Le Duc Galant

Darcy Burke · Chapitre 8 sur 20

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Le Duc Galant

Chapitre 6

 

La brume s’estompe rapidement, chassée par son éclat.

Elle resplendit de chaleur et d’une immense joie. Aucune tempête, aucun ouragan ne peut résister,

Lutter contre son amour, à proximité.

 

-Extrait de Ode à Mademoiselle Jane Pemberton

Par le duc Galant

 

P ar la faute d’un autre orage survenu la veille, Lavinia ne se promena pas dans le parc, et ne vit donc pas Lord Northam. Cependant, elle avait passé beaucoup de temps à penser à lui. À ses mensonges. Aux raisons qui l’avaient poussé à agir ainsi. Au fait qu’elle l’aimait beaucoup.

Elle n’avait jamais eu d’ami masculin auparavant. Cela pouvait sembler étrange, car Lavinia tentait de se faire des amis partout où elle allait. Mais en raison des règles de la bonne société, il était très difficile de se lier d’amitié avec un membre de l’autre sexe. Apparemment, ils ne pouvaient pas passer de temps ensemble sans avoir de pensées sexuelles.

Ceci étant dit, Lavinia avait déjà eu quelques idées inappropriées. Et toutes avaient surgi après leur rencontre.

Sa bouche. Son cou.

Une sensation envahit sa colonne vertébrale, la faisant frissonner.

— As-tu froid ? lui demanda sa mère en levant les yeux vers le ciel couvert alors qu’elles arrivaient à Hyde Park. Nous devrions peut-être rentrer à la maison.

Elle avait hésité tout l’après-midi sur la question de savoir si elles devaient se rendre au parc. Le temps était plutôt frais, et l’orage de la veille l’avait sûrement rendu plus boueux qu’à l’accoutumée. Elles suivaient toujours les sentiers, bien entendu, mais ce n’était pas toujours possible les jours de grande affluence. Cependant, Lavinia doutait que ce soit le cas ce jour-là.

— Je n’ai pas froid, répondit la jeune femme, heureuse d’avoir apporté son manchon. J’aimerais continuer. Si le temps se gâte, nous pourrions rester coincées à la maison pendant des jours. Mieux vaut en profiter tant que nous le pouvons.

— Exact. Nous n’avons pas besoin de rester longtemps non plus. Je ne pense pas qu’il y aura grand-monde.

Lavinia lui jeta un regard exaspéré.

— Parfois, il est simplement agréable de se promener, mère.

— Oui, bien sûr. Mais il est inutile de le faire dans le parc détrempé si nous ne voulons pas être vues.

Se mordant la langue pour ne pas répondre, Lavinia franchit Grosvenor Gate et aperçut aussitôt M lle Lennox en compagnie de sa mère.

— Excuse-moi, mère. Je tiens à féliciter M lle Lennox. Je ne l’ai pas vue depuis ses fiançailles.

— Je viens avec toi, annonça la comtesse, douchant l’enthousiasme de Lavinia. Les premiers bans ont été lus dimanche, il me semble.

Elles s’approchèrent de M lle Lennox et de sa mère. Les deux femmes étaient pâles et avaient les cheveux noirs, mais alors que les yeux de la plus âgée étaient bruns, ceux de la plus jeune étaient d’un vert vif.

— Bonjour, madame Lennox, mademoiselle Lennox, les salua la mère de Lavinia.

M me Lennox sourit chaleureusement.

— Bonjour, Lady Balcombe, dit-elle avant de reporter son regard sur Lavinia. Lady Lavinia.

— Nous souhaitions vous présenter nos meilleurs vœux pour les noces prochaines de M lle Lennox. M. Sainsbury est un bon parti !

Lavinia n’était pas certaine que ce soit vrai. Cet homme était l’héritier d’une baronnie, mais elle l’avait toujours considéré comme faisant partie des « insincères » de la société, ces gens qui se comportaient d’une certaine manière lors d’une conversation polie et d’une autre lorsqu’on ne les regardait pas. Sauf qu’elle regardait toujours. Son habitude de faire tapisserie lui facilitait les choses.

— Il est tout à fait charmant, oui.

M me Lennox adressa un sourire à sa fille, qui avait l’air de s’ennuyer. Était-ce le cas ?

— Phœbe a beaucoup de chance. Le mariage aura lieu dans un peu plus de quinze jours. Il y a beaucoup à faire, évidemment.

— Je l’imagine sans mal. Mon fils aîné est marié, mais c’est différent lorsqu’il s’agit de votre fille.

— Oui, je le pense aussi. Phœbe est ma seule et unique fille.

Lavinia se rapprocha de M lle Lennox.

— Prenez-vous plaisir aux préparatifs ?

— Oui. Comme ma mère l’a dit, il y a plein de choses à faire, dit M lle Lennox, sans même un soupçon d’enthousiasme.

Peut-être n’appréciait-elle pas d’organiser un mariage.

— Et pourtant, nous voici au parc.

M me Lennox rit doucement.

— Pour que vous puissiez voir M. Sainsbury, répliqua-t-elle avant de se tourner vers Lavinia. Quel effet cela fait-il d’être la dernière bénéficiaire de la prose du duc Galant ?

Son expression innocente semblait indiquer qu’elle s’attendait à une réponse favorable.

La mère de Lavinia s’empressa de répondre, sans doute pour éviter que sa fille ne donne une réponse désobligeante.

— Cette initiative a assurément amélioré son image !

M me Lennox jeta un regard complice à la comtesse.

— J’imagine qu’elle a beaucoup de prétendants. Je parierais que vous allez bientôt organiser un mariage.

— Ce serait fantastique ! s’exclama la comtesse en hochant la tête. Je peux vous dire que j’ai commencé à me poser des questions. Les hommes décents et disponibles se font rares.

— N’oubliez pas qu’ils doivent être intéressants, intervint gentiment Lavinia.

— J’ajouterais « intelligent », dit M lle Lennox.

Lavinia acquiesça.

— Oh que oui !

M lle Lennox tourna la tête vers Lavinia.

— Croyez-vous que le duc Galant soit un homme intelligent ?

Le ton de sa voix en disait long à Lavinia.

— Sans doute, répondit cette dernière avec prudence. Il est au moins intéressant.

Elle adressa un sourire à la future mariée. Comme elle ne le lui rendait pas, elle le laissa disparaître.

— En tout cas, il est doué pour se mêler des affaires des autres.

M me Lennox intervint :

— Oh ! Je dirais plutôt qu’il aide. Phœbe est d’accord. Sans ses poèmes pour mettre en valeur la grâce de Phœbe, elle serait peut-être encore sur le marché du mariage. M. Sainsbury arrive par ici, ajouta-t-elle à l’intention de sa fille.

— Je n’étais pas malheureuse, murmura cette dernière.

Lavinia saisit l’occasion pour se rapprocher de M lle Lennox pendant que leurs mères discutaient.

— Êtes-vous malheureuse aujourd’hui ? murmura-t-elle.

Les paupières de la jeune femme se mirent à battre sous l’effet de la surprise.

— Non. Sainsbury est agréable et charmant.

— Et pourtant, vous n’avez pas l’air très enthousiaste.

La colère de Lavinia à l’égard du duc Galant refit surface. Non, sa colère contre Northam. Elle l’informerait qu’il avait peut-être gâché la vie de M lle Lennox en s’en mêlant. Sauf qu’il avait vraiment essayé d’aider. L’échec de sa sœur lui pesait manifestement beaucoup et l’avait poussé à agir.

— Tout cela s’est passé très vite, lui confia M lle Lennox. Ce pourrait être bien pire. Je me contenterai de M. Sainsbury. Cela vaut certainement mieux que de devenir vieille fille.

— Vraiment ?

Lavinia n’eut pas l’occasion d’en dire plus, car le fiancé de M lle Lennox arriva.

Ses yeux s’illuminèrent lorsqu’il la vit, et il la salua avec effusion. Ils échangèrent des banalités et Lavinia en vint à penser que M. Sainsbury était effectivement charmant et qu’il semblait épris de M lle Lennox. En fait, M lle Lennox reprit un peu de vigueur en sa présence, ses traits s’adoucissant lorsqu’il complimenta sa tenue de promenade.

Lavinia espérait qu’ils seraient heureux. Malheureusement, M lle Lennox était coincée avec son fiancé. Se rétracter après des fiançailles susciterait un scandale majeur, comme cela avait été le cas pour Diana, l’amie de Lavinia.

Comme sortie tout droit de son esprit, Diana apparut. Elle déambulait dans le parc en compagnie d’une autre protagoniste de leur « scandale », Violet, la duchesse de Kilve, que Lavinia avait rencontrée et avec qui elle s’était liée d’amitié lors d’une partie de campagne à l’automne précédent.

Avant que Lavinia ne puisse s’excuser auprès de sa mère, Sarah apparut comme surgie de nulle part.

— Lavinia, pourrions-nous aller marcher un moment ?

— Vas-y, dit la comtesse d’un ton résigné. Il n’y a pas beaucoup de monde ici, nous ne resterons donc pas longtemps.

Lavinia passa son bras sous celui de son amie.

— As-tu vu qui vient d’arriver ?

— Oui, c’est pour cela que je suis venue te chercher, dit Sarah.

Elles s’éloignèrent d’un pas rapide et croisèrent Diana et Violet sur le sentier. Diana leur sourit chaleureusement et elles finirent par s’étreindre et se lancer dans une conversation dont l’enthousiasme était proportionnel à leur joie de se retrouver.

Leur amie était rayonnante.

— Je suis tellement contente de vous revoir toutes les deux !

— Tu sembles tellement heureuse ! constata Sarah. Ce ne peut pas être dû au fait de nous revoir !

— Pourquoi pas ?

— Parce que ton bonheur transparaît dans toutes les lettres que tu as écrites. Ce n’est pas nous, c’est ton mari.

Diana rougit.

— Je ne peux pas le nier.

Violet acquiesça.

— C’est vrai.

Lui jetant un regard en coin, Diana éclata de rire.

— Tu es tout aussi heureuse !

— C’est vrai aussi, confirma Violet en souriant. Mais allons marcher et discuter de Lavinia et de cette affaire de duc Galant.

La joie pétillait dans ses yeux. Elle regarda Lavinia.

— Es-tu sur le point de te fiancer ?

Alors qu’elles s’engageaient sur le chemin, Lavinia secoua légèrement la tête.

— Bonté divine ! Non !

— N’es-tu pas courtisée ? s’enquit Diana.

— J’attire bien plus l’attention des hommes qu’auparavant, et la plupart d’entre eux ne méritent pas d’être mentionnés.

— La plus grande partie ? s’enquit Violet. Cela signifie-t-il qu’il y en a un qui mérite d’être mentionné ?

Sarah cilla en regardant Lavinia.

— Vraiment ? J’ignorais que quelqu’un avait retenu ton attention !

Pourquoi avait-elle dit « la plupart » ? Parce que cette saison n’était pas tout à fait ordinaire. À cause de Lord Northam. Et pourtant, que pourrait-elle leur dire de lui ?

Rien sans dévoiler la façon dont ils s’étaient rencontrés, le développement de leur amitié et la direction que prenait leur association maintenant qu’ils œuvraient à s’entraider. Elle se sentait un peu coupable d’avoir caché tout cela à Sarah, son amie la plus chère, mais elle avait promis à Northam qu’elle ne révélerait à personne qu’il était le duc Galant. Elle n’était pas certaine de pouvoir leur raconter toute l’histoire maintenant sans dévoiler cette partie. Quel imbroglio !

— Tu as raison, Sarah. Il n’y a rien qui vaille la peine d’être mentionné. C’est un défilé de prétendants, et j’en suis déjà lasse.

Elle jeta un regard en arrière vers sa mère, qui discutait maintenant avec quelques autres ladies. Leurs regards se portèrent sur Lavinia et son groupe, et la jeune femme tourna la tête.

— Ma mère aimerait que je me montre plus enthousiaste. Elle est persuadée que je serai mariée d’ici la fin de la saison.

Violet fronça les sourcils.

— Ce n’est pas ce que tu veux ? Je crois me souvenir que tu voulais te marier.

— Au bon gentleman. Quand, et s’il se présente. Ce n’est pas trop demander, n’est-ce pas ?

— Non, approuva Violet. Tu peux me croire. J’étais l’épouse d’un homme que je n’avais pas choisi et que je n’aimais pas. À présent que je suis mariée à un homme dont je suis follement éprise, je peux affirmer avec la plus grande certitude que tu dois attendre l’homme idéal. Si tu peux, ajouta-t-elle en souriant.

— C’est bien là le vrai problème, dit Sarah. Je ne suis pas certaine que ta mère te laissera repousser l’échéance plus longtemps. La mienne prie chaque jour pour que le duc Galant écrive sur moi ensuite.

Diana inclina la tête et observa Sarah d’un œil perplexe.

— Aurais-tu envie qu’il le fasse ?

Sarah haussa les épaules, à la grande surprise de Lavinia.

— Peut-être, répondit-elle avec un regard d’excuses vers son amie, haussant à nouveau les épaules. Je sais que tu n’as pas apprécié toute cette attention, mais je crois que je pourrais. Ou peut-être pas. Je crois que j’aimerais simplement avoir cette opportunité.

— Prends garde à ce que tu souhaites, lui dit Lavinia, l’esprit en ébullition.

Elle pourrait très aisément faire en sorte que le duc Galant écrive au sujet de Sarah. Mais elle connaissait son amie. Elle apprécierait peut-être l’attention, mais tomber amoureuse était encore plus important pour elle que pour Lavinia. Le manque de sincérité et la futilité l’épuiseraient tout comme ils épuisaient Lavinia.

Sarah souffla, et sa bouche se fronça très brièvement.

— Je suis sûre que tu as raison.

Lavinia espérait que son amie n’était pas triste, ou pire, jalouse de sa notoriété actuelle.

— Souhaiterais-tu réellement que le duc Galant écrive à ton propos ?

— Je ne sais pas. Peut-être ai-je simplement envie d’être aussi populaire que toi, dit-elle en souriant à Lavinia.

Elle était jalouse. La poitrine de Lavinia se serra douloureusement, et elle passa son bras dans celui de son amie.

— Je ne suis pas vraiment populaire, mais tu le sais déjà. Cela passera, et nous pourrons alors revenir à notre vie d’avant.

Sarah regarda Diana et Violet avant de reporter son attention sur Lavinia.

— En avons-nous vraiment envie ? Le mariage semble les rendre heureuses.

— Ce sont des aberrations, dit Lavinia en riant. Je plaisante. Mais elles sont amoureuses. Si nous trouvons l’amour, enfin, quand nous le trouverons, nous serons aussi répugnantes qu’elles.

— Et tu as bien raison, Lavinia, dit Sarah, inclinant la tête vers un groupe de femmes rassemblées sur un sentier adjacent, la popularité n’est pas si formidable que cela, surtout lorsqu’elle est motivée par de mauvaises raisons.

Les femmes les dévisageaient ouvertement toutes les quatre, et Lavinia s’apprêtait à s’excuser de les déranger lorsque les mots se bloquèrent dans sa gorge. Elle plissa les yeux en direction du groupe et, malgré sa myopie, se rendit compte qu’il y avait quelque chose de différent dans leur comportement.

Violet souffla.

— Il fallait s’y attendre. Nous savions que notre arrivée susciterait une avalanche de commérages et de jugements.

— Oui, confirma Diana qui observa Lavinia et Diana d’un air navré. Nous sommes navrées si cela vous cause des ennuis.

Lavinia et Sarah ricanèrent.

— Nous nous en moquons, dit la première. Vous êtes nos amies.

— De toute manière, c’est totalement absurde ! s’exclama Sarah, soudain véhémente. Vous êtes toutes les deux heureuses. Personne n’a été détruit ou blessé par ce qui s’est passé. Si Diana avait épousé Kilve, il y aurait aujourd’hui quatre personnes malheureuses, et non quatre personnes qui méritent le meilleur et qui vont l’avoir. Si ce n’est pas acceptable aux yeux de la bonne société, alors je ne veux pas en faire partie.

Elles se tournèrent et repartirent vers Grosvenor Gate.

— Je vais bientôt organiser un dîner, annonça Violet. Je veux montrer aux gens que Nick n’est pas vraiment le duc Solitaire.

— Il ne l’est pas ? lui demanda Lavinia avec un sourire taquin.

Violet lui répondit par un clin d’œil.

— Plus maintenant. Je pense que tu le trouveras bien changé. Diana et moi avons transformé nos ducs. Fi donc de tous ceux qui disent que ce n’est pas possible.

Lavinia se souvint de la conversation qu’elle avait eue avec sa mère au sujet des séducteurs repentis.

— Cependant, aucun d’entre eux n’était un séducteur. Je n’imagine pas que ce type d’homme puisse changer.

— Je pense que cela dépend de l’homme, intervint Violet. Une femme chanceuse pourra peut-être dévier le comportement de ce dernier de manière à ce qu’il se consacre entièrement à elle.

Elle échangea un regard complice avec Diana, et elles affichèrent des sourires plutôt satisfaits.

— Je crois bien qu’elles parlent de sexe, murmura tout fort Sarah à Lavinia qui éclata de rire.

Violet et Diana se joignirent à elles, et lorsqu’elles atteignirent Grosvenor Gate, elles se tamponnaient les yeux et projetaient d’aller faire des emplettes dans un avenir très proche.

Juste avant qu’elles ne se séparent, Lavinia se pencha vers Violet, et lui dit doucement :

— Lorsque tu enverras des invitations pour ton dîner, n’oublie pas d’en faire parvenir une au marquis de Northam.

Elle aurait ainsi l’assurance de le voir à cet événement, ce qui leur permettrait de discuter de leur projet d’entraide.

Les yeux de Violet s’écarquillèrent sous l’effet de la curiosité, mais avant qu’elle ne puisse en demander la raison, Lavinia ajouta :

— C’est un ami du frère de Sarah. Et il n’est pas très friand des événements de la bonne société. Je pense qu’il pourrait apprécier notre compagnie.

— Je ne manquerai pas de l’ajouter à la liste.

Elles se firent leurs adieux, et Lavinia scruta le sentier en plissant les yeux.

— Ma mère arrive, annonça-t-elle en se tournant vers Sarah. Elle n’avait pas vraiment envie de venir aujourd’hui, mais je l’ai entraînée avec moi. Et je suis ravie de l’avoir fait.

— Moi aussi. Quel plaisir de voir Diana et Violet !

Lavinia serra les mains de son amie.

— Oui. J’espère que tu n’es pas fâchée contre moi, à cause de tout ce qui se passe. Je préférerais échanger ma place avec la tienne. Cette situation te conviendrait bien mieux qu’à moi. J’ai juste envie de parler de roches, de terre, et de l’âge de la planète. Tout le monde se fiche de ces sujets.

— Oui, la mode et la littérature populaire sont bien plus intéressantes, dit Sarah en levant les yeux au ciel avant de rire doucement. Tu es mon amie la plus chère, et je t’aime au-delà de toute mesure. Je ne suis pas fâchée contre toi. Je suis heureuse pour toi, et j’espère sincèrement que ce chaos attirera l’homme de tes rêves. Maintenant, je dois partir avant que ta mère arrive.

Elle lui serra les mains, puis mima « désolée » en s’en allant.

La comtesse ralentit, mais ne s’arrêta pas en arrivant près de Lavinia.

— Je suis prête à partir.

Sa fille se mit au pas à côté d’elle.

— Alors je suppose que je le suis aussi.

Sa mère lui jeta un regard troublé, et elle craignit d’avoir à subir une leçon de morale. Elle avait raison.

— Pourquoi discutais-tu avec ces femmes ?

Ces femmes.

— Ce sont des duchesses, mère. Ce sont aussi mes amies. Tu apprécies Diana.

— C’était le cas lorsqu’elle était respectable. Aujourd’hui, c’est une paria. Mais je suppose que c’est aussi bien, parce qu’elle en a épousé un.

Lavinia s’arrêta net sur le trottoir, juste après Grosvenor Gate.

— Mère ! C’est mon amie. Et c’est une duchesse. Tu pourrais montrer un peu de respect, voire de gentillesse.

— Elle s’est enfuie avec le duc Ravageur ! Tu ne peux pas entretenir d’amitié avec elle, pas dans ta situation précaire !

— Maintenant, ma situation est précaire ? l’interrogea Lavinia plissant les yeux sous l’effet de la colère. Je la croyais enviable ?

— Pour l’instant, et grâce au duc Galant. Mais, ma chérie, tu ne facilites pas les choses, déclara-t-elle.

Elle saisit ensuite le coude de sa fille, et l’entraîna dans la rue.

— Tu pourrais choisir n’importe quel gentleman, et tu parviens à peine à te montrer polie.

— Ce n’est pas juste. Je suis tout à fait polie. Agréable, même. Certes, je manque parfois d’enthousiasme, mais nombre de ces gentlemen sont ennuyeux et imbus d’eux-mêmes, se justifia-t-elle, jetant un regard exaspéré à sa mère. J’ajouterai que je ne peux pas choisir n’importe quel gentleman.

Inexplicablement, le marquis de Northam lui vint à l’esprit. Elle ne voulait pas le choisir. C’était un séducteur doublé d’un poète, ce qui était aussi éloigné de la science qu’on pouvait l’être sans tomber de la Terre. Ce qui était impossible, bien sûr, puisqu’il s’agissait d’une sphère.

— Lavinia, fais attention !

— Oui, mère.

— Je ne veux pas que tu passes du temps avec les duchesses en ce moment. C’est une période importante, car ton avenir ne tient qu’à un fil.

Lavinia serra les dents et ravala une remarque sarcastique suggérant que sa mère aurait dû être comédienne. Son sens de la dramaturgie était sans égal. Elle repensa au dîner de Violet, et se promit de trouver un moyen d’y assister. Son père serait favorable à cette idée. Il s’inquiétait davantage de se rapprocher des ducs que de prêter attention aux commérages et à la méchanceté.

Elles terminèrent le trajet en silence, et, à leur arrivée, Lavinia se rendit directement dans sa chambre. Au diable la bonne société et ses règles idiotes ! Elle avait l’intention de demander à Lord Northam de lui trouver un mari aussi loin de Londres que possible.

Un universitaire d’Oxford pourrait être parfait, et elle se mit à voir comment l’amour pourrait passer au second plan. Si elle pouvait trouver la sécurité et la satisfaction sans avoir à subir les drames de la société qui épiait ses faits et gestes, et les jugeait, cela pourrait suffire.

Les paroles de Sarah lui revinrent. Peut-être aurait-elle la chance de trouver l’homme de ses rêves au milieu du chaos. Avec l’aide de Northam.

Comment se faisait-il alors que lorsqu’elle songeait à trouver un mari, c’était à Northam qu’elle pensait le plus souvent ?

 

L

L e jour suivant, Beck se rendit au parc à pied. Il aurait dû y aller la veille, mais il faisait froid et humide, et il se doutait que Lady Lavinia ne sortirait pas dans ces conditions.

Ou peut-être avait-il simplement cherché une excuse pour l’éviter pendant une journée. Ce qui était idiot, vu qu’il avait accepté de l’aider à trouver un mari. Et elle allait l’aider à trouver une nouvelle jeune femme sur laquelle écrire. De la même manière qu’ils ne pouvaient pas continuer à se rencontrer dans les bibliothèques, ils ne devraient sans doute pas continuer à se retrouver dans le parc. Leurs promenades avaient vraisemblablement déjà été remarquées, et c’était la principale raison pour laquelle il s’était abstenu d’y aller hier.

Dès qu’il franchit Grosvenor Gate, il la vit. Elle se tenait aux côtés de sa mère, et elles étaient entourées d’un grand nombre de personnes. Heureusement, Devaney n’était nulle part.

Beck se demanda s’il devait se donner la peine. Faire intrusion pourrait donner lieu à une scène comme celle de l’autre jour. Il avait déjà décidé qu’il ne voulait pas être lié à elle de cette manière. Bon sang ! De quelque manière que ce soit !

Sauf qu’il était lié à elle. Au moins en privé. Depuis la minute où il avait effleuré son cou de ses lèvres, ils étaient devenus étroitement liés, d’une certaine manière.

Étroitement liés ? Cette idée faisait naître en lui des pensées qu’il valait mieux oublier. N’avait-il pas déjà fait le serment de ne pas penser à elle ?

Alors qu’il restait là à tergiverser, Lady Lavinia plissa les yeux dans sa direction. Bon sang, cette femme avait besoin de lunettes. Il aimerait la voir avec. Il pourrait peut-être la convaincre de les porter. Sauf qu’apparemment, ce n’était pas de son ressort. Il ne connaissait pas du tout sa mère et avait à peine échangé quelques mots avec son père. Mais il était enclin à ne pas apprécier cette femme.

Lady Lavinia regardait toujours dans sa direction. Sa décision fut prise. Au mépris de son bon sens, il se jeta dans la mêlée.

— Oh ! Voici le marquis de Northam, dit sa mère en souriant. Encore.

Beck refréna l’envie de lever les yeux au ciel lorsqu’il s’inclina devant elle.

— Lady Balcombe, c’est un plaisir de vous voir en ce bel après-midi.

— Vous de même, Lord Northam. Je pense que vous êtes ici pour voir Lavinia. Pourquoi n’iriez-vous pas vous promener ?

C’était précisément pour cela qu’il n’avait pas eu envie de venir. Pas parce qu’il n’avait pas envie de se promener avec elle, bien sûr, et il le fallait pour qu’ils puissent échanger des informations, mais à cause de l’attention que cela attirerait. Il parvint à adresser un semblant de sourire à la comtesse.

— J’en serais ravi, si Lady Lavinia est d’accord.

Il se tourna vers elle, et elle manqua de lui arracher le bras dans sa précipitation.

— Oui, merci.

Ils s’éloignèrent du groupe et, à chaque pas, il la sentait se détendre de plus en plus.

— Vous êtes très tendue, remarqua-t-il.

— Vous avez vu ce troupeau ? lui demanda-t-elle en lui jetant un regard en coin. N’ai-je pas toutes les raisons de l’être ?

— Toutes les raisons, effectivement.

— Toutes les raisons du monde ?

— Oui.

Elle éclata de rire.

— Merci. Maintenant, je dois vous réprimander. Où étiez-vous hier ?

Il la regarda, surpris.

— Vous étiez là ?

— Oui.

— Vous avez bien du courage pour avoir bravé le froid.

— Il ne faisait pas si froid. En outre, il fallait que je sorte. Je deviens un peu folle lorsque je passe trop de temps à l’intérieur, expliqua-t-elle, lui adressant un sourire attendrissant. Voilà pourquoi j’aime tant les roches et la terre. Enfant, je passais mon temps à creuser, au grand dam de ma mère. J’aimais simplement être dehors.

Elle haussa les épaules.

Il se souvint de son enfance dans le Devon, près de la mer.

— Moi aussi. J’aimais marcher jusqu’à la plage et contempler l’océan. Je crois que c’est la vue et le son des vagues qui ont éveillé mon amour de la musique.

— Comment cela ?

Elle l’observait attentivement, et il se rendit compte qu’il n’avait jamais partagé cela avec personne. Pas parce qu’il s’agissait d’un secret, mais parce que la question n’avait jamais été abordée.

— Le rythme. Je le trouvais apaisant, comme une chanson. Ma nourrice chantait pour moi. Elle était irlandaise. Elle avait une magnifique voix chantante.

Fermant brièvement les yeux, il crut presque l’entendre chantonner dans le vent.

— C’est adorable. Je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle auparavant. Pour moi, l’océan est à la fois dur et implacable, creusant la terre, et doux et créatif, reprenant ce qu’il brise pour le reconstruire.

Sa description l’émut et il eut soudain envie d’écrire ses mots pour en faire une chanson. Il s’efforça de les mémoriser.

— Vous avez une langue de poète, dit-il doucement.

— Je ne crois pas que ce soit vrai, mais je vous remercie pour le compliment, lui dit-elle, puis elle le dévisagea un moment. À bien y réfléchir, c’est vous l’expert. Si vous dites que je suis capable de poésie, qui suis-je pour vous contredire ?

— Une chipie impertinente à la langue bien pendue, voilà qui vous êtes.

Il la taquinait, mais peut-être aussi flirtait-il avec elle. Comme il l’avait fait le soir où il l’avait rencontrée. Mais cette fois, elle ne paraissait pas offensée. Non, elle semblait… flattée, peut-être.

— D’abord, j’ai une langue de poète, ensuite, elle est bien pendue ? Faites un choix !

Elle lui lança un regard faussement exigeant, mais il ne pensait qu’à une chose : sa langue. Au diable tout cela !

Il s’éclaircit la gorge.

— Nous devrions nous concentrer sur ce dont nous devons discuter. J’ai reçu une lettre de mon ami d’Oxford, Horace Jeffries. Il vient en ville, et je vais organiser une rencontre entre vous deux.

— Comment allez-vous vous y prendre ? l’interrogea-t-elle.

— Je n’ai pas encore vraiment tout réglé. Je me dis que je pourrais l’amener au parc ?

Elle hocha la tête.

— Cela suffirait. Pourrait-il être invité quelque part ? Ou peut-être pourrait-il obtenir un bon pour le club Almack.

Beck frémit.

— Je n’y ai jamais mis les pieds. Certes, ils ne voudraient sans doute pas de moi.

— Trop séducteur ?

— Absolument.

— Eh bien, vous n’auriez pas besoin de venir. Nous n’essayons pas de déterminer si vous et moi sommes faits l’un pour l’autre.

Non, ce n’était pas le cas.

— Je vais organiser quelque chose, lui dit-il. En attendant, il nous faut un moyen de communication. Nous ne pouvons pas continuer à nous retrouver dans le parc. Peu importe si nous ne cherchons pas à savoir si nous sommes faits l’un pour l’autre, car les autres le feront pour nous. Si ce n’est pas déjà le cas.

Lavinia acquiesça, les lèvres pincées dans une moue pensive.

— Oui, je sais. Ma mère était ravie de vous voir entrer dans le parc, et elle espérait que vous viendriez vers nous. Je crois qu’il est important que nous nous évitions au cours des prochains jours. Alors comment allons-nous communiquer au sujet de nos objectifs ?

— En fait, j’ai un plan pour cela. Il y a un creux dans le tronc de l’arbre qui se situe à l’angle sud-ouest de Grosvenor Square. Si vous souhaitez me dire quelque chose, laissez-y un mot. Je le vérifierai tous les jours.

Elle posa sur lui un regard admiratif.

— Bien joué ! Et si vous avez besoin de me dire quelque chose ?

— Je peux faire de même, mais je comprendrais si vous ne pouviez pas venir ici tous les jours pour vérifier.

— Je suis sûre que je peux trouver quelque chose. Il n’est pas rare que je me promène avec ma femme de chambre ou un palefrenier. Il faudra simplement que je trouve une raison de venir jusqu’à cet arbre.

Elle se fendit d’un sourire.

Soudain, il eut une idée.

— Et si je signalais à l’extérieur de votre maison qu’il y a un message ?

— Quel genre de signal ? Peut-être un panneau qui dirait « Il y a une lettre pour vous à Grosvenor Square » ? suggéra-t-elle avant d’éclater de rire. Désolée, je n’ai pas pu résister. Évidemment, ce ne pourrait pas être cela.

Il rit avec elle.

— Non, effectivement. Ce serait quelque chose de plus… subtil, proposa-t-il.

Il réfléchit un long moment pendant qu’ils retrouvaient leur sérieux.

— J’attacherai quelque chose à la clôture en fer devant la maison de l’autre côté de la rue.

— Oh, c’est une idée brillante ! Et bien mieux que ma suggestion.

Elle sourit, et il rit à nouveau. Le terme « drôle » n’était peut-être pas une description adéquate de l’humour de Lady Lavinia.

— Et je le verrai facilement puisque ma chambre donne sur la rue. Au deuxième étage, dans le coin.

— Cette question étant réglée, nous devrions faire demi-tour. En chemin, vous pourrez me dire si vous avez identifié une jeune femme que je pourrais aider.

Ils firent demi-tour sur le chemin, et il sentit un léger changement dans le corps de la jeune femme. Elle se tendit à nouveau, mais pas autant que lorsqu’ils avaient démarré.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? lui demanda-t-il, inquiet qu’elle ne souhaite plus lui venir en aide.

— Je ne suis pas encore tout à fait sûre d’avoir une candidate.

Elle mordilla sa lèvre inférieure, ce qu’il ne l’avait jamais vue faire auparavant.

— Très bien. Faites-moi savoir lorsque ce sera le cas. Le rédacteur en chef du Morning Chronicle me harcèle pour un nouveau poème. Vous m’avez dit que M lle Pemberton n’apprécierait peut-être pas cette attention. Devrais-je renoncer à écrire un autre poème pour elle ?

— Oui, vous devriez. En fait, j’ai une idée.

Sa voix se perdit en même temps que son regard. Puis elle prit une profonde inspiration, et il eut l’impression qu’elle cherchait à rassembler son courage.

— Mon amie Sarah Colton.

Surpris, il la regarda en cillant. Il avait envisagé d’écrire ensuite sur M lle Colton, mais il avait abandonné cette idée après avoir constaté à quel point Lady Lavinia n’aimait pas cela.

— Elle ne partage pas votre point de vue sur mon ingérence ?

— Au contraire, elle est un peu jalouse, expliqua Lady Lavinia avec une légère grimace. Si seulement vous aviez écrit pour elle au départ…

— Je l’aurais peut-être fait si c’était elle que j’avais rencontrée et non vous ce soir-là.

Leurs regards se croisèrent, et il fut soudain plus conscient que jamais de la main qu’elle posait sur son bras. Une douce chaleur irradiait de sa main, et il se souvint du parfum des lys et du chèvrefeuille, son odeur lorsqu’il l’avait embrassée dans le cou.

Elle détourna le regard la première.

— Oui, si vous pouviez écrire un poème à son sujet, elle en serait ravie. Tout comme sa mère. Apparemment, elle prie pour cela tous les jours.

Beck gémit.

— Peut-être est-ce vraiment une erreur. Je n’avais pas prévu que cela prenne une telle… ampleur.

— Il est trop tard maintenant. C’est le sujet dont tout le monde parle.

Il détestait tous les ennuis qu’il avait causés, et il n’était pas certain de réussir à lui trouver un mari. Il aurait aimé pouvoir faire autre chose. Quelque chose qu’il pourrait contrôler. Une idée lui vint à l’esprit. C’était un petit geste, mais il se doutait qu’elle l’apprécierait.

— Lady Lavinia, votre intérêt pour la géologie s’étend-il aux fossiles ?

Ses yeux sombres s’illuminèrent.

— Oh, oui ! J’en ai une petite collection.

Lui aussi. Dans son enfance, il les avait ramassés autour de sa maison et ils étaient désormais rangés dans une boîte dans son bureau. Ils seraient bien plus appréciés s’ils étaient en sa possession. Il nota dans un coin de son esprit d’écrire à sa belle-mère pour qu’elle les lui envoie.

— Serait-il inconvenant que je vous demande de m’appeler Lavinia ?

Sa question le prit au dépourvu.

Elle agita la main.

— Bien sûr que ce serait inconvenant. Mais je m’en fiche. Nous sommes amis, et mes amis m’appellent Lavinia.

— Ce ne serait pas approprié.

— Non, mais notre association tout entière n’est pas appropriée. Quitte à enfreindre les règles, autant aller jusqu’au bout.

Il sourit devant son argument.

— Très bien.

Elle releva la tête pour le regarder.

— Vos amis vous appellent Beck ?

Il hocha la tête.

— Mon nom est William Beckett. J’étais le vicomte Beckett avant d’hériter du titre. Tout le monde m’a toujours appelé Beckett ou Beck. À l’exception de ma mère, qui m’appelait Will.

Une tristesse depuis longtemps enfouie l’envahit, comme une vague géante venue de la mer, une perturbation du rythme.

— Quand est-elle morte ? demanda Lavinia d’une voix douce.

— Quand j’avais quinze ans.

— Elle vous manque.

Il acquiesça.

— Oui, mais j’ai eu la chance d’avoir une belle-mère que j’aime et qui m’aime.

— Zut ! Nous sommes presque revenus à notre point de départ, constata Lavinia. Mais je crois que nous nous sommes dit tout ce que nous avions à nous dire.

Pas vraiment. Il appréciait beaucoup trop leur conversation. D’un autre côté, il était impatient de rentrer chez lui et de déverser sur du papier les mots qui lui trottaient dans la tête.

— Guettez mon signal, dit-il. Je vous informerai de l’arrivée de Horace, et je vous dirai quand venir au parc pour le rencontrer.

— Très bien. Et vous écrirez un poème à Sarah. Faites en sorte qu’il soit bon, s’il vous plaît… votre meilleur. Elle aime les chiens, si cela peut vous aider de le savoir. Et elle est friande de romans épouvantables, mais n’écrivez peut-être pas sur ce sujet.

Il éclata de rire une nouvelle fois.

— J’écrirai quelque chose qui méritera vos éloges.

— Ne l’écrivez pas pour moi. Écrivez-le pour son futur mari.

— Oui, bien sûr.

Ils marchèrent jusqu’à sa mère, et il partit assez rapidement, à la fois parce qu’il avait hâte d’écrire et de jouer de la guitare, et parce qu’il n’avait pas envie de faire la causette à la comtesse. Ou de l’encourager à croire qu’il allait faire la cour à Lavinia.

Ce n’était pas ce qui allait se passer. Ils étaient amis, et cela lui plaisait, en dépit de l’étrangeté de la situation. L’amitié entre un séducteur et une jeune femme célibataire était des plus improbables. Et si la bonne société venait à l’apprendre, malheur à eux, les gens les voueraient à l’Enfer.

Heureusement, Beck n’y croyait pas. Il ne pouvait pas. Beaucoup diraient que sa sœur s’y trouvait, et c’était une idée qu’il était simplement incapable de supporter.

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