L’accélération de l’histoire - Des Lumières à l’Anthropocène
8. Quels critères normatifs ?
verrons au chapitre V, que le développement des machines, une fois le capitalisme dépassé, allait rendre possible un rapport complètement différent au temps, qui ne serait plus assujetti à la production et au travail salarié. Srnicek et Williams font une brève allusion à cette question quand ils évoquent le désir, qui serait partagé par tous, de travailler moins. L’argument est qu’il faut accélérer pour pouvoir ensuite ralentir.
La difficulté soulevée par le « Manifeste » de Srnicek et Williams est
l’extrême généralité de leurs propositions, qui, à la différence du modèle dont ils se réclament, celui de Marx et Engels, ne contiennent pas le moindre exemple concret de ce que pourrait être la politique qu’ils appellent de leurs vœux, les formes que prendrait la maîtrise postcapitaliste
des technologies 115. De plus, la référence à Lénine, autre patronage évoqué, et la critique vigoureuse de la démocratie comme processus horizontal voué à l’inefficacité, qui doit être renforcé par « le secret, la verticalité et
l’exclusion », ont de quoi susciter quelques interrogations 116.
8. Quels critères normatifs ?
Tous les auteurs évoqués dans ce chapitre appartiennent à des courants
de pensée très différents, mais ils partagent la conviction qu’il est possible d’utiliser la catégorie d’accélération pour construire une philosophie ou du moins une représentation de l’histoire, dont l’objectif est une critique de la modernité. Au nom de quoi, au juste ? On a rencontré pour l’essentiel cinq types de critères normatifs, dont l’utilisation varie en fonction des auteurs et des contextes. Tout d’abord, l’accélération provoque une perte de tradition, que ce soit par une destruction de la culture, une déstabilisation de la religion ou une rupture avec le passé. Cette critique traditionaliste se conjugue parfois avec un autre critère normatif : l’accélération engendre une perte de contrôle, qui s’est échelonnée en plusieurs étapes. Dans la version eschatologique et millénariste, Dieu, par son pouvoir de raccourcir le temps qui sépare les croyants du Salut, est le maître de l’accélération. Avec les Lumières puis la Révolution française, c’est l’homme et non plus Dieu qui prend les commandes de l’accélération, au sens technologique et politique, c’est à lui qu’il revient d’accélérer les progrès. Le symbole de cette vision de l’accélération maîtrisée est le chemin de fer, décidé, planifié, réalisé. Au cours du e XX siècle, l’accélération échappe progressivement à ses concepteurs, elle devient, à l’image d’un train fou sans conducteur, un mouvement autonome, autoalimenté, un procès sans sujet ni fin : l’accélération s’accélère toute seule. Elle est dès lors découplée de la catégorie de progrès. La perte de contrôle se solde par une perte de sens, de finalité. Ce diagnostic critique se retrouve chez des auteurs de sensibilités politiques opposées comme Halévy (avec l’image du torrent) et Rosa (à travers la spirale de l’accélération). Günther Anders le formule aussi quand il soutient, dans L’Obsolescence de l’homme, que la technique, associée au capitalisme, a remplacé l’homme, la nation ou le prolétariat dans la fonction
de sujet de l’histoire, et a imprimé à celle-ci un 117 tempo « Prestissimo ».
Hans Jonas dénonce de même « la prise de pouvoir de la technologie », « dont l’accélération torrentielle, exponentielle, dont on se rend compte
avec effroi, menace d’échapper à tout contrôle » 118. Sur ces critères de la perte de contrôle et de sens se greffe la variante dialectique de l’effet pervers, selon laquelle l’accélération produit le contraire de ce qu’elle promettait d’apporter, à savoir l’inertie et la fin de l’histoire. Parmi les effets non voulus, il y a également l’accroissement des dangers. Ce critère normatif, utilisé à plein par Henry Adams, repose à l’origine sur l’idée que l’augmentation de la vitesse entraîne des risques inédits, tels que les catastrophes ferroviaires ou les accidents de voiture. Il signifie ensuite, plus généralement, que les découvertes scientifiques et l’usage des technologies qui en découlent, justement parce qu’elles se produisent à un rythme toujours plus rapide, échappent à tout contrôle, alors même qu’elles permettent des inventions de plus en plus destructrices pour les hommes et la nature, comme les armes, les produits chimiques, etc. On reviendra dans les deux derniers chapitres sur ce lien entre accélération et augmentation des dangers qui se retrouve au cœur des débats sur l’Anthropocène, où la « Grande Accélération » est présentée, non sans raison, comme une source de risques et de menaces.
Il ne s’agit pas ici de procéder à une évaluation de ces critères
normatifs, à une critique des critiques de l’accélération. On a déjà fait en partie ce travail à propos de la thèse de la fin de la politique chez Rosa, en soulignant que son approche néglige systématiquement les capacités de résistance des individus et exclut toute possibilité de réhabiliter la
politique 119. La question n’est pas de savoir s’il faut être pour ou contre l’accélération. Tous les critères évoqués ci-dessus peuvent avoir ponctuellement une validité, dès lors qu’on n’en fait pas des règles générales destinées à condamner en bloc la modernité. Il convient de les appliquer au contraire de manière contextuelle, au cas par cas, en fonction de l’époque et du type d’accélération qu’on prend chaque fois en considération. L’idée d’une accélération de l’histoire ou de la société est de même sujette à caution. Telle est la réponse finale de Koselleck à la question « Y a-t-il une accélération de l’histoire ? » : « […] l’accélération existe bien, mais c’est une accélération non pas de l’histoire, mais seulement dans l’histoire, selon le degré d’expérience, que celui-ci soit défini comme initialement politique ou initialement technique ou
économique 120. » La catégorie d’accélération est un outil heuristique utile pour décrire certaines évolutions technologiques et politiques majeures au sein de la modernité, mais elle est vidée de sens si on l’applique à l’histoire en général, si on parle d’accélération de l’histoire. Même l’expression « accélération dans l’histoire » doit être maniée avec des pincettes, puisqu’il y a en fait des accélérations dans l’histoire, dans des histoires. Mieux vaut parler de catégorie historique d’accélération pouvant être appliquée à certains phénomènes observés dans l’histoire, et renoncer à manipuler les collectifs singuliers que sont « l’Accélération » et « l’Histoire », parce que ces grandes notions mélangent des réalités différentes et sont promptes à véhiculer une philosophie de l’histoire teintée de pessimisme et de fatalisme : l’Histoire est pensée selon une loi globale, un principe nécessaire, avec un cours unique qui se déroule dans un temps linéaire et homogène. Cela ne signifie pas que la question de l’accélération
relève d’une « hallucination collective 121 », thèse tout aussi fausse que celle inverse d’une accélération généralisée. Il y a assurément des tendances de fond, dans la modernité, qui vont dans le sens d’une accélération de nombreux processus, donnant lieu à un sentiment d’urgence diffus. Mais, pour les analyser, il faut différencier les types d’accélération en question (politique, technique, sociale, mais aussi économique, etc.), en tenant compte du fait que ces processus sont souvent imbriqués les uns dans les autres. Et dans chaque catégorie, on doit encore distinguer plus finement les objets considérés, les aires géographiques, les populations concernées, etc. À la différence d’une approche globale, une méthode contextuelle permet de révéler des résistances ou des adhésions, des rythmes différents en fonction des domaines étudiés, ce qu’on peut appeler la polychronie des sociétés. L’ironie du mot « polychronie », qui a été forgé par l’anthropologue américain Edward T. Hall, est qu’il désigne désormais un comportement emblématique de l’accélération du rythme de vie, le « multitasking » qui consiste à jongler avec les tâches, à faire plusieurs
choses en même temps 122. Tel qu’il est employé dans ce livre, le terme a un sens diamétralement opposé : il signifie une « multiplicité hétérogène de
temps incommensurables 123 », une pluralité de temporalités non linéaires, enchevêtrées les unes aux autres, qu’il va falloir démêler sans céder à la tentation de trancher le nœud gordien.
1. R. Koselleck, « Y a-t-il une accélération de l’histoire ? », § 1.
2. Heinrich Heine, Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France,
Paris, Michel Levy frères, 1855, p. 327.
3. Ibid., p. 326.
4. Cf. Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois (1854), trad. Louis Fabulet,
Paris, Nrf, 1922, p. 83-84 : « Ce n’est pas nous qui roulons en chemin de fer ; c’est lui qui roule sur nous. […] Pourquoi vivre avec cette hâte et ce gaspillage de vie ? »
5. Comme l’a relevé R. Koselleck, « Y a-t-il une accélération de l’histoire ? », § 36 :
« La hausse d’une production peut, par exemple, rester toujours la même dans les mêmes intervalles de temps. Ce n’est que lorsque la productivité est accrue que la production s’accélère. »
6. Nicolas de Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit
humain, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1988, p. 80.
7. P. Ricœur, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, p. 390.
8. Cf. Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, t. II, La Crise du libéralisme,
1880-1914, Paris, Gallimard, 2007, p. 102 sq.
9. Cf. Georges Vigarello, Histoire de la fatigue, Paris, Éditions du Seuil, 2020, p. 241 sq.
10. Voir Laurent Bihl, « Les “anti-Lumières” de la ville ou le choc de la modernité à
travers les images satiriques de presse autour de 1900 », in Claire Barel-Moisan, Aude Déruelle et José-Louis Diaz (dir.), e Le XIX siècle au futur. Penser, représenter, rêver
l’avenir au e XIX siècle, 2018, accessible en ligne : <https://serd.hypotheses.org/le-xixe-
siecle-au-futur>.
11. Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, Paris, Gallimard, coll. « Folio
classique », 2009, p. 95.
12. Ibid., p. 335.
13. Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, t. I § 282, trad. Robert Rovini revue par
Marc B. de Launay, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1988, p. 214.
14. Ibid., t. II, § 278, p. 295.
15. Ibid., t. I, § 283 : « Le grand défaut des hommes d’action », et § 286 : « En quoi
l’homme d’action est paresseux », p. 214-216.
16. Friedrich Nietzsche, Fragment posthume, 1887 10 [18], cité et commenté par Barbara
Stiegler, in Nietzsche et la vie, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2021, p. 21 sq.
17. F. Nietzsche, Humain, trop humain, t. I, § 285, p. 215.
18. Id., Le Gai Savoir, § 329, trad. Pierre Klossowski, Paris, 10/18, 1990, p. 312.
19. La maison d’édition américaine Modern Library le place en tête de sa liste des
100 e meilleurs essais anglo-saxons du XX siècle :
<https://www.modernlibrary.com/top-100/100-best-nonfiction/>.
20. Pierre-Yves Pétillon, « Présentation », in Henry Adams, L’Éducation de Henry
Adams, trad. Régis Michaud et Franck L. Schoell, Paris, Imprimerie nationale, 2007,
p. 44 sq.
21. H. Adams, ibid., p. 63.
22. Ibid., p. 297.
23. Ibid., p. 296.
24. Ibid., p. 290.
25. Ibid., p. 298.
26. Ibid., p. 295.
27. Ibid., p. 294.
28. Ibid., p. 287.
29. Ibid., p. 294-295.
30. Ibid., p. 296.
31. Ibid., p. 295.
32. Ibid., p. 297.
33. R. Koselleck, Le Futur passé, p. 280.
34. H. Adams, L’Éducation de Henry Adams, p. 289-290.
35. Voir à ce propos cette réflexion d’Adams dans sa Letter to American Teachers of
History, Washington DC, J. H. Furst, 1910, p. 30-31 : « L’accélération du mouvement semble rapide, mais l’inertie, ou la résistance à la déviation, peut augmenter avec la vitesse, de sorte que la société peut passer d’un stade à l’autre de la vitesse, comme une comète, sans dévier dans sa pensée. Si l’on veut une image plus simple, la société est comparable à une île entourée d’un océan dont le niveau monte et inonde en silence ses digues protectrices. L’une après l’autre, les digues ont été abandonnées, et la société a grimpé sur des hauteurs plus élevées censées être hors de danger. » L’image est devenue particulièrement parlante cent ans après, à l’époque du réchauffement climatique.
36. H. Adams, L’Éducation de Henry Adams, p. 298.
37. Cf. D. Halévy, Essai sur l’accélération de l’histoire, Paris, Fayard, 1961 (j’utilise la
seconde édition, et non la première, qui date de 1948). Dans son enquête, Koselleck fait une trop brève allusion à cet essai, qu’il juge stimulant pour l’histoire culturelle, mais insuffisant pour la théorie du temps (« Raccourcissement du temps et accélération », p. 28, note 1).
38. Sébastien Laurent, Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset,
2001.
39. Cf. Daniel Halévy, La République des ducs, Paris, Grasset, 1937, et Pour l’étude de la
Troisième République, Paris, Grasset, 1937.
40. Cf. Id., Trois épreuves : 1814 – 1871 – 1940, Paris, Plon, 1941.
41. Pierre Savy rappelle que l’essai a été écrit en réponse à la question de son petit-fils
Jean-Pierre Halévy : « Avez-vous une vision globale de l’histoire de l’humanité, pourriez-vous en esquisser les grandes lignes ? » (P. Savy, « L’Essai sur l’accélération de l’histoire, de Daniel Halévy (1948) », p. 77).
42. D. Halévy, Essai sur l’accélération de l’histoire, p. 25. Halévy reprend le « mythe des
empires immobiles ». Cf. J.-N. Jeanneney, L’Histoire va-t-elle plus vite ?, p. 28 sq.
43. D. Halévy, ibid., p. 36.
44. Ibid., p. 99.
45. Cité par Daniel Halévy, ibid., p. 17.
46. Ibid., p. 28.
47. Ibid., p. 18.
48. Ibid, p. 112 : les chars donnèrent une « allure nouvelle » aux migrations ; « toute
l’histoire en fut remuée, mais d’un mouvement si lent encore qu’à peine en fait-on la remarque ».
49. Ibid., p. 71.
50. Ibid., p. 55 et 57.
51. Ibid., p. 114.
52. Le bilan est estimé aujourd’hui à 60 millions de morts civiles et militaires. Dans
l’Essai…, on ne trouve aucune mention de la Shoah. On passe directement de l’échec des accords de Munich au « lendemain d’Hiroshima ». Halévy explique ainsi cette ellipse : « Aucune des muses qui avaient patronné les chapitres d’Hérodote ne laisserait écrire son nom sur le récit des faits qui survinrent ensuite [après le déclenchement de la guerre]. Nous ne les honorerons d’aucun commentaire. Si Clio doit descendre aux Enfers, elle s’y taira » (ibid., p. 124).
53. Cf. J.-N. Jeanneney, L’Histoire va-t-elle plus vite ?, p. 33-34.
54. D. Halévy, Essai sur l’accélération de l’histoire, p. 60 : « Ce fait est unique dans
l’histoire des Églises. Leur loi commune, c’est la stabilité. »
55. Ibid., p. 98. Halévy cite librement le texte de Hegel qui se trouve dans La Philosophie
de l’histoire, p. 561-562.
56. Ibid., p. 99.
57. Ibid, p. 103.
58. Ibid.
59. Ibid., p. 72.
60. Ibid., p. 127.
61. Ibid.
62. Ibid., p. 124.
63. P. Nora, « Entre mémoire et histoire », p. XVII.
64. D. Halévy, Essai sur l’accélération de l’histoire, p. 126.
65. P. Nora, « Entre mémoire et histoire », p. XXIV sq.
66. Ibid., p. XVII.
67. Ibid., p. XIX.
68. Hermann Lübbe, « The Contraction of the Present », in Hartmut Rosa et William
Scheuerman (dir.), High-Speed Society : Social Acceleration, Power and Modernity, University Park, Pennsylvania State University Press, 2009, p. 161.
69. P. Nora, « Entre mémoire et histoire », p. XVIII. D’un côté, Nora semble idéaliser les
sociétés traditionnelles, en parlant à leur propos de « mémoire vraie ». De l’autre, il corrige aussitôt cette impression en requalifiant leur mémoire de « dictatoriale et inconsciente d’elle-même, organisatrice et toute-puissante, spontanément actualisatrice, une mémoire sans passé qui reconduit éternellement l’héritage, renvoyant l’autrefois des ancêtres au temps indifférencié des héros, des origines et du mythe » (ibid.).
70. Ibid., p. XIX.
71. Ibid.
72. Ibid., p. XVIII.
73. Pierre Nora, « L’Histoire de France de Lavisse », in Pierre Nora (dir.), Les Lieux de
mémoire, t. II, La Nation, Paris, Gallimard, 1986, vol. 1, p. 317-375.
74. Id., « Entre mémoire et histoire », p. XXVI.
75. Id., « L’histoire au second degré. Réponse à Paul Ricœur », in Présent, nation,
mémoire, Paris, Gallimard, 2011, p. 411-412.
76. Id., « L’ère de la commémoration », in P. Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, t. III, Les
France, Paris, Gallimard, 1992, vol. 3, p. 1012.
77. Id., « Difficile enseignement de l’histoire », p. 5.
78. Hartmut Rosa est titulaire d’une chaire de « sociologie théorique et générale » à
l’université d’Iéna.
79. H. Rosa, Accélération, p. 94 et 98.
80. Sur les significations et l’histoire du concept de « rythme », voir les travaux de Pascal
Michon ; cf. <https://rhuthmos.eu/>.
81. J’emprunte cette expression à Günther Anders, Die Antiquiertheit des Menschen, vol.
2, Über die Zerstörung des Lebens im Zeitalter der dritten industriellen Revolution, Munich, C. H. Beck, 1980, p. 300-301.
82. H. Rosa, Accélération, p. 98.
83. Ibid., p. 101. Rosa reproche à Koselleck de s’être limité à l’accélération technique
(p. 464, note 20), mais on peut reprocher à Rosa d’avoir minimisé le rôle de l’accélération politique, pourtant bien mis en évidence par Koselleck.
84. Ibid., p. 164 sq.
85. Ibid., p. 368.
86. Ce point a été développé par Tristan Garcia, La Vie intense. Une obsession moderne,
Paris, Autrement, 2016.
87. H. Rosa, Accélération, p. 187-188.
88. Ibid., p. 116 et 187.
89. Ibid., p. 106-116.
90. Ibid., p. 117.
91. H. Rosa, Aliénation et accélération, p. 84-86.
92 e e . Voir aussi Laurent Vidal, Les Hommes lents. Résister à la modernité, XV-XX siècle,
Paris, Flammarion, 2020, p. 151-171, qui évoque les ralentissements volontaires de cadences, les grèves, les sabotages au e XIX siècle, etc. Mais comme je tenterai de le
montrer au e chapitre V , la résistance à l’accélération qui émerge à partir du XIX siècle n’est pas tant une revendication de lenteur que la recherche d’une liberté dans l’usage social du temps, une utopie du temps libre.
93. Comme l’a noté Bruno Godefroy, La Fin du sens de l’histoire, Paris, Classiques
Garnier, 2021, p. 176-180.
94. H. Rosa, Accélération, p. 317.
95. Ibid., p. 326. Notons que cette question du retard n’est pas nouvelle, elle était déjà au
cœur du débat entre Walter Lippmann et John Dewey dans la première moitié du XXe siècle. Ils partaient l’un et l’autre du constat de l’accélération brutale de la société issue de la révolution industrielle, mais alors que Lippmann pensait que le but de la politique était d’adapter l’espèce humaine à son nouvel environnement, Dewey considérait que la démocratie devait diriger et contrôler l’accélération pour l’adapter aux individus. Voir sur ce débat Barbara Stiegler, « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, 2019.
96. H. Rosa, Accélération, p. 372.
97. L’incident du train CSX 8888 survenu le 15 mai 2001 dans l’Ohio.
98. Hartmut Rosa, Résonance. Une sociologie de la relation au monde, trad. Sacha
Zilberfarb, avec la collaboration de Sarah Raquillet, Paris, La Découverte, 2018.
99. Ibid., p. 219.
100. Ibid., p. 520.
101. Un émotionnel naturalisé, dans la mesure où Rosa entend ancrer la notion de
résonance dans les travaux des neurosciences. Voir la recension de Résonance par
Édouard Gardella, « L’écho des savants », en ligne : <https://laviedesidees.fr/Hartmut-
Rosa-resonance-sociologie-relation-monde.html>.
102. H. Rosa, Résonance, p. 254.
103. Id., Rendre le monde indisponible, trad. Olivier Mannoni, Paris, La Découverte, 2020,
p. 137-138.
104. Voir Albert O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, trad. Pierre
Andler, Paris, Fayard, 1991. Hirschman distingue trois figures typiques de la rhétorique réactionnaire : l’inanité, l’effet pervers et la mise en péril.
105. H. Rosa, Rendre le monde indisponible, p. 111.
106. Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Éditions du Seuil, 1997, p. 278. Il
est piquant que Rosa ait cru bon de terminer la conclusion d’Accélération, intitulée « Une immobilité fulgurante ? La fin de l’histoire », par une référence à la sociologie de Bourdieu (p. 373-374).
107. Sur ce point, cf. mon étude, « Vitesse, accélération, urgence. Quelques remarques à
propos de la chronopolitique », o Sens-Dessous , n 19, 2017, p. 83-84.
108. H. Rosa, Accélération, p. 26. Rosa se réfère à Paul Virilio, Vitesse et politique, Paris,
Galilée, 1977.
109. Cf. Robert Hassan. Empires of Speed : Time and the Acceleration of Politics and
Society, Leyde, E. J. Brill, 2009, p. 150 sq.
110 o . Cf. Gaël Giraud, « La vitesse, nouveau fléau financier ? », Projet , 2013/5-6, n 336-
337, p. 172-181.
111. Ibid., p. 173.
112. Cf. Hartmut Rosa, « Le miracle et le monstre – un regard sociologique sur le
Coronavirus », AOC, 08.04.20, accessible en ligne :
<https://aoc.media/analyse/2020/04/07/le-miracle-et-le-monstre-un-regard-
sociologique-sur-le-coronavirus/>. Voir à ce sujet notre post-scriptum.
113. <http://criticallegalthinking.com/2013/05/14/accelerate-manifesto-for-an-
accelerationist-politics/>.
114. Nick Srnicek et Alex Williams, « # Accelerate. Manifeste pour une politique
accélérationniste », trad. Yves Citton, in Laurent de Sutter (dir.), Accélération !, Paris, PUF, 2016, p. 35 et 44.
115. Ils ont précisé certaines de leurs idées dans un livre paru peu après le « Manifeste »,
où ils soutiennent que l’automatisation, ainsi qu’un revenu de base universel, devraient permettre de diminuer considérablement la durée légale du travail salarié. Cf. Nick Srnicek et Alex Williams, Inventing the Future. Postcapitalism and a World without Work, Londres/New York, Verso, 2015. Le livre est paru en français sous le titre Accélérer le futur – Post-travail & post-capitalisme, trad. Laurent Bury, Saint-Etienne, Cité du design/Forcalqueiret, it : éditions, 2017.
116. Voir la recension de Sophie Wahnich, « L’accélérationnisme, manifeste pour un
nouveau travail politique exigeant », o Écrire l’histoire , n 16, 2016, p. 210-214.
117. G. Anders, Die Antiquiertheit des Menschen, vol. 2, p. 301.
118. Hans Jonas, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation
technologique (1979), trad. Jean Greisch, Paris, Flammarion, coll. « Champs-Flammarion », 1998, p. 245-246.
119. Cf. Pascal Michon, « Une rythmologie politique », in J. Birnbaum (dir.), Où est passé
le temps ?, p. 138-140. Voir aussi Antoine Chollet, qui parle de « dépolitisation du temps » (« L’accélération au fondement de la “modernité” ? », EspacesTemps.net, mis
en ligne le 20.06.2011 : <https://www.espacestemps.net/articles/acceleration-au-
fondement-de-la-modernite/>).
120. R. Koselleck, « Y a-t-il une accélération de l’histoire ? », § 48.
121. Comme le soutient Clément Rosset (voir notre introduction, note 36).
122. Cf. Edward T. Hall, La Danse de la vie. Temps culturel, temps vécu, trad. Anne-Lise
Hacker, Paris, Éditions du Seuil, 1984, et J. Wajcman, Pressed for Time, p. 78 sq.
123. Je reprends ici la définition de la « polychronie » par Bernadette Bensaude-Vincent
(« o Slow versus fast : un faux débat », Natures Sciences Sociétés , n 22, 2014, p. 260), concept qu’elle a développé dans son dernier livre, Temps-Paysage. Pour une écologie des crises, Paris, Le Pommier, 2021. D’autres travaux ont attiré l’attention sur la fécondité heuristique de la notion de temporalités multiples. Cf. notamment le forum « Multiple Temporalities », o History and Theory , n 53, 2014, p. 498-591, et le dossier de la revue o Traverse , Zeitschrift für Geschichte/Revue d’histoire , n 23, 2016, cahier 3, « Zeiterfahrungen : Beschleunigung und plurale Temporalitäten/Expériences du temps : accélération et temporalités plurielles ».
OceanofPDF.com