Inventaire avant fermeture
Février
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Dimanche 2 février
Galerie intime de portraits
Quelques personnages singuliers ont surgi de ma mémoire. Pour la plupart issus de notre province, ils n’en ont pas, sauf exception, franchi les limites. Aujourd’hui disparus, ils composent ces portraits figurant dans un musée – non agréé.
Éliane Jaucen
Au début des années 40, j’ai reçu la visite de cette araignée géante et sombre, expansive dans ses gestes et ses propos. Juive réfugiée à Brive avec un mari discret comme un notaire, elle se disait poétesse, mais sa satire contre Hitler était médiocre. Émule du célèbre spirite Allan Kardec, elle avait choisi, en raison de son âge et d’un physique peu engageant, de faire tourner les tables plutôt que les têtes. Elle avait mis provisoirement ses dons sous cloche, sauf pour mon épouse et moi, qui avions gagné sa confiance.
Elle nous fit la démonstration de ses pouvoirs surnaturels dans une masure du centre-ville où ce couple avait trouvé refuge. Durant deux heures, nous avons interrogé un guéridon qui, je dois le dire, ne nous a rien révélé de notable, d’autant qu’il s’exprimait le plus souvent en yiddish ! La paix revenue, un magazine m’apprit que cette magicienne, de retour dans la capitale, avait été appelée à présider l’Association nationale des spirites.
Jean-Baptiste Borie
Prince de l’empirisme, poète, dramaturge, plombier de son état, ce personnage jovial se prenait pour un génie incompris. Maire fictif de la commune libre du Pont-Cardinal et originaire du quartier insalubre des Trois-Torchons, il avait son athanor dans une cave de l’avenue de Paris dont, certaines nuits, un soupirail libérait des fumées aux odeurs méphitiques. Du poète, je n’ai retenu qu’un seul vers : Le derrière de l’hôpital est triste, qui donne une idée de la suite. Dans une œuvre dramatique relatant une attaque de brigands, l’un d’eux, ayant eu les bras emprisonnés par une courge tombée des remparts, s’était écrié : « Courgé ! Je suis courgé ! » Quant aux inventions de Borie, notamment le peigne à puces et le bitume à l’épreuve de la chaleur, elles n’ont pu obtenir les brevets escomptés.
Lucien Mathevet
Je regrette de n’avoir pas eu, dans le secondaire industriel – où j’ai macéré cinq ans ! – un professeur qui eût pu se montrer sensible à mes effusions poétiques. J’aurais aimé avoir comme professeur de français celui du lycée Cabanis : Lucien Mathevet. J’ai eu avec lui, sa retraite venue, des entretiens à la terrasse du Café de Paris où il venait à heure fixe boire son Pernod, canne entre ses jambes et mégot aux lèvres, réplique de Cripure, le personnage central du Sang noir de Louis Guilloux. Figé dans une posture méditative de trappiste, il s’exprimait peu mais savait écouter. Je l’entretenais de mes velléités littéraires et il m’initiait à la littérature. Il était l’auteur d’une nouvelle, Pipette, imprimée à ses frais, un titre dont ses élèves avaient fait un sobriquet. Je n’en ai retenu que l’essentiel : la poétique évocation de son enfance rurale, et la jolie phrase de la fin : « Ainsi mourut Pipette, en la saison où le seigle se fauche. »
Henri Vidal
Je retrouvais souvent ce copain d’enfance sur ma terrasse dominant la Guierle. Nous y avions conçu un procédé de cinéma inédit : dessiner des scenarii sur des bandes de carton tombées du massicot de l’imprimerie, moi fournissant les séquences et lui les dessins. Nous les projetions par une ouverture dans une grosse boîte d’allumettes vide. J’ai gardé un de ces « films » au titre ambitieux : Découverte de l’Amérique par William le Conquérant. Henri nous a quittés pour devenir barman sur les transats. Il m’écrivait du bout du monde, et me confiait les recettes de ses cocktails, que je publiais dans La Corrèze républicaine et socialiste d’Henri Fabre, ce qui semblait n’intéresser personne.
Jean de la Guierle
Rien, dans son apparence et son comportement, ne laissait deviner que ce colonel en retraite pût être, selon l’expression ancienne, un « disciple des muses ». Son unique recueil de poèmes, Gaillardises, a été édité à ses frais, avec des gravures licencieuses d’un ami. Prions pour les pauvres cocus, Ballade des verges du temps jadis donnent le ton de ce bijou finement ciselé qui aurait pu intéresser Pierre Louÿs, mais sur lequel la société bourgeoise de l’époque a jeté un voile pudique. L’ouvrage de ce génial profanateur de la morale n’a pas figuré dans les librairies. Il était destiné, sous le manteau, à ses amis. Je suis fier d’avoir été l’un d’eux.
Jean Pouget
Je garde du commandant Jean Pouget l’image d’un centurion désabusé, amateur de cigares et d’armes anciennes. Cet ancien saint-cyrien s’était battu dans le maquis des Glières, avait franchi le Rhin à la tête d’un peloton blindé, puis, en dépit d’une blessure grave, était parti pour l’Indochine. Après la défaite cinglante de Diên Biên Phu, où il avait été l’un des derniers combattants, il avait frôlé la mort dans un bagne du Vietnam. Un ouvrage monumental, Nous étions à Diên Biên Phu (éditions Presses de la Cité, 1964), en témoigne, et Jean Lartéguy lui a dédié son livre, Les Centurions. Irascible et volontiers provocateur, obsédé par des souvenirs pénibles, il a vécu en gentilhomme campagnard dans son château du Quercy, en compagnie de son épouse et de la poule favorite de son élevage, Pompadour, qu’il portait sous son bras dans ses promenades.
Louis de Nussac
Ce personnage – le plus pittoresque de cette galerie –, érudit et président de la Société savante de Brive, vivait en sybarite au sommet d’une tour du centre-ville. Portant la redingote de ses noces, il effectuait des fouilles archéologiques, aidé d’un moine défroqué faisant office de sherpa porteur du sac de caillasses. Le maître dut congédier ce « serviteur dévoué » après avoir constaté qu’il puisait dans les collections de monnaies anciennes du musée municipal pour les fondre et s’en procurer un petit revenu.
Jacques Labrunie
Je garde de ce musicien spécialiste de la flûte traversière et compositeur, riche de passion et d’ambition, un souvenir ému. Je rappelle qu’il a extrait de mon roman Les Dieux de plume, sous le titre : Farekura suite, un opéra foutraque présenté à Brive, à l’église des Rosiers. Un soir, à Ligneyrac, il a interprété pour nos amis, au clair de lune et dans la vigne, en tunique blanche et couronne de pampres, la Syrinx de Debussy. Ses récitals dans les églises de la région n’ont pu lui apporter la renommée à laquelle il aspirait.
Léonce Bourliaguet
Mon vieil ami Léonce Bourliaguet abritait sa retraite d’inspecteur dans le primaire, non dans son Périgord natal mais près de Brive, à Malemort, dans la villa des Grillons, avec son épouse, Suzy, elle-même auteur de quelques livres pour la jeunesse. Là, Léonce conçut les derniers de ses soixante-dix ouvrages pour la jeunesse et quelques romans pour adultes. L’un de ceux-ci, La Forêt sereine, lui a valu avant guerre le prix du journal Le Temps, un Goncourt de l’époque. Il demeure le maître du roman pour la jeunesse, et son fils, Bruno, défend sa mémoire, dans le cadre d’une Association d’amis qui a entrepris de rééditer certains de ses ouvrages.
Marcelle Delpastre
Nous l’appelions « la Marcelle ». Fermière de tradition familiale plus que de vocation, elle était l’auteur, en langue occitane, d’un nombre considérable de récits, chroniques et poèmes qui auraient pu sombrer dans l’oubli sans le soutien de son fidèle interprète, le chanteur et poête occitan Jan Dau Melhau. Le soir, dans sa ferme de Germont, près de Chamberet en Haute-Corrèze, après les soins donnés à sa vieille mère, à ses poules et à ses vaches, elle ajoutait une bûche au cantou pour se délivrer de son amour pour la nature et de ses nostalgies de Lesbos. Au Salon du livre de Paris, je l’ai présentée au stand des éditions Payot. Le pied à l’étrier, elle signait un premier contrat quelques jours plus tard, entrant ainsi dans le domaine de la grande édition ethnologique, et sans renoncer à ses vaches.
Edmond Auzel de Claval
Il m’arrive parfois, pour ranimer des entretiens flageolants entre amis, d’évoquer le souvenir d’un personnage dont j’avais fait un canular pour La Montagne. Fils d’un agriculteur corrézien, Auzel avait débuté dans les arts en peignant des cadres de bicyclette, puis une ruche d’abeilles. Je lui ai rendu visite, persuadé qu’il y avait en lui matière à un article, et l’ai couvert de louanges qui furent prises pour argent comptant. Ayant quitté sa famille, dans l’idée de tirer profit d’une précoce et fragile notoriété, il a relooké sa vieille bagnole, a fait tailler par sa mère un complet blanc cravaté de rouge, et a distribué sa photo au sortir des lycées de Brive. Une exposition avec vin de la ferme et petits-beurres, ses toiles sans châssis suspendues à des cordes à linge, a suscité quelque intérêt mais peu d’achats. Inquiète de rater un génie, la municipalité lui a donné accès au musée municipal. Ses paysages frappaient par leurs couleurs et leur géométrie brutalistes. « J’ai trouvé mon Montmartre », me disait-il, et je l’encourageais dans cette illusion. Il a atteint le sommet de la gloire quand la ville a décidé de donner son nom à une rue de la banlieue. En vacances dans le Midi, à ce que l’on m’a dit, il roulait à vélo quand il a fait une chute mortelle. Je ne regrette pas les louanges biaisées que je lui ai consacrées car elles ont donné à ce fils de paysan, inculte et naïf, l’occasion de se rêver une vie.
Régine Deforges
J’ai si peu connu cette gloire de la littérature féminine que je serai bref, car je ne la voyais qu’à l’occasion des fêtes du livre. J’aurais aimé m’entretenir avec elle de nos origines limousines, mais elle était inabordable, si bien que nous n’échangions qu’un signe de la main et un sourire. Je garde de Régine le souvenir d’une assistante de librairie de Limoges où elle m’était apparue, au sommet d’un escabeau, belle comme une libellule sur une feuille. La Bicyclette bleue, son chef-d’œuvre, allait lui faire affronter les grands chemins de l’édition. Des années plus tard, à « Lire à Limoges », je dînais avec des amis dans un restaurant quand je vis surgir une grosse dame drapée de noir comme une veuve. Elle prit place à une table proche de la nôtre, commanda le menu sans daigner nous jeter un regard. Le dessert venu, je me hasardai à lui porter ma portion de glace. Elle me remercia d’un mince sourire en prononçant mon prénom, mais ne me proposa pas de m’asseoir. Régine Deforges a quitté ce monde quelques années plus tard.
En marge de cette liste, je me dois d’évoquer mon ami de longue date et toujours actif, l’écrivain d’origine briviste et de grande renommée, Pierre Bergounioux. Un jour, son père nous l’a amené à l’imprimerie afin de lui révéler cette merveille de mécanique : la linotype. Le gamin parut fasciné par les lignes de plomb brûlantes qu’elle éjectait. Quand j’eus composé son nom, un sourire illumina son visage. Une amitié solide – à éclipses – a suivi ce simple geste. Pierre, revêtu de la couverture blanche de Gallimard, est « monté à Paris » mais n’a pas oublié son « village » natal pour y retrouver sa famille, ainsi que ses amis longtemps rassemblés à la table du regretté libraire François Janaud et de son épouse Marie-Christine, au château de Bouquet.
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Vendredi 7 février
Imprudence et humiliation
Contraint, ce matin, de m’accroupir à la recherche d’un livre dans une étagère basse, j’ai cru ne pouvoir me relever, le cœur battant la breloque. Appeler le Samu pour si peu de chose m’eût humilié, et Renée, impotente, ne pouvait se saisir du téléphone. J’ai dû attendre, pour me relever, la venue d’une aide-ménagère.
J’ai retenu de cet incident un sentiment d’humiliation et couru le risque d’une crise cardiaque, malgré le pacemaker. Adossé à une muraille de livres, et feuilletant l’ouvrage retrouvé, j’ai médité sur cette faiblesse, de plus en plus sensible. Demain, me dis-je, si le ciel est clément, je tenterai une sortie sur mon marché hebdomadaire… mais accompagné.
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Samedi 8 février
Hommage aux recettes « à l’ancienne »
Tout s’est bien passé ce matin, au cours du marché. Aucun trouble, rencontres et bavardages habituels avec les producteurs dont certains sont presque devenus mes amis. Ils m’entretiennent parfois, en quelques mots, du dernier roman que je leur ai dédicacé ou, plus souvent, font mine de l’avoir lu. Formule rituelle : leur grand-mère prétendait avoir lu tous mes livres ! Je suis davantage sensible à l’attention sincère que me témoigne mon marchand de miel et de tourtous, l’Italien Alain Rigaldi, qui passe une partie de l’année en Lombardie. Il m’a assuré, photo à l’appui, qu’une étagère de sa bibliothèque m’était consacrée…
J’ai ramené de ma promenade matinale des châtaignes blanchies. Je me délecte de ce fruit depuis mon enfance. Ma grand-mère maternelle – « la Poulette » pour ses voisines du village – extrayait du cantou la lourde marmite noire où la recette avait mitonné à l’étouffée, la déposait sur la table et la faisait basculer sur la nappe pour laisser dégorger dans une buée odorante, châtaignes, patates, raves, navets, feuilles de laurier… « Michou, me disait-elle, attends que ça froidisse, sinon tu te brûleras la gargagnolle » – la gorge.
Il m’a été rarement donné, au cours des décennies suivantes, de retrouver la saveur de cette recette sans âge. Nos chefs plus ou moins étoilés l’ont mise au rancart mais elle reste tapie dans les familles attachées aux coutumes. Pourtant j’ai reçu, émanant du patron d’un établissement réputé de la ville, une invitation à déguster à sa table une autre de ces recettes obsolètes : le chou farci à l’ancienne…
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Lundi 10 février
Qu’est devenue la chanson ?
J’ai retrouvé dans mes paperasses une photo célèbre, en noir et blanc, représentant, autour d’une table encombrée de bouteilles, les trois vedettes de la chanson des années 70 : Georges Brassens, méditatif, Léo Ferré, sombre, et Jacques Brel, rêveur. Ces demi-dieux régnaient sur un large public empreint d’une vénération qui a fait de cette époque l’âge d’or de la chanson française.
La vague succédant à cet illustre tripode a fait surgir auteurs et interprètes de chansons, au talent confirmé par la radio et la télévision : Aznavour, Ferrat, Perret, Sardou et quelques autres qui ont assuré le relais.
J’aurais pu connaître au Chantier de jeunesse de Lodève, en 1942, Georges Brassens, ma promotion ayant succédé à la sienne. Notre ville a donné le nom de ce grand monsieur de la chanson à notre marché couvert car l’une de ses chansons commence par : « Au Marché de Brive-la-Gaillarde… »
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Vendredi 14 février
Confessions d’un minus habens
Je justifie la (légère) honte que j’éprouve en raison de mon indifférence pour l’argent – et qui m’a parfois valu le qualificatif de minus habens ! – par un illustre exemple : celui d’un écrivain latin, auteur du Satyricon, Petronius Arbiter, plus connu sous le nom de Pétrone, arbitre de l’élégance (arbiter), pour sa satire du paraître et son mépris du calcul.
Dire que je souffre de ce manque d’intérêt serait exagéré : on s’y habitue comme de l’absence d’un membre ou d’un œil. Je m’y « suis fait », malgré, il est vrai, quelques difficultés : incapacité à décrypter les courriers de la banque ou les subtilités de la règle de trois. Minus habens je suis et resterai jusqu’à la fin de mes jours, sans jeter, comme on dit, « l’argent par les fenêtres ». Je ne fais exception que pour des livres, et sans excès, mais, dans ce domaine, le désir est impérieux.
Il faut choisir : gagner de l’argent ou le dépenser. On n’a pas le
temps de faire les deux (Édouard Bourdet).
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Jeudi 20 février
Les nuits de Ceylan
Privé de café – mauvais pour le cœur selon mon cardiologue –, je me suis rabattu sur le thé, celui de Ceylan de préférence, réputé moins néfaste pour les artères.
Ma tasse de thé quotidienne me rappelle notre séjour, il y a une vingtaine d’années, en cette île, aujourd’hui Sri Lanka. Le programme comportait la visite d’une plantation de thé dans une montagne aux pentes envahies d’une végétation d’un vert intense, où s’activaient des femmes en tenue indigène chatoyante. L’île étant secouée par des mouvements révolutionnaires, nous étions sous vigilance militaire lors de nos excursions dans le petit train traversant la jungle. Les sorties nocturnes interdites, Colombo, la capitale, étant décrétée dangereuse, nous avons bu jusqu’à la lie le thé amer des émeutes.
Au retour d’une excursion à Candy, la nuit tombée, notre groupe regagnait l’hôtel près de la voie ferrée longeant la côte, quand j’ai trébuché, puis plongé dans un déversoir d’égouts ! Renée s’étant blessée en me portant secours, nous avons, elle et moi, passé une nuit à nous décrotter et soigner avec les moyens du bord, les médecins ne sortant pas la nuit. L’un d’eux, appelé à l’aube, nous a procuré des médicaments pliés dans du papier journal. Grâce au consul, un Corrézien, nous avons repris deux jours plus tard le chemin de la France, Renée à l’horizontale. Cet incident n’a pas dénaturé en nous les souvenirs de cette île merveilleuse. Les documentaires de la télé les ravivent sans me donner envie de reprendre l’avion pour les tropiques, le temps des voyages à goût d’aventure étant terminé.
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Vendredi 21 février
Vivre ses rêves
Je possède quelques œuvres, peintures et dessins, d’un artiste d’origine briviste, Jean-Baptiste Valadié. Resté longtemps un ami proche, il vit aujourd’hui avec son épouse, Chantal, dans un somptueux riad, près de Marrakech. Est-il un grand peintre ? La critique en a fait un nouveau Van Dongen à cause de la même prédilection pour le nu féminin.
Nous avons cosigné, entre autres ouvrages de luxe, Amour du Limousin (éditions Plaisir du Livre, Paris), illustré de paysages, édité à cinq cents exemplaires en raison de son prix. Cette publication a été saluée au Moulin-Rouge à Paris par son éditeur. Je ne garde de cette soirée qu’une boîte d’allumettes à notre image et le programme du spectacle.
Jean-Baptiste et son épouse occupaient, à Martel-en-Quercy, un antique pensionnat de filles, avec parc et piscine. Nous y avons passé, Renée et moi, des journées d’été radieuses, souvent en présence de personnages célèbres à l’époque. J’y ai joué à la pétanque avec Georges Belmont, parolier d’Édith Piaf et interprète. Il m’a demandé de préfacer son récital à l’Olympia, dont j’ai conservé le programme.
Les Valadié ont occupé durant des années, sur une colline proche de Cannes, une résidence blanche digne d’un prince saoudien, entourée d’un parc arboré, irrigué et doté d’une piscine de film américain. L’intérieur avait l’aspect d’un musée, Jean-Baptiste ayant prospecté toutes les boutiques d’antiquailles de la Côte. Nous y avons passé des week-ends inoubliables, avec une invitation permanente à y demeurer…
Parti pour le Maroc, sans être parvenu à liquider son palais oriental, Jean-Baptiste nous a informés de son installation près de Marrakech. Il a désormais son atelier en un lieu dont il avait toujours rêvé : un riad dans le désert.
Nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle dont
nous rêvons est la vraie (Jean Guéhenno).
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