Inventaire avant fermeture
Mars
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Samedi 7 mars
Où mène la passion…
La fréquentation des marchés, inclus depuis des temps immémoriaux dans la vie de la communauté comme une famille retrouvée, réserve souvent d’heureuses surprises. Samedi dernier, alors que Florence et moi choisissions des légumes sur le marché, j’ai senti un léger choc contre mon épaule.
J’ai eu du mal à reconnaître Élise, une ancienne maîtresse que je n’avais pas revue depuis des lustres, d’autant que son parapluie, en estompant les traits, donnait à de timides ridules une amorce de rides. J’embrassai celles de sa tempe ; ses lèvres effleurèrent les miennes. Des échanges de compliments suivirent, d’une éprouvante banalité. « Tu n’as pas changé », lui dis-je. Elle ne me renvoya pas la balle, répondant à ce mensonge par son silence. J’avais claqué la porte sur mes relations amoureuses avec cette femme, de trente ans plus jeune que moi, alors d’une beauté qui n’évoquait guère les portraits de Renoir ni les statues de Maillol, mais agréable, d’une grande vivacité d’esprit, tremplin de nos rapports.
Son mari ayant souhaité divorcer pour incompatibilité d’humeur et brouter une herbe nouvelle, avait usé pour y parvenir de quelques pièges : flagrants délits mal ficelés, pressions insanes à la clinique où je gisais, tractations perverses… Après son divorce, nous avons connu, Élise et moi, des rapports purement érotiques. Il lui arrivait de me suivre pour des salons extérieurs, mais nos rapports se sont désagrégés lorsqu’elle a sollicité des cadeaux exagérés. J’ai été contraint de puiser dans mes droits d’auteur, au risque de provoquer un divorce auquel je me refusais.
Lorsque Élise m’a suggéré d’acquérir un immeuble – à son nom ! –, j’ai réagi si violemment que la rupture devenait fatale. L’épée de Damoclès du divorce qu’elle souhaitait est rentrée dans sa gaine. Durant cet épisode à mince teneur sentimentale, Renée a souffert mais s’est comportée en épouse stoïque. Quant à moi, je garde le souvenir accablant d’une trahison dont j’ai éprouvé le besoin de me délivrer par l’écriture.
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Lundi 9 mars
Séquence nostalgique
Le dernier carré de mes fidèles se reconstitue parfois à mon domicile, sous le signe du champagne, du whisky et des pizzas. S’ils viennent « mains vides », comme je l’ai exigé, ils m’apportent des nouvelles de leurs conditions de vie, des souvenirs de leurs voyages, confiés, en raison de leur âge et de leur santé, à des agences.
Cette évasion m’étant refusée, je les écoute, comme j’aime entendre Gabin qui, dans Un singe en hiver, ressasse les splendeurs du fleuve Yang Tsé Kiang. Il semble qu’ils aient choisi ces voyages pour échapper à la monotonie de leur retraite ou retrouver, comme Arthur Rimbaud entre deux verres d’absinthe, les rêves d’aventure de leur enfance. Lorsqu’ils ajoutent certaine déception au plaisir de leur voyage, je me défends mal d’une pensée revancharde. Je dois désormais me contenter de ruminer mes nostalgies exotiques.
Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes
voyages, que je sais bien ce que je fuis mais non pas ce que je
cherche (Montaigne).
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Samedi 14 mars
Séquence santé Renée
Pas de marché pour moi aujourd’hui, trop sensible que je suis aux humeurs du temps et aux allergies qui transforment mes narines en fontaines. « Mars, qui rit malgré les averses et prépare en secret le printemps » (Maurice Rollinat ?) n’est pas ce matin d’humeur radieuse.
J’ai été contraint de rester auprès de mon épouse enfouie dans une morbidesse qui l’éloigne jour après jour de son entourage. Sa mémoire flanche, son regard se perd dans le vide et sa surdité se confirme. En revanche, elle n’a pas perdu l’usage de la parole et, si elle en abuse parfois, c’est pour revivre son passé ou nous raconter des histoires incohérentes. Cependant, je conçois mal ma solitude exclue de sa présence tutélaire, et je crains, si je suis le premier à « déménager », qu’elle ne fasse de même peu après.
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Dimanche 15 mars
Trouver du temps pour le temps
J’ai déjà parlé de cette entité mystérieuse : le temps. Ce dimanche, l’idée m’est venue de réviser son organisation. Mes journées sont si courtes que j’aurais besoin de deux heures supplémentaires, mais la négociation est délicate. On n’achète pas du temps dans une boutique ! Le prendre sur le sommeil (huit heures) ou la sieste (une demi-heure), renoncer à la promenade quotidienne (un quart d’heure) serait néfaste pour ma santé, et loin du compte.
Pour préserver le temps sacré voué à mon ordinateur, environ six heures par jour, je me contente de grappiller sur les exigences quotidiennes, le téléphone, les soins à donner à Renée ou les visites importunes, heureusement peu fréquentes.
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Lundi 16 mars
Lire Cioran ?
La philosophie a été, tout au long de ma vie, une passion confuse et contrariée. Adolescent, j’ai rédigé un essai d’une cinquantaine de pages, resté inachevé, sur la vie et la philosophie d’un ermite chinois dont j’ai oublié le nom, vivant dans les montagnes du Yunnan. L’avais-je inventé ? Ce texte inédit doit dormir dans un tiroir dont il ne sortira jamais. En cours d’écriture, escaladant par la pensée la centaine de marches de pierre menant à la demeure de l’ermite, l’air fraîchissant et se raréfiant, la lumière devenait éblouissante et le monde d’en bas perdait ses reliefs. J’éprouvais l’impression vertigineuse d’accéder au savoir par la sagesse.
Hier, comme cela m’arrive parfois, répondant à des rémanences insolites, j’ai « arraché » à ma bibliothèque où il était incrusté, un énorme parpaing de deux mille pages, œuvre du philosophe roumain Emil Cioran, cadeau de Jean-Paul pour mes quatre-vingts ans.
Plutôt que d’entreprendre le déchiffrage intégral de ce monument, je me suis contenté de parcourir quelques chapitres pris au hasard. Le texte de l’auteur figurant sur la quatrième de couverture m’avait séduit : « Mon idée, quand j’écris, est d’éveiller quelqu’un, de le fustiger, étant donné que mes livres ont surgi de mes malaises, pour ne pas dire de mes souffrances. »
On voit par là qu’il y a plusieurs voies, la douce ou la violente, pour accéder à la sagesse.
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Mercredi 18 mars
Pour saluer Bernard Clavel
Une carte postale de Clavel, envoyée au cours d’un voyage en Irlande, il y a environ trente ans, figure depuis sa réception sur une étagère de mon bureau. Elle représente une de ses aquarelles : une mer tourmentée, d’un bleu d’orage, à la Turner.
On a vite oublié l’artiste peintre amateur, mais on lit encore les œuvres de ce romancier fidèle à son éditeur, Robert Laffont. Son premier roman, L’Ouvrier de la nuit, rappelle ses débuts de mitron dans sa province rhodanienne. Il a été pour moi un ami fidèle, en raison notamment d’une jeunesse difficile puis d’un partenariat d’édition identique.
Il obtint le prix Goncourt en 1968 pour Les Fruits de l’hiver, dernier volet d’Une grande patience. Une partie de son œuvre évoque ses luttes sociales et ses convictions antimilitaristes, notamment en faveur de l’objection de conscience en cas de guerre. Il avait, dans ces idées, des humeurs de fauve. Il pétrissait ses ouvrages comme jadis la pâte dans le four du boulanger, mêlant à sa foi laïque ses amours et sa passion de la nature. Je garde un souvenir inaltérable de ses séjours en Corrèze, et des invectives contre une société répressive dont il nous abreuvait à table.
Bernard Clavel est un romancier du peuple devenu un romancier
populaire (Michel Ragon).
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Jeudi 19 mars
Vrais artistes et mystificateurs
Au chapitre des vocations contrariées figurent pour moi la musique classique et les arts plastiques : dessin et peinture. J’illustrais mes premiers écrits de dessins en couleur et garnissais les pages de garde des livres de graffitis au crayon, avec un goût précoce pour les ruines et les vieilles masures.
J’ai abordé la peinture à la fin de mon adolescence et, pour satisfaire cette lubie, me suis procuré l’outillage nécessaire et même un chevalet. Bords de rivière, vieux moulins, églises, châteaux, ont nourri ce goût, jusqu’au jour où un paysan de passage m’a demandé si j’étais l’« auteur du calendrier des Postes » ! Du coup, j’ai rangé mon attirail et mes illusions, non sans me déprendre d’un attrait constant pour la peinture, notamment celle des impressionnistes. Mes deux volumes sur Suzanne Valadon et son fils Utrillo (éditions Robert Laffont) en font foi.
Le grenier de ma maison fait office d’annexe à la bibliothèque de ma fille et de mon gendre. Ils y entreposent diverses revues ou magazines qui me permettent de garder un contact permanent avec le monde de l’art. Je dois avouer que je n’éprouve aucune émotion devant les œuvres de Mark Rothko, Jackson Pollock ou celles des artistes contemporains.
Ah, les Nymphéas de Monet et les Tahitiennes de Gauguin !
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Lundi 23 mars
Nous portons tous en nous notre Cythère
Jeannot, dit « le Navigateur », l’un de nos amis les plus fidèles, qui a tutoyé presque toutes les mers en voilier, avec Danièle, son épouse, me raconte avec un plaisir partagé ses cabotages en mer de Chine ou en Bretagne. Je lui ai confié mes rêves, nourris autrefois des effluves de plomb fondu de ma linotype, de finir mes jours dans un paradis lointain, aux Marquises, comme Paul Gauguin et Jacques Brel.
Il a éclaté de rire :
— Les Marquises, dis-tu ? cesse de gamberger ! Ces îles sont des mouroirs. Toi, avec comme seules lectures le Journal des îles ou les évangiles du curé, tu mourrais d’ennui, même en courtisant les vahinés et en observant les chevaux sauvages.
Jeannot a raison. Pourtant, cet exotisme de pacotille m’a inspiré plusieurs romans et m’a permis de donner corps à mes chimères aventureuses.
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Mardi 24 mars
La nature selon Julien Gracq et Jean Giono
Un vieux projet est revenu me titiller, d’une étude sur ces écrivains figurant au sommet de mon panthéon personnel et avec lesquels je me trouve des affinités. J’ai passé des mois à lire quelques-uns de leurs livres avant d’attaquer ce projet. Après quelques prospections assidues, j’ai constaté que cette ambition dépassait mes compétences et que j’avais à m’occuper d’autres moutons qui bêlaient d’impatience dans l’étable.
Ce sont surtout les sentiments que ces deux écrivains partagent pour la nature qui m’avaient suggéré ce projet. À la vérité, ni leur sensibilité ni leur style ne justifient ce rapprochement. Gracq décrit un paysage avec un esprit de jardinier ; évoque-t-il une rangée de peupliers, on s’attend à ce qu’il en mesure la hauteur et en fasse le compte, comme dans ses Carnets de grand chemin. Giono, porté par son lyrisme, aurait découvert dans ces arbres les bruissements du vent, de la pluie et le chant des oiseaux. Gracq aurait-il écrit cette simple et belle phrase : « Le vent de la nuit a passé sur les collines de lavande » ?
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Mercredi 25 mars
Une soirée avec les esprits
Notre demeure, datant de plus d’un siècle, semble souffrir d’arthritisme convulsionnaire. Sensible, semble-t-il, aux changements de température ou à de simples courants d’air, elle émet chaque nuit ou presque des bruits étranges : coups sourds dans les murs, grincements, craquements… Renée était convaincue que, cette « vieille baraque » ayant été la résidence de générations bourgeoises, celles-ci nous adressent leur salut de l’au-delà, ce que mon esprit peu porté à ces extravagances attribue aux caprices du chauffage central ou aux évolutions nocturnes de Misère.
Un soir d’été, dans la demeure corrézienne de l’écrivain Claude Duneton, avec quelques amis, j’ai assisté à une séance étrange. Alors que les adeptes faisaient valser les petits meubles ou soulevaient à mains nues la lourde table, j’ai écrit le mot « Paris » sur une feuille que j’ai placée sur une étagère en demandant au guéridon de traduire ce mot. Je n’ai obtenu que ces trois lettres : « Par », ce qui, à défaut de me convaincre, m’a troublé.
Nous avons ensuite, ma fille et moi, tenté de faire s’exprimer un guéridon tripode. Réaction immédiate : il nous a dirigés vers la porte et, à notre question « Où nous mènes-tu ? », a répondu invariablement : « Là-bas ». C’était la direction du cimetière du village.
Cette nuit-là, après une journée étouffante, un orage s’est déchaîné, le vent soulevant les rideaux et faisant claquer portes et volets. Mon esprit, l’ai-je assez dit, est bétonné de scepticisme envers les sciences parallèles, ces attrape-nigauds, mais j’avais l’impression de baigner dans un mauvais rêve. Il est vrai que le vin et la gnôle de Duneton y étaient peut-être pour quelque chose…
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Jeudi 26 mars
Mes chères petites paperolles
Je vis dans un monde de « paperolles », ces petits fragments de papier sur lesquels je note des idées. Mon bureau en déborde et, quand une bourrasque y pénètre, le parquet ressemble à un parterre envahi de feuilles mortes, ce qui m’oblige à opérer un ratissage et une reconstitution harassants.
C’est de François Nourissier, dans une fête du livre, que je tiens ce joli mot donnant l’image d’un papillon. Selon ma fille, il s’agit à l’origine de bandelettes de papier portant parfois des inscriptions dévotes, enroulées sur elles-mêmes de façon décorative et incluses dans des reliquaires. Le terme « paperolles » ne figure pas dans mes vieux dictionnaires, mais il a été popularisé par les exégètes de Marcel Proust qui a largement usé de ces petits papiers dans son travail d’écriture.
Ces pense-bêtes me sont d’autant plus précieux que ma mémoire est parfois défaillante, et que pour m’y retrouver je les colle sur des feuilles « volantes », classées par rubriques.
Les pense-bêtes sont les porte-clés de la mémoire (Pierre Dac).
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Vendredi 27 mars
Marie Rouanet, grande prêtresse de l’Occitanie
Revenu à ma mémoire, le nom de Marie Rouanet m’a rappelé les rapports rares mais fervents entre les défenseurs de la civilisation occitane que nous étions. Nous prenions plaisir à nous entretenir, malgré certaines différences régionales, dans cette langue en voie de perdition, comme on brandissait jadis des étendards sur les chemins des croisades.
Ah, les croisades ! Le rappel de ces événements historiques a nourri, entre Marie et moi, une connivence que nul incident n’a jamais altérée. Marie se montrait intarissable sur les massacres de Béziers, sa ville natale, par les croisés de Simon de Montfort, et sur le siège de Montségur, où nous nous sommes juré de nous retrouver un jour. Je découvrais en cette grande et belle femme à l’ample chevelure brune, aux traits d’une rigueur occitane, au regard interrogateur, l’image d’une dame cathare : la légendaire Louve de Pénautier, citée dans les chroniques de l’époque. J’avoue qu’il y eut, du moins pour moi, l’affleurement d’une aventure plus intime, mais la distance entre nos vies s’opposait à la conclusion souhaitée.
Au cours d’une fête du livre, j’ai dédicacé et offert à Marie les trois volumes de la Passion cathare (éditions Robert Laffont). Elle m’a remercié en ôtant de son poignet une petite croix d’argent, insigne des comtes de Toulouse au temps des cathares.
Sans quitter sa terre occitane, Marie Rouanet a acquis une honorable notoriété grâce à ses ouvrages à caractère régional, publiés à Paris. Parolière, chanteuse et s’accompagnant à la guitare, elle nous a séduits par un récital de chansons occitanes au centre culturel de Brive. Elle a écrit le texte d’un somptueux album illustré par Christophe Lefébure, La France des lavoirs (éditions Privat), consacré à ces modestes édicules relégués au rayon des nostalgies.
La lecture de cet ouvrage m’a rappelé le temps de notre lavoir municipal, raide structure métallique, sacrifiée à la machine à laver. Jadis, la mère de Renée, lavandière des familles bourgeoises, y venait une fois par semaine, poussant un charretou débordant de linge sale. Je la suivais parfois et, les pieds dans une eau couleur d’océan en temps d’orage, j’écoutais les conciliabules des lavandières, répliques des clubs féminins de la Révolution. Plus avancé en âge, devenu journaliste, j’aurais pu y puiser de quoi nourrir une rubrique prise sur le vif… et inédite.
Dans la sereine solitude d’un patrimoine urbain et rural, qui reste
à découvrir et à sauvegarder, l’eau chuchote toujours (Marie
Rouanet).
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Dimanche 29 mars
Confinement dans les « sables mouvants »
En flânant dans la rue, je n’éprouve habituellement aucune inquiétude, conscient qu’il y a toujours un mur ou un banc propre à m’éviter une chute. Un matin, à la clinique, j’ai soudain perçu des ombres voletant autour de mon lit comme des pipistrelles. Quelques heures plus tard, j’ai émergé du brouillard avec un pacemaker greffé sous la peau et un pronostic rassurant du cardiologue : je devrais avant tout « prendre mon mal en patience ».
Durant ma convalescence, j’ai repris le Journal d’André Gide (éditions Gallimard, 1939). Cet écrivain ne figure pas parmi mes favoris, mais j’ai gardé l’empreinte des Nourritures terrestres. J’ai lu les dernières pages du Journal retraçant sa lente agonie avec l’intention un peu morbide d’y déceler des identités avec mon propre état. J’ai mis trois jours pleins à relire cette sorte de testament, parfois avec plaisir grâce à son style alerte, à ses révélations intimes, mais déçu par ses convictions philosophiques et religieuses confuses, mêlées de citations latines et anglaises non traduites ! En revanche, quand il évoque sa condition de grand malade, il semble évoluer sur des sables mouvants.
Il s’ajoute à la splendeur du temps un sentiment constant de la
mort très proche, qui me fait me redire sans cesse que ces beaux
jours sont pour moi les derniers. J’écris ceci sans amertume...
(Gide).
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