petites nations, dont le nombre augmenta encore, à mesure que les tribus turkes se détachèrent de la monarchie des Hioung-nou, et prirent des noms particuliers.» Le peuple gothique, qui bornait les Hioung-nou du côté de l’occident, n’était autre que les Alains, et la description qu’en donnent les auteurs chinois, est tout-à-fait conforme à celle d’Ammien Marcellin, l. 31, c. 2. Quant au nom d’Ou-sun, qu’ils portent dans les auteurs chinois, c’est celui d’Asiani, qu’on trouve dans Strabon et dans quelques autres auteurs, et qui s’est conservé chez les descendants des Alains, qui habitent encore au milieu du Caucase, où on les connaît sous le nom d’Ossi. Pour les Saï des Chinois, ce sont les Saces des anciens, c’est-à-dire la portion de la nation des Scythes, qui habitait sur la frontière nord-est de la Perse. Ils avaient même dès long-temps fait des établissements dans ce pays, où ils avaient donné leur nom à une province limitrophe de l’Inde, qui fut appelée Sacastan, Sedjestan et Saïstan; ce dernier nom prouve bien l’identité des Saï avec les Saces. C’est à cause d’eux que les anciens Persans donnaient le nom de Saces à tous les Scythes.—S.-M.]

[Note 148: Il est difficile d’imaginer les raisons qui ont pu porter Deguignes à confondre les Huns avec les Annibi de Ptolémée, une de ces nombreuses tribus tout-à-fait inconnues d’ailleurs, qui ont été accumulées assez confusément par ce géographe dans la partie nord-est de l’Asie. Ptolémée se contente de dire que les Annibi étaient dans le voisinage des anthropophages, et qu’ils avaient à l’orient un peuple également inconnu qu’il appelle les Garinæi. Il est possible que l’on doive comprendre les Annibi dans les Hioung-nou des Chinois, mais on ne doit pas assimiler, comme l’a fait Deguignes, un aussi petit peuple avec une aussi grande puissance.—S.-M.]

[Note 149: C’est-à-dire des Mandchoux, qui sont les maîtres de la Chine depuis environ deux siècles.—S.-M.]

[Note latérale: XLII.

Caractère et coutumes des Huns.

Deguignes, l. 1, p. 14, 15, 16, l. 4, p. 293.

Amm. l. 31, c. 2.

Zos. l. 4, c. 20.

Jornand. c. 24, Proc. bel.

Goth. l. 2, c. 1, l. 4, c. 3, et Vandal. l, 1, c. 12 et 18.

Agath. l. 5, p. 156.

Sidon. Apoll. carm. 2, v. 243-272.

Salv. de gubern. Dei, l. 4, c. 14.]

Les Huns étaient de tous les barbares les plus affreux à voir150. Ce n’était qu’une masse informe, et les Romains les comparaient à une pièce de bois à peine dégrossie151. Ils avaient la taille courte et ramassée, le cou épais et rentrant dans les épaules152, le dos courbé, la tête grosse et ronde, le teint noir, les yeux petits et enfoncés, mais le regard vif et perçant153. Ils s’étudiaient encore à augmenter leur difformité naturelle. Dès que les enfants mâles venaient au monde, les mères leur écrasaient le nez, afin que le casque pût s’appliquer plus juste à leur visage154; et les pères leur tailladaient les joues, afin d’empêcher la barbe de croître. Cette opération cruelle rendait leur visage défiguré de coutures et de cicatrices155. Leur façon de vivre n’était pas moins sauvage que leur figure. Ils ne mangeaient rien de cuit, et ne connaissaient nulle espèce d’assaisonnement. Ils vivaient de racines crues ou de la chair des animaux un peu mortifiée entre la selle et le dos de leurs chevaux156. Jamais ils ne maniaient la charrue157: les prisonniers qu’ils faisaient à la guerre cultivaient la terre, et prenaient soin des troupeaux. Ils n’habitaient ni maisons ni cabanes; toute enceinte de murailles leur paraissait un sépulcre158; ils ne se croyaient pas en sûreté sous un toit159. Accoutumés dès l’enfance à souffrir le froid, la faim, la soif160, ils changeaient fréquemment de demeure, ou, pour mieux dire, ils n’en avaient aucune; errants dans les montagnes et dans les forêts, suivis de leurs nombreux troupeaux, transportant avec eux toute leur famille dans des chariots traînés par des bœufs. C’était là que leurs femmes renfermées s’occupaient à filer ou à coudre des vêtements pour leurs maris, et à nourrir leurs enfants161. Ils s’habillaient de toile ou de peaux de martres qu’ils laissaient pourrir sur leur corps, sans jamais s’en dépouiller162. Ils portaient un casque, des bottines de peau de bouc, et une chaussure si informe et si grossière, qu’elle les empêchait de marcher librement; aussi n’étaient-ils pas propres à combattre à pied163. Ils ne quittaient presque jamais leurs chevaux, qui étaient petits et hideux, mais légers et infatigables164. Ils y passaient les jours et les nuits, tantôt montés en cavaliers, tantôt assis à la manière des femmes165. Ils n’en descendaient ni pour manger, ni pour boire; et lorsqu’ils étaient pris de sommeil, se laissant aller sur le cou de leur monture, ils y dormaient profondément166. Ils tenaient à cheval le conseil de la nation167. Toutes les troupes de leur empire étaient commandées par vingt-quatre officiers, qui étaient à la tête chacun de dix mille cavaliers; ces corps se divisaient en escadrons de mille, de cent et de dix hommes; mais dans les combats ils n’observaient aucun ordre. Poussant des cris affreux, ils s’abandonnaient sur l’ennemi168: s’ils trouvaient trop de résistance, ils se dispersaient bientôt, et revenaient à la charge avec la vitesse des aigles et la fureur des lions, enfonçant et renversant tout ce qui se rencontrait sur leur passage. Leurs flèches étaient armées d’os pointus, aussi durs et aussi meurtriers que le fer169; ils les lançaient avec autant d’adresse que de force, en courant à toute bride et même en fuyant. Pour combattre de près, ils portaient d’une main un cimeterre et de l’autre un filet, dont ils tâchaient d’envelopper l’ennemi170. Une de leurs familles avait le glorieux privilége de porter le premier coup dans les batailles; il n’était permis à personne de frapper l’ennemi, qu’un cavalier de cette famille n’en eût donné l’exemple171. Leurs femmes ne craignaient ni les blessures ni la mort; et souvent après une défaite, on en trouva parmi les morts et les blessés. Dès que leurs enfants pouvaient faire usage de leurs bras, on les armait d’un arc proportionné à leur force; assis sur des moutons, ils allaient tirer des oiseaux et faisaient la guerre aux petits animaux. A mesure qu’ils avançaient en âge, ils s’accoutumaient de plus en plus aux fatigues et aux périls de la chasse; enfin, lorsqu’ils se sentaient assez forts, ils allaient dans les combats repaître de sang et de carnage leur férocité naturelle. La guerre était pour eux l’unique moyen de se signaler: les vieillards languissaient dans le mépris; la considération était attachée à l’usage actuel des armes172. Ces Barbares, tout grossiers qu’ils étaient, ne manquaient ni de pénétration, ni de finesse. Leur bonne foi était connue: ils ignoraient l’art d’écrire; mais en traitant avec eux, on n’avait pas besoin d’autre sûreté que de leur parole173; d’ailleurs, ils avaient au souverain degré tous les vices de la barbarie174: cruels, avides de l’or175, quoiqu’il leur fût inutile; impudiques, prenant autant de femmes qu’ils en pouvaient entretenir, sans aucun égard aux degrés d’alliance ni de parenté176, le fils épousait les femmes de son père177; adonnés à l’ivrognerie, avant même qu’ils eussent connu l’usage du vin, ils s’enivraient d’un certain breuvage composé de lait de jument qu’ils laissaient aigrir. Les Romains ont cru qu’ils n’avaient aucune religion178, parce qu’on ne voyait aucune idole qui fût l’objet de leur culte; mais, selon les auteurs Chinois, ils adoraient le ciel, la terre, les esprits et les ancêtres.

[Note 150: Voici le portrait que Claudien fait des Huns, dans le Ier livre de ses Invectives contre Rufin, v. 325 et seq.

........... Turpes habitus; obscœnaque visu Corpora; mens duro nunquam cessura labori; Præda cibus, vitanda Ceres, frontemque secari Ludus, et occisos pulchrum jurare parentes. Nec plus nubigenas duplex natura biformes Cognatis aptavit equis: acerrima nullo Ordine mobilitas, insperatique recursus.

Tacite ne parle pas d’une manière plus avantageuse des Finnois, Germ. c. 46. Fennis, dit-il, mira feritas, fœda paupertas.—S.-M.]

[Note 151: Prodigiosæ formæ et pandi, ut bipedes existimes bestias, vel quales in commarginandis pontibus effigiati stipites dolantur incomptè. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 152: Compactis omnes firmisque membris, et opimis cervicibus. Am. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 153: La laideur et l’étrangeté du visage des Huns, pourraient donner lieu de croire, comme quelques savants l’ont pensé, que ce peuple appartenait à la race des Mongols. Effectivement les descriptions que l’on donne de leur constitution physique, si elles n’ont pas été outrées, comme il y a lieu de le croire, par la terreur que les Huns inspiraient, ne pourraient s’appliquer à des Turks ou à des Finnois. Voici comment Sidonius Apollinaris les dépeint, carm. 2, v. 245-252.

Gens animis membrisque minax: ita vultibus ipsis Infantum suus horror inest. Consurgit in arctum Massa rotunda caput: geminis sub fronte cavernis Visus adest oculis absentibus: acta cerebri In cameram vix ad refugos lux pervenit orbes, Non tamen et clausos. Nam fornice non spatioso, Magna vident spatia, et majoris luminis usum Perspicua in puteis compensant puncta profundis.

On voit que les anciens et les modernes se sont attachés à rendre leur portrait le plus hideux possible. Cependant en lisant avec soin ce que disent les anciens auteurs, on ne trouve aucune raison suffisante pour faire croire que les Huns puissent être rangés parmi les nations qui appartiennent à la race calmuke ou mongole. Tout ce qu’on dit de leur configuration s’explique fort bien par leurs usages, sans qu’il soit besoin de recourir à des interprétations plus scientifiques. A l’exception de la difformité de leur visage, qui leur venait plutôt, comme on le voit, de leurs habitudes que de la nature, les Huns, dit plus loin Sidonius Apollinaris, carm. 2, v. 258, étaient de beaux hommes, d’une taille bien prise, et doués d’une vaste poitrine et de larges épaules.

Cetera pars est pulchra viris. Stant pectora vasta, Insignes humeri, succincta sub ilibus alvus. Forma quidem pediti media est, procera sed extat Si cernas equites, sic longi sæpe putantur, Si sedeant.

—S.-M.]

[Note 154: Cette circonstance est encore empruntée à Sidonius Apollinaris, carm. 2, v. 253-257.

Tum ne per malas excrescat fistula duplex, Obtundit teneras circumdata fascia nares, Ut galeis cedant. Sic propter prælia natos Maternus deformat amor, quia tensa genarum Non interjecto fit latior area naso. —S.-M.]

[Note 155: Ubi quoniam ab ipsis nascendi primitiis infantium ferro sulcantur altiùs genæ, ut pilorum vigor tempestivus emergens corrugatis cicatricibus hebetetur, senescunt imberbes absque ulla venustate, spadonibus similes. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 156: In hominum autem figura licet insuavi ita visi sunt asperi, ut neque igni, neque saporatis indigeant cibis, sed radicibus herbarum agrestium et semicruda cujusvis pecoris carne vescantur, quam inter femora sua et equorum terga subsertam, fotu calefaciunt brevi. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 157: Nemo apud eos arat, nec stivam aliquando contingit. Amm. Marcel. ibid.—S.-M.]

[Note 158: Ædificiis nullis unquam tecti; sed hæc velut ab usu communi discreta sepulcra declinant. Nec enim apud eos vel arundine fastigatum reperiri tugurium potest. Amm. Marc. ibid.—S.-M.]

[Note 159: Peregrè tecta nisi adigente maxima necessitate non subeunt: nec enim apud eos securos existimant esse sub tectis. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 160: Sed vagi montes peragrantes et silvas, pruinas, famem, sitimque perferre ab incunabulis assuescunt. Amm. Marc. ibid.—S.-M.]

[Note 161: Omnes enim sine sedibus fixis, absque lare vel lege aut ritu stabili dispalantur, semper fugientium similes, cum carpentis in quibus habitant: ubi conjuges tetra illis vestimenta contexunt, et coeunt cum maritis, et pariunt, et adusque pubertatem nutriunt pueros. Am. Marc. ibid. Aucun d’eux, ajoute le même historien, n’aurait pu indiquer le lieu de sa naissance. Conçus dans un endroit, nés dans un autre, ils étaient élevés bien loin de là. Nullus apud eos interrogatus, respondere unde oritur potest, alibi conceptus, natusque procul, et longius educatus.—S.-M.]

[Note 162: Indumentis operiuntur linteis, vel ex pellibus silvestrium murium consarcinatis; nec alia illis domestica vestis est, alia forensis. Sed semel obsoleti coloris tunica collo inserta non antè deponitur aut mutatur, quam diuturna carie in pannulos defluxerit defrustata. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 163: Galeris incurvis capita tegunt; hirsuta crura coriis munientes hædinis: eorumque calcei formulis nullis aptati, vetant incedere gressibus liberis. Quâ causâ ad pedestres parum accommodati sunt pugnas. Amm. Marc. l. 31, c. 2. C’est pour cette raison que les Huns étaient souvent appelés par les Grecs ἄποδες, sans pieds, ou ἀκροσφαλεῖς, c’est-à-dire, chancelants dans leur marche.—S.-M.]

[Note 164: Ils semblaient, dit Ammien Marcellin, l. 31, c. 2, cloués sur leurs robustes, mais vilains chevaux, equis propè affixi duris quidem, sed deformibus. Les poètes disent également qu’ils étaient semblables à des centaures, et qu’il était difficile de séparer le cheval du cavalier.

Nec plus nubigenas duplex natura biformes Cognatis aptavit equis.

dit Claudien in Rufin. l. 1, v. 352. Selon Sidonius Apollinaris, carm. 2, v. 262, les Huns, encore enfants, étaient placés sur le dos des coursiers, et dès lors ils n’avaient plus d’autre habitation.

Vix matre carens ut constitit infans, Mox præbet dorsum sonipes: cognata reare Membra viris, ita semper equo ceu fixus adhæret Rector. Cornipedum tergo gens altera fertur, Hæc habitat.

—S.-M.]

[Note 165: Et muliebriter iisdem nonnumquam insidentes, funguntur muneribus consuetis. Amm. Marc. l. 31, c. 2.—S.-M.]

[Note 166: Ex ipsis quivis in hac natione pernox et perdius emit et vendit, cibumque sumit et potum, et inclinatus cervici angustæ jumenti, in altum soporem adusque varietatem effunditur somniorum. Amm. Marc. ibid. Zosime dit également, l. 4, c. 20, que ces hommes ne savaient point se tenir à pied, et qu’ils passaient les jours et les nuits sur leurs chevaux, οἱ μήτε εἰς γῆν πῆξαι τοὺς πόδας οἷοί τε ὄντες ἑδραίως, ἀλλ’ ἐπὶ τῶν ἵππων καί διαιτώμενοι καὶ καθεύδοντες.—S.-M.]

[Note 167: Et deliberatione super rebus proposita seriis, hoc habitu omnes in commune consultant. Amm. Marc. l. 31, c. 2. Selon le même historien, ils n’étaient point soumis à une autorité royale, mais ils suivaient, dans leurs entreprises, les impulsions de différents chefs. Aguntur nulla severitate regali, sed tumultuario optimatum ductu contenti, perrumpunt quidquid inciderit. Cette indication est d’accord avec ce que les historiens rapportent des Huns avant Attila.—S.-M.]

[Note 168: Pugnant nonnumquam lacessiti, sed ineuntes prœlia cuneatim vocibus sonantibus torvum. Amm. Marc. ibid.—S.-M.]

[Note 169: Eoque omnium acerrimos facilè dixeris bellatores, quod procul missilibus telis, acutis ossibus pro spiculorum acumine arte mira coagmentatis, sed distinctis. Amm. Marc. ibid. Tacite rapporte (Germ. c. 46) que les Finnois armaient leurs flèches de la même façon. Sola in sagittis spes, dit-il, quasi inopia ferri ossibus asperant.—S.-M.]

[Note 170: Comminus ferro sine sui respectu confligunt, hostesque dum mucronum noxias observant contortis laciniis illigant ut laqueatis resistentium membris equitandi vel gravandi adimant facultatem. Amm. Marc. l. 31, c. 2. Plusieurs auteurs anciens font mention de cet usage qu’ils attribuent généralement aux Scythes, aux Sarmates, aux Alains et aux Parthes. Les poètes persans en parlent souvent aussi en racontant les exploits des anciens héros de la Perse. Cette manière de combattre leur était familière. Il en est aussi question dans les Argonautiques de Valérius Flaccus, l. 6, v. 144, en parlant du peuple scythe qu’il appelle Auchates.

Continuer : partie 4 sur 18