Le Batelier De Clarens

Juste OLIVIER · Chapitre 6 sur 18

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Le Batelier De Clarens

Chapitre VI

 

 

Sans quitter son poste, ni trop s’aventurer du côté du jar-din, où il ne se souciait pas de se laisser voir de qui ne voulait pas être vu, Semplice avait fini par s’arrêter sur l’autre versant, plus abrupte et plus éclairé, mais protégé en arrière par un ter-rain inégal, semé de buissons et de massifs. Des pans de mur en étayaient les parties basses ou caduques, et il en était de même sur tout ce banc de collines, selon que leurs sinuosités ou leurs dépressions avaient exigé de les relier ou de les soutenir pour le travail de l’homme.

Arrivé là, Semplice y demeura quelque temps à tâcher d’oublier sa déconvenue. Assis sur la pente, il laissait errer au hasard sa vue et ses pensées. Le lac, parfaitement calme et uni, mais suivant tous les accidents des montagnes, semblait ne faire qu’un avec elles, et enlacer tout ce pays enchanté, d’une étreinte d’autant plus forte et plus douce qu’elle était silencieuse. Au-dessus de ces flots immobiles et caressants, pareils eux-mêmes à une vapeur nocturne, on se serait volontiers représenté deux Ombres amies s’éveillant à la lumière encore douteuse, mais se-reine, d’un monde nouveau, et accourant l’une à l’autre épurées, spiritualisées par la mort, dont elles viennent à peine de secouer le sommeil. Comme si on allait les voir paraître et s’avancer dans les airs, tout y était silence, harmonie, pureté, blancheur, indéfinissable nuance, où l’azur même du ciel avait une vague teinte nacrée, que l’on était tenté de prendre pour le signal de leur approche et la tremblante lueur de leurs ailes.

 

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Le rayon éthéré se jouait aussi, sur le bord, autour des ba-teaux de pêcheurs. Semplice y distinguait le sien, que le blanc rayon, comme un câble d’argent, semblait vouloir tirer après lui sur les flots.

– Pauvre barque délaissée ! pensait Semplice, ne valait-il pas mieux m’en tenir à nos rêves, à ceux que je faisais tout seul avec toi ?…

Et de plus en plus absorbé par sa rêverie :

– Pauvre barque délaissée ! répétait-il par un de ces vagues refrains d’idées qui en marquent moins le sens que le sentiment. Pauvre barque…

Mais au même moment, il se sentit comme encapuchonné du front jusqu’au cou par une étoffe légère dont les plis nom-breux le plongèrent soudain dans l’obscurité.

– Silence ! lui dit-on à voix basse, et obéissance ! ou vous êtes mort.

Il voulut se dégager ; mais la main qu’il rencontra sous la sienne et qui ne fit pas mine de se sauver, si d’un côté elle n’était pas de taille à paraître bien redoutable, de l’autre serrait cepen-dant le bandeau plus fort. Il jugea donc plus sage de se sou-mettre quelques secondes à tout hasard.

– Quelle petite main ! dit-il ; elle ne saurait être méchante, et dans tous les cas elle ne me fait pas peur.

– C’est ce que nous verrons : qui sait ?… répondit-on en-core, toujours si bas, qu’il eût été presque impossible de distin-guer le timbre de la voix ; mais promettez-moi, d’abord, sur votre honneur, que, pour ne pas me donner la peine de tenir le voile serré sur vos yeux, vous ne tenterez rien pour le soulever, aucune traîtrise, aucun effort.

 

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– Eh bien oui, je m’y engage, mais à une condition : c’est que je garderai aussi cette main pour me rassurer sur vos pro-jets, tant que je n’y verrai pas plus clair.

– Je pourrais refuser.

– Non.

– Je vous ai pris à l’improviste, je m’en irais de même, si vous n’acceptiez pas.

– Alors, pourquoi venir ?

– C’est ce que nous verrons encore. Mais, allons ! je ne re-fuse pas. Donc, laissez-moi relever un peu ce capuchon, pour que vous ayez au moins la langue libre, chose absolument né-cessaire… n’est-ce pas ?… même à la respiration ; mais, en re-vanche, laissez-moi le nouer… sur vos yeux… bien comme il faut ! Voilà qui est fait… et voici ma main. Mais avouez que vous ne pourriez point dire à coup sûr de qui elle est.

– Vous êtes deux…

– Justement, c’est là l’embarras cruel.

– Cependant j’oserais dire…

– Dites tout à votre aise.

– Je respecte trop ce nom pour le prononcer ainsi tout haut, sans savoir qui est là ni qui peut m’entendre.

– Toujours prudent ! excepté pour cette pauvre barque dé-laissée, que vous regrettiez fort bien tout-à-l’heure à voix haute, sans y mettre tant de ménagement.

– C’est que moi aussi je me croyais délaissé.

– Il y paraît vraiment ! quand on vient vous chercher !

 

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– Mais comment, de la petite porte du jardin qui s’ouvre là-bas sur les prés, avez-vous pu arriver jusqu’ici sans que j’aie même entendu le frôlement de l’herbe sous vos pas ? Il est vrai que des pas de fée, cela ne fait aucun bruit. Oui, avouez-le, il n’y a que des pas de fée…, et si je n’ai rien entendu…

– Entendre ! interrompit-elle, est-ce qu’on doit rien en-tendre ? Moi aussi, je suis prudente, très-prudente, malgré les apparences, je ne vous conseille pas d’en douter. D’ailleurs, on ferme la petite porte de communication tous les soirs, et je n’ai pu en trouver la clé : quelqu’un l’aura mise dans sa poche par mégarde, et ce quelqu’un n’était pas moi.

– Mais, alors, par où donc avez-vous pu venir, si inopiné-ment et si bien ?

– C’est là justement mon secret ; et voilà pourquoi, me glis-sant derrière ces massifs, quand je vous ai vu accoudé et prêt à vous endormir le visage tourné vers le lac, je vous ai lestement jeté ce lasso sur les yeux, afin de mettre mon secret en sûreté.

– Je suis en votre puissance, c’est convenu ; mais je n’y comprends rien, et à moins que mademoiselle Lagarde, qui est sans doute aussi de la trahison, mais qui n’en dit mot, ne soit assez bonne pour m’expliquer…

– Ah ! enfin. J’attendais ce nom-là : je savais bien qu’il viendrait, mais je ne vous aurais pas cru assez maître de vous pour tarder si longtemps à le prononcer. Je dois cependant vous rendre cette justice, que vous l’avez amené très naturellement, et placé juste à point ; mais sachez que mademoiselle Lagarde est encore plus prudente que vous et moi, et m’a déclaré au der-nier moment ne vouloir pas faire un pas, même un pas de fée, en dehors des limites de la sagesse, c’est-à-dire de la palissade du jardin.

– Quoi ! vous seriez seule !

 

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– Ici, oui ; mais mademoiselle Lagarde est dans la coulisse là-bas.

– Seule ! répéta Semplice.

– Seule en scène.

– Alors, j’ai bonne envie de me jeter à vos pieds.

– Toujours comme au théâtre.

Voyant pourtant que Semplice, resté assis jusque-là, com-mençait déjà d’avoir un genou en terre, elle sourit et fit une pe-tite moue de satisfaction, mais elle reprit aussitôt :

– Seule, vous dis-je, et prête, au moindre mouvement de votre part, à disparaître par où je suis venue, en un clin d’œil : D’ailleurs, je vous en avertis, seigneur Valère, à voir la direction que vous prenez, vous ne tomberiez pas à genoux, comme il convient, juste en face de moi. Il n’y a là rien d’étonnant, du reste ; ledit agenouillement, n’étant pas à mon adresse, tombe-rait mal. Ainsi, relevez-vous : vous manqueriez votre effet.

– Toujours la même ! dit-il en se levant tout à fait.

– Pourquoi pas ? je suis constante, moi !

– Eh bien, c’est dit : je suis à votre merci, je suis votre es-clave, votre captif… tout ce que vous voudrez, ajouta-t-il, comme s’il ne faisait qu’exprimer autrement la même pensée.

Mais elle ne s’y méprit pas, ou ne voulut pas avoir l’air de pouvoir s’y méprendre, car elle s’expliqua avec une certaine vi-vacité :

– Tout ce que je voudrai ! Voyez un peu comme on s’humanise ! mais je ne m’y trompe pas : vous ne dites si bien que parce que je ne veux pas beaucoup, et que vous le savez.

 

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– Eh ! que puis-je savoir, je vous prie ? N’ai-je pas un épais bandeau sur les yeux, et ne suis-je pas pieds et poings liés de-vant vous ?

– Ah ! par exemple ! les pieds sont libres, et il ne tiendra qu’à vous d’en user, comme je vais vous le dire ; et quant aux poings, il me semble que c’est le mien qui est prisonnier, car, sans reproche, je le sens comme dans un étau, seigneur Valère, et vous ne me permettez pas même de le retourner. Croyez-vous cette position bien agréable, et que moi aussi je ne sois pas à la gêne ? Mais tenez ! si vous voulez me promettre de rester tout aussi docile et soumis sans bandeau, je vous l’ôterai.

– Certainement, je n’en exécuterai pas moins vos ordres en aveugle : seulement, je vous verrai.

– Oui, cela me fatigue d’avoir ainsi toujours la main prise et le bras étendu, en sorte que je vais vous décapuchonner… Ah ! n’essayez pas de le faire vous-même : tout serait gâté. C’est un traité en forme que je vous propose ; je vous rends l’usage de vos yeux ; mais donnant donnant : vous me rendrez celui de ma main, que vous serrez par trop fort, et qui a grande envie d’être délivrée. Voyons, est-ce dit ? Vous lâchez peu à peu ma main, et de l’autre, je dénoue également peu à peu, juste dans la même mesure, ce bandeau qui doit aussi, je l’avoue, terriblement vous gêner. D’un mouvement irréfléchi et instantané, elle porta sa main restée libre derrière la tête du jeune homme, et posa le bout de ses doigts sur le nœud ; mais ce ne fut qu’un éclair de temps qu’ils s’y appuyèrent ainsi.

– Le nœud tient toujours bon, ce me semble, et ne s’est en rien relâché, dit Semplice.

– Assurément non ! répondit-elle ; mais, une fois d’accord, vous voyez comme je le dénouerai sans peine. Rien que cela !… et elle répéta son geste. Si vous êtes pressé cependant, il est cer-tain que j’aurai encore plus tôt fait avec les deux mains qu’avec

 

– 98 – une seule, et il serait galant à vous, outre que vous y auriez avantage, de me rendre celle-ci dès à présent.

Semplice, pour toute réponse, se mit à serrer cette main de plus belle.

– Je m’y attendais ; toujours le même ! pourrais-je dire à mon tour, reprit Julia : toujours circonspect ! toujours gardant ses avantages, et avançant pas à pas sans avoir l’air de rien ! Oh ! je vous connais !

– Mais de quelle autre manière m’avancer ? s’écria naïve-ment et résolument Semplice : si tant est que j’avance, ajouta-t-il. Ne suis-je pas un pauvre aveugle ? Ne me voulez-vous pas tel ? Je vais à tâtons, comme je puis : encore ne sais-je pas seu-lement si j’avance ou si je recule. Le plus probable, c’est que je tourne sur moi-même, en donnant à rire à ceux qui voient clair, et que je me retrouverai finalement à mon point de départ après un long et dangereux circuit.

– Pauvre aveugle ! fit-elle, d’un air de commisération iro-nique ; mais c’est pourtant vrai ce que vous dites là : seule-ment…

– Seulement ? répéta Semplice, s’apercevant qu’elle hési-tait.

– Seulement, c’est vous qui le voulez ainsi, acheva-t-elle, comme si elle ne faisait que rester dans la situation.

– C’est que je le veux ainsi ?

– Sans doute, continua Julia d’un ton tout à fait calme et naturel, puisque vous ne m’avez pas encore dit si je devais dé-nouer ce bandeau, oui ou non.

– Dénouez, dénouez bien vite !…

– Vous savez nos conditions.

 

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– Ah ! c’est vrai : j’avais oublié.

Il parut réfléchir.

Elle l’observait attentivement.

Il desserra un peu les mains ; mais les resserrant aussitôt sans lâcher prise :

– J’aime mieux garder le bandeau, dit-il.

Elle approuva d’un petit mouvement de tête, charmant signe de satisfaction, mais malheureusement invisible pour ce-lui qui en était l’objet.

– Toujours prudent ! mais est-ce bien calculé ? reprit-elle. Un Tiens vaut-il réellement mieux qu’un : Vous allez voir ?

– Oui, dans le cas présent ; et, au reste, dans la plupart des cas.

– Comment cela ?

– Eh ! ne vaudrait-il pas mieux ne pas voir ce qui aussi bien vous échappe ?… Puis, ajouta-t-il d’un ton plus tranquille, vous savez : les aveugles ont de singulières clairvoyances intimes ; vous, par exemple, avec ou sans bandeau, je vous vois. Je com-mence ainsi à m’habituer à mon état d’aveugle ; s’il a ses priva-tions, je serais un ingrat de ne pas reconnaître qu’il a aussi ses bénéfices et ses droits. Je m’y tiens donc, comme vous dites. Aveugle vous m’avez fait, aveugle je reste pour vous servir.

– Et moi, je ne suis pas dupe de vos beaux raisonnements ! Si vous préférez garder ma main, plutôt que d’y voir clair, c’est que vous ne vous fiez pas à moi. Vous pensez qu’au lieu de vous rendre la vue, mon premier soin serait de m’enfuir sans mot dire, si vous ne conserviez pas ma main en otage.

Semplice, retirant aussitôt la sienne, laissa celle qu’il aban-donnait entièrement libre.

 

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– Oh ! c’est très beau ce que vous avez fait là ! dit-elle après un instant de silence, comme si elle eût voulu l’éprouver encore, et avec un sourire plus sensible jusque dans le son de sa voix. Avouez pourtant que vous me croyiez déjà partie ! Mais ce n’en est que plus beau ; aussi, je n’en abuserai pas. Laissez-moi seu-lement un peu reposer mon bras.

Et, faisant jouer ses doigts les uns dans les autres comme pour s’assurer qu’ils étaient en bon état, les tenant un moment entrelacés sur son front ou les passant dans ses cheveux :

– À présent, continua-t-elle, à présent que ma pauvre pe-tite main a pu se délasser à l’air libre et se détendre, elle va ren-trer docilement dans sa prison de fer, son « carcere duro, » comme j’aurais bien le droit de l’appeler. Mais, auparavant, lais-sez-moi assujettir le bandeau, car je me méfie de vos clair-voyances intimes, subtil aveugle que vous êtes, et contre lequel on ne saurait trop se prémunir.

Ces mots lancés en riant, elle passa derrière lui et, rajustant le nœud, le serra hardiment de toute la force de ses dix doigts : donc, rien que pour un nœud, dix fuseaux d’ivoire bien comptés, si la méthode dont elle s’était servie pour dénouer celui du ba-teau lui parut également nécessaire pour nouer celui-ci ; mais la personne de qui nous tenons ce détail, quoique fort à même de bien voir, puisque c’est et ce ne peut être que la lune et qu’elle n’avait pas de bandeau, déclare n’avoir eu ici à remarquer abso-lument autre chose qu’un grand nœud rudement serré tout d’un trait avec autant de prestesse que de solidité.

– Vous avez beau faire, répétait néanmoins Semplice, j’y vois !

Force lui fut donc de donner un second tour de fuseau, et de s’assurer que l’étoffe soyeuse, en pressant les cheveux, ne risquait pas de glisser ou de remonter par son élasticité propre, combinée avec celles de boucles noires, épaisses et fines.

 

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– Allons ! dit-elle : de la bonne foi ! Y voyez-vous comme cela ?

– C’est selon ! répliqua-t-il.

– Voyez-vous le lac ?

– Non.

– Les montagnes ?

– Non.

– Voyez-vous mademoiselle Lagarde ?

– Non.

– Je vous attendais à cette dernière épreuve ! Vous croyez qu’elle n’est pas là : en êtes-vous certain ?

– Puisque vous me l’avez dit.

– Mais la voilà maintenant qui arrive : elle s’est décidée à la fin.

– Je ne la vois pas davantage.

– Quoi ! pas même là-bas, toujours errant sur la frontière, où, il est vrai, je ne suis pas bien sûre moi-même de la distin-guer d’ici.

– Je ne la vois pas.

– Nullement ?

– Nullement.

– Alors, puisque vous ne la voyez pas, ne pouvant réelle-ment pas la voir, je ne crois plus à vos clairvoyances intimes. Ah ! attendez ! encore une expérimentation capitale. Voyez-vous la lune ?

 

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– Non.

– C’est singulier… mais je comprends : mademoiselle La-garde n’est pas là. Enfin, je peux être bien tranquille, car moi, pour sûr, vous ne me voyez pas, puisque vous me croyez reve-nue tout droit devant vous, et que, pour vous éprouver, je suis restée un peu de côté. Ainsi, vous voyez bien que vous n’y voyez pas.

– J’y vois ! affirma encore Semplice.

– Oh bien ! comme cela, je n’y puis rien, et ne m’en in-quiète point. Donc, vous voilà aveugle autant que possible, et bien décidé à obéir en aveugle aussi.

– Que faut-il faire ?

– Vous laisser conduire.

– Par qui ?

– Par moi.

– Avec vous j’irai partout où vous voudrez.

– Cela, c’est bien quelque chose ! Mais commençons d’abord par rejoindre mademoiselle Lagarde, et puisque vous préférez ne pas y voir clair, je vous rends votre guide ; tenez, voici ma main.

 

Ce fut donc sans résistance, mais, comme il avait les yeux toujours bandés, non sans se laisser doucement tirer par elle, que Semplice obéit à la direction qu’elle lui imprimait. Elle lui fit faire ainsi quelques pas en zigzag, s’amusant encore de l’idée de le dépayser. Puis, entrant dans un pli de terrain, elle suivit ce petit val en miniature jusqu’à l’endroit où il se perdait en pente douce sur les flancs du monticule isolé. Là, se trouvait un grand châtaignier, dont les basses branches, longues et tortues, ve-

 

– 103 – naient ramper jusque dans l’herbe. Près de la tige même elles n’étaient qu’à quelques pieds de terre, il fallait donc s’y baisser pour aller plus loin ; elle le dit à Semplice et, comme il ne pou-vait pas la voir lui donner l’exemple, elle lui mit le doigt sur le sommet de la tête jusqu’à ce qu’il se fût courbé juste au point nécessaire. Elle reprit un peu plus loin entre des buissons de li-las et de cytise en fleur qui lui avaient servi aussi à masquer son arrivée. Parfois les grappes odorantes gênaient leur passage. Elle les écartait de la main, non sans se donner çà et là le malin plaisir de les laisser retomber sur son compagnon, dont elles venaient ainsi fouetter doucement le visage, et qui s’étonnait alors de ne les avoir jamais trouvées si fraîches et si embau-mées. Il en fit une fois la remarque tout haut ; mais il eut tort, car de ce moment elles le laissèrent tranquille, et il se plaignit en vain que leurs innocentes caresses eussent cessé.

Bientôt elle s’arrêta, et lui dit :

– Attention ! il y a ici quelques marches de pierre, et encore sont-elles assez raboteuses et mal taillées. Posez bien vos pieds, seigneur Valère, c’est ici que votre clairvoyance intime et votre seconde vue pourront vous être réellement de quelque utilité. – Bien ! là ! c’est cela même ! disait-elle, lorsqu’il semblait cher-cher ou hésiter. Mais je vois, ajouta-t-elle, qu’il faut, de toute nécessité, pour continuer notre voyage périlleux, que nous fas-sions un petit changement dans nos positions respectives, c’est-à-dire, qu’au lieu de persévérer à tenir ainsi ma main prison-nière, vous m’abandonniez au contraire la vôtre et deveniez à votre tour mon prisonnier. Le passage est solide, mais ne com-porte aucun faux pas dans les endroits dont j’aurai soin de vous avertir ; ainsi je dois être tout à fait libre de mes mouvements pour vous bien guider.

Il eut quelque peine à consentir à ce simple revirement de main, comme elle l’appelait, et voulut encore argumenter sur ses droits ; mais elle ne lui en laissa pas le temps.

 

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– Il le faut absolument ! répéta-t-elle, et vite dépêchons-nous, car nous avons déjà trop tardé.

Semplice se résigna donc, et comme il sentit aussitôt qu’elle lui reprenait la main, selon l’esprit, sinon la lettre de leur traité, que même, pour mieux assurer ses pas, elle la lui tenait bien plus fortement qu’il n’avait osé le faire de la sienne, il trou-va qu’à tout prendre il n’avait pas trop perdu au change, et peut-être moins perdu que gagné. Sans doute il n’y avait rien de tendre dans la ferme et indifférente pression de ces doigts lé-gers ; mais c’était quelque chose pourtant de les sentir là, même sous le gant qui les couvrait, appuyés sur les siens et refermés. Il lui semblait être ainsi, non seulement guidé par elle, mais attiré comme par un charme que, l’eût-il voulu, il n’eût pu vaincre : ce n’était plus la main de Julia, c’était un lien subtil qui l’entraînait. Il lui était impossible de ne pas s’y laisser aller avec une douceur infinie, au risque, pensait-il sans pouvoir non plus s’en défendre, de ce qui allait advenir de tout cela pour elle comme pour lui.

Les marches gravies sans peine :

– C’est ici, lui dit-elle encore, qu’il faut redoubler d’attention, me suivre pas à pas, et ne pas lâcher ma main ni en dévier d’une ligne.

Il fut sur le point de donner à cette main même un signe muet d’adhésion et d’obéissance, et déjà il se baissait dans ce but, lorsque son guide lui dit :

– Prenez garde, ne vous penchez pas ainsi, seigneur Valère, car il y a par là des façons de précipices, et c’est l’instant de marcher droit, je vous en ai déjà averti.

Il sentait sous ses pieds une suite de dalles assez bien unies, et comprit qu’en effet ils se trouvaient sur l’un de ces pans de mur adossés çà et là au monticule, et d’où l’on plongeait parfois presque à pic sur les terrains situés au-dessous.

 

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– Oh ! s’écria-t-il, dans son intérêt à elle encore plus que dans le sien : c’est bien imprudent ce que vous faites-là !

– Avez-vous déjà peur ? lui dit-elle.

– Abandonnez ma main, répondit Semplice, et, pourvu que vous me disiez quand je devrai m’arrêter, vous verrez que, les yeux bandés, je ne vous suivrai pas moins tout seul et sans aide. Si vous êtes obligée, au contraire, de vous occuper de mes mou-vements, les vôtres en seront gênés, et vous pourriez faire un faux pas.

– Venez ! dit-elle d’une voix basse et douce : si vous êtes sage, je réponds de vous et de moi.

En même temps, elle lui serra la main avec une fermeté en-core plus marquée, pour lui donner de l’assurance, de manière aussi à y joindre de l’encouragement.

– Singulière et capricieuse créature ! pensait Semplice ; quelquefois je suis prêt à croire qu’elle m’aime ; mais non : si elle m’aimait, elle n’en ferait pas autant.

Ils avancèrent donc pas à pas sur la haute muraille qui, avec les terres qu’elle soutenait, formait là une espèce de rem-part. Son sommet se perdant à distance dans le vague que la nuit même la plus claire donne à tous les objets, ils eussent pu fournir le thème de quelque apparition au montagnard crédule. C’eût été au moins un gracieux et fantastique spectacle que de voir ainsi se dessiner, comme d’un piédestal aérien, sur l’azur argenté des nuits, ce jeune homme à l’air mâle, à l’épaisse et brune chevelure, marchant la tête relevée, légèrement rejetée en arrière, mais les yeux bandés, et cette belle et svelte jeune fille vêtue de blanc, tête nue, laissant ses blonds cheveux se gonfler à la brise, tandis que le bras étendu, tenant la main de son com-pagnon, et le regardant avec un sourire, elle semblait le guider dans les airs, à moitié tournée vers lui.

 

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Arrivés à un endroit où le mur, devenant là inutile, s’interrompait pour faire place à un pan de rocher brut :

– J’ai presque envie, dit Julia, ou plutôt, si cela vous agrée et que vous me promettiez d’oublier le chemin parcouru, j’aurais, je crois, la faiblesse de vous permettre de voir un ins-tant, ne fût-ce que le lac et les montagnes. D’ici, c’est magni-fique, et mademoiselle Lagarde ne me pardonnerait pas de vous avoir privé de ce tableau.

Il portait déjà la main à ses yeux.

– Attendez ! dit-elle : vous risqueriez de déranger le ban-deau, et je ne pourrais passer derrière vous pour le renouer, car il n’y a guère place ici pour deux.

Afin d’avoir plus tôt et plus sûrement fait, elle lui remonta doucement des deux mains le bandeau sur le front ; mais, au moment où sa vue redevint libre, leurs yeux se rencontrèrent de si près et si juste, entre ces bras ainsi levés vers lui, que, même après le soudain retour de ceux-ci à leur poste de guides, tous deux restèrent un moment silencieux.

Comme nous l’avons dit, le mur, parfois très-élevé, longeait les collines, et y remplaçait de distance en distance les bandes de rocher qui, ailleurs, suffisaient à soutenir le sol. Au-dessous, le terrain se projetait encore par gradins étroits et plantés de ceps, amphithéâtres de culture propres à cette rive du lac Lé-man ; ou bien il s’évidait tout à coup ; et l’on avait à ses pieds le lit large et blanc d’un torrent presque à sec en été, mais auquel il restait cependant alors assez d’eau et de voix pour se tordre en mince méandre sur son arène d’énormes cailloux et y rouler un continuel mugissement sourd, plus retentissant dans la nuit. L’œil, en le suivant jusqu’à la route de Vevey qui le traverse un peu plus bas sur un pont de pierre, le voyait çà et là écumer sous le mors, c’est-à-dire à la rencontre d’une série de digues obliques jetées comme à cheval sur ses flots, dans le double but de les tenir en bride et de leur donner de l’éperon pour les faire

 

– 107 – mieux courir. Puis venait le lac, qui semble ici s’arrondir et se gonfler comme un sein, dans ses baies profondes ; puis les caps et les promontoires, au tournant desquels la lune se jouait ou se brisait sur les eaux ; puis Clarens, Montreux, les hameaux éta-gés sur la pente, les blancs chalets dans la hauteur sur les vertes croupes des monts, tandis qu’au bas, dans un renfoncement, le vieux Chillon comme un guerrier silencieux semblait veiller dans l’ombre ; enfin le haut pourtour des cimes, qui, des deux rives, tantôt s’écartent, tantôt se rapprochent, mais en se grou-pant toujours d’une façon si harmonieuse et si juste, que l’œuvre de la nature y fait aussi l’impression d’une œuvre d’art, et que l’on croit avoir devant les yeux, non-seulement un beau site, mais un tableau. En ce moment, sous le magique rayon de la nuit, qui vaporisait toutes les formes sans les effacer, et leur mettait seulement comme un voile indistinct et diaphane, c’était mieux qu’un tableau, c’était un rêve, mais un rêve qui devien-drait soudain la réalité.

Ils se regardèrent un moment sans rien dire, puis se tour-nant, toujours silencieux, du côté du tableau, ils semblèrent le contempler d’un commun accord ; mais tous deux sentaient bien qu’ils se voyaient réciproquement encore mieux. Julia, sur-tout, observait Semplice à la dérobée, attachant sur lui son re-gard, lorsqu’elle voyait le sien comme fixe et perdu dans le vague des airs.

– À quoi songez-vous ? lui dit-elle soudain, de cette voix lé-gèrement émue dont elle lui parlait depuis un instant ; mais elle en raffermit bientôt le timbre mordant et clair, sans qu’il en fût moins mélodieux :

– Oui, reprit-elle, à quoi songe le seigneur Valère ?

– Ah ! répondit-il : au plaisir qu’il y aurait à glisser dans les airs argentés, en s’y tenant par la main…

– Voilà une pensée d’une exécution facile, il faut l’avouer !

 

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– C’est pourtant presque ainsi qu’il me semblait voler tout à l’heure, quand je n’y voyais pas. Et maintenant, ajouta-t-il comme s’il ne faisait qu’achever sa pensée et l’exprimer tout haut, j’ai peine à me persuader pour ma part que nous ayons réellement repris terre. Le chemin que nous suivons, si solide qu’il soit, est si mince et si peu visible à distance, surtout quand la nuit supprime ou confond les lignes et les plans, que s’il y avait un passant sur la route à cette heure, nous devrions lui faire l’effet de voyager dans les airs. Pour moi qui ai toujours envié les nuages et leurs libres pérégrinations dans l’espace, quelle plus belle occasion aurai-je jamais de me figurer au moins qu’ils m’y ont pris avec eux ? Aussi ne demandé-je pas mieux que de me croire tout à fait détaché de la terre, et, en ce moment même, il me semble que je n’ai plus rien là sous mes pieds.

Soit insouciance et oubli du péril, soit habitude de le braver sur ces pics et ces cimes dont on eût dit que la nuit allait faire flotter la draperie dentelée, il avait le bras étendu, le corps pen-ché en avant, ses pieds même dépassant un peu le rebord du précipice, comme si, entraîné par l’animation de sa pensée, il était sur le point de la réaliser.

– Prenez donc garde ! s’écria Julia, en lui saisissant la main avec vivacité, ou je penserai que vous voulez m’effrayer.

– Ne craignez rien, répondit-il en souriant et en se tour-nant vers elle : j’ai vu bien d’autres abîmes que celui-là, et quant à m’envoler dans les airs, comme vous ne voudriez certainement pas y venir avec moi, lors même que je vous en offrirais le moyen sans danger, j’aime encore mieux rester où vous êtes. J’ai peine pourtant à résister au plaisir de vous voir craindre quelque chose pour moi. Mais vous ! craindre quelque chose, même pour vous, et encore moins pour moi ! Je sais trop bien que si j’abordais seulement cette idée, vous ne me la pardonne-riez jamais. Sans doute ici je pourrais, sans rien craindre moi-même, vous causer une peur factice, vous arracher un cri

 

– 109 – d’émotion instinctive et soudaine, dont un autre jouirait ; mais vous ne me supposez pas une intention si puérile, n’est-ce pas, Julia ? Non ; je songeais seulement que ce serait peut-être heu-reux pour moi si, par un accident imprévu, je tombais là.

Et, avançant la tête, il mesura froidement de l’œil la pro-fondeur.

– Encore ! dit-elle : quand ce ne serait qu’un geste et qu’une manière de parler, je vous le défends, entendez-vous ! je vous le défends, Semplice, puisque, sans vous en apercevoir, vous venez aussi de m’appeler tout court Julia. Je ne vous veux pas beaucoup de bien, c’est vrai ; mais de là à vouloir votre mort, ou tout au moins votre disparition dans les airs, il me reste assez de marge pour vous tourmenter, comme vous dites, sans avoir besoin de recourir à l’un des deux moyens extrêmes que vous m’indiquez. Allons ! je ne crois pas un mot de vos vel-léités de pérégrination aérienne, ni moins encore de descente sans parachute ; mais comme avec vous on n’est pourtant ja-mais sûr de ce qui peut arriver, je vous défends très-positivement de vous pencher ainsi en dehors du mur. C’est en-core pis que tout à l’heure ; vous étiez beaucoup plus facile à conduire les yeux bandés, et vous ne vous penchiez au moins ni plus bas ni plus en dehors du mur que ma main. S’il vous la faut absolument pour vous maintenir en dedans de la ligne de dé-marcation que je vous trace, je puis vous la laisser à toute ri-gueur.

Comme, en effet, il tenait toujours cette main qui était re-venue précipitamment se placer sur la sienne pour l’empêcher de se trop avancer sur le bord, il la porta soudain à ses lèvres avec un mouvement dont il ne fut pas le maître.

– À présent que vous voilà rentré dans votre personnage de galant chevalier, seigneur Valère, lui dit-elle, non sans quelque effort sur elle-même pour reprendre son rôle, nous allons nous remettre en route, s’il vous plaît !

 

– 110 –

– Encore un mot, reprit-il, un seul, que je vais vous dire comme je le pense, dans toute sa simplicité et dans tout son sé-rieux, et que je vous conjure de prendre tel qu’il est, sans y soupçonner rien.

– Voyons ce grand mot, dit-elle.

– Je suis trop heureux ce soir : laissez-moi maintenant m’éloigner, emporter mon bonheur, dussé-je n’en plus avoir que le souvenir sans aucune espérance, sans même la pensée de le ressaisir jamais. Pour moi, il est tel que je n’aurais pas même osé le rêver, il est complet. J’ai trop peur, pardonnez-moi ce reste de défiance, d’un bonheur qui, si je vais plus loin, ne peut que diminuer et s’évanouir.

Parmi tous les genres de résistance que Semplice pouvait apporter à son projet, Julia n’avait pas prévu celui-là. Elle resta un moment interdite et saisie à ce langage du cœur, contre le-quel, ne le connaissant pas, elle n’avait pu se mettre en défense ; un éclair plus humide traversa ses yeux ; mais le mauvais esprit qui la poussait au malheur de Semplice et au sien peut-être, re-prenant le dessus, elle frappa tout-à-coup le rocher de son charmant petit pied mutin :

– Et la fête de ma mère ! s’écria-t-elle : et cette surprise que je lui veux faire et pour laquelle il nous reste à peine le temps de tout préparer ! et mademoiselle Lagarde à qui je vous ai annon-cé et qui probablement déjà s’impatiente là-bas ! non, non, sei-gneur Valère, vous êtes en ma puissance, et je ne vous lâche point. Voyons ! que je vous remette vite ce bandeau sur les yeux ; j’ai eu tort de vous permettre de l’ôter ; voilà bien dix mi-nutes de perdues à jaser, ce me semble ; avec le bandeau, vous étiez non-seulement aveugle, mais muet, et, partant, de toute manière, bien plus facile à conduire, beau ténébreux.

La sentant décidée, et ne pouvant ni ne voulant apporter plus d’effort dans la résistance, Semplice n’eut d’autre parti à

 

– 111 – prendre que de rentrer dans sa tactique passive, et de s’en re-mettre à son destin.

– Allons ! dit-il, vous le voulez : comme toujours je me soumets. Seulement, poursuivit-il de ce même ton ému et sé-rieux qu’il venait de prendre avec elle et qu’il lui eût été impos-sible de changer en ce moment contre un autre, seulement vous me ferez grâce du bandeau : je vous l’ai dit, je me sens trop heu-reux pour continuer ce badinage comme il le faudrait ; et puis, pour vous c’est assez et même par trop d’imprudence. Croyez-vous d’ailleurs, que, sans y voir, je n’aie pas fort bien deviné le chemin, et vous me connaissez assez pour savoir que je n’en abuserai pas. N’ayant plus les yeux couverts je marcherai plus librement et nous serons plus vite arrivés. Ainsi, laissez-moi vous guider à mon tour : ce sera encore pour moi un bonheur, le dernier peut-être.

À ces mots il passa devant elle et, lui tendant la main, qu’elle accepta sans objection, ils eurent bientôt gagné l’autre extrémité du mur. Là ils trouvèrent un sentier qui les conduisit à un bouquet d’arbres derrière la maison de madame Glenmore, à l’endroit choisi par Julia.

Un peu avant d’arriver, et comme il quittait son bras qu’elle lui avait abandonné pendant la dernière partie du chemin :

– Conservez-moi le souvenir de ce moment heureux, que votre pensée du moins ne me le reprenne pas, et pour cela déjà vous serez aussi bonne que belle, lui dit-il à demi-voix.

– Moi, belle ! fit Julia ; oui, comme toutes les jeunes filles qui ne sont pas absolument laides ; mais, aux yeux d’un peintre, on n’est pas belle à si bon marché, convenez-en.

– De la méchanceté, passe encore, mais de l’hypocrisie ! dit-il en la regardant.

Elle se tut, et ne répliqua plus rien.

 

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– Enfin, il m’a pourtant dit que je suis belle, mais il ne m’a guère dit autre chose, pensait Julia qui, de nouveau hésitante, se sentit bientôt reprise de son amour de l’imprévu et, non sans quelque vague remords, se raffermit dans son dessein.

 

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