Le Duc Galant

Darcy Burke · Chapitre 17 sur 20

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Le Duc Galant

Chapitre 15

 

 

Comme l’alouette fait entendre sa douce chanson,

Sa sagesse et sa sérénité sont sans comparaison.

Pardon ! Compassion ! Son cœur est libéré.

Pour les mortels, sa beauté sera célébrée.

 

-Extrait de Éloge de Mademoiselle Phoebe Lennox

Par le duc Galant

 

G age ouvrit la porte à Beck et prit immédiatement son chapeau et ses gants.

— Marié, my lord ?

Il ne prit pas la peine de dissimuler son choc.

— Oui.

Beck se rendit dans son bureau, s’attendant à ce que Gage le suive.

— Je n’imaginais pas que vous l’envisagiez, lui dit le majordome. Non pas que je m’attende à ce que vous me révéliez tout.

— Je ne l’envisageais pas, lui avoua honnêtement Beck qui s’avança jusqu’à son bureau.

— Eh bien, j’espère que vous serez très heureux et qu’il ne s’agit pas d’une situation… précipitée.

Beck entendait le soin que Gage mettait à choisir ses mots. Il s’efforçait toujours de se montrer respectueux, tout en sachant que Beck appréciait ses conseils. Celui-ci prit place derrière son bureau.

— Vous craignez que je l’aie compromise, et que nous soyons contraints de nous marier.

— N’est-ce pas le cas ? s’enquit Gage, sans que sa question comporte la moindre trace de jugement ou d’accusation.

— Je l’ai demandée en mariage d’abord.

Et il recommencerait, si l’occasion lui était donnée. Il poursuivit.

— Elle était sur le point de se fiancer à quelqu’un d’autre, et j’ai compris que je ne pouvais pas vivre avec cette idée.

— Voilà qui me semble plutôt définitif, lui dit Gage.

Parce que cela l’était. Lavinia avait pris une place importante dans sa vie. Il attendait avec impatience chaque moment qu’il pourrait passer avec elle, et il avait commencé à chercher à les multiplier. Désormais, il était rassuré : ils auraient d’innombrables moments ensemble pour le reste de leur vie. Il n’y avait jamais réfléchi, du moins pas depuis qu’il avait eu le cœur brisé. Il n’aimait pas s’attarder sur des choses qui ne se réaliseraient peut-être jamais, et il n’avait jamais imaginé non plus tomber à nouveau amoureux.

Cela signifiait-il qu’il était tombé amoureux de Lavinia ? Il le pensait. Du moins, s’il savait vraiment ce qu’était l’amour. Il avait cru le savoir avec Priscilla, mais c’était différent. Lorsqu’il envisageait un avenir sans Lavinia, il lui semblait bien plus lugubre que toute la douleur qu’il avait éprouvée après le rejet de Priscilla.

— Avez-vous fixé une date de mariage ? lui demanda Gage. Je voudrais préparer le personnel au changement dans le ménage.

Évidemment. C’était la suite logique. Beck n’avait pas vraiment réfléchi à la question. Il devait immédiatement écrire à Rachel. Elle allait probablement vouloir venir à Londres pour le mariage.

— Cela se fera assez rapidement, dit Beck. Ma fiancée est un peu impatiente.

Il ravala un sourire. Il lui était reconnaissant de son incapacité à attendre.

— Les bans seront lus demain et la cérémonie aura lieu lundi en quinze.

Surpris, Gage cligna des yeux.

— C’est rapide ! Le plus rapide possible.

— Sans permis spécial, oui.

Ce qu’il aurait volontiers obtenu, surtout pour satisfaire Lavinia. Le fait qu’elle ait capitulé face aux souhaits de sa mère pour lui accorder le mariage qu’elle voulait pour sa fille témoignait de sa gentillesse et de sa générosité. Ce qui ne faisait qu’augmenter son amour pour elle.

— Y a-t-il quelque chose à faire avant l’arrivée de la nouvelle marquise ? Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais je suis sûr que nous pourrions apporter des changements si nécessaire.

Beck le regarda d’un air absent. Pour la première fois, il se rendait vraiment compte qu’il allait devoir partager sa maison, qu’il avait toujours chérie comme son espace privé. C’était une chose de partager Waverly Court avec Rachel et son demi-frère, surtout depuis qu’il s’était mis à penser que George hériterait un jour du titre. Mais aujourd’hui, ce ne serait pas le cas. Tout dans sa vie avait changé cet après-midi, et il commençait à peine à en comprendre l’impact.

Un sentiment de malaise l’envahit, comme lorsqu’on jette une pierre dans un lac et que les ondes perturbent la surface lisse de l’eau. Beck était peut-être tranquille en surface, mais au-dessous se dissimulait un sombre enchevêtrement, que Lavinia avait entrevu aujourd’hui. Que dirait-elle la première fois qu’il s’enfermerait dans son bureau et n’en sortirait pas pendant une journée ? Le ferait-il encore après leur mariage ?

Il s’adossa à son fauteuil en soufflant et se rendit compte que Gage attendait toujours sa réponse.

— Je ne vois pas de changements à apporter pour l’instant, mais j’inviterai Lavinia à visiter la maison et je lui demanderai son avis. Elle aura besoin d’un bureau à elle. Avec des étagères.

— Le salon de l’étage ? suggéra Gage.

Cela pourrait convenir, mais Beck se demandait s’il n’aimerait pas l’avoir près de lui. Si elle investissait le salon voisin, ils pourraient installer une porte entre les deux, et passer de nombreux après-midi comme aujourd’hui…

Et pourtant, cela signifierait aussi qu’elle serait juste à côté, avec un accès personnel, pendant ses périodes les plus sombres. Son regard se posa sur la lettre qui se trouvait sur son bureau, et il eut soudain plus envie de la lire que de songer à tout cela.

Tout ira bien. Tu l’aimes. Elle t’aime. Probablement.

Vraiment ?

— Je vais en discuter avec elle, dit finalement Beck. Merci, Gage

Celui-ci inclina la tête et s’en alla en refermant la porte derrière lui.

Beck prit la lettre de Margaret et commença à la lire. Il parcourut à toute allure les descriptions qu’elle faisait de sa vie quotidienne et de celle de sa famille. Sa fille aînée s’était fiancée, ce qui l’incita à lire plus lentement. Il n’arrivait pas à croire qu’elle était aussi âgée, mais Margaret avait douze ans de plus que lui.

Il poursuivit sa lecture, et lorsqu’il vit le nom de Helen, son cœur se mit à battre la chamade.

 

Cela fait si longtemps que je n’ai pas pensé à cette période de la vie

de Helen. Elle était si abattue de n’avoir pas trouvé de mari. Je sais

que cela l’a beaucoup peinée d’entendre parler de mon bonheur

conjugal et de notre famille qui grandissait. Son geste m’a surprise,

mais je me rends compte aujourd’hui que je m’y attendais un peu.

Une ombre planait toujours sur elle, et je crois qu’elle était destinée

à l’engloutir. J’espérais qu’elle avait trouvé le bonheur auprès de

Lord Haywood, mais apparemment cela n’a pas été le cas. Je me

demande ce qui s’est passé. Elle m’a dit qu’il voulait l’épouser, mais

comme ce n’est pas arrivé, j’ai supposé que, dans son impatience de

se marier, elle avait mal compris.

 

Haywood ? C’était l’homme qui avait dansé avec Helen et lui avait donné de faux espoirs ? Margaret semblait douter qu’il ait promis d’épouser Helen, mais pas Beck. Il était persuadé que Haywood avait causé des ennuis à sa sœur.

Ou bien voulait-il simplement se persuader que quelque chose, ou quelqu’un, avait poussé Helen à se donner la mort ? Et si cela n’avait été dû qu’à elle seule ? Comme l’écrivait Margaret, une ombre avait toujours plané au-dessus de Helen. Tout comme sur lui. Seulement celle de sa sœur était sans doute plus profonde et plus envahissante. Elle était souvent mélancolique et se plaignait de se sentir seule. Elle avait parfois mentionné qu’elle ne voulait plus ressentir cela, mais comme il n’était qu’un enfant, il n’avait jamais cru qu’elle parlait de manière permanente. Il n’avait pas imaginé qu’elle voudrait mettre fin à ses jours.

Et pourtant… si elle l’avait envisagé et que deux horribles femmes l’avaient poussée dans cette voie, l’aurait-elle fait ? Surtout si une autre personne, un homme, l’avait déçue ? Beck compris qu’il était possible qu’elle ait trouvé du réconfort dans l’impensable.

Diantre ! Cela signifiait-il que c’était susceptible de lui arriver à lui aussi ? Ses périodes sombres pourraient-elles un jour le pousser à une extrémité inconcevable ? Il n’y croyait pas, ce n’était jamais arrivé. Mais une vague d’appréhension lui tendit les épaules.

Il laissa tomber la lettre sur le bureau et cligna des yeux. Son regard se posa sur la méridienne, et il ne put s’empêcher de penser à Lavinia. Son sourire sensuel, la courbe généreuse de sa poitrine, la joie pure de sa curiosité et de son désir. Son optimisme, son altruisme, sa joie de vivre absolue. Elle était l’antidote parfait au poison de son âme.

Il regarda à nouveau la lettre et eut soudain envie de se lever d’un bond et de se rendre directement chez Haywood pour l’interroger au sujet de Helen. Que lui avait-il fait ? L’avait-il trompée et abandonnée comme il l’avait fait avec la duchesse de Kendal ? Cet homme n’avait aucune honte. Le simple fait de l’avoir écouté un peu plus tôt à l’extérieur de Saint-Georges avait exaspéré Beck. Et maintenant, savoir qu’il était celui que Helen avait espéré voir lui faire la cour…

La fureur bouillonnait en lui. Il se leva et s’avança vers ses guitares : pour la première fois, il avait envie d’en prendre une et de la frapper contre le sol. Il s’obligea à respirer profondément et à calmer son cœur qui battait la chamade.

Il ne pouvait pas interroger Haywood. Ce n’était pas ainsi que l’on obtenait des informations d’un homme comme lui. Non, Beck devait établir un autre plan, et il en avait déjà un en tête.

Ce soir, après le bal, il le mettrait à exécution. Et mieux valait pour Haywood qu’il n’ait rien à voir avec la mort de Helen.

 

L e bal des Morecott était le meilleur événement de la bonne société auquel Lavinia avait assisté. Lorsque vous étiez fiancée à un marquis, tout le monde, absolument tout le monde, était gentil et charmant et ne tarissait pas d’éloges à votre égard. Peu lui importait que certaines personnes ne soient pas sincères. Pas ce soir. Ce soir, elle bouillonnait de joie et d’impatience quant à l’avenir.

Lorsque Beck arriva, la respiration de Lavinia se bloqua dans sa poitrine. Il était incroyablement beau dans ses vêtements de soirée noirs. Le blanc de sa cravate brillait contre sa peau, et elle rêvait de la lui arracher en même temps que le reste de ses vêtements.

Eh bien, il n’avait pas fallu longtemps pour qu’elle devienne une vraie dévergondée.

— Pourquoi souris-tu ? demanda Sarah à côté d’elle. Oh ! Je vois que le marquis est arrivé.

Elle avait été ravie d’apprendre les fiançailles de Lavinia.

— Nous allons danser, dit Lavinia, sans doute inutilement.

— Il était plus que temps, dit Sarah avec un sourire sarcastique.

Au lieu d’aller au parc cet après-midi-là, Sarah et Fanny avaient rendu visite à Lavinia pour savoir comment les fiançailles s’étaient déroulées. Lavinia leur avait raconté ce qui s’était passé après sa demande en mariage, mais sans trop de détails. Toutes les deux l’avaient regardée avec stupéfaction, puis elles l’avaient félicitée.

Elles étaient vraiment les meilleures des amies.

Beck se dirigea droit vers elles et s’inclina d’abord devant Sarah, puis devant Lavinia, dont il prit la main pour l’embrasser. Au cours des minutes qui suivirent, les gens se précipitèrent pour présenter leurs félicitations. Puis la mère de Lavinia arriva et se réjouit de toute la scène.

Lavinia fut heureuse d’entendre la valse débuter, car Beck et elle allaient pouvoir être seuls. Ou du moins, loin de la foule qui les entourait.

Elle posa une main sur son épaule, et lui étala la sienne dans son dos.

— J’allais te suggérer que nous nous retrouvions plus tard dans la bibliothèque, mais j’ai bien peur que nous ne puissions pas nous éclipser.

— Peut-être pas, répondit-il, l’air légèrement déçu. Mais il reste toujours demain.

Elle sourit.

— À l’église ?

Il plissa les yeux d’une manière tout à fait séduisante.

— Je t’emmènerai partout où je pourrai t’avoir.

Un frisson mêlant anticipation et un sentiment bien plus primitif la traversa.

— Je vais peut-être te traîner jusqu’à la bibliothèque, murmura-t-elle.

— Attention, Lavinia, dit-il. À moins que tu ne veuilles que je t’embrasse au milieu d’une salle de bal.

Le désir l’envahit alors qu’elle levait les yeux vers lui, mais il gardait les yeux rivés au-dessus de sa tête.

— J’aimerais que tu le fasses.

Ils gardèrent le silence un moment avant qu’elle ne reprenne la parole.

— J’ai rendu visite à M lle Lennox aujourd’hui.

— Oh ?

Il lui jeta un coup d’œil, mais seulement brièvement. Devait-il se concentrer sur les pas de danse ?

— Je connais à peine Sainsbury, mais je n’ai pas peur de dire qu’elle est mieux sans lui.

Elle sursauta, surprise.

— Ah oui ?

Plus tôt dans la journée, il se sentait coupable. Qu’est-ce qui avait changé ?

— Sais-tu pourquoi elle s’est désistée ?

C’était la seule explication possible, et pourtant Phœbe avait précisé que Lavinia était la seule personne à qui elle l’avait dit. Elle-même avait partagé cette information avec Sarah et Fanny cet après-midi-là, mais toutes deux avaient juré de garder le secret.

— Pas particulièrement, dit-il, mais Sainsbury est issu d’une lignée néfaste.

Une lignée néfaste ? Elle finit par comprendre.

— Haywood est son cousin.

Pourtant, Beck n’était-il pas déjà au courant lorsqu’il s’était senti si mal à propos de son rôle dans la cour de Sainsbury à M lle Lennox ?

— Oui.

Il promenait son regard sur la salle de bal, et elle jugea qu’il agissait de façon un peu étrange. Il était presque distrait.

— Je suppose que Haywood n’est pas là ce soir ?

— Je ne l’ai pas vu.

Pourquoi Beck s’y intéressait-il ?

— Je n’ai pas l’intention de rester très longtemps après la danse. Est-ce que cela te convient ?

Elle voulait qu’il la regarde.

— Est-ce que tu vas bien ?

Il baissa à nouveau les yeux sur elle.

— Oui. Simplement, je n’aime pas être sous le feu des projecteurs.

— Si tu veux partir, je comprendrais, lui dit-elle, mais elle était un peu déçue.

C’était la seule soirée où elle pensait pouvoir apprécier cette attention, mais sans lui, ce serait beaucoup moins agréable. Cependant, elle appréciait la vue qu’elle avait de la salle de bal à travers ses lunettes. Elle voyait tout et tout le monde. C’était merveilleux.

Jusqu’à ce qu’elle voie Sir Martin.

Il se tenait près des portes du patio, le front barré de petites lignes. Clairement, il la regardait de travers. Il la regardait, et il savait qu’elle le regardait.

Elle détourna les yeux.

— Oh, doux Jésus ! Sir Martin n’a pas l’air très content.

— Où est-il ? s’enquit Beck, l’air agité.

— Près des portes du patio.

Il tourna la tête pendant qu’ils se déplaçaient.

— Je le vois.

Lorsqu’elle leva le nez, Beck plissait les yeux.

— Il est simplement déçu.

— Il devra apprendre à s’y habituer, dit Beck, l’air énervé.

Lavinia lui pressa l’épaule.

— Il le fera. Je ne peux pas lui en vouloir. J’ai l’impression de lui avoir donné de faux espoirs.

Beck plongea ses yeux dans les siens avec une grande intensité.

— Lui as-tu promis quelque chose ? As-tu pris le moindre engagement ?

Les questions qu’il lui posait la déstabilisèrent un peu.

— Non.

— Bien sûr que non. Tu n’as donc aucune raison de te sentir coupable.

— Je n’ai pas dit que je me sentais coupable.

Elle s’interrompit ; elle se questionnait sur son humeur.

La danse s’acheva, et Lavinia regretta qu’ils n’aient pas eu plus de temps. Quelque chose devait le tracasser.

Alors qu’ils quittaient la piste de danse, Sir Martin s’approcha d’eux. Lavinia sentit Beck se crisper à ses côtés.

— Je ne crois pas vous avoir adressé mes félicitations plus tôt aujourd’hui, dit-il. Une fois que vous avez ramené Lavinia de… je ne sais où.

Il le dit juste assez fort pour que les quelques personnes à proximité tournent la tête.

Beck se raidit davantage.

— Sir Martin, je ne pense pas que vos félicitations soient nécessaires, mais nous vous remercions.

Il fit un pas en avant, et Lavinia le suivit. Il abaissa la tête vers l’oreille de Sir Martin et parla à voix basse, mais elle pouvait encore l’entendre.

— Redites quelque chose comme ça, et je veillerai à ce que vous ne puissiez pas parler pendant un mois.

Il arbora un large sourire, puis se dirigea vers la porte du patio, entraînant Lavinia avec lui.

Dès qu’ils furent dehors, il retira son bras du sien et s’avança à grands pas vers la balustrade. Le jardin, presque totalement plongé dans l’obscurité, s’étendait au-dessous d’eux. Quelques personnes se trouvaient dans le patio, et Lavinia se hâta de rejoindre Beck, parlant à voix basse.

— Que viens-tu de faire ?

Il gardait les yeux rivés sur le jardin.

— J’ai menacé Sir Martin. Je ne le laisserai pas jeter l’opprobre sur toi.

— Il ne peut pas me faire de mal.

— Tu es bien trop gentille, Lavinia. Il ne pourra peut-être pas te faire de mal, mais il essaiera de se venger comme il le pourra. En salissant ta réputation, expliqua Beck, essuyant son front de ses doigts gantés. Bon sang ! Moi-même, je l’ai fait !

— Nous allons nous marier. En quoi cela salit-il ma réputation ?

Il tourna la tête pour la fixer brièvement, les yeux vifs et plissés.

— À cause de ma réputation.

Elle repensa à sa conversation avec Phœbe cet après-midi-là.

— Sans doute. Mais je m’en fiche. Ce que les gens disent ou pensent ne peut pas me faire de mal. Tu n’es plus un séducteur, et je n’ai aucun doute sur le fait que tu seras le meilleur des maris, affirma-t-elle.

Elle se rapprocha de lui, mais il reporta son attention sur le jardin.

— Sauf si tu décides de te comporter comme cela tout le temps.

Ses épaules se relâchèrent brièvement, puis il lui prit la main et l’entraîna dans l’escalier menant au jardin. Elle s’attendait à ce qu’il la conduise sur le chemin, mais au lieu de cela, il la fit rentrer dans la maison en passant par ce qui semblait être la salle de petit-déjeuner. Puis il ouvrit une porte et les enferma tous les deux dans un petit placard qui devint complètement noir dès qu’il referma.

De sa main libre, Lavinia tâtonna le long des rayonnages à sa droite pour se repérer.

— Que fais-tu ?

— J’ai juste…, commença-t-il, puis il prit une profonde inspiration et lui lâcha la main. Je t’ai dit tout à l’heure que j’étais difficile.

— Certes. Je suis capable de gérer, répondit-elle.

Elle posa les mains à plat sur son torse et sentit les battements puissants de son cœur à travers ses vêtements.

— Qu’est-ce qui ne va pas ce soir ?

— Rien.

Un sentiment de frustration naquit en elle.

— Je ne te crois pas.

— Je n’ai pas envie d’en discuter pour l’instant. Je veux que tu profites de cette soirée.

— C’était le cas. Et je vais encore en profiter, lui dit-elle, mais il allait partir. J’aimerais que tu restes un peu plus longtemps.

— Je ne peux pas.

Soudain, sa main nue caressa son cou, et il attira sa tête vers lui ; ses lèvres se refermèrent sur celles de Lavinia.

L’agacement de la jeune femme se mua en désir alors qu’il dévorait sa bouche. Elle enroula ses bras autour de son cou et se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser avec fougue. Il arracha sa bouche à la sienne et déposa des baisers fougueux le long de sa mâchoire et de son cou, la laissant à bout de souffle. Il passa une main sur son flanc, puis remonta jusqu’à son sein.

Elle haleta doucement, se remémorant la sensation de sa bouche et de ses doigts sur elle plus tôt dans la journée. La chaleur irradia au creux de son ventre. Elle eut désespérément envie qu’il la touche à nouveau.

— Touche-moi, murmura-t-elle.

— Où ?

— Partout.

Il embrassa la chair au-dessus de son corsage, sa langue se promenant sur elle en envoyant des sensations délicieuses dans chaque partie de son corps. Il baissa la main pour saisir l’ourlet de sa robe et la remonter. Elle se rappela la journée passée à la sablière.

Elle ne voulait pas être la seule à être touchée. Elle avait envie, besoin de toucher à son tour. Elle retira ses gants et les laissa négligemment tomber. Puis elle lui saisit la nuque et prit sa bouche dans un baiser brûlant.

Il gémit doucement, attisant son désir. Elle fit glisser ses mains à la recherche des boutons de son pantalon. Ses gestes étaient maladroits au début, mais rapidement, il s’ouvrit.

Pendant ce temps, il avait soulevé sa jupe et la maintenait au niveau de sa taille, tandis que son autre main remontait le long de sa cuisse et trouvait son sexe. Il approfondit le baiser, et elle plongea sa main dans son sous-vêtement où elle trouva sa verge.

Il bascula le bassin vers l’avant, son sexe glissant dans sa main aussi sûrement qu’il l’avait fait plus tôt en elle. Cela s’était-il vraiment passé aujourd’hui ? Et voilà qu’elle avait à nouveau désespérément envie de lui. Peut-être était-elle vraiment insatiable, finalement. Il ne pouvait en être autrement puisqu’ils se trouvaient dans un placard en train de se livrer à des activités sexuelles au cours d’un bal. Mais elle se rendit compte qu’il s’agissait là d’un comportement habituel pour lui.

Elle se figea soudain. Un instant plus tard, il fit de même, écartant sa tête de celle de la jeune femme.

— Lavinia ?

— C’est ce que tu as fait avec toutes les autres femmes ?

Elle détestait entendre la jalousie dans sa voix, mais elle ne pouvait s’en empêcher.

Il retira sa main d’entre ses jambes et prit son visage en coupe.

— Non.

— Je t’en prie, ne me mens pas. Je sais que tu avais ce genre de rendez-vous avec des femmes. Lors de bals et autres. C’est de cette manière que nous nous sommes rencontrés, au cas où tu l’aurais oublié.

— Comment aurais-je pu ? demanda-t-il d’un ton ironique qui ne l’apaisa pas tout de suite. D’abord, j’ai rencontré des femmes… comme ça.

Il expira doucement, puis reprit.

— Deuxièmement, et c’est le plus important, je ne mens pas. C’est très différent de tout ce que j’ai pu faire ou connaître, affirma-t-il.

Il lui caressa la joue, la mâchoire, et elle sentit que sa bouche n’était qu’à un souffle de la sienne.

— Ne sais-tu pas à quel point tu es différente, Lavinia ? À quel point tu es précieuse et merveilleuse ? Je n’ai jamais aimé aucune d’entre elles.

Une sensation de joie se libéra et se propagea en elle.

— Tu m’aimes ?

— Plus que tout. Plus que la musique. Plus que les mots. Plus que ma vie.

Rien de ce qu’il aurait pu dire n’aurait pu avoir plus de signification pour elle. Elle se sentait très bête d’avoir été jalouse.

— Je suis une femme mesquine, n’est-ce pas ?

— Tu as le droit d’exprimer tes émotions, et je ferai de mon mieux pour répondre à tes préoccupations. Mais sache ceci, Lavinia : je t’aime. Je t’aime.

— Oh, Beck ! Je t’aime aussi.

Elle avait l’impression que son cœur allait exploser.

Il l’embrassa encore, d’abord plus tendrement, puis de façon de plus en plus pressante lorsqu’elle déplaça sa main contre lui. Elle descendit à nouveau vers son sexe et elle resserra sa prise sur lui.

Il haleta, rompant le baiser, et elle craignit de lui avoir fait mal. Elle relâcha la main.

— Je suis navrée. Je n’ai aucune idée de ce que je fais.

— Tu t’en sors magnifiquement bien. Je t’en prie, ne t’arrête pas.

Elle le saisit à nouveau.

— Ce n’est pas trop serré ?

— Non, répondit-il.

La tension de sa voix la fit hésiter un instant, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que c’était ainsi qu’il parlait lorsqu’il était excité.

Et à en juger par la longueur et la circonférence de sa verge à cet instant, il l’était vraiment.

— S’il te plaît, bouge ta main.

Elle fit glisser sa paume jusqu’à la pointe, puis redescendit.

— Comme ça ?

— Oui, s’il te plaît. Plus vite.

Oh ! Lui aussi aimait aller plus vite. Comme c’était charmant ! Elle sourit intérieurement et accéléra le rythme. Il lui répondit en taquinant ses replis et en introduisant un doigt en elle. Le désir se mua en lubricité flagrante, et elle ne put s’empêcher d’avancer ses hanches, en quête de plus.

— Lavinia, pose ton pied sur cette étagère.

— Quelle étagère ?

— N’importe quelle étagère.

Elle leva le pied et en trouva une. La position l’ouvrait à son toucher, et il enfonça deux doigts en elle, arrachant un cri à la jeune femme.

— Maintenant, sors ma verge de mes vêtements pour que je puisse te toucher, s’il te plaît.

— Tu es tellement poli ! murmura-t-elle, saisissant sa chair, et se servant de son autre main pour écarter les vêtements de Beck.

— Cela me demande beaucoup d’efforts.

On aurait dit qu’il serrait les dents. Il passa la jupe de Lavinia derrière sa jambe, la coinçant entre sa cuisse et le mur. Puis il lui agrippa la taille et la souleva légèrement avant de se nicher entre ses jambes.

— Guide-moi en toi, mon amour.

Elle eut du mal à le placer selon le bon angle, mais après plusieurs tentatives et un basculement de ses hanches, il la pénétra. Le plaisir l’envahit aussitôt, promesse de l’extase à venir.

— Maintenant, accroche-toi à moi, quoi qu’il arrive.

Il la plaqua contre le mur avec son corps, la soulevant tandis qu’il s’enfonçait profondément en elle. Elle ferma les yeux, bascula la tête en arrière, et posa le pied sur une autre étagère. De son autre pied, elle cherchait un point d’ancrage pour qu’il ait moins à la soutenir et qu’il puisse se concentrer davantage sur ses coups de reins. Bon sang ! Elle avait besoin qu’il bouge !

Elle finit par appuyer le pied contre la porte, s’ouvrant plus largement à lui, puis elle s’agrippa à son cou lorsqu’il s’enfonça en elle ; ce ne fut pas une lente montée. Elle fut projetée au sommet, où elle flotta quelques instants avant que l’extase ne la submerge, l’emportant plus haut.

Il l’embrassa, leurs lèvres et leurs langues cherchant à s’accrocher l’une à l’autre entre leurs respirations frénétiques. Puis Beck la pénétra très profondément, et tout son corps se tendit. Il gémit dans la bouche de Lavinia. Elle le voyait bien, il essayait de rester aussi silencieux que possible. Elle ne pouvait qu’imaginer l’impression que cela donnait à l’extérieur de leur havre de paix. Après quelques coups de reins supplémentaires, elle le sentit se détendre, légèrement, alors qu’il reprenait le contrôle de son corps.

Elle lui caressa le visage, et sentit la sueur sur son front.

Il se retira d’elle et laissa redescendre ses jambes, jusqu’à ce qu’elle se tienne debout.

— Tout va bien ?

Elle hocha la tête avant de se rendre compte qu’il ne pouvait pas la voir.

— Oui. Un peu flageolante.

— Désolé. Et un peu salie.

La voix de Beck était empreinte d’une nuance de regret.

— C’est à cela que servent les jupons, idiot.

Elle se baissa et souleva sa robe. Elle découvrit le dessous de son jupon que personne ne verrait jamais, puis s’en servit maladroitement pour l’essuyer, en repoussant ses mains.

— Tu n’étais pas obligée de faire ça, lui dit-il.

— J’en avais envie.

Elle entreprit de se nettoyer.

Il embrassa ses lèvres, ses joues, son front.

— Tu es une femme extrêmement attentionnée.

— J’ai l’esprit pratique.

Il éclata de rire.

— Certes. Un grand esprit pratique.

Elle sentit qu’il s’était détendu, et elle en fut soulagée.

— Je suppose que je devrais retourner au bal.

— Je te raccompagne.

— Non, pars, dit-elle. Je dirais que j’étais dans la salle de repos. Ainsi, personne ne se doutera de rien.

Il gémit doucement.

— Je ne voulais pas risquer un scandale. Mais qu’y puis-je ? Tu es irrésistible.

— Et insatiable.

— Oui, et ne change jamais, lui demanda-t-il avant de l’embrasser à nouveau. Prête ?

Elle souffla. Elle n’était pas tout à fait prête à le quitter, mais elle était consciente qu’elle le devait.

— Oui.

Il entrouvrit la porte, juste assez pour laisser passer un peu de lumière. Il ramassa les gants de Lavinia et les lui tendit.

Elle les enfila pendant qu’il cherchait les siens et faisait de même.

— Je te vois demain à l’église, alors ?

— Oui.

Elle tapota ses cheveux et appuya ses mains sur ses joues, se disant qu’elle passerait vraiment par la salle de repos, à la fois pour étayer son alibi et pour s’assurer qu’elle n’avait pas l’air échevelée. Elle se sentait échevelée, et c’était grandiose.

Déposant un dernier baiser sur ses lèvres, elle murmura :

— Je t’aime.

Alors qu’elle quittait le placard, elle l’entendit répondre :

— Pas autant que je t’aime.

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