L'appel du bout du monde

Duquesne Justine · Chapitre 10 sur 13 · partie 5/5

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L'appel du bout du monde

Chapitre 9

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

Le lendemain, Sonja m’a concocté une surprise : elle et sa mère m’emmènent dans les vignobles de Virginie pour une dégustation de vins. J’y rencontre Yin, une Américaine d’origine chinoise installée ici. Je lui raconte mon histoire et lui dis qu’il est l’important que je sois de retour à l’heure en ville ce soir (il y a plus d’une heure et demie de route) car JR m’a concocté une surprise, quatre jours après notre rencontre. Heureusement, je reviens à l’heure. Juste le temps d’enfiler une petite robe noire et me voilà dans un restaurant gastronomique vegan. Service en sept plats, très classe. Je n’ai pas l’habitude ! Je me concentre et suis les mouvements de JR pour ne pas me tromper dans le choix des couverts. La soirée continue en beauté : il m’emmène voir une comédie musicale hilarante : Bettlejuice. Je me sens sur un petit nuage et, en me couchant, je me remémore ces quinze derniers mois de célibat. Malgré la souffrance de me retrouver seule, j’avais décidé de ne pas avoir de relation amoureuse « pansement », mais au contraire de passer du temps en tête à tête avec moi-même pour apprendre à me connaître, me découvrir, puisque j’étais seule pour la première fois de ma vie adulte. Je suis vraiment heureuse et fière d’avoir eu le courage de rester seule. Me lancer dans cette histoire d’amour avec JR est maintenant un vrai choix, un cri du cœur.

JR et moi sommes très différents et affirmer sa différence dans un couple est stimulant. Je pense que l’on se tire l’un et l’autre vers le haut et que l’on s’incite mutuellement à devenir de meilleures personnes. Avant même de le rencontrer, j’avais prévu d’éviter la Caroline du Nord et du Sud pour aller directement en Floride, sur les conseils d’amis cyclo-voyageurs qui me prédisaient de longues heures de route monotones dans ces contrées… J’étais donc à la recherche d’un covoiturage vers la chaleur du Sud quand j’ai rencontré JR. En effet, le froid est vraiment présent maintenant et je ne suis pas équipée pour ces températures. Voilà qui tombe bien puisqu’il doit lui aussi aller en Floride, d’où il est originaire. En effet, avant de retourner à La Barbade, il doit d’abord aller à Miami où est sa base militaire pour effectuer les formalités administratives : il est réserviste et doit remplir les documents de début de mission. Il a prévu de descendre à Miami en voiture avant de prendre l’avion vers les Caraïbes. C’est donc avec JR que je me rends, mon vélo dans le coffre, vers l’un des États les plus ensoleillés des États-Unis. JR gardera d’ailleurs le surnom Rideshare (covoiturage) pendant un moment.

En chemin, nous nous arrêtons pour visiter Charleston, en Caroline du Sud. Cette ville a été la capitale de l’esclavage. On la sent à la fois attachée et embarrassée par son passé sombre : enrichissement par l’esclavage, engagement dans la cause confédérée pendant la guerre de Sécession… Les plantations de coton, de tabac et de sucre ont fait du tout jeune pays qu’étaient les États-Unis une puissance économique mondiale. J’aimerais visiter l’une de ces plantations pour mieux comprendre ce pan tragique de l’histoire américaine. Mais JR, dont le père est noir américain, ne peut supporter le fait de visiter l’un de ces lieux où ses ancêtres ont tant souffert, ce que je comprends. Nous nous arrêtons ensuite à Orlando pour profiter de Disneyland. Comme son père travaille pour la compagnie, il nous obtient des places gratuites. Nous allons aussi dans un autre parc d’attractions, Bush Gardens, où il faut avoir le cœur bien accroché pour oser affronter les énormes grands huit. Je vis ces premiers moments ensemble comme un rêve éveillé…

À Miami, nous avons gagné dix degrés depuis Washington. JR me fait découvrir la ville qu’il connaît bien puisqu’il y était à l’université. Nous passons une semaine ensemble à admirer tous les soirs des couchers de soleil comme je n’en avais encore jamais vu, des couleurs incroyables allant du jaune à l’orange en passant par le rose. Je découvre aussi le côté bling-bling de Miami en y fêtant Halloween. Car Miami correspond bien à l’idée que l’on s’en fait. Le physique comme le look y tiennent une place primordiale. Contrairement à l’idée que les Français se font d’Halloween, les trois quarts des Américains ne se déguisent pas en zombies ou en sorcières : le but n’est pas de faire peur mais bien d’être sexy avec un concours d’imagination impressionnant pour le costume le plus atypique. Nous faisons assez classique en nous déguisant en Minnie et Mickey Mouse. L’année prochaine, il faudra faire plus original ! À mes yeux, les Américains sont de grands enfants. Ils savent faire la fête dans une ambiance bon enfant et ne se prennent pas au sérieux. Par contre, quand je vois que les verres d’alcool sont à ٥٠ dollars l’unité, j’ai tout de suite beaucoup moins soif !

Après une semaine à Miami, je décide de reprendre la route de mon côté car, malgré notre rencontre, je tiens à ne pas refaire les mêmes erreurs que dans le passé en m’oubliant. Mon projet était d’explorer la Floride à vélo et je compte bien atteindre ce but qui me tient à cœur. Ma conception du couple a beaucoup changé. Le célibat forcé de plus d’un an s’est révélé salvateur. J’ai appris, à la dure parfois, à être heureuse avec moi-même et à devenir une personne à part entière, sans avoir besoin de quelqu’un pour me compléter. Je suis heureuse seule, je n’ai pas besoin de JR pour être heureuse mais je veux être avec lui, je le choisis. J’ai appris à être à l’aise avec ma seule présence et à l’apprécier. Être en couple n’est plus une condition indispensable à mon bonheur, juste une raison de plus d’être heureuse et je pense vraiment, après toutes les rencontres que j’ai pu faire, que la clef est de s’aimer soi-même avant de pouvoir aimer et être aimé…

Me revoilà donc en selle ! Je vais faire l’inverse de ce que j’avais prévu en remontant la côte de Miami à Jacksonville, du Sud au Nord. Après les beaux hôtels que nous avons connus ensemble (grâce à l’armée), me voilà de retour sur un canapé, chez Mark, mon nouvel hôte. C’est très dur de quitter JR après ces quinze jours très intenses passés ensemble, mais je sais que c’est pour mieux le retrouver dans deux semaines. Je vais aussi pouvoir prendre un peu de recul sur le chamboulement qui vient de se produire dans ma vie.

Mark me fait découvrir Miami à sa manière et il m’invite à partager un repas avec sa famille avant que je ne reprenne la route le lendemain. Les 93 kilomètres de reprise sont assez faciles. J’aime comme la Floride est plate ! Les paysages vallonnés me manquent quand même, ici rien à l’horizon. Je n’en reviens pas quand une Australienne qui suit mon aventure sur Facebook me reconnaît dans la rue ! C’est bien la première fois que ça m’arrive. Elle m’invite à passer la nuit chez elle mais je décline car je suis attendue par Tommie et Vance, un adorable couple de retraités qui a fait un tour d’Europe à vélo avec leurs enfants dans leur jeunesse. Ils reçoivent en même temps que moi Cody, un jeune Américain originaire de Seattle qui, après avoir traversé les États-Unis l’an dernier, part maintenant pédaler seul en Colombie. Ils nous invitent tous les deux dans un buffet de sushis à volonté. Cody et moi venons de pédaler toute la journée et je pense que la quantité de sushis que nous engloutissons fait pâlir le propriétaire du restaurant qui doit craindre la faillite ! Nous avons simplement suivi à la lettre les indications de la pancarte « All you can eat » (« Tout ce que vous pouvez manger »). Les cyclistes affamés que nous sommes en ont fait leur affaire. Je me sens tellement bien avec eux que j’accepte leur proposition de rester un jour de plus : je me sens comme avec un cousin en visite chez nos grands-parents. Nous regardons ensemble Outsourced, un film à mourir de rire qui retrace le parcours d’un Américain dont l’entreprise l’envoie travailler en Inde alors qu’il n’est jamais sorti du territoire. Un choc culturel violent !

Le soir, un petit coup de blues me prend par surprise : il m’arrive d’avoir peur de perdre ma liberté depuis que je suis en couple avec JR. Je me demande comment gérer une relation à distance, conciliant mes rêves d’aventure et notre histoire d’amour récente et naissante… Mais j’ai confiance. En repartant, je me fixe un objectif assez ambitieux de 110 kilomètres car je me sens en pleine forme. Sur le chemin, je m’arrête pour profiter du paysage au bord de la mer, pause pendant laquelle je rencontre un couple qui insiste pour me donner 20 dollars pour le déjeuner.

Je suis finalement heureuse de donner cet argent quelques kilomètres plus loin à une femme SDF que je rencontre pendant ma pause-café. Elle m’explique son parcours : réussite professionnelle, brillante carrière… puis des accidents de la vie en chaîne lui font en quelques mois perdre pied : un divorce suivi d'un cancer l’endettent. Elle perd d’abord son travail puis sa maison. Une vraie réaction dominos malheureusement assez fréquente. Elle est à la rue depuis deux mois et je n’ose même pas imaginer la rudesse de son quotidien. Elle me raconte la peur des hommes, son combat pour trouver une place en foyer pour la nuit, la peur de perdre l’espoir et de tomber dans l’alcool et la drogue comme beaucoup de ses amis. Je lui offre l’argent que m’a donné le couple et quelques vêtements. Je suis émue par la chaîne de solidarité qui vient de se créer, d’autant plus quand elle me dit : « Merci, tu viens de m’offrir les médicaments dont j’ai besoin pour la semaine. »

Je reprends la route mais il fait tellement chaud (plus de 40 degrés) que je m’arrête toutes les demi-heures pour boire d’énormes quantités d’eau. J’ai trouvé ma propre solution pour me rafraîchir : me doucher régulièrement, tout habillée, aux douches de plage. Il fait si chaud que je sèche de toute façon très vite sur mon vélo ! J’arrive ce soir chez Barbara dont j’ai eu les coordonnées par Rory, un autre voyageur à vélo (rencontré chez Kathleen dans le vignoble près de New York). Il avait été hébergé par Barbara qu’il avait rencontrée au détour de son voyage en Floride. Nous passons la soirée avec ses amis du Guatemala. L’un d’entre eux, Carlos me raconte son arrivée clandestine aux USA il y a dix ans et son histoire malheureuse : son ex-femme et ses enfants sont restés au pays. Celle-ci l’empêche de les voir et, puisqu’il est aux États-Unis sans papier, il sait (et elle aussi) qu’il ne peut pas retourner dans son pays car il ne pourrait plus revenir aux États-Unis. Ses yeux embués me brisent le cœur.

Pour détendre l’atmosphère, je lui fais remarquer à quel point il ressemble à Psy, le chanteur du Gangnam Style, ce tube planétaire de pop sud-coréenne. Après quelques secondes de réflexion et une recherche Google pour vérifier mes dires, tout le monde s’accorde sur cette ressemblance et nous nous mettons tous à danser la célèbre danse coréenne. Je ris aux larmes devant notre groupe assez insolite et pour le moins hétéroclite ! Quand je lui parle de mes voyages, je vois bien que mon discours lui paraît très abstrait et je perçois son manque de connaissances géographiques. Barbara apporte alors un atlas et demande à Carlos de nous montrer d’où il vient. Il situe péniblement son pays sur la carte, ainsi que la Floride, où nous sommes actuellement, mais ne connaît rien du reste du monde. Je me rappelle avoir parfois été sidérée, notamment aux États-Unis, de l’ignorance de certains, qui ne savaient pas situer des pays très proches du leur sur une carte, voire n’en avaient jamais entendu parler ! Ce manque d’ouverture sur le monde est dangereux à mes yeux. Comme le dit si bien Nelson Mandela, « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde »…

Être invitée pour un soir chez un inconnu, c’est bien plus que de recevoir seulement un repas et un lit chaud pour la nuit. C’est surtout se retrouver dans son intimité, sans intermédiaire, sans préambule, sans toutes les règles que nous impose la société, sans arrière-pensée, avec l’envie pure et simple de partager son quotidien pour quelques heures ou quelques jours. Combien de fois, dans une vie classique, avons-nous la chance de nous retrouver chez des personnes aux origines, aux idées et aux parcours différents des nôtres ? De sortir de la bulle dans laquelle nous évoluons naturellement avec des personnes qui nous ressemblent ? Je me considère chanceuse d’avoir été conviée dans l’intimité de tous ces gens.

Il est bien connu que chaque individu est la somme des cinq personnes qu’il côtoie le plus car, volontairement ou non, consciemment ou non, nous intégrons avec le temps les idées de notre entourage. Pendant ces nuits chez l’habitant, j’ai envié la vie de certains, ou au contraire eu envie de fuir celle d’autres… Le point commun des existences qui m’ont inspirée a toujours été l’amour et l’amitié. J’ai constaté à quel point les personnes entourées sont les plus heureuses.

Je repars le lendemain, le cœur serré après une soirée forte en émotions à leurs côtés. Je lis, comme tous les matins, le poème de JR qui accompagne mon réveil. Car oui, j’ai le droit, chaque matin, quelles que soient les circonstances, à un long poème personnalisé écrit par mon amoureux. Je suis très chanceuse !

Hier a été la plus belle des journées à vélo et aujourd’hui est de loin la pire. Une route difficile et ennuyeuse, sans rien pour capter mon attention et me faire penser à autre chose qu’au nombre de kilomètres qu’il me reste à parcourir sous ce soleil qui brûle chaque parcelle de ma peau à découvert. Par miracle, une rencontre émouvante va venir briser cet ennui. Une femme s’arrête à ma hauteur en voiture et me parle de sa meilleure amie, Julia, partie faire un tour du monde à vélo pour ses trente ans. Un événement dramatique vient l’arrêter dans son élan : une voiture la renverse et lui fait perdre l’usage de ses jambes. Elle se bat depuis pour garder goût à la vie. Elle me félicite pour mon mérite et me remercie d’inspirer les autres. Elle m’assure que mon histoire fera du bien à son amie. J’espère qu’elle a raison et que je lui apporterai ne serait-ce qu’une once de réconfort.

J’arrive enfin, épuisée et après avoir été dévorée par les moustiques, chez Sarah. Elle m’emmène boire une bière à la brasserie que tient son fiancé. Il crée des mélanges inédits de saveurs pour des bières d’une originalité incroyable (il sera d’ailleurs élu maître brasseur de l’année quelques mois plus tard). Ce soir est le grand résultat des élections pour connaître le nom du prochain gouverneur de Floride. Le candidat du parti démocrate est noir et, s’il gagne, il deviendra le premier gouverneur noir de Floride, ce qui serait un sacré progrès ! Nous nous rendons à son quartier général pour le dépouillement des scrutins mais, malheureusement, à quelques centaines de votes près, les républicains l’emportent (50,5 %). C’est tellement serré que l’ambiance est très lourde. Quelle déception !

Je rencontre le lendemain Mary et Robert. Dès que Robert ouvre la porte, son sourire chaleureux me fait oublier les difficultés de la journée. Je suis accueillie par leurs deux énormes chiens, des terre-neuve qui manquent de me renverser à chaque battement de queue. Pendant le repas, je leur raconte mon histoire, ma rencontre avec JR trois semaines plus tôt et mon envol pour La Barbade prévu une semaine plus tard… Ils n’en reviennent pas. Avocat à la retraite, Robert me fait bien rire quand il me propose de faire une enquête sur JR. Heureusement, il n’en ressort que du bon, j’ai son feu vert ! Ce soir-là, JR m’explique qu’il aimerait que je lui envoie une copie de mon passeport : « Pour que tu puisses être avec moi à La Barbade, j’ai besoin de déclarer notre relation à mes supérieurs : les services de renseignements de l’armée vont devoir faire une enquête sur toi pour s’assurer que tu ne présentes aucun risque. » Pour pouvoir le côtoyer, je dois donc montrer patte blanche et prouver que je ne suis pas une espionne. Plus tard, il m’apprendra que je devrai même faire l’objet d’une enquête bien plus poussée si l’on se marie ou s’il passe à un niveau d’accréditation supérieure secret-défense. Ça promet !

Je suis terrifiée à l’idée que cette enquête mette à jour mon passé et que ses collègues ne découvrent mes déboires avec l’armée française. Je suis coincée, je n’ai d’autre choix que de lui raconter maintenant (j’aurais aimé attendre un peu) ce qui s’est passé quand j’étais pompier, et les circonstances de mon départ, avant qu’il ne l’apprenne de la bouche de quelqu’un d’autre. Mes larmes se mettent à couler au souvenir de ces moments difficiles et par peur de sa réaction. Lui, si patriote et attaché aux valeurs de l’armée… Mais je suis rassurée de voir à quel point il le prend bien. Il se fait doux et compréhensif : maintenant, il sait tout, plus de secret entre nous ! Quel soulagement…

Je continue ma remontée. Sur la route, un groupe de femmes me fait signe de m’arrêter. D’abord surprise, je m’exécute. Elles me proposent une glace dans leur magnifique demeure, ce qui ne se refuse évidemment pas sous le soleil brûlant de Floride. JR se moque bien de moi à l’évocation de ce souvenir, me comparant à la petite fille naïve des films, appâtée par un camion de glaces. Je mets simplement en pratique ce jour-là, comme tous les jours, ma philosophie : dire oui à toutes les opportunités qui se présentent à moi, cette habitude ne m’ayant apporté que du positif. Je passe une heure avec ces fascinantes femmes pilotes d’avion de chasse. Une rencontre à la fois improbable et inspirante !

Je m’arrête ensuite à Cap Canaveral chez Joe. Nous sommes ici dans le haut lieu de la recherche technologique aéronautique et spatiale des États-Unis. Visiter le Kennedy Space Center, le centre de la Nasa, était un rêve et l’un des objectifs de ce voyage en Floride. Cap Canaveral est la principale base de lancement de fusées américaines et appartient à l’US Air Force. C’est de là que sont parties les premières fusées emportant des satellites et des sondes spatiales ainsi que les missions habitées des programmes Mercury, Gemini et Apollo. Si les opérations sont supervisées depuis Houston au Texas (on se souvient tous du « Houston, we have a problem »), les engins spatiaux sont lancés de cette presqu’île de Floride. Un choix stratégique en cas de lancement raté : tout autour, il n’y a que de l’eau ! À l’ouest, le golfe du Mexique. À l’est, direction vers laquelle sont orientés tous les lancements, l’océan Atlantique. Cela limite ainsi le survol des zones habitées et les dangers de la retombée des étages des lanceurs.

Le centre spatial a vu se dérouler les plus grands exploits et les pires catastrophes de l’histoire de la conquête spatiale. Des premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune le 20 juillet 1969 à l’explosion de la navette Challenger en 1986. C’est donc une visite fascinante qui m’attend, même si je n’ai pas réussi à m’arranger pour être là l’un des rares jours de lancement de fusée. Cette déception est compensée par l’opportunité qui se présente à moi de discuter avec un astronaute. Fascinant !

Après Joe, ce sont Joy et Howard, tous les deux pompiers à la retraite, qui me reçoivent. L’histoire de Howard est admirable, il a sauvé un nombre impressionnant de vies durant sa carrière et j’admire pourtant sa modestie. Lui et son épouse ont transmis l’amour du métier à leur fille qui est elle aussi devenue pompier. Après sa carrière héroïque, il se consacre à sa passion du vélo, passion qu’il partage avec sa femme.

J’ai accumulé tellement de fatigue récemment que je les quitte tard, après une grasse matinée. Je suis donc prise par le temps et je me demande si je vais réussir à atteindre mon objectif du jour : Saint Augustine. Heureusement, je rencontre sur le chemin David qui me propose de m’emmener 30 kilomètres plus loin en voiture. J’accepte avec soulagement et j’embarque mon vélo dans son pick-up. Mais je comprends ensuite qu’il est un fervent supporter de Trump, nostalgique de l’époque de la guerre de Sécession. Ses propos sont abjects, je sens mes poils se dresser et mon sang ne faire qu’un tour. Je suis prête à lui demander de me déposer quand nous arrivons enfin. Je suis soulagée de l’abandonner à ses réflexions d’un autre âge !

Je vais à la rencontre de Jack ce soir, un charmant monsieur chez qui je suis attendue de pied ferme. Quand j’arrive, je vois qu’il arbore un énorme pansement sur le visage. Je n’ose pas en parler jusqu’à ce qu’il aborde lui-même le sujet : il vient de subir une ablation de la tumeur qu’il avait suite à son cancer de la peau. Je n’arrive pas à croire qu’il me reçoit alors qu’il vient juste d’être opéré ! Nous partageons un repas au restaurant et il me raconte sa passionnante vie de voyages dont il a tant appris. La sagesse semble être une montagne dont il a atteint le sommet. Nous discutons de sujets variés et notamment de la protection de l’environnement et des océans. Il me rapporte les propos de Paul Watson, le militant écologiste qui a créé Sea Shepherd : « Nous vivons dans une société qui n’a jamais autant été éduquée dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas d’excuse pour l’ignorance. Nous avons accès à la télévision, aux documentaires, à la presse écrite… Nous pouvons être informés immédiatement de ce qui se passe dans le monde, sauf si nous choisissons d’être dans le déni volontaire. » Ces mots me font réfléchir et songer à ma manière de vivre, de consommer, de voyager. J’essaie de m’améliorer et de réduire mon empreinte écologique, en restant notamment plus longtemps à chaque endroit, en réduisant ma consommation de viande, en circulant à vélo, en achetant des vêtements de seconde main, en n’utilisant pas d’ustensiles en plastique et en essayant de réduire mes déchets… Mis bout à bout, les petits efforts de chacun font la différence, nous pouvons par exemple utiliser une gourde en métal plutôt que des bouteilles en plastique, utiliser des lampes à économie d’énergie, arrêter les capsules de café, abandonner les gels douche en bouteille, éteindre les appareils en veille ou faire régulièrement un tri dans nos e-mails. Comme l’envoi d’un courriel requiert le passage par plusieurs data centers, tout comme son stockage, chaque e-mail envoyé représenterait 10 g de CO ! Utiliser un moteur de recherche écoresponsable 2

et éthique, comme Ecosia qui fonctionne comme n’importe quel moteur de recherche classique, à la différence que ses créateurs utilisent leurs bénéfices pour planter des arbres, est aussi une superbe alternative.

Avant de le quitter, Jack me fait promettre de me protéger avec de la crème solaire à La Barbade. Notre rencontre me prouve une fois de plus que la jeunesse n’est pas une question d’âge mais bien d’état d’esprit. J’ai rencontré des jeunes vieux et des vieux jeunes et Jack a toujours un esprit jeune et vif malgré son âge avancé…

Enfin, c’est la dernière ligne droite : je sens mon cœur exploser de joie malgré la pluie car je serai ce soir à Jacksonville, où j’atteindrai la barre symbolique des 5 225 kilomètres. Je pédale depuis presque dix semaines en Amérique du Nord, à la fois un claquement de doigts à l’échelle d’une vie et une éternité. Ce voyage initiatique avait pour leitmotiv la persévérance et la ténacité, je savais que j’allais le terminer, quoi qu’il m’en coûterait. L’objectif de la vie, à mon sens, est de toujours trouver de nouvelles aventures, d’apprendre, d’explorer, de se dépasser…

Avant l’arrivée, le voyage n’aurait pas été complet si je ne m’étais pas perdue aujourd’hui dans la cambrousse ! Figure-toi que je me retrouve à pédaler dans un chemin de terre, ou devrais-je dire de boue, infesté… d’alligators ! Mon cœur bat la chamade. J’essaie d’être le plus discrète possible pour ne pas les apeurer et leur donner l’envie de m’attaquer. Il y en a partout. Il faut dire que c’est le paradis pour eux, tous ces marécages ! J’ai vu, pendant mon séjour en Floride, tellement de vidéos d’alligators qui se retrouvent dans des jardins, des piscines voire à l’intérieur de maisons. C’est monnaie courante dans cette région ! Heureusement, j’arrive à quitter la zone avec mes quatre membres.

Durant ce voyage, je n’ai campé que trois fois. Mon but, surtout en voyageant seule, était d’être en immersion avec les locaux et je n’avais aucune envie de m’isoler. J’avais prévu de devoir parfois taper aux portes pour demander l’autorisation de camper mais je n’ai finalement jamais eu à le faire grâce à Warmshowers, aux casernes de pompiers et à toutes les invitations spontanées. Bien sûr, ce voyage a demandé de l’organisation mais ça en valait largement la peine. Je n’ai eu aucun problème mécanique, si ce n’est une seule crevaison en 5 000 kilomètres, rapidement réparée. Pour m’orienter, Google Maps m’a suffi, pas de carte papier ni de GPS. J’ai fait trois chutes et j’ai eu, à chaque fois, beaucoup de chance. Je dois avoir un ange gardien qui veille sur moi (sans aucun doute, ma petite mamie). Pendant cette dernière journée de vélo, ces dernières semaines repassent en mode accéléré dans mon esprit : toutes les rencontres et surtout, bien sûr, celle qui a changé ma vie : JR…

La route qui relie Jacksonville à Yulee est horrible, une circulation dense, pas de piste cyclable et des camions qui me frôlent… Mais j’y accorde peu d’importance car mon cœur est en fête, je vais atteindre mon objectif ce soir ! Je consacre une partie de la journée à l’achat de cadeaux pour JR et de quelques nouveaux vêtements. Je sais que, dès le lendemain de mon arrivée à La Barbade, je suis invitée au bal des Marines, un événement officiel très attendu par le personnel de l’ambassade, dont le code vestimentaire est formel, et mes tenues ne sont pas franchement glamour… Heureusement, il y a quelques jours, je suis tombée amoureuse d’une robe de cocktail rouge aperçue dans une vitrine en pédalant et je l’ai transporté depuis dans mes sacoches. Elle en aura vu, du pays ! J’en achète aujourd’hui deux ou trois autres pour féminiser ma garde-robe, car je vais dans les Caraïbes. Rien que le nom me met des étoiles dans les yeux !

Christelle, la cycliste qui m’a précédée, m’a tellement dit de bien de Linda et Wayne, mes prochains et derniers hôtes, que j’ai vraiment hâte de les rencontrer. Difficile d’exprimer avec des mots la cascade d’émotions que je ressens au moment où je vois Wayne de dos, en train de travailler dans son atelier. Les larmes commencent à couler à flots : un mélange de joie, de soulagement, de nostalgie… Je suis fière de moi, j’ai la satisfaction d’avoir réalisé un rêve précieux et surtout d’avoir relevé le défi que je m’étais fixé en surmontant les différents obstacles qui se sont dressés sur mon chemin. J’ai surmonté la peur : la peur d’être seule, de me perdre, de ne pas savoir gérer sans quelqu’un d’autre, de ne pas être heureuse en ma propre compagnie… J’ai aussi vaincu mes démons, la pluie, la faim, la douleur. J’ai grandi grâce à cette aventure, plus que je n’aurais pu l’imaginer… L’aventure et le dépassement de soi sont les bases de l’équilibre que j’ai enfin trouvé ces derniers mois. Je m’étais tellement fixé cette rencontre comme objectif qu’en le voyant, je comprends que ça y est, j’y suis, ce qui me paraît irréel ! Dès demain, je n’aurai plus à chercher un nouvel hôte, plus à réfléchir au meilleur itinéraire, plus à répondre à toutes les questions des badauds curieux de savoir où je vais et pourquoi je me suis lancée dans ce voyage… Je suis fière pour tant de raisons : la performance physique que je viens de réaliser, le fait d’avoir réussi à me repérer seule alors que je me serais perdue n’importe où avant et d’avoir récolté de quoi aider l’association À chacun son Everest à emmener les enfants en convalescence du cancer en séjour à la montagne…

Ce voyage n’a pas toujours été facile mais je n’en changerai aucune partie, pour rien au monde. Chaque difficulté, chaque tempête, chaque doute m’a construite et m’a forgée. Je sens que la nostalgie et la mélancolie font déjà leur apparition dans un coin de ma tête mais je veux les oublier pour profiter à 100 % du moment présent et savourer cet accomplissement, cette victoire. Je prends Wayne dans mes bras et je pleure de plus belle quand sa femme Linda arrive et me glisse à l’oreille : « Tu l’as fait ! » Je lui explique à quel point j’aurais aimé partager ce moment, cette victoire, cet accomplissement avec quelqu’un qui aurait connu les temps forts et les coups durs du voyage… qui me comprendrait. Mais la fierté d’avoir gravi mon Everest à moi, seule, par le biais de ce voyage est immense et il n’y a que ça qui compte à cet instant précis…

Linda est la photographe officielle de l’arrivée de cette dernière étape. C’est le moment des photos et des vidéos, avant que je n’attaque le décrassage du vélo. Nous partageons des fous rires autour d’un chili con carne ce soir-là. Une sorte de vertige me traverse quand je comprends que, pour la dernière fois, je partage un dîner réconfortant avec des inconnus, après une longue journée de vélo. Je suis pensive : si les plaisirs simples peuvent prendre une telle importance à la fin de quelques mois de voyage, quelle place prennent-ils aux derniers moments de la vie ? Quoi qu’il arrive plus tard dans mon existence, quelle que soit la direction que prendra mon destin, rien ni personne ne pourra m’enlever ces moments de bonheur et de fierté, ils sont comme des trésors que je garde au fond de moi, une force qui m’aidera à avancer quand je douterai de moi-même. Si je suis coincée un jour à l’heure de pointe dans le métro ou les bouchons, il me suffira de fermer les yeux pour me téléporter dans une rizière de Bali ; quand je perdrai confiance en moi, de me rappeler la fois où j’ai terminé ma journée de vélo de nuit, abandonnant mes dernières forces dans la bataille… Ces moments n’appartiennent qu’à moi et ils seront ma force, mon jardin secret, pour toujours. Comme j’ai entendu un jour de la bouche d’un enfant, « ce qu’on a dans la tête, personne ne peut nous le voler ».

Linda et Wayne sont simplement extraordinaires : ils accueillent des voyageurs à vélo presque tous les jours, leur maison est un refuge de chaleur humaine pour les cyclistes, comme un phare dans la tempête. Recevoir autant de nomades leur permet de voyager par procuration. Au grand dam de Linda, son mari a la phobie de l’avion et ils ne sont donc jamais partis à l’étranger. J’essaie malgré tout de les convaincre de venir me rendre visite à La Barbade dans les mois à venir… Puisque je leur laisse mon vélo et tout mon matériel de camping, je leur laisse aussi mes sacoches. J’avais pensé ne prendre qu’un sac de sport mais Linda a la gentillesse de m’offrir l’une de ses valises. Je me sens tellement excitée, c’est le symbole de ce chapitre qui se ferme et du nouveau qui s’ouvre ! Symbole d’autant plus fort que je jette mes vêtements de vélo, usés jusqu’à la corde, notamment le cuissard, après 10 000 kilomètres (avec les deux voyages à vélo combinés). Le frottement de mes fesses l’a bien abîmé et le tee-shirt est totalement décoloré par ces longues heures passées sous le soleil. Il est temps de préparer cette valise avec un contenu bien différent : robes, maillot de bain et crème solaire.

Linda m’accompagne pour aller chercher le colis que m’a envoyé JR, une surprise pour célébrer ma victoire. Malheureusement, il s’est trompé dans l’adresse et le paquet n’est jamais arrivé. C’est l’intention qui compte ! Nettoyage du vélo, dernière lessive, dernière épilation, emballage des cadeaux, ça y est, je suis prête… Je me couche à 1 heure du matin pour me lever quatre heures plus tard avec mes nouveaux anges gardiens qui vont m’accompagner à l’aéroport. Je me réveille surexcitée, comme un enfant le matin de Noël : dans quelques heures, je vais retrouver mon chéri et la chaleur, l’hiver s’étant bien installée en Floride en ce mois de novembre.

À l’aéroport, j’officialise ma relation avec JR et explique à ceux qui suivent mon aventure la raison de ce changement de cap. Je suis tellement heureuse de ne plus être habillée en cycliste mais de me sentir féminine pour la première fois depuis plusieurs semaines. J’ai un immense sourire plaqué sur le visage pendant toute la durée du vol. L’avion est le meilleur endroit pour laisser libre cours à mes pensées et faire le débriefing de cette incroyable épopée. Faire un tour du monde à vélo était sûrement un rêve trop grand pour moi seule, je me suis prouvé que je pouvais le faire, mais en ai-je encore envie ? Je suis heureuse de ce que j’ai fait et il est temps de passer à une nouvelle aventure. Loin de moi l’idée de tirer un trait pour toujours sur le voyage à vélo mais je veux simplement varier les plaisirs. L’important n’est pas d’être grand mais d’être à la hauteur. J’espère repartir plus tard à vélo, mais accompagnée cette fois…

Si tu veux te lancer dans le même type d’aventure, il ne faut pas oublier le côté logistique que cela représente, surtout seul, mais tout dépend de la manière dont tu as envie de voyager. Si tu veux disposer d’une entière liberté, pédaler le nombre de kilomètres qu’acceptera ton corps et camper quand et où bon te semble, l’organisation sera simple. En revanche, si comme moi, ton objectif est de rencontrer les locaux et de dormir chez l’habitant, cela demande davantage d’organisation. Celle-ci était dans l’ensemble bien rodée mais parfois, la mécanique s’est enrayée et ma capacité d’adaptation a été mise à rude épreuve. J’ai utilisé trois ressources lors de ce voyage : Warmshowers, Couchsurfing et les casernes de pompiers. L’un de mes hôtes m’a fait remarquer que mon quotidien, mon ordinaire représentait l’extraordinaire, le hors-norme des personnes qui me recevaient. J’ai souvent ressenti cette attente de la part de mes hôtes : ils étaient disposés à m’héberger et à me nourrir mais ils espéraient en échange des histoires divertissantes du bout du monde, ce qui est tout à fait normal. Cette pression de devoir divertir les personnes qui m’offraient l’hospitalité en animant la soirée n’était pas toujours facile à gérer. Un drôle de sentiment difficile à décrire… Il faut réussir à s’adapter aux manières de vivre de chacun et ne pas oublier que l’on n’est que l’invité. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont participé à me construire et m’ont fait grandir et mûrir en me permettant d’embrasser la culture du pays en y étant immergée.

Depuis juillet, j’ai dormi dans une centaine d’endroits différents, j’ai été accueillie et nourrie par des inconnus qui m’ont ouvert leur porte et leur cœur, comme une fille ou une sœur. Mon voyage, mes souvenirs, c’est vous. Voyager pendant si longtemps en dormant tous les soirs dans une famille différente est une véritable expérience sociale permettant de comprendre ce qui nous différencie mais surtout ce qui nous unit… J’ai été hébergée par des riches, des pauvres, des jeunes, des moins jeunes, des gens avec des opinions politiques diamétralement opposés, de tous horizons et de tous milieux, de dizaines de nationalités différentes, mais aussi dans des casernes, des églises. À l'image d'un caméléon, il m'a fallu m'adapter à ces différents environnements. Seul un voyage de ce type, aussi difficile peut-il être parfois, peut enseigner autant sur la nature profonde de l’homme… Si mon père me disait toujours : « Rien n’est gratuit dans la vie, personne ne te donnera rien », j’ai appris au contraire qu’il y a des échanges bien plus forts et plus puissants que l’argent et que l’homme, en bon animal social qu’il est, a besoin de partager, d’interagir et de transmettre pour être heureux.

J’ai eu la chance de côtoyer des personnes qui ne faisaient pas partie de ma bulle, cette bulle constituée de personnes qui me ressemblent, aux intérêts et opinions similaires. Ainsi, j’ai déjoué le piège de l’incompréhension qui devient vite immense face à des groupes aux idées opposées. Au lieu de me braquer et de me fermer, j’ai appris la tolérance. Une fois cet effort fait, j’ai compris que nous sommes tous les mêmes, que nous aspirons tous aux mêmes choses mais que notre environnement et nos expériences nous ont amenés à penser de telle ou telle manière…

Ma rencontre avec Tim, un Noir américain qui a consacré sa vie à intégrer des groupes du Ku Klux Klan pour essayer de comprendre la raison de leur haine raciale et tenter de changer leur mentalité en est l’exemple le plus fort. Aussi incroyable que cela puisse paraître, son meilleur ami est un ancien adepte du KKK qu’il a réussi à sortir de l’organisation !

Ce voyage à vélo était un vrai challenge pour moi : je voulais me prouver que j’en étais capable. Je me suis surpassée et je me suis surprise par la force et la détermination que j’avais tout au fond de moi… Il a clairement été un voyage intérieur qui m’a permis de prendre conscience de mes capacités et de mes ressources. Je me suis découvert de grandes facultés d’adaptation et de flexibilité. J’ai appris à sortir de ma zone de confort et à prendre quelques risques pour atteindre le but que je m’étais fixé.

Les interactions et les rencontres se font de manière très différente en fonction des lieux, certains pays ayant davantage la culture de l’accueil et de l’hospitalité envers les étrangers. J’ai la conviction que le sourire peut tout changer et ouvrir beaucoup de portes. Ces portes sont des liens inattendus et, si tu n’oses pas aborder des inconnus, tu passes à côté de ces moments précieux. Je n’ai jamais rencontré autant de générosité de la part d’inconnus que lors de ce voyage et je pense désormais qu’il faut envisager les autres comme des amis potentiels plutôt que comme des menaces. Il faut se souvenir que « tu attires ce que tu dégages ». Dès que j’étais en forme, enthousiaste et enjouée, c’était un jeu d’enfant de rencontrer des personnes dans le même état d’esprit alors qu’au contraire, dès que j’étais dans le creux de la vague, c’était bien plus difficile d’attirer du positif. Mais heureusement, quand on est dans une mauvaise passe, la roue finit toujours par tourner.

En tant que voyageuse solo, j’ai fait attention au profil des hôtes que je contactais. J’essayais surtout de trouver des familles car j’y trouve de la convivialité. Je n’ai été hébergée que trois fois par des hommes seuls et ça s’est toujours très bien passé car j’avais étudié attentivement leur profil et notamment les commentaires de ceux qu’ils avaient hébergés auparavant. La méfiance que l’on peut ressentir en tant qu’invité est réciproque. Ainsi, la famille et les amis de mes hôtes étaient souvent méfiants et les mettaient en garde sur le danger d’héberger une inconnue.

J’ai souvent des vertiges en pensant à l’effet papillon qu’ont pu avoir certaines de mes décisions, jusqu’à changer le cours de ma vie. Pendant mon voyage à vélo en France, j’ai longtemps hésité quant à ma destination : Afrique ou États-Unis ? Il s’avère qu’en choisissant les USA, j’ai pris la meilleure des décisions en suivant mon instinct car j’y ai rencontré l’homme qui partage aujourd’hui ma vie et qui deviendra un jour, j’en suis convaincue, mon mari…

On cherche souvent quelqu’un pour vieillir ensemble alors que le secret est de trouver quelqu’un avec qui rester enfant. Je pense que je l’ai trouvé avec JR. J’ai maintenant hâte de découvrir ce nouveau chapitre de ma vie, qui sera à ses côtés…

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