La jument verte

Marcel Aymé · Chapitre 14 sur 17

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La jument verte

Chapitre XIV

 

À midi et demi, l’Anaïs et sa fille débarrassaient déjà la table. Tintin regardait avec envie son père et son frère, nus jusqu’à la ceinture, qui se faisaient la barbe de chaque côté de la fenêtre. Dans un coin de la cuisine, l’Anaïs avait étendu deux chemises propres sur le lit. Zèphe posa son blaireau sur le rebord de la croisée et dit en regardant sa fille :

« On aurait bien besoin d’acheter un cheval. »

Marguerite, à mi-voix, entretenait sa mère de la salle à manger des Haudouin. Zèphe insista :

« Si j’avais de l’argent de libre, sûrement que j’achèterais un cheval. »

Marguerite feignit de croire que le propos ne la concernait pas. Zèphe précisa sa pensée en l’associant à une proposition déjà débattue en famille :

 

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« C’est comme la place de facteur, il faudra lui dire ce qui est. Déodat est en âge de prendre sa retraite et Noël ferait le service aussi bien qu’un autre.

– Mais puisque je vous ai promis d’en parler, dit Marguerite avec un peu d’impatience.

– Il ne suffit pas d’en parler, il faut décider la chose. C’est comme pour le cheval...

– Vous ne pensez tout de même pas qu’il va vous acheter un cheval ? »

Le père, choqué par le tour trop précis qu’elle donnait à cette suggestion, ne répondit pas et repassa son rasoir sur le plat de sa main. L’idée que sa fille allait disposer tout un après-midi du député lui donnait la fièvre. Il reprit après un silence de décence :

« Il y a des choses qu’il faut que tu comprennes quand même. Depuis que tu es là, on a des frais, c’est forcé.

– Je vous paie largement...

– Il n’est pas question de payer. Mais on a des frais. Le travail va moins fort, les habitudes sont

 

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changées, on est obligé de manger autrement : tout coûte. Il faut regarder aussi qu’on t’a élevée... Sans que ça paraisse, les choses vont vite. Moi, je te parle d’un cheval comme je te parlerais d’une vache ou de n’importe quoi, mais un cheval, tu en profiterais aussi bien que nous... »

Il promena le rasoir sur sa joue gauche. Noël, de l’autre côté de la fenêtre, en était à la joue droite. L’Anaïs regardait sa fille avec mélancolie. Elle aurait voulu défendre contre la rapacité du père des amours qu’elle imaginait tendres et magnifiques, mais le seul bruit des rasoirs courant sur la peau des mâles l’emplissait de crainte. Avant de passer à la joue droite, Zèphe dit encore :

« Pour un bureau de tabac, informe-toi quand même. Après tout, je le mérite autant que bien d’autres. J’ai trois enfants et je peux encore en avoir. J’ai perdu mon père moi, et un garçon presque tout élevé. Enfin, il faut savoir expliquer. Si on ne demande rien, on n’a rien. Et puis, il y a peut-être autre chose qu’un bureau de tabac, c’est

 

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justement à toi de te renseigner. »

La mère avança d’un pas vers la fenêtre, et s’entremit d’une voix timide :

« Au lieu de tant lui demander tout de suite, tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux d’attendre qu’ils soient mariés... »

Noël, le rasoir en l’air, se tourna vers sa sœur en ricanant :

« Mariés ? L’année qu’on moissonnera à la Chandeleur ! »

Zèphe le regarda en fronçant les sourcils. Aussi bien que Noël, il savait à quoi s’en tenir sur l’intérêt que Valtier portait à Marguerite, mais il ne voulait pas l’entendre dire. D’ailleurs, il imposait en toutes circonstances cette même discrétion, sachant d’expérience que les situations les plus douteuses ne gênent pas pourvu qu’on en parle avec précaution. Zèphe connaissait le prix de la politesse et pouvait, toute sa vie, feindre d’ignorer que son voisin eût commis un crime. Chez lui, on parlait toujours de Valtier comme s’il était le fiancé de Marguerite. La formule,

 

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d’un usage commode, ne trompait que l’Anaïs ; encore la mère ne croyait-elle pas qu’il s’agît de fiançailles, mais d’une liaison sentimentale, avantageuse pour sa fille, et que les différences sociales empêchaient seules d’être officiellement consacrée.

Les deux hommes passèrent leurs chemises propres et, en attendant l’arrivée de Juliette, s’assirent de chaque côté de la fenêtre, gênés de se sentir aussi propres un jour de semaine.

« On croirait qu’ils sont chez le photographe », fit observer Marguerite.

L’Anaïs, qui n’avait jamais été photographiée, et qui rêvait depuis la veille de l’album des Haudouin, se le fit décrire encore une fois.

« Est-ce qu’Alexis est dedans ? demanda Tintin.

– Bien sûr qu’il y est, répondit sa sœur, ils y sont tous, même les vieux qui sont morts.

– Je voudrais bien le voir, leur album », dit l’Anaïs.

Zèphe n’était pas moins curieux que l’Anaïs, il

 

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interrogeait sa fille, essayait d’imaginer les groupes d’après ses souvenirs, commentait.

« Jules, c’était un malin et un dur. Son garçon Honoré ne lui ressemble guère.

– Honoré, je l’ai vu plusieurs fois dans l’album. Il y a une photographie où il est en franc-tireur. »

Zèphe se leva pour faire passer un souvenir gênant.

« Vous n’avez pas été franc-tireur, vous, lui dit Tintin avec une nuance de regret.

– Moi, franc-tireur ? ricana Maloret, ma foi non. Des crapules qui passaient leur temps à marauder et à se soûler, voilà ce que c’étaient, les francs-tireurs. Tellement qu’ils en ont fait, le monde aimait mieux voir arriver les Prussiens. À Chassenay, il paraît qu’ils ont passé trois jours à mener la vie dans l’église avec des garces de Saint-Margelon. Et orgueilleux de la chose d’avoir un fusil, donc ! Honoré se trouvait à son affaire de courir la plaine avec des bandits comme ceux-là. S’il n’a pas été fusillé, il l’a bien

 

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mérité cent fois...

– Tout de même, protesta l’Anaïs, Honoré n’est pas le mauvais garçon.

– Je dis qu’il l’a mérité ! et il a mérité pire, et qui lui pend au nez, et qui lui arrivera... »

Zèphe eut un rire silencieux et ajouta en baissant la voix :

« Mais oui que ça lui arrivera... on va peut-être pouvoir en causer avec sa Juliette, dites ? »

Il rit encore de son petit rire dangereux. Marguerite en eut les joues chaudes, elle rit à son tour, et regardant le père :

« Vous dites, mais c’est pour dire. Vous ne serez pas si fier tout à l’heure... »

Noël se leva et fit un pas vers son père ; on croyait qu’il allait parler, il reprit sa place et demeura muet. Il y eut dans la cuisine un moment de silence. Tous les Maloret avaient chaud jusqu’aux oreilles. D’une voix brève, le père ordonna à Tintin :

« Va-t’en, tu n’as rien à faire ici. »

 

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Le gamin voulut gagner du temps, un regard de Zèphe lui fit prendre la porte. La mère sortit presque aussitôt après lui, un panier au bras. Assise sur un coin de la table, Marguerite écouta décroître le bruit de ses pas, puis elle murmura en portant les mains à son corsage :

« Elle est devenue bien belle et jolie fille. Hier matin, dans leur salle à manger, je l’ai tenue contre moi, vous savez, tout contre moi... »

Quittant le chemin des pommiers, l’Anaïs s’engageait sur la route. Juliette Haudouin, qui arrivait à la hauteur de chez Messelon, l’appela, d’une voix qui portait loin. L’Anaïs rougit et pressa le pas. Au deuxième appel, elle tourna la tête, mais sans s’arrêter.

« Je suis que je vais en commission ! cria-t-elle en balançant son panier à bout de bras.

– Marguerite ?

– Elle t’attend chez nous ! »

Dans la cour des Maloret, Juliette vit les persiennes de la cuisine fermées. Elle les ouvrit d’un geste brusque et vit les deux hommes, assis

 

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de chaque côté de la fenêtre, qui lui tournaient le dos. Ils se levèrent en même temps, ennuyés d’être surpris dans cette attitude d’attente.

« Je vois que vous vous êtes faits beaux », dit Juliette en riant.

Elle les regardait avec une affectation de curiosité amusée. Zèphe ne parut pas y prendre garde et proposa d’un air affable :

« Entre donc un moment. Marguerite n’a pas fini de s’habiller. Ne reste pas à l’attendre au soleil. »

Noël approuva son père d’un signe de tête.

« Je n’ai pas peur du soleil, dit Juliette, mais puisque vous vous êtes faits si beaux pour me recevoir, je ne veux pas rester dehors. »

Abandonnant la fenêtre, elle se dirigea vers la porte qu’elle poussa d’un geste nonchalant. Quand elle fut dans la cuisine, les persiennes étaient déjà refermées, et son cœur battit un peu.

« Par ces chaleurs, dit Zèphe, on est obligé de se garder au frais. »

Les deux hommes se tenaient debout près de

 

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la fenêtre, dans l’ombre, elle ne distinguait que les taches claires de leurs chemises.

« Assieds-toi, dit Noël en poussant une chaise devant lui, tu ne vas pas rester debout... »

Juliette refusa, d’un mot aimable. La voix de Noël l’avait surprise par un accent de douceur, accordé au mystère de la pénombre. Elle se sentit troublée par la présence de ces deux hommes aux gestes lents, par cette tranquillité d’eau profonde qui régnait dans la cuisine noire et fraîche. Oubliant son orgueil de plein soleil, elle s’abandonnait à une promesse audacieuse. Noël, dans un lent murmure, parlait de la chaleur qui accablait la plaine. Les chemises claires demeuraient immobiles. Juliette craignit l’heure qui passait, la timidité des deux hommes, elle fut prise de panique à la pensée qu’ils allaient peut-être laisser échapper une proie à demi vaincue. N’osant pas les provoquer par des paroles qui l’eussent sans doute éveillée de sa torpeur heureuse, elle désira pourtant leur faire comprendre son trouble. Après Noël, Zèphe parlait des moissons engrangées, et Juliette

 

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écoutait le bruit de leurs voix alternées qui emplissaient la cuisine d’un ronronnement égal. Silencieuse, elle fit trois pas vers le fond de la pièce où elle distinguait le rabat du drap blanc sur la couverture du lit. Elle fit une halte. Les deux hommes demeuraient à leurs places. Elle glissa trois autres pas, atteignit l’extrémité de la longue table et murmura :

« Il fait bon chez vous. »

Lorsqu’elle fut au pied du lit, les chemises claires bougèrent à l’autre bout de la cuisine. Elles se déplaçaient avec lenteur et faisaient aussi des haltes. Tout en marchant, les deux hommes continuaient de parler, du même débit monotone et doux. Juliette, tassée dans le coin au pied du lit, les voyait s’avancer, chacun d’un côté de la table. Sans impatience, mais complice et heureuse, elle laissait passer entre ses lèvres une plainte légère qui semblait une invite. Pourtant, lorsque les deux hommes furent au bout de la table, elle appela :

« Marguerite ! »

Zèphe eut un ricanement et murmura :

 

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« Oui, oui, appelle Marguerite, appelle. »

Juliette dit encore :

« Marguerite... »

Ils étaient près d’elle. Noël lui prit la tête entre ses deux mains ; elle le repoussa, mais Zèphe lui serra l’épaule si brutalement qu’elle sentit sa chair meurtrie par les ongles. Il lui pressait la poitrine de son autre main et répétait d’une voix sourde :

« Tiens, appelle donc Marguerite... »

Tendre et rageur, Noël la tirait par les cheveux et lui murmurait à l’oreille des mots violents. Elle sentait courir sur son corps des mains dures qui la palpaient, s’attardaient, s’exaspéraient. Zèphe, d’un geste pressé, releva la jupe et la jambe de pantalon ; dans l’ombre, la chair blanche apparut aux deux hommes qui se penchèrent, tête contre tête avec des rires d’angoisse et d’impatience. Sans lâcher les cheveux de Juliette, Noël porta la main entre les jambes du pantalon et tira la jeune fille vers le chevet du lit, tandis que le père la poussait, lui maintenant les bras à la taille et

 

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haletant :

« Tout de même, hein, tout de même...

– Laissez-moi, gémit Juliette. Je ne voulais pas... je vous jure que je ne voulais pas... »

Elle songea à Honoré, à la maison qui l’attendait, une honte brûlante l’envahit. Elle eut un sursaut robuste ; Noël reçut un coup au visage qui le fit hésiter, mais, rageur, il se ressaisit, et d’un seul élan la jeta sur le lit. Juliette, fermant les yeux, la gorge soulevée par un sanglot de honte et de plaisir, attendait la défaite, lorsqu’on entendit frapper à la porte. Les Maloret lâchèrent leur proie, et s’écartèrent du lit, le cœur serré par la peur. Juliette sauta sur ses pieds et cria :

« Entrez ! Entrez ! »

Alors, Déodat poussa la porte et dit :

« Le bonjour vous va, c’est le facteur. »

Et il rit, parce que c’était bien le facteur. Il n’entrait pas par hasard, il était venu chez les Maloret parce que c’était son métier de facteur. Le matin, il était parti pour Valbuisson et il était revenu posément, d’un bon pas de facteur, avec

 

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des lettres plein son sac. Entre chez Dur et chez Corenpot, il avait pissé un coup dans la haie, sans en avoir seulement bien envie, et ces minutes-là s’inscrivaient à un compte précieux (une supposition qu’il soit arrivé trop tôt). Mais lui ne le savait pas, il ne savait rien de rien, ce n’était pas son métier. Les bons facteurs ne savent jamais, ils pissent dans les haies, voilà tout. Après il était entré chez Berthier, chez Rusillon, et il avait pris le chemin des pommiers, comme il devait. Les bons facteurs entrent dans les cuisines, ils disent : « C’est le facteur » et les filles sont délivrées de malice. C’est parce qu’ils font bien leur métier.

Zèphe et son garçon étaient enragés de la peur qu’il leur avait faite, mais lui les regardait tranquillement avec ses yeux de porcelaine.

« Je suis en retard, dit-il, mais le train avait plus de retard que d’habitude. J’ai une lettre pour Marguerite. »

Juliette, tout en ajustant son chignon, regardait sa grosse tête ronde qu’il portait sur ses épaules, comme tout le monde ; dans le moment il la

 

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penchait à gauche pour mieux voir dans son sac, soi-disant pour mieux voir, mais en réalité et tout simplement parce qu’il était bon.

« Déodat, mon ami de vrai, êtes un bien beau facteur !

– Je fais mon métier, dit Déodat tout doucement. Marguerite n’est pas là ? »

Zèphe avançait la main pour prendre la lettre.

« Elle finit de s’habiller, dit Juliette. Je voudrais que vous restiez dans la cour avec moi pour l’attendre. Vous lui donnerez sa lettre.

– À ton idée, petite, et à vous revoir, vous deux. Le bonjour à l’Anaïs. »

Juliette claqua la porte sur les Maloret, puis s’étira dans le soleil.

« Déodat, je vous aime bien.

– Il faut faire attention, petite, murmura le facteur.

– Vous savez, ce n’est pas de ma faute.

– Il faut faire attention, voilà tout. Un jour que tu avais cinq ans – je dis bien, cinq ans – tu

 

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t’étais sauvée, tu pleurais entre les bois sur la route de Valbuisson et moi je t’avais ramenée par la main, en faisant ma tournée. Si elle était encore d’ici, la femme se rappellerait aussi bien que moi. Elle t’avait donné une poire. Du poirier donc qui était au coin de la maison, tu sais bien, les poires Curé. La femme les aimait. »

Marguerite sortit de la maison et embrassa Juliette.

« J’ai une lettre pour toi », dit le facteur.

Après l’avoir lue, Marguerite la glissa dans son corsage, et tous trois descendirent le chemin des pommiers. Quand le facteur les eut quittées, Marguerite dit à Juliette :

« Tu n’as pas eu de chance qu’il arrive juste au moment... tu comptais déjà que ça y était, hein ?

– Tu sais bien que je ne voulais pas, et la preuve en est que vous aviez pris vos précautions.

– On ne veut jamais, et puis on est bien contente de ce qui arrive, quand ce n’est pas de notre faute.

 

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– Parle pour toi, si tu veux, dit Juliette avec colère.

– Mais non, ce serait plutôt pour toi, justement... Moi, je ne suis pas si compliquée. Je sais que tu t’es mis en tête de me faire coucher avec ton père, eh bien, j’y vais, parce que ça me fait plaisir. Sans compter qu’Honoré sera content aussi, et je le comprends... »

Juliette rougit, et Marguerite ajouta, pleine de rancune :

« Avec une femme comme la sienne, l’amour ne doit pas être gai tous les jours.

– Si tu crois que tous les hommes sont comme chez toi, tu te trompes. Mon père se fiche bien de ce que tu me dis...

– D’abord, c’est à voir. Et puis, pourquoi es-tu venue me chercher à une heure, alors ? puisque Valtier ne devait arriver qu’à trois heures.

– Non, pas à trois heures. À une heure. J’ai fait ce que mon oncle Ferdinand m’a dit de faire. »

Marguerite tira de son corsage la lettre que le facteur lui avait donnée.

 

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« Je viens de recevoir un mot de Valtier. Voilà ce qu’il me dit : ‶Ma chère petite fureur. – Ton gros député ne pourra pas être à Claquebue jeudi après-midi à trois heures, comme il était convenu...″ Tu vois ? et il me dit de le rejoindre à Paris où on l’appelle plus tôt qu’il n’avait pensé. Mais il dit bien : trois heures.

– Alors, tu pars demain ? demanda Juliette, gênée.

– Non, pas demain. On ne voyage pas un vendredi. Je partirai samedi matin, et bien contente. Il n’est pas drôle, tu sais, le pays natal. Une jolie fille n’y a pas souvent ce qu’elle mérite, surtout dans le moment de la moisson. Tu ne dois guère t’amuser, toi ? »

Juliette haussa les épaules.

« J’y pense, dit-elle, puisque ton député ne vient pas, ce n’est plus la peine que tu te déranges.

– Maintenant que nous voilà presque arrivées, je ne veux pas m’en retourner sans donner le bonjour à Honoré. »

 

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Comme elles entraient dans la cour de la maison, Haudouin les salua depuis la fenêtre de la salle à manger et Marguerite fit observer à Juliette :

« Je vois que ton père a mis une chemise propre, lui aussi. »

 

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