Le Duc Galant
Chapitre 4
Aucun visage ne peut être plus harmonieux,
Aucun comportement ne saurait être plus joyeux.
Ses paroles guérissent les faibles et les éreintés,
Sa présence réchauffe l’humeur des plus déprimés.
-Extrait de Ode à Mademoiselle Phoebe Lennox
Par le duc Galant
L e lendemain, Lavinia accompagna sa mère au parc. L’après-midi était ensoleillé, mais un peu frais. Au moins, il n’allait pas pleuvoir.
— Pensez-vous voir le marquis de Northam aujourd’hui ? lui demanda sa mère alors qu’elles approchaient de Grosvenor Gate.
— Non.
Après leur conversation plutôt agréable la veille lors de la représentation musicale, il avait dit qu’il devait aller faire des choses immorales. Elle ne pouvait qu’imaginer de quoi il s’agissait. Une chaleur soudaine remonta le long de sa colonne vertébrale et elle sentit la pression de ses lèvres sur son cou, comme s’il se tenait à côté d’elle.
— Pourquoi pas ? s’enquit-elle, l’air contrarié. Ton père et moi espérions qu’il envisageait peut-être de te faire la cour.
— Ce n’est pas le cas. Avez-vous oublié que c’est un séducteur ?
— Non, mais même les séducteurs doivent se marier lorsqu’ils ont un titre. Peut-être seras-tu celle qui l’apprivoisera.
Elle tourna vers Lavinia un sourire impatient.
Elles franchirent la porte tandis que la jeune femme demandait :
— Ces hommes peuvent-ils se racheter ?
Sa mère la regarda en cillant.
— Est-ce vraiment important lorsqu’ils sont marquis ?
Un sentiment de dégoût envahit Lavinia. Impatiente de s’éloigner de sa mère, elle plissa les yeux en scrutant le parc jusqu’à ce qu’elle aperçoive Sarah. Mais avant qu’elle puisse partir, sa mère posa une main sur son avant-bras.
— Tu ne peux pas partir avec tes amies aujourd’hui. Tu dois t’attarder ici, pour qu’un gentleman puisse t’inviter à te promener.
— Et si personne ne le fait ? demanda Lavinia d’un ton doux.
— L’un d’entre eux le fera. Les choses changent, ma chérie. Tu es la fille d’un comte, tu as un visage agréable, et une dot. Il ne te manquait qu’un peu de notoriété pour te mettre en avant, et grâce au duc Galant, tu l’as maintenant. Tu seras bientôt mariée.
— Grâce au duc Galant.
Elle serra les dents en essayant de ne pas laisser transparaître le sarcasme dans son ton, mais lorsqu’elle vit les yeux plissés de sa mère, elle comprit qu’elle avait échoué.
— Tu devrais apprendre à te montrer reconnaissante.
— Je suis très reconnaissante pour beaucoup de choses : j’ai un foyer, une famille, dit-elle, quand bien même ils la frustraient énormément, j’ai la capacité de lire et d’apprendre, et tant d’autres choses encore. Pardonne-moi si je ne ressens pas l’urgence de me marier comme toi. Cela viendra en son temps. Vous savez que l’amour est important pour moi.
— Oui, nous le savons, mais cela fait trois ans, et il ne s’est rien produit du tout. Si tu traînes encore, tu vas perdre toutes tes chances. Tu ne veux pas être seule, n’est-ce pas ?
Avant qu’elle ne puisse répondre, un gentleman s’approcha. Il était de petite taille, avec des yeux bleu clair et une silhouette plutôt mince. Lavinia s’efforça de se souvenir de son nom. Elle avait rencontré tellement de nouvelles personnes au cours des derniers jours !
Sa mère vint à sa rescousse.
— Lord Fielding, comment allez-vous ?
— Très bien, merci, répondit-il en s’inclinant devant la comtesse, puis devant Lavinia. Bonjour, Lady Lavinia. J’espérais que nous pourrions aller faire un tour.
Lavinia se maudit d’être restée trop longtemps avec sa mère. Maintenant, elle n’allait pas pouvoir discuter avec Sarah. En tout cas, pas avant un quart d’heure.
— Certainement.
Elle s’obligea à sourire, et prit le bras que Lord Fielding lui offrait.
— C’est une belle journée, dit-il. On dirait que le printemps est dans l’air.
— Toutefois, il risque de faire froid ce soir.
Il hocha la tête.
— Peut-être. Ce soir a lieu le bal de Lady Abercrombie. Y serez-vous ?
— Oui. Et vous ?
— Moi aussi. Vous devez me réserver une danse.
Elle devait ? Ce n’était pas comme si elle pouvait refuser. À moins que… Croirait-il qu’elle avait déjà assez de partenaires ? Dommage, ce n’était pas le cas.
Elle s’obligea à dire :
— J’en serai ravie.
Un sentiment d’irritation lui pesait sur les épaules. Elle plissa les yeux et vit Fanny arriver et rejoindre Sarah. Elle en ressentit une vive jalousie. Ses amies regardèrent dans sa direction, et Sarah lui adressa un vague petit signe de la main. Si Lavinia ne pouvait percevoir leurs expressions exactes, elle les imaginait pleines d’empathie.
— Avez-vous une danse préférée ? s’enquit Lord Fielding.
Elle eut à peine le temps de répondre « pas particulièrement » qu’il se lança dans une longue comparaison des danses anglaises et des parties qui étaient meilleures que d’autres. Lorsqu’ils revinrent vers sa mère, Lavinia se rendit compte qu’elle accélérait le pas afin de terminer la promenade au plus vite.
Ils croisèrent un autre couple sur le sentier, et Lavinia constata, un instant trop tard, que la jeune femme était M lle Lennox. Ralentissant, elle tourna la tête.
— Il y a un problème ? s’enquit Lord Fielding.
— Non, j’étais juste…
Il ne sembla pas entendre autre chose que « non » et poursuivit son monologue sur les danses, lui précisant que sa préférée était le menuet. Zut ! Elle aurait vraiment voulu parler à M lle Lennox.
Enfin, Lord Fielding la ramena auprès de la comtesse, mais elle fut à nouveau déçue, car un autre gentleman vint aussitôt solliciter une promenade. Elle lança un regard envieux à ses amies, puis plissa les yeux assez fort pour voir qu’elles la regardaient avec une sorte de pitié.
Gémissant intérieurement, Lavinia accepta le bras de M. Barkby, et ils suivirent le même sentier qu’elle avait emprunté avec Fielding.
— Vous ai-je vue chez les Fortescue hier soir ? s’enquit-il.
— J’étais là, oui.
Elle ne l’y avait pas vu, mais elle ne le dirait pas.
— Je n’ai pas particulièrement apprécié, et vous ?
— Moi oui, en fait.
— Vraiment ? demanda-t-il, l’air très surpris. Qu’est-ce qui vous a plu ?
— Ils étaient tous très doués. La guitariste a fait montre d’une incroyable habileté.
Il fit claquer sa langue.
— Je ne l’ai pas aimée. Mais si je dois assister à une représentation musicale, je préfère écouter une soprano.
Elle tourna la tête vers lui.
— Pourquoi assister à celle d’hier soir, alors ?
Il croisa son regard sans la moindre ironie.
— Parce que c’est ce que l’on fait pendant la saison.
M. Barkby passa le reste de leur promenade à l’entretenir de ses sopranos préférées. Quand ils revinrent auprès de sa mère, Lavinia se faisait l’effet d’une fleur flétrie, en manque d’eau et de soleil, et envisageait de pleurer de frustration.
Un autre gentleman l’attendait déjà pour aller se promener avec elle. Lavinia avait envie de hurler, mais à cet instant, son regard se posa sur Lord Northam qui se trouvait non loin. Assez près pour qu’elle puisse le voir sans trop forcer sur ses yeux. Elle lui adressa un regard suppliant ; s’il y avait un moment idéal pour jouer le rôle de défenseur, c’était maintenant.
Il parut comprendre, car il s’avança vers elle à grands pas. Elle soupira de soulagement lorsque sa mère reporta son attention sur le gentleman qui se trouvait déjà là.
— Lavinia, voici Lord Devaney. Lord Devaney, permettez-moi de vous présenter ma fille Lady Lavinia.
Il s’inclina pendant qu’elle faisait la révérence, au moment où Northam arriva.
— Bonjour, les salua-t-il avec un sourire.
Devaney mesurait quelques centimètres de moins que Northam, qui devait faire plus d’un mètre quatre-vingt-cinq, mais il devait avoir cinq ans de plus que lui. Le nez de Devaney était un peu long et ses lèvres un peu minces. Il se tourna pour saluer le marquis.
— Bonjour, Northam.
Lord Northam hésita, et Lavinia identifia son problème, car elle avait déjà eu le même : ne pas se souvenir du nom de quelqu’un.
— Lord Devaney, appréciez-vous le parc aujourd’hui ? demanda-t-elle, non pas par politesse, mais parce qu’elle voulait prononcer son nom, de sorte que le marquis le connaisse.
— Bonjour, Devaney, le salua Northam.
De son œil gauche, le plus proche d’elle, il lui envoya un rapide regard reconnaissant.
Devaney renifla et reporta son attention sur la jeune femme.
— Le parc est très beau aujourd’hui, Lady Lavinia. Il le sera encore plus si vous marchez à mes côtés.
— En fait, elle a déjà prévu de le faire avec moi, nous avons organisé cela hier soir chez les Fortescue.
Il afficha un sourire neutre en se rapprochant de Lavinia.
Bonté divine ! C’était un petit mensonge sur lequel sa mère ne manquerait pas de l’interroger. La jeune femme pouvait déjà l’entendre. « Pourquoi m’as-tu dit que tu n’avais pas prévu de voir le marquis aujourd’hui, alors que c’était manifestement le cas ? » Avec un peu de chance, elle parviendrait à plaider l’oubli de manière crédible.
— Eh bien, vu que je suis arrivé ici le premier, je suppose que vous devrez attendre que nous ayons terminé, déclara Devaney.
Il parlait d’un ton assez plaisant, mais on sentait qu’il était tendu. Il jeta un coup d’œil vers l’horizon.
— Toutefois, si nous prenons trop de temps, vous risquez de ne plus avoir assez de lumière, affirma-t-il en jetant un regard acerbe et moqueur à Northam. Ce serait dommage.
— Effectivement. Et à cause de cela, et de notre accord préalable, elle devrait venir marcher avec moi.
Northam afficha un nouveau sourire, mais qui n’atteignait pas ses yeux. Il se rapprocha davantage de Lavinia.
Sa mère leva les mains, paumes tendues vers eux.
— Messieurs, n’allez pas vous battre au sujet de ma fille.
Elle rit, et sa joie était presque palpable aux yeux de Lavinia.
— Nous n’allons pas nous battre, affirma Devaney en regardant Northam de haut ; du moins essaya-t-il. Elle va venir se promener avec moi maintenant, et s’il reste du temps, Northam pourra l’emmener faire un tour rapide.
Lavinia n’arrivait pas à y croire. C’était totalement absurde. Oh ! Comme elle aurait aimé étrangler le duc Galant !
— Évanouissez-vous.
Le léger murmure lui parvint et elle jeta un regard vers Northam, qui inclina légèrement la tête pour lui indiquer qu’elle devait se laisser tomber. Était-il fou ?
Non, il essayait de résoudre ce dilemme. Ou alors, elle pouvait tout simplement aller marcher avec Devaney.
Au final, elle n’avait absolument pas le choix. Elle fléchit les genoux, battit des paupières, et se laissa tomber au sol.
Mais elle n’atteignit pas le sentier, car les bras chauds et forts du marquis de Northam, séducteur notoire, la rattrapèrent avant.
B eck la souleva dans ses bras, ce qui n’était pas chose aisée, car elle était plus grande que la moyenne des jeunes femmes. Ce n’était pas non plus un stratagème très bien pensé pour l’aider à éviter d’attirer l’attention. Cette aventure lui vaudrait sans doute d’être la femme la plus remarquée de Londres pendant les quelques jours à venir au moins.
Mais il était trop tard pour changer de cap, alors il se tourna vers sa mère.
— Où se trouve votre véhicule ?
Les yeux écarquillés, elle secoua la tête.
— Nous n’en avons pas pris.
— J’ai mon carrick.
Il inclina la tête en direction de Grosvenor Gate, où son véhicule restait stationné avec l’un de ses palefreniers. Il avait amené Philip avec lui pour surveiller le véhicule.
— Je peux la ramener chez vous. Quelle est votre adresse ?
— Vingt-cinq, Park Street, répondit la comtesse, l’air préoccupé. Je vous y rejoindrai.
Beck hocha la tête avant de tourner sur ses talons et de porter Lady Lavinia jusqu’à sa voiture. Tout le monde se retourna sur leur passage. Les paupières de la jeune femme se mirent à papillonner.
— Gardez les yeux fermés, murmura-t-il.
Ses deux amies, M lle lle Colton et M Snowden, s’approchèrent de lui. Leur visage était également marqué par l’inquiétude, peut-être plus encore que celui de la comtesse.
— Que s’est-il passé ? s’enquit M lle Colton.
— Je vais bien, dit Lady Lavinia à voix basse, mais avec vigueur, en gardant les yeux fermés. Lord Northam me sauve d’une situation intenable. Je vous en parlerai plus tard au bal.
Les deux jeunes femmes se détendirent visiblement, et Beck continua sa route jusqu’à son carrick. Il la déposa dans le véhicule, la calant contre le coussin.
— Gardez les yeux fermés jusqu’à ce que nous démarrions, lui intima-t-il avant de s’adresser à son palefrenier. Philip, je dois conduire Lady Lavinia chez elle. Retrouvez-moi à la maison, s’il vous plaît.
— Oui, my lord.
Il attendit pour partir que Beck soit monté et ait mis en route le carrick sur le chemin.
— Puis-je ouvrir les yeux ? s’enquit-elle.
— Oui.
Il la regarda alors qu’elle ouvrait les yeux et surveillait la route par le côté du véhicule.
— Eh bien, c’était une façon comme une autre de me sortir de cette situation, je suppose, constata-t-elle en s’asseyant sur le siège lorsqu’ils quittèrent le parc. J’ai plus que jamais envie d’étrangler ce maudit duc Galant.
Il grimaça, puis lui jeta un regard pour voir si elle l’avait remarqué. Elle n’en avait pas l’air ; elle était en train de rajuster son chapeau qu’il avait mis de travers en la portant jusqu’au carrick.
— J’ai voulu aider ! lui dit-il.
— Ce que j’apprécie. Ce n’est pas de votre faute si Lord Devaney s’est comporté comme un imbécile prétentieux. Ce n’est pas non plus votre faute si le duc Galant a causé ce désordre.
Mais il était responsable, bien sûr.
— Je me demande s’il se rend compte que vous ne tenez pas à ce qu’il vous vienne en aide.
— C’est une possibilité. Peut-être devrais-je lui écrire une lettre et la faire publier dans le Morning Chronicle.
Elle inclina la tête sur le côté, plissant légèrement les yeux, mais pas pour mieux voir. Elle réfléchissait.
— Oui, c’est une excellente idée.
Plutôt que de se concentrer sur ses regrets ou sa gêne, il tenta de faire de l’humour pour détendre l’atmosphère.
— Avez-vous l’intention d’employer de la poésie ?
— Bonté divine, non ! C’est une compétence plutôt unique à mon sens. Du moins, être bon dans ce domaine. Et le duc l’est assurément. Malgré tous ses défauts, et je veux bien lui en reconnaître beaucoup, il sait manier la plume.
Cela procura un absurde sentiment de joie à Beck, qu’il mit de côté.
— Je m’excuse d’avoir eu recours à une mesure radicale. Je n’ai pas su imaginer un autre moyen pour vous éviter de vous promener avec Devaney ou, ce qui était peut-être plus probable, d’assister à une bagarre à coups de poing.
Elle tourna son corps vers lui.
— Croyez-vous qu’il vous aurait frappé ?
Beck haussa les épaules.
— Moi, j’aurais pu le frapper.
Il coula un regard vers elle et vit ses yeux s’écarquiller brièvement.
— Vous êtes-vous déjà battu ?
— À Oxford. Felix, enfin, le comte de Ware et moi nous sommes attirés pas mal d’ennuis. Ware organisait des matchs de boxe amateur. Ils se transformaient généralement en bagarres d’ivrognes, avec de moins en moins de combats et de plus en plus d’alcool à mesure que la soirée avançait, lui expliqua-t-il.
Il grimaça à nouveau, et cette fois, il savait qu’elle l’avait vu.
— Mes excuses. Ce n’est pas un sujet de conversation très approprié pour une jeune femme.
— Peut-être pas, mais c’est bien plus intéressant que les danses préférées de Lord Fielding ou le penchant de M. Barkby pour les sopranos.
— De quoi parlez-vous ?
Elle agita la main.
— Rien. Ce sont simplement les sujets que j’ai été contrainte d’écouter dans le parc. Je suis certaine que vous m’avez évité de m’ennuyer avec Lord Devaney. Je suis convaincue qu’il aurait trouvé un sujet de conversation qui n’aurait amusé que lui, et qu’il n’aurait même pas remarqué mon indifférence. Pourquoi Sir Martin n’était-il pas là aujourd’hui ? Au moins, il a le potentiel pour être intéressant.
— Pourquoi cela ?
— Il s’intéresse aux sciences, et plus particulièrement à l’astronomie
— Sujets qui, bien sûr, vous intéressent beaucoup plus.
Pour une raison étrange, il était heureux que Sir Martin n’ait pas été là.
— Beaucoup plus, effectivement, confirma-t-elle.
Elle fit un geste vers le côté droit de la rue alors qu’ils approchaient de l’intersection avec Mount Street.
— Ma maison est juste là
Il repéra le numéro vingt-cinq.
— Pendant que nous sommes encore seuls, permettez-moi de m’excuser à nouveau pour ce qui s’est passé dans le parc.
— Je ne vous en veux pas du tout.
— Vous pourriez, car cela ne fera qu’accroître votre notoriété.
— Zut ! Vous avez peut-être raison. Non, vous avez raison.
Elle bascula la tête en arrière, et laissa échapper un soupir de frustration.
Il immobilisa le carrick et en descendit. Après avoir contourné l’arrière du véhicule, il l’aida à poser le pied dans la rue.
— Je regrette le désagrément que cela va vous causer.
— Ce n’est pas votre faute. C’est entièrement dû à l’indiscret duc Galant. Sans lui, votre intervention n’aurait même pas été nécessaire. Sans lui, j’aurais pu profiter d’une agréable promenade dans le parc avec mes amies.
Le cerveau de Beck travaillait d’arrache-pied pour trouver un moyen d’arranger les choses pour elle. S’il le pouvait. Il ne voulait surtout pas aggraver la situation, comme il l’avait probablement fait aujourd’hui. Il lui offrit son bras et la conduisit à la porte.
Le majordome leur ouvrit au moment où ils atteignaient le haut du perron. Elle lui lâcha le bras et se tourna vers lui.
— Merci de m’avoir raccompagnée. Ne vous inquiétez pas pour moi ou pour mon dilemme. Je crois que j’ai trouvé une solution.
— La lettre au Chronicle ? s’enquit-il.
La voyant hocher la tête, il lui fit une proposition qui n’était peut-être pas judicieuse, mais il la fit malgré tout.
— Je serais heureux de la livrer pour vous.
Ainsi, il pourrait s’assurer que le rédacteur en chef la publierait ; l’avocat de Beck la lui remettrait en mains propres et recevrait la garantie de l’homme en question.
Elle lui jeta un regard surpris.
— Cela me serait très utile, merci, mais je ne sais pas si c’est nécessaire.
Ils n’avaient pas le temps de poursuivre la discussion, à moins qu’il ne l’accompagne à l’intérieur, et il n’avait pas été invité. Non pas qu’il aurait voulu l’être. Bon sang ! Il s’approchait bien trop près d’une ligne qu’il n’avait aucune envie de franchir. Il avait été tellement accaparé par la situation de la jeune femme qu’il n’avait pas pensé à la sienne. Les gens allaient penser qu’il lui faisait la cour, ou qu’il voulait le faire. Ou, du moins, qu’il s’intéressait à elle. Elle n’était pas mariée, et lui était un séducteur. Un séducteur Insaisissable, selon les étiquettes de la bonne société.
Il ricana intérieurement. Il se moquait bien de savoir s’ils décrétaient qu’il prévoyait de se marier. Il savait que ce n’était pas le cas, et cela ne les concernait pas. Il s’inclina devant Lady Lavinia et retourna à son carrick, impatient de se mettre en route avant que sa mère n’arrive.
C’était une chose que la société dans son ensemble pense qu’il voulait se marier, mais c’en était une autre que la comtesse de Balcombe imagine qu’il voulait épouser sa fille. Il devait garder ses distances, ce qui ne lui permettrait pas de protéger Lady Lavinia des prétendants indésirables. Néanmoins, c’était nécessaire.
Une autre chose devenait nécessaire : il était temps que le duc Galant disparaisse.
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