Le Duc Galant
Chapitre 13
Douce mélodie ! Ses paroles font éclore les fleurs.
Doux visage ! Son amour chasse le malheur.
Cieux majestueux ! Elle chasse la nuit noire et cruelle
Loin de ceux qui voient briller la grâce en elle.
-Extrait de Ode à Mademoiselle Rose Stewart
Par le duc Galant
L a mère de Lavinia entra en trombe dans sa chambre. — Il est temps de se réveiller, ma chérie. Ton mal de tête devait être épouvantable, tu ne dors jamais aussi tard.
Elle ouvrit les lourdes tentures et se plaça au bord du lit de Lavinia.
Se retournant pour éviter le regard de sa mère, elle soupira.
— Oui. Et il est possible que je passe la journée au lit.
Quelle raison avait-elle de se lever ? Elle ferma les yeux pour se protéger de la lumière du jour.
— Oh non, pas aujourd’hui. C’est aujourd’hui que tu vas te fiancer !
Lavinia ouvrit brusquement les yeux et elle s’assit, se tournant vers sa mère.
— Quoi ?
— Sir Martin a abordé ton père hier soir au club et lui a demandé s’il pouvait faire sa demande aujourd’hui. N’est-ce pas merveilleux ?
Non, c’était terrible.
Pourquoi ? Elle avait déjà décidé qu’il était sa meilleure option.
Mais elle ne voulait pas de lui. Elle voulait Beck. Qui ne voulait pas d’elle.
Elle résista à l’envie d’enfouir sa tête sous son oreiller.
— À quelle heure arrive-t-il ?
— Bonté divine ! Tu ne sembles pas très enthousiaste, mais d’un autre côté, tu as dit que tu voulais passer la journée au lit, constata sa mère.
Le front de sa mère se plissa, et elle sembla soucieuse.
— Es-tu toujours malade ?
— Oui.
Elle était vraiment malade. Ou elle avait l’impression qu’elle pourrait l’être.
— Eh bien, repose-toi un peu. Je vais te faire monter du chocolat et des petits pains, proposa sa mère, qui, à l’occasion, pouvait se montrer très attentionnée et prévenante. Je suis sûre que Sir Martin n’arrivera pas avant un certain temps.
Elle adressa un sourire encourageant à sa fille avant de s’en aller.
Avec un gémissement, Lavinia se jeta sur le lit et contempla le plafond. La colère le disputait à la tristesse, alors qu’elle dirigeait toutes sortes de mauvaises pensées vers Beck. Quelques minutes plus tard, une domestique arriva avec un petit plateau qu’elle déposa sur la table située devant la fenêtre donnant sur la rue en contrebas.
Après son départ, Lavinia se leva et marcha jusqu’à la table. Elle prit un petit pain dont elle grignota un coin en écartant le rideau, espérant que le temps serait gris et pluvieux, pour s’accorder avec son humeur maussade.
Son cœur manqua un battement lorsqu’elle repéra un ruban bleu attaché à la balustrade de la maison d’en face.
Beck.
Que diable faisait-il ? Il s’était montré clair la veille, elle n’avait rien à espérer de lui. À moins qu’il n’ait changé d’avis.
Elle devait savoir.
Si elle appelait sa femme de chambre et lui demandait de l’aider à s’habiller pour une excursion, elle ne pourrait pas s’éclipser sans se faire remarquer. Et si elle disait à quelqu’un où elle allait, elle n’y serait pas autorisée. Sa mère insisterait pour qu’elle reste à la maison en attendant l’arrivée de Sir Martin.
Ce qui signifiait qu’elle devait s’habiller seule. Peu importe. Elle avait des vêtements qu’elle pouvait enfiler sans aide. Ce serait une tenue plus simple, mais une fois qu’elle aurait passé une pelisse par-dessus, elle aurait l’air tout à fait à la page.
Elle s’activa et se prépara en un temps étonnamment court. Mais elle était exceptionnellement motivée. Elle allait devoir maintenant s’éclipser de la maison sans se faire remarquer. Elle ne pouvait donc pas emprunter l’escalier principal. Sa mère était sans doute dans le salon avant, à guetter l’arrivée de Sir Martin, même s’il ne devait pas arriver avant quelques heures.
Oh ! Sir Martin. Elle se sentait mal de ne pas vouloir l’épouser. C’était un gentleman sympathique, bien qu’un peu autoritaire. Mais comparé à Beck, ce serait comme se contenter d’une tarte aux pommes de terre alors qu’il y avait peut-être un carré d’agneau rôti à disposition.
Elle devait voir si l’agneau était au menu.
Lavinia se dirigea vers la porte, et recula lorsqu’elle la vit s’ouvrir. Carrin écarquilla les yeux en voyant la tenue de Lavinia.
— Oh ! Vous êtes déjà habillée.
Tirant Carrin dans la pièce, Lavinia jeta un coup d’œil dans le couloir pour s’assurer qu’il n’y avait personne avant de refermer la porte.
— Il faut que je sorte, dit-elle.
Elle se rendait compte qu’elle pouvait avoir besoin de l’aide de sa domestique, et qu’elle pouvait lui faire confiance pour garder un secret.
— C’est ce que je vois, dit la domestique avec une pointe de sarcasme qui fit sourire Lavinia.
— J’ignorais que vous pouviez être aussi drôle, Carrin. Je dois m’éclipser. Ma mère ne doit pas savoir que je sors.
Les yeux de la domestique s’écarquillèrent à nouveau, mais brièvement.
— Vous voulez mon aide ?
— Oui, s’il vous plaît.
Carrin la fixa d’un regard perçant.
— Donnez-moi votre chapeau, vos gants et votre pelisse. Je vais les emmener discrètement en bas, puis je les porterai aux écuries.
Lavinia commençait à comprendre le plan de Carrin.
— Je vais sortir dans le jardin, puis retourner aux écuries.
— Là, je vous donnerai le reste de vos vêtements et vous vous mettrez en route.
Lavinia regarda sa domestique, stupéfaite.
— Comment se fait-il que je n’aie jamais remarqué ou apprécié votre esprit brillamment sournois ?
Carrin haussa les épaules.
— Apparemment, nous n’en avons jamais eu besoin avant.
Lavinia retira ses gants.
— Eh bien, je vous en suis profondément reconnaissante aujourd’hui.
Peu après, Lavinia se rendit au jardin sans incident. Elle parvint à se soustraire totalement à la vigilance de sa mère. Carrin l’attendait aux écuries, et l’aida à enfiler ses vêtements.
— Vous ne voulez pas que je vous accompagne, my lady ?
Lavinia secoua la tête.
— Il se peut que je ne m’absente que quelques minutes.
Elle devait simplement faire l’aller-retour jusqu’à Grosvenor Square. À moins que… et s’il l’attendait là, comme il l’avait déjà fait auparavant ?
Elle ne le saurait qu’une fois sur place. L’impatience la gagna alors que Carrin cherchait à placer une épingle dans son chapeau. Elle leva une main.
— Ne vous inquiétez pas des épingles. Je suis sûre que cela ira.
Carrin leva le nez vers le ciel.
— Il y a un peu de vent.
— Alors je le tiendrai, dit Lavinia.
Après avoir remercié une dernière fois sa femme de chambre, Lavinia quitta les écuries et sortit sur Park Street. D’un pas rapide, elle se dirigea vers Grosvenor Street, puis vers la place, consciente qu’elle n’avait pas d’escorte. Si quelqu’un la voyait, cela pourrait faire scandale. Peut-être aurait-elle dû emmener Carrin…
Elle agrippa son chapeau, le maintenant sur sa tête alors qu’elle atteignait la place et marchait à grands pas jusqu’à l’arbre, son regard balayant la zone. Dans sa hâte, elle n’avait pas pris ses lunettes, ce qu’elle regrettait à présent. Elle ne saurait pas si quelqu’un de sa connaissance la voyait ; heureusement, il n’y avait pas grand monde dans les parages.
Il n’y avait aucun signe de Beck non plus, et c’était décourageant. Mais il lui restait l’arbre… Elle plongea la main dans le creux et en sortit une feuille de papier à lettres pliée.
Ma très chère Lavinia,
Son cœur se serra et elle eut du mal à déglutir. Cela ne ressemblait pas à une missive d’un homme qui ne voulait pas d’elle.
Je crains d’avoir été trop expéditif lors de notre discussion d’hier
soir. J’espère pouvoir te parler dans le parc aujourd’hui. Je me
réjouis d’avance de te voir.
Bien à toi,
Beck
Oui, à elle.
Sauf qu’elle ne pouvait pas attendre de le voir au parc. D’ici là, elle serait fiancée à Sir Martin. Sans hésiter, elle tourna les talons, s’accrochant encore à son maudit chapeau, et se remit en marche, avant de s’arrêter brusquement ; où allait-elle ? Elle savait que Beck vivait sur Brook Street, et elle pensait que sa maison faisait l’angle. Mais lequel ?
Zut !
Elle traversa la place en direction de Brook Street en espérant que cela deviendrait évident. Ne méritait-elle pas un peu de chance ?
Soudain, elle se présenta à elle.
Beck était en train de s’approcher d’elle, le chapeau rabattu sur le front. Il s’arrêta en la voyant. Elle plissa les yeux pour essayer de distinguer son expression, mais en vain.
Tous deux se précipitèrent en même temps et jetèrent un coup d’œil autour d’eux pour déterminer qui pouvait les voir.
— Où est ta femme de chambre ? demanda-t-il d’un ton bourru.
Il balaya les environs du regard, puis se concentra sur son visage.
— Et tes lunettes ?
— J’ai laissé les deux à la maison. Et ne me dis pas que nous pourrons discuter dans le parc plus tard, parce que ce n’est pas possible. D’ici là, je serai fiancée à Sir Martin.
Il écarquilla les yeux, et elle sentit quelque chose dans son regard… du soulagement, peut-être ?
— Tu ne l’es pas déjà ?
Elle secoua la tête.
— Mais il va bientôt arriver pour faire sa demande.
Il jura à mi-voix, puis la fit pivoter et passa son bras sous le sien. Il se dirigea à grands pas vers Brook Street.
— Allons-nous chez toi ? s’enquit-elle.
Il s’arrêta juste avant qu’ils ne traversent l’angle de Brook Street, et se tourna pour la regarder.
— Nous ne devrions pas.
— Mais il le faut, protesta-t-elle.
Elle le tira en avant après avoir vérifié la circulation. Puis ils poursuivirent leur chemin jusqu’au coin de la rue.
— Est-ce ta maison ?
— Oui.
Il l’escorta rapidement en haut de l’escalier. La porte s’ouvrit aussitôt sur un domestique grand et plutôt beau ; le majordome, devina-t-elle. Beck lui lança un regard, mais ne dit rien, tout en la guidant devant un grand salon. Ils ne s’arrêtèrent que lorsqu’il l’eut menée dans une autre pièce, dans le coin avant de la maison, et qu’il eut refermé la porte derrière eux.
Elle balaya l’endroit du regard, et comprit aussitôt qu’il s’agissait de son bureau, ou de sa salle de musique, voire les deux. Il y avait un bureau, visiblement très utilisé, avec des plumes de différentes tailles éparpillées, ainsi qu’une pile de feuilles de papier à lettres dans un coin. Il y avait aussi des étagères de livres qu’elle avait envie de parcourir, même si elle savait qu’il n’en aurait pas sur la géologie. Enfin, dans un coin, trois guitares étaient disposées autour d’un tabouret rembourré.
Ses pieds l’y menèrent. Elle écarta les rideaux et découvrit qu’il avait une vue sur Grosvenor Square. Elle se tourna vers lui.
— Tu peux voir notre arbre.
— Oui.
Son regard était intense tandis qu’il s’appuyait contre la porte, là où elle l’avait laissé. Il retira son chapeau et l’envoya en direction de son bureau, mais sans l’atteindre.
— Lavinia, dit-il.
Jamais son nom ne lui paraissait aussi séduisant ni aussi magnifique que lorsque c’était Beck qui le prononçait.
— Je ne suis pas un gentleman. J’ai eu des relations avec des femmes mariées sans penser à leur mari. En dépit de cela, et peut-être en partie à cause de cela, j’ai cherché à aider des jeunes femmes comme toi à trouver le bonheur matrimonial. Et pourtant, il semblerait que j’aie toujours eu une piètre opinion du mariage. Je pense que c’est à cause de la manière dont ma sœur a été traitée. La vie d’une femme, son existence même, dépend du fait qu’elle se marie ou non, et c’est parfaitement injuste.
Elle était tout à fait d’accord avec lui, et pourtant elle ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir. Elle ne dit rien, attendant de voir s’il en viendrait au fait.
— M lle Lennox s’est désistée. Il n’y a pas eu de mariage ce matin.
Elle entendit la douleur dans sa voix et sut qu’il se sentait responsable. Elle revint vers lui et sentit que son chapeau glissait à nouveau. Marmonnant un juron, elle le jeta dans la même direction où il avait envoyé le sien.
Elle poursuivit son chemin jusqu’à se placer devant lui.
— Ce n’est pas de ta faute.
Beck avait le regard sombre.
— Elle ne se serait peut-être pas fiancée à Sainsbury si je n’avais pas été là.
— Peut-être. Ou peut-être qu’elle l’aurait fait, dit Lavinia en haussant une épaule. Tu ne dois pas te torturer.
Et pourtant, elle voyait bien que c’était ce qu’il faisait. Elle commençait à entrevoir une autre facette de cet homme, qu’il gardait bien cachée.
Elle posa une main sur son torse, écartant les doigts sur le devant de son manteau.
— Jane Pemberton m’a dit que M lle Lennox avait vu Sainsbury avec une autre femme. Ce n’est pas ta faute, répéta-t-elle en le regardant sérieusement. Pourquoi m’as-tu repoussée hier soir ?
— Parce que c’était la bonne chose à faire.
— Vas-tu me repousser aujourd’hui ? lui demanda-t-elle, fléchissant brièvement sa main contre lui. Si tu le fais, il n’y aura pas de retour en arrière. Sir Martin va venir, et je devrai dire « oui ». Sinon, mes parents trouveront quelqu’un que je n’apprécierai peut-être pas.
Elle vit le tourment qui agitait le regard de Beck, et murmura :
— De quoi as-tu peur ?
— De toi, répondit-il d’une voix à peine audible. Et de moi.
— Seuls ou ensemble ? Je préfère cette dernière solution, et je ne pense pas que tu aies à craindre quoi que ce soit.
— Tu n’en sais rien. Je suis… difficile.
Elle commençait à s’en rendre compte.
— Je suis patiente, répondit-elle en pensant à ses propres défauts. La plupart du temps. Et surtout quand c’est important.
Elle le regarda droit dans les yeux : elle se languissait de l’embrasser.
— Je manque de temps, Beck. Que voulais-tu me dire au parc ? Tu dois le dire maintenant, ou te taire pour toujours.
— Épouse-moi.
Elle avait voulu entendre ces mots, pourtant elle n’arrivait pas à croire qu’il les avait prononcés. Peut-être parce qu’il donnait l’impression d’être écartelé sur un chevalet.
— Pardon, mais ton offre ne me semble pas particulièrement irrésistible.
Il se laissa glisser le long de la porte, jusqu’à se retrouver à genoux devant elle. Son regard exprimait un désir impérieux et une foule d’émotions qu’elle ne pouvait que deviner. L’humour qu’elle avait tenté de maintenir pour se protéger s’était envolé face au… désespoir de Beck.
— Lavinia, épouse-moi. J’ai parfois des humeurs noires et, comme je l’ai dit, je ne me suis pas comporté comme un gentleman le devrait. Mais je ne peux pas imaginer l’avenir, mon avenir, sans toi.
Ses paroles la réchauffaient et la ravissaient, mais elle ne comptait pas lui faciliter la tâche, pas même face au tourment qu’il endurait manifestement.
— Seras-tu fidèle à notre mariage ?
— Je n’ai pas pensé à une autre femme, je n’en ai regardé aucune autre depuis que je t’ai embrassée dans le cou.
Il semblait plutôt surpris de son aveu. Mais aussi fier et satisfait.
— Je ne veux que toi. Je ne peux pas imaginer vouloir quelqu’un d’autre que toi.
Le désir la fit frissonner.
— Oui, dit-elle, prenant son visage dans ses mains. Oui, je vais t’épouser. Maintenant, lève-toi et embrasse-moi.
— Je vais faire plus que cela.
Il arracha ses gants et se leva, puis la prit dans ses bras, sa bouche s’écrasant sur la sienne avec une intensité fiévreuse. Il plaqua les mains dans son dos, la serrant contre lui. C’était la sensation la plus délicieuse au monde que d’être tenue par cet homme.
Qui allait devenir son mari.
Elle passa les mains autour de son cou et enfonça les doigts dans les cheveux sur sa nuque. Il plongea sa langue dans sa bouche et elle accepta son invasion, l’explorant et le goûtant à mesure que le désir montait en elle.
Il lui fit cambrer le dos, la plaquant contre lui alors qu’elle fléchissait légèrement les genoux. La main de Beck descendit plus bas, sur ses fesses, et la retint tandis qu’il se collait à elle.
Elle gémit dans sa bouche. Elle voulait ressentir ce qu’elle avait éprouvé à la sablière l’autre jour. Aucun autre homme ne serait jamais à la hauteur. Si elle avait épousé le pauvre Sir Martin, elle l’aurait comparé à Beck.
Il la mit debout et s’écarta, baissant les yeux sur les vêtements de Lavinia. Sans un mot, il lui retira ses gants et les jeta, puis il entreprit de détacher sa pelisse.
Elle frissonna, se disant qu’il était heureux qu’elle se soit habillée aussi simplement. Captivée par le sortilège qu’il avait tissé autour d’eux, elle le laissa la dépouiller de son vêtement extérieur. Il le déposa délicatement sur le dossier d’une chaise, ce qui, tout en étant attentionné, déclencha une tension dans le ventre de la jeune femme. Elle voulait qu’il aille plus vite. Elle voulait qu’il la touche. Elle voulait s’assurer que tout cela était bien réel.
Il revint vers elle et la retourna pour dénouer les lacets de sa robe de jour. La tâche fut rapide et elle sentit le tissu se détendre et l’air effleurer sa chair juste au-dessus de son corset et de sa chemise. Elle tira le vêtement vers l’avant et le laissa retomber à ses pieds. Il se pencha pour le ramasser alors qu’elle se dégageait de la mousseline. Il l’amena à la chaise et le déposa soigneusement par-dessus la pelisse.
Elle se débarrassa de son jupon et l’écarta d’un coup de pied. Lorsqu’il voulut le ramasser, elle lui dit :
— Ne t’occupe pas du reste. Tu es bien trop méticuleux. Es-tu sûr d’être un séducteur ?
Il haussa un sourcil blond foncé vers elle, et le coin de sa bouche se retroussa dans un sourire séduisant qui lui fit perdre ses moyens.
— Sans le moindre doute. Dois-je t’en faire la démonstration ?
Elle déglutit, mais elle ne pouvait pas parler ; elle ne parvint qu’à hocher la tête.
Il la contourna et délaça son corset court. Il posa les lèvres dans son cou, à cet endroit même où il l’avait embrassée pour la première fois de nombreuses nuits plus tôt dans la bibliothèque des Evenrude. Le corset, qu’elle n’avait pas réussi à serrer très fort, se relâcha et lui retomba sur la taille.
La bouche de Beck continua à longer son cou, remontant jusqu’à son oreille, puis elle redescendit pour en mordiller le lobe. Il lécha sa mâchoire, puis revint dans son cou, faisant glisser ses lèvres jusqu’à sa nuque. Il saisit le haut de son corset et l’agrippa fermement en embrassant son dos et ses épaules.
Puis ses mains remontèrent le long de sa cage thoracique jusqu’au-dessous de ses seins. Il la toucha à travers la chemise et elle haleta, inclinant la tête sur le côté pour qu’il ait pleinement accès à son cou, sa clavicule et son épaule. Elle n’avait jamais été autant exposée à quelqu’un, et c’était divin.
Ses doigts tirèrent doucement sur ses mamelons tandis qu’il la plaquait contre lui, et elle sentit la pression ferme de son sexe raide contre ses fesses. Elle avait envie de se tourner, de l’embrasser, mais elle ne voulait pas que ses caresses cessent. Ses seins étaient lourds et généreux, et ses caresses ne faisaient que renforcer cette sensation.
Il saisit le bord de son décolleté, le relâcha et tira le coton vers le bas jusqu’à ce que ses seins soient libres. Alors il posa les mains sur sa chair nue. Il était chaud et dur ; elle ne put contenir son gémissement. Ce qu’il faisait déclencha une vague de désir au plus profond d’elle-même, la poussant à le vouloir là. Elle ignorait que son corps fonctionnait ainsi et se demandait maintenant ce qui lui échappait encore. Tant de choses. Et il les lui apprendrait toutes.
Elle voulut se tourner dans ses bras, mais il abaissa une main sur son abdomen et la maintint contre lui.
— Ne te retourne pas. Pas encore.
La main posée sur son sein pinça son mamelon, tirant sur sa chair jusqu’à la faire crier. Une nouvelle vague de sensations l’envahit, et ses jambes flanchèrent.
— Je te tiens, murmura-t-il contre son oreille.
La langue de Beck parcourut sa chair tandis qu’il caressait son sein et glissait sa main vers le bas.
Elle sentit de l’air sur ses jambes, et comprit qu’il était en train de remonter sa chemise. Elle retint son souffle jusqu’à ce que le tissu se retrouve autour de sa taille, avec le corset. Anticipant la suite, elle écarta les jambes.
Ses doigts caressèrent doucement ses replis intimes.
— Tourne la tête et embrasse-moi, Lavinia.
Elle fit ce qu’il lui demandait et sa bouche s’empara de la sienne. Il plongea la langue dans la bouche de la jeune femme, au moment où son doigt s’enfonçait dans sa chair. Elle gémit, à peine capable de tenir debout, mais il la maintenait fermement contre lui. Ses mains faisaient monter son excitation.
Il se balança contre elle, et elle sentit à nouveau la dureté de son membre contre ses fesses. Elle était à la fois perdue dans les affres de l’extase et avide d’en avoir plus.
Soudain, il la souleva dans ses bras et l’amena jusqu’à la méridienne où il l’allongea. Il se débarrassa de son manteau et arracha sa cravate de son cou avant de se pencher, et, sans préambule, il prit son sein dans sa bouche. Il poussa ses vêtements vers le bas, et elle se déhancha lorsqu’il les dégagea.
Ses lèvres et sa langue taquinaient son mamelon, léchant et suçant légèrement avant de tirer fort sur sa chair. Elle s’agrippa à sa tête, et se fit violence pour ne pas lui arracher les cheveux. Le désir qui enflait en elle était presque insupportable.
Elle ignorait combien de temps il consacra à ses seins, mais à chaque coup de langue et à chaque succion, ses hanches pivotaient et elle commença à se soulever de la méridienne. Elle voulait qu’il remette sa main entre ses jambes. Ou, mieux encore, son sexe.
Mais il ne fit ni l’un ni l’autre. À la place, sa bouche descendit le long de son abdomen et elle se crispa, se demandant ce qu’il voulait faire. Malheureusement, elle dut attendre le temps qu’il lui retire ses demi-bottes. Elle s’impatienta, pensant au temps qu’il lui faudrait pour lui retirer ses bas, mais, à sa grande surprise, il s’en abstint.
Il lui agrippa les genoux et la fit descendre sur la méridienne, au bout de laquelle il s’agenouilla. Ses doigts caressèrent brièvement sa chair avant que ses lèvres ne se posent sur elle. Son baiser était léger, effleurant ses boucles. La gêne l’envahit et elle se redressa partiellement.
— Beck, ça ne peut pas être…
— C’est ce que je préfère. Je te le promets. Cela fait si longtemps que je voulais te goûter là. Laisse-moi faire, Lavinia, je t’en prie.
Il la regarda droit dans les yeux, et elle se perdit totalement.
Sa honte s’effaça devant le désir pur qu’elle voyait en lui, un désir qu’elle ressentait aussi. S’efforçant de se détendre, elle s’allongea. Son baiser était doux encore une fois, rien que ses lèvres contre elle tandis que ses doigts taquinaient ses replis intimes. Puis il glissa en elle tout en suçant légèrement l’endroit tout en haut où il l’avait touchée l’autre jour. Une décharge brutale de désir la traversa et elle se cambra sur la méridienne.
Il posa sa main sur son bassin et la maintint en place tandis qu’il passait la langue le long de son repli. Cette sensation déclencha une nouvelle décharge, mais il ne la laissa pas bouger. Il la coinça, captive de sa bouche. Et oh ! Les choses qu’il faisait avec !
Lavinia n’aurait jamais pu imaginer un tel plaisir. Ce qu’il avait fait l’autre jour avait tant accaparé son esprit et son corps qu’elle n’aurait jamais pensé ressentir de nouveau l’équivalent. Mais d’une certaine manière, c’était mieux encore. Ce qu’il préférait, avait-il dit. C’était en train de devenir son activité favorite aussi.
La tension monta dans ses muscles tandis que les doigts de Beck se glissaient dans son intimité et qu’il suçait sa chair. Des lumières dansaient derrière ses paupières ; elle rejeta la tête en arrière contre la méridienne.
Il retira sa main de son bassin et attrapa ses cuisses, drapant ses jambes sur ses épaules tandis qu’il enfouissait sa langue profondément en elle. Son orgasme explosa dans tout son corps, contractant tout pendant qu’une vague d’extase l’enveloppait. Elle cria inconsciemment, ses jambes frémissant sous l’effet de la tempête qu’il lui imposait.
Lentement, elle revint à elle, et se mit à grimacer. Elle était étalée devant lui de façon si impudique… Et pourquoi aurait-elle fait preuve de pudeur ? Elle allait devenir sa femme. Et pourtant, elle se sentait si exposée. Peut-être parce qu’il était encore presque entièrement vêtu.
Il s’accroupit et leva le regard vers elle. Ses yeux brillaient d’une satisfaction toute masculine et de désir. Elle s’appuya sur ses coudes.
— Pourquoi portes-tu autant de vêtements ?
— Je ne peux pas aller parler à ton père en étant nu.
Elle baissa les yeux sur son propre corps alangui.
— Tu crois que moi, je peux ?
Beck afficha un sourire diabolique.
— Non, mais j’aime te voir comme ça. Tu as des seins magnifiques.
Il remonta le long de son corps et en saisit un, attrapant le mamelon dans sa bouche. Le désir l’envahit à nouveau, comme si elle ne venait pas d’être emportée.
Elle l’attira entre ses jambes, il gémit contre sa chair.
— Lavinia, nous devrions y aller.
— Cela fait maintenant deux fois que tu me donnes du plaisir, et je n’ai pas eu l’occasion de te rendre la pareille.
Il releva la tête pour la regarder.
— As-tu la moindre idée de ce qu’il faut faire ?
Elle pinça les lèvres.
— Compte tenu de ce que je viens de faire et de ta réaction, je dirais que j’ai au moins une petite idée. Et ce n’était rien. Peut-être que si je te retirais tes vêtements…
Elle tira sur les boutons de son gilet, et, dans sa hâte, l’un d’eux s’envola. Elle suivit sa trajectoire, puis le regarda avec un sourire d’excuse en repoussant le vêtement sur ses épaules.
— Désolée.
Le regard de Beck s’assombrit, puis il plaça un genou entre les jambes de Lavinia pour s’équilibrer tandis qu’il passait sa chemise par-dessus sa tête.
— Tu me veux, Lavinia ?
Elle fixa son torse et passa les mains sur sa chair brûlante.
— Oh, oui !
— Alors, prends-moi.
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