Le Calvaire des Femmes

M.-L. (Marie-Louise) Gagneur · Chapitre 14 sur 33

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Le Calvaire des Femmes

Chapitre XIV

Derrière l’église Saint-Merry, parallèlement à la rue de Rivoli, s’étend un quartier hideux, dont on ne pourrait soupçonner l’existence au centre même du beau Paris. Il y a là un flot de maisons presque en ruines, et de rues si étroites qu’une voiture n’y pourrait passer, et si sombres que le pavé y est fangeux en toutes saisons.

Les rues Maubué, du Poirier, Pierre-au-Lard, Brise-miche, Taille-Pain, de Venise, Beaubourg, etc., peuvent rivaliser, sous le rapport du délabrement et de l’insalubrité, avec les courettes de Lille et les parties les plus misérables de la Guillotière.

Les maisons se pressent les unes contre les autres comme des pauvres qui grelottent. Quelques-unes se penchant sur la rue semblent vouloir se rejoindre au faîte; d’autres se bombent au milieu comme si elles allaient s’éventrer. Aux fenêtres, la plupart dégradées, on voit suspendus des langes ou des lambeaux de linge qui s’essorent.

En bas sont des boutiques sordides où s’étalent les rebuts de la consommation parisienne.

À l’intérieur, les escaliers s’effondrent, les planchers pourrissent. Il pleut dans les mansardes; et, dans les charpentes courbées sous le poids des tuiles, la bise gémit et tousse comme un phtisique agonisant. Les murailles disjointes laissent écouler une sorte d’humidité purulente. Les conduits suintent. Les eaux ménagères forment des mares putrides dans les cours.

Il est telle cage de poutres lépreuses et de plâtras infects où l’on ne voudrait pas compromettre la santé d’une ménagerie. En comparaison de ces affreuses demeures, les hôpitaux sont des résidences de rois.

Faut-il s’étonner si, dans ces habitations nauséabondes, la fièvre, le rachitisme, la phtisie, le typhus, se disputent les malades?

Et personne ne se plaint! Les malheureux qui habitent ces maisons ne sont pas exigeants, quoiqu’ils payent encore fort cher; mais ils demeurent là à la nuit, à la semaine, au mois, et, locataires de passage, ils ne peuvent imposer leurs réclamations. D’ailleurs, quelque dégradées que soient ces maisons, il y a toujours assez de misérables qui s’estiment heureux d’y trouver un abri.

Cependant la commission des logements insalubres surveille ces cloaques avec un zèle incessant. Sans doute elle a produit quelques bons résultats; elle aura fait fermer quelques caves ou quelques soupentes privées de jour; mais elle n’a pas pouvoir d’ordonner la reconstruction des maisons, l’élargissement des rues pour y faire circuler l’air et la lumière.

On tourne toujours dans le cercle vicieux de la misère. Peut-être la classe laborieuse qui remplit ces bouges, regarde-t-elle comme un plus grand mal d’être reléguée au loin que d’habiter un quartier insalubre, mais du moins central.

Vers l’extrémité de la rue de Venise est un hôtel garni où, dit l’enseigne, on loue à la nuit ou au mois des chambres meublées bourgeoisement.

Geneviève Gendoux et son amie Fossette habitaient au cinquième de pauvres mansardes froides et désolées; et, pour y arriver, il fallait gravir un étroit escalier à rampe humide et que des jours de souffrance éclairaient d’une lueur fausse. Sur chaque palier six ou huit portes pour autant de cellules se pressaient dans un maigre corridor. À tous les étages, dans ces trente ou quarante prisons où l’air manquait, des vagissements de marmots, des chants mêlés d’invectives et de pleurs faisaient tressaillir les frêles cloisons. L’âme et les sens étaient également révoltés par ce chaos d’existences à la fois cloîtrées et confuses, qui se coudoyaient à travers toutes sortes d’émanations putrides.

Cet hôtel était pourtant l’un des plus luxueux du quartier.

Geneviève, à peu près abandonnée par M. de Lomas, s’était réfugiée dans ce garni que Fossette habitait depuis quelques mois déjà.

Rien ne rapproche comme l’infortune. Au bout de huit jours, les deux jeunes ouvrières s’étaient liées d’une étroite amitié.

Elles avaient accueilli comme une ancienne connaissance la belle Claudine Bordier.

Madeleine d’abord, en gravissant ce sombre escalier, avait reculé d’horreur. Mais partout ailleurs Claudine ne pouvait obtenir un trou sous les combles à moins de douze à quinze francs par mois; et là, moyennant huit francs, elle aurait assez d’air pour respirer, assez de jour pour travailler. Enfin elle ne serait pas isolée. Elle aurait une compagne obligeante qui paraissait honnête et qui promettait de lui procurer immédiatement de l’ouvrage.

D’ailleurs, entre la rue de Venise à Paris et la rue Terraille à Lyon, il y avait certes peu de différence.

Depuis huit jours, Claudine était donc installée dans sa position nouvelle. Elle avait obtenu de l’ouvrage du magasin de lingerie qui occupait Geneviève. En faisant deux chemises par jour, elle pouvait gagner un franc cinquante centimes; mais il fallait travailler depuis six heures du matin jusqu’à dix heures du soir, et soigner l’ouvrage, ce qui fatiguait les yeux.

Comme remetteuse, Claudine n’était point habituée à un travail très-régulier: aussi l’état de lingère lui parut-il d’abord pénible.

Une femme du monde qui prend une broderie ou un ouvrage de tapisserie, et qui brode en causant, à points interrompus, douillettement étendue dans un fauteuil, ne peut comprendre combien cette besogne est rude, triste et ingrate, pour l’ouvrière qui coud tout le jour, qui coud sans relâche. Cette aiguille, qui le matin paraît si légère, devient bien pesante à la fin de la journée, et c’est à peine si, le soir, la main roidie et gonflée peut la tenir.

L’ouvrière a la tête lourde, le cou s’endolorit, ses yeux rougissent, et, à la longue, l’estomac et la poitrine se resserrent.

Hélas! souvent c’est la faim qui la pousse, cette aiguille. Si seulement elle donnait toujours du pain à la pauvre fille!

Ce qui soutenait Claudine dans son nouvel état, c’était l’espoir de voir bientôt arriver Jaclard. Elle avait écrit pour lui donner son adresse, et, comme il ne répondait pas, elle pensait qu’il ne pouvait tarder à venir.

Par une belle journée de mars, elles étaient toutes trois réunies dans la chambre de Fossette, la plus spacieuse, et qui avait l’avantage de recevoir à midi quelques rayons de soleil.

Elles travaillaient et causaient.

Fossette avait la passion des fleurs: c’était son luxe; sa mansarde en était pleine. Une humble touffe de primevères s’abritait modestement sous un superbe camélia. La jacinthe et la violette mêlaient leurs senteurs.

Ces parfums, ces fraîches corolles, ces trois belles filles, leur babil plus allègre que le chant des moineaux francs qui sautillaient sur les toits, répandaient dans cette mansarde pauvre et glacée comme une chaude lumière, comme un air de fête, un air de printemps.

Fossette était artiste, elle aimait tout ce qui est vraiment beau. De l’artiste elle avait aussi la mobilité, la gaieté, l’insouciance.

Quelle rieuse que Fossette! Le rire, un rire, franc et mutin, creusait, dans ses joues pâlies parle travail et les privations, de gracieuses fossettes. Ces fossettes, c’était toute la physionomie de cette charmante fille, qui semblait faite uniquement pour le bonheur. Elle avait encore une fossette profonde au menton, ce qui est un signe de bonté. Et aux coudes comme aux épaules se modelaient aussi de petits trous rieurs.

Voilà donc ce qui avait valu à cette jolie fille le surnom de Fossette. D’ailleurs, enfant perdue ou abandonnée, elle se rappelait vaguement ses jeunes années, et ignorait son vrai nom.

Fossette avait vingt ans. Quel avait été son passé? Celui de toutes ces pauvres filles jetées sur le pavé de Paris, sans direction, sans principes, n’ayant sous les yeux que l’exemple du vice. Bien que son existence eût été fort tourmentée, si elle avait souffert, sa gaie philosophie l’avait du moins préservée des grandes douleurs.

Une certaine fierté naturelle et sans doute une triste expérience l’avaient aidée à sortir du désordre, et à ne demander qu’à son travail le pain de chaque jour.

Sa beauté n’était pas de celles qui attirent l’attention dans la rue: c’était le minois chiffonné, mais un peu terne de la Parisienne. Tout le charme de ce visage résidait dans le jeu de la physionomie, dans l’expression de ces yeux gris, frangés de cils bruns, et qui pétillaient d’une douce malice; dans ce nez coquettement retroussé, aux narines moqueuses, et dans ces lèvres d’un rose pâle, aux coins relevés, au sourire si fin, si vraiment gai et à la fois si bon.

Elle était de taille moyenne et elle avait l’allure vive et pimpante de la grisette parisienne. Tous ses mouvements avaient une grâce naturelle, exempte de prétentions. Coquette et femme de goût, elle eût porté la soie, les plumes et le cachemire avec autant de distinction qu’une grande dame; mais n’ayant ni robes de soie, ni plumes, ni cachemire pour se parer, c’était elle qui parait ses chiffons. Toutefois, comme elle ne pouvait se passer de luxe, elle s’achetait des fleurs; et souvent pour son dîner elle ne mangeait qu’un petit pain d’un sou.

Un connaisseur, un fin connaisseur, un homme d’esprit, pouvait seul apprécier les qualités féminines de Fossette.

C’était un gracieux tableau que ces trois jolies ouvrières cousant et babillant à travers un rayon de soleil.

Entre elles le contraste était si frappant!

Geneviève était la blonde fille du Nord, à la figure gravé et douce, aux yeux bleus, au regard tendre, avec une magnifique chevelure à reflets d’or; elle était grande et frêle, un peu languissante. Depuis quelque temps son visage avait perdu sa placidité flamande. Dans ses traits amaigris on remarquait une expression inquiète, fiévreuse. Ses yeux brillants, d’un bleu plus sombre, souvent se fixaient dans le vague. Et son teint, autrefois si pur, offrait en plusieurs endroits des marbrures maladives.

Quant à Claudine, c’était la beauté plastique dans toute sa splendeur. Elle était grande et bien développée. Son corps présentait des proportions sculpturales.

De visage, elle ressemblait à Madeleine. Beaucoup, l’eussent jugée plus belle. C’étaient ses traits, avec des lignes moins nobles peut-être, mais plus correctes. Ils n’étaient pas empreints de cette intelligence à la fois puissante et raffinée, qui caractérisait la figure originale de Madeleine. Ses yeux noirs exprimaient plus de volupté que de profondeur. Son front bas, comme celui des statues antiques, était large et bien dessiné. Le front élevé de Madeleine appartenait à l’art moderne plus idéalisé. Claudine avait une chevelure opulente, mais un peu massive. Le menton, quoique très-régulier, était trop matériel.

Elle avait plus de fierté que de dignité réelle. Son geste et son attitude avaient l’abandon des femmes élevées dans un milieu où l’on reconnaît, en fait, sinon en principe, la liberté des relations amoureuses.

Toutes trois portaient dans l’amour la différence qui se remarquait dans leur organisation.

Chez Geneviève, ce qui dominait, c’était la tendresse, une tendresse un peu romanesque, mais exclusive et dévouée. On devinait que l’amour absorberait sa vie.

Claudine était une méridionale passionnée, impétueuse, révoltée contre les entraves.

Fossette, elle, c’était la femme de la fantaisie; frêle, mais nerveuse. Il y avait dans cette mièvre créature des ressorts inouïs; soit pour lutter contre un obstacle, soit pour satisfaire un caprice, soit pour se consoler des revers de l’amour.

Que disaient-elles, là, toutes trois? Ce que peuvent dire des jeunes filles amoureuses; elles s’entretenaient de leurs amoureux.

Malgré ses promesses, M. de Lomas n’était pas revenu. Geneviève était triste; et, en parlant de lui, des larmes tremblaient au bord de ses cils.

«Voyons, Geneviève, disait Fossette, faites la risette, et plus vite que ça. Si tu continues à pleurer ainsi, on ne pourra plus rester dans ton voisinage. C’est affreusement contagieux, la tristesse. Et moi, si j’étais deux jours sans rire, j’en ferais une maladie. Est-ce qu’on se laisse abattre pour un homme qui vous plante là!

—Vous avez raison, appuya Claudine; si Jaclard ne m’aimait plus, je l’aurais bientôt oublié. Mais, je crois que je le tuerais d’abord.

—Dieu! mesdemoiselles, cria une voix mâle de l’autre côté de la cloison, vous bavardez que la langue m’en démange.

—Monsieur Robiquet, repartit Fossette, nous vous prions de respecter notre intérieur.

—Puisque vous me refusez de participer à votre aimable conversation, dit la voix, je vais chanter.

—Accordé, monsieur Robiquet; vous danserez ensuite si le cœur vous en dit.»

Robiquet chanta en fausset:

 

Pour tant d’amour ne soyez pas ingrate….

 

«À part mon idole, reprit Fossette, et ce brave Robiquet, tous les hommes sont des infâmes, et ils se prétendent honnêtes! Peut-être ne tromperaient-ils pas un homme; mais ils trompent une femme sans la moindre vergogne, et une femme qui les aime encore! Ils n’ont pas de cœur, mais seulement de la gloriole. Ils n’aiment réellement une femme que si elle flatte leur vanité. Savez-vous pourquoi ils osent nous tromper ainsi? c’est qu’ils savent que nous avons intérêt à nous taire, et que nous n’oserons pas révéler leurs infamies. Non seulement ils nous trompent, mais encore ils nous exploitent. À quatorze ans, je servais un vieil écrivassier qui portait perruque, et qui, sous prétexte que la servante de je ne sais quel grand homme écoutait ses vers et lui donnait des conseils, me faisait asseoir devant lui pendant des heures entières pour me lire ses tragédies. Comme je n’y comprenais goutte, il me maltraitait, et, pour me venger, quand il ne me regardait pas, je lui tirais la langue. Un jour, il y avait plus de quatre heures que je me tenais droite sur une chaise à l’écouter; j’en avais des crampes. Tout à coup il me demande: «Eh bien! comment trouves-tu cela?—Quoi cela? Votre frimousse ou votre perruque? L’une portant l’autre, je les trouve affreuses.» Il devint furieux et me souffleta. Depuis ce moment, je le détestai. Mais je ne savais que devenir. Et puis il me promettait toujours de me mener au spectacle quand il aurait une pièce représentée; et je désirais tant voir un théâtre! Cette pièce ne s’est pas jouée, et jamais ce ladre ne m’a conduite au spectacle. Je l’ai quitté pour servir un peintre qui faisait des tableaux. Celui-là était plus gai que l’autre; mais comme les modèles coûtaient fort cher, il me drapait avec des morceaux d’étoffe et me faisait rester des journées entières dans la même position. Avec cela, jaloux comme un tigre, quand il sortait, il m’enfermait. Toute mon ambition alors était de porter des bottines. Il m’en promettait toujours et ne m’en dormait jamais. Les arts ne m’ayant pas réussi, je me jetai dans, le populaire. Je me disais: «C’est là seulement que je trouverai du cœur, de la franche et bonne gaieté.» J’aimai un serrurier. Ah! j’en ai vu de belles avec celui-là! Il était ivrogne et paresseux. Il me battait plus souvent que son enclume, et me forçait à travailler pour me voler mon gain et le dépenser au cabaret. Voilà donc les hommes! Des hypocrites qui font de belles phrases pour séduire les femmes; des brutaux qui les battent quand ils les ont séduites: en somme, des égoïstes qui ne songent qu’à satisfaire leurs vices. Après le serrurier, je me mis en garni à mon compte, jurant de ne plus aimer que les fleurs, et de ne plus habiter qu’avec elles.

—Et ton aristo, cependant? demanda Claudine.

—Je l’aime, c’est vrai, mais je reste libre, c’est convenu. J’ai fait serment de ne jamais le revoir s’il entreprenait d’attenter à ma liberté.

—Vous ne voulez donc pas vous marier? demanda Claudine.

—Me marier! mais ce serait bien pis. Se lier pour toujours, autant les galères, à perpétuité.

—Robiquet est pourtant un brave garçon, fit observer Geneviève.

—Sans doute. Mais impossible devine décider. Monsieur Robiquet, cria-t-elle de nouveau, assez de musique comme cela! Veuillez maintenant montrer à la société votre galant museau.»

Robiquet ne se fit pas prier. Il entra aussitôt, le sourire sur les lèvres; avec l’air gracieux d’un homme qui veut plaire.

«Monsieur Robiquet, ne confondez pas. Je vous ai dit de vous montrer; mais non pas d’entrer. Mlle Claudine avait oublié que vous avez le nez en trompette. Maintenant; merci; monsieur Robiquet, vous pouvez vous retirer.

—Ah! mais non! on ne met pas comme cela un honnête homme à la porte. Tant pis! Vous m’avez appelé; je m’assieds.

—Vous avez tort, monsieur Robiquet; dit Fossette avec un fin sourire. Je vais continuer mon histoire, et vous n’y êtes pas flatté. Donc, ma chère Claudine, vous avez vu cet excellent Robiquet. Depuis près d’un an, il me harcèle pour que je devienne son épouse devant Dieu et devant les hommes; comme disait dans ses drames le vieux monsieur à perruque. Oui, Robiquet est aussi simple que cela; il s’imagine qu’on se marie par complaisance. Monsieur Robiquet, je vais vous apprendre mon secret tout entier, et vous satires alors pourquoi je refuse l’honneur de m’appeler Mme Robiquet. Depuis que j’ai l’âge de raison, je me suis juré à moi-même de ne jamais épouser un instrument de musique.

—Mes chants vous déplairaient-ils, mademoiselle Fossette? dit anxieusement Robiquet.

—Non, c’est votre nez en trompette.

—Ah! mademoiselle Fossette, vous regardez mon nez avec des yeux mal disposés; car on m’a toujours dit: «Avec ton coquin de nez, Robiquet, tu as tout l’air d’un mauvais sujet.»

—Comme les nez sont trompeurs! reprit Fossette en riant.

—Allons bon! voilà que vous me reprochez ma vertu, à présent?

—Vraiment, j’ai peur que la présence ici d’un pareil mauvais sujet ne nous compromette, monsieur Robiquet.

—Mais qu’avez-vous donc, Geneviève? s’écria Claudine; comme vous pâlissez!

—Moi; dit Geneviève qui passa la main sur son front. Oh! ce n’est rien, un spasme. C’est fini.

—Ce sera vous, monsieur Robiquet, qui l’aurez bouleversée avec vos airs conquérants.

—Allons, mademoiselle Fossette, je retourne à mes chapeaux; mais, puisque vous êtes si méchante, je ne ferai plus vos commissions.

—Ah! une idée, monsieur Robiquet, si vous alliez nous chercher des sucres d’orge, cela remettrait Geneviève. Tenez, voilà trois sous.

—Gardez votre argent, mademoiselle. Vous me permettrez bien de vous faire ce petit cadeau.

—Vous savez, monsieur Robiquet, repartit Fossette en affectant un air sévère, que je n’accepte jamais rien des hommes.

—Jamais rien! murmura Robiquet en se dirigeant vers la porte. Et ces belles fleurs-là que vous apporte tous les huit jours un commissionnaire….

—Comme tu tourmentes ce pauvre garçon, Fossette, dit Geneviève, quand Robiquet fut dehors.

—Si je ne le tourmentais pas un peu, il est si bon, qu’il engraisserait.»