L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Julia Malone · Chapitre 15 sur 27

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L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Chapitre 15

Andrew

« Tu peux me tenir ça ? Un peu plus haut s’il te plaît ? »

Sans broncher, j’exécute les directives d’Élisabeth. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là. Un instant, je lisais mes mails, gérant à distance les affaires courantes de ma compagnie. Celui d'après, je suis ici, à porter un morceau de bois pour qu’elle y plante des clous.

Il a suffi qu’elle demande mon aide pour que je vide mon agenda. J’avais d’autres choses à faire aujourd’hui pourtant. Le travail a toujours été le plus important pour moi. Quand je prends des engagements, je m’y tiens.

Mais c’est comme si j’étais ensorcelé. Un seul regard de sa part, et j’oublie toute raison. Je ne comprends pas vraiment ce qu’il m’arrive. Elle est la dernière personne avec qui je devrais faire cela. C’est mon employée. Une femme qui critique ouvertement mes décisions, et fera tout pour m’empêcher de mener à bien le projet le plus important de ma carrière.

Élisabeth ne fait rien pour me faciliter la vie. Je devrais mettre fin à cette drôle de relation et l’éviter comme la peste. Et pourtant, j’en suis incapable.

Chaque matin, je me lève en pensant au soir. Au moment où, en secret, nous nous retrouvons dans l’intimité d’une chambre. Chez elle ou bien à l’hôtel, cela n’a pas la moindre importance, tant qu’on est à l’abri des regards.

Les mots sont toujours superflus, nos bouches préférant de loin se rejoindre avec passion. Alors, au son de nos baisers, je l’allonge sur le lit. À chaque fois, je la déshabille avec la même excitation, redécouvrant ses lignes parfaites, malgré les défauts qu’elle semble vouloir se trouver.

Sans m’en rendre compte, je laisse mes yeux parcourir ses courbes. Je sais ce qu'il y a sous cette salopette informe. Les délices qui se cachent entre ces cuisses. Il faut que je détourne le regard en me mordant la langue pour que mon corps ne me trahisse pas.

À la place, je préfère me concentrer sur son visage. Elle a l’air sérieuse. Pour cela comme pour le reste, elle y met tout son cœur. Pour beaucoup, il ne s’agirait que de quelques planches de bois. Mais pour elle, c’est bien plus que cela.

C’est l’arche de mariage que lui a demandé sa cliente. À aucun instant, elle n’a pensé dire non. Elle a pris les suggestions de la mariée, lui promettant qu’elle lui offrirait la plus belle journée de sa vie. Je crois qu’il n’y a rien qu’elle ne serait capable d’accomplir, pour peu qu’on lui donne le temps et les moyens.

Quand l'objet est enfin assemblé, nous reculons de quelques pas pour contempler le résultat. Elle a de l’or entre les mains. À partir de vieilles planches bonnes à brûler, elle a créé une œuvre digne d’un magazine de décoration. Moi qui sais tout juste planter des clous, je ne peux qu’admirer la manière qu’elle a eue de sculpter ces courbes et ces lignes.

« Bon, il faut l'imaginer avec un coup de peinture, des rubans, des fleurs, et puis devant la rivière plutôt qu’au milieu de la poussière. Mais c’est pas trop mal non ?

- C’est une façon de le dire. Je suis sûre qu’elle sera ravie, Élisabeth.

- Tu sais que personne ne m’a jamais appelée comme ça ?

- Tant mieux. Je ne suis pas comme les autres. »

Elle lève les yeux au ciel devant mon arrogance. Elle est encore plus adorable quand elle est agacée. Alors, je ne compte pas m’arrêter.

« Tu m’aides à peindre, ou bien tu as trop peur de te salir ? »

Je siffle entre mes dents à cette remarque. D’accord, j’aime être bien habillé. Je ne vois pas le mal qu’il y a à vouloir être présentable en toute situation. Mais ce n’est pas pour autant que je vais me mettre dans tous mes états si je me retrouve couvert de poussière ou d’un peu de peinture.

Je me laisse avoir par la lueur de défi dans son regard, attrapant le pinceau qu’elle me tend. Elle va voir que je ne suis pas aussi incapable qu’elle le pense.

Alors que je commence à peindre la sous-couche, elle prend quelques instants pour connecter son téléphone à la petite enceinte sur le plan de travail. Bientôt, des notes de musique résonnent autour de nous.

Je ne peux m’empêcher de sourire. De vieux airs folks des années 70, j’aurais dû m’en douter. Parfois, je me demande ce qui la retient de s’habiller comme à l’époque. Pousser le jeu jusqu’au bout. Le pire ? Je suis sûre que ça lui irait très bien. Et même si ce n’était pas le cas, ce n’est pas grave. Je la préfère nue, dans mon lit.

Je la regarde s’activer, sifflotant gaiement. Elle semble toujours plus détendue quand elle fait ce genre de travaux. Je ne sais pas si c’est la solitude, ou parce qu’elle peut utiliser sa créativité débordante. Elle est tout simplement belle, ses traits apaisés.

Et je dois reconnaître que plus je peins ce bout de bois, et plus je comprends. Je n’ai jamais été bricoleur. Pour me vider la tête, je vais courir, ou je joue du piano. Mais ça, c’est plutôt plaisant aussi.

Je fronce les sourcils alors que mon téléphone se met à vibrer dans ma poche. Dans ma bulle avec Élisabeth, j’en avais oublié le monde extérieur. Mais lui ne m’oublie jamais. Sur l’écran, le nom de Max apparaît.

Pendant un instant, j’hésite à décrocher. Ça n’arrive jamais pourtant. Pour mon ami, je suis en permanence disponible. Il y a toujours un contrat à discuter, des décisions à prendre. Et aujourd’hui, je n’ai pas envie de ça. Dix ans que je fais ça quotidiennement, sans jamais me fatiguer. J’ai bien le droit à un jour de repos, non ?

Je soupire. Ça ne sert à rien de lutter. Je sais que tant que je ne répondrai pas, il continuera à m’appeler. Autant en finir tout de suite. J’ai à peine le temps de décrocher que sa voix résonne dans mon oreille.

« Qu’est-ce que tu fous Andrew ?

- Bonjour Max.

- Commence pas avec ta voix de charlatan. Il parait que t’as annulé tous tes rendez-vous de la journée ?

- On avait besoin de moi pour des préparatifs pour le mariage Marshall.

- Le… Le mariage ? C’est quoi ces histoires ? Elle peut pas se démerder seule ta manager ? Je croyais qu’elle était bien finalement ? »

Je soupire à nouveau avant de m’éloigner. Je sens le regard d’Élisabeth sur moi, curieux, mais je l’ignore.

« Ça m’empêche pas de l’aider si besoin. C’est le mariage Marshall, on peut pas se permettre d’avoir mauvaise réputation.

- Et pour hier ?

- Hier ?

- Marissa m’a dit que tu avais été une vraie croix, que t’avais tout refusé en bloc avant de couper court à la réunion. »

Je me frotte le visage. Sans vraiment trop y croire, j’avais espéré que cette rencontre désagréable passe inaperçue. L’architecte est d’habitude brillante, mais cette fois-ci, toutes ses suggestions me paraissaient stupides.

« On peut pas se permettre d’attendre plus longtemps, Andrew. T’as alléché les investisseurs avec tes promesses, maintenant ils veulent voir des plans, des idées. Je temporise, je trouve des excuses pour expliquer pourquoi tu préfères jouer les tenanciers d’auberges plutôt qu’être à New York avec nous. Mais je ne vais pas pouvoir le faire éternellement.

- Relax, je sais ce que je fais. Je n’oublie pas l’objectif. C’est un marathon, pas un sprint. On y arrivera, fais-moi confiance.

- J’espère que tu as raison. On est nouveaux dans le milieu. On peut pas se permettre de tout foirer. »

Sur ces mots, mon ami raccroche. Je reste immobile quelques instants, les idées se bousculant dans mon esprit. C’était une si belle journée pourtant. Maintenant, je ne sais plus quoi penser.

« Eh, je ne te paye pas à lambiner ! Hop, hop ! On a encore beaucoup à faire ! »

Je ne peux m’empêcher de rire en me retournant vers Élisabeth. Un grand sourire illumine son visage, et ses yeux brillent de malice. Encore une fois, je me retrouve frappé par sa beauté.

Sans plus réfléchir, je m’approche d’elle pour l’embrasser. Elle couine contre mes lèvres, surprise, avant de s’abandonner au baiser. Jamais nous ne nous laissons aller à des marques de tendresse en dehors de la chambre à coucher. Mais dans cette grange, nous sommes à l’abri des regards.

Mon cœur bat un peu plus vite. Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Je devrais retourner à l’hôtel, me mettre au travail pour tenir les promesses faites à mon ami. Mais malgré mon envie de bien faire, je ne vais pas quitter cette grange.

Je préfère passer chaque instant de cette journée auprès d’Élisabeth plutôt que de devoir lire ne serait-ce qu’une seule ligne d’un email. Je veux continuer à l’aider, à la regarder. À l’embrasser. Me saisir de chaque occasion pour poser mes mains sur son corps et m’enivrer de son parfum.

Je le sais. Je joue un jeu dangereux. Et je n’ai aucune envie de l’arrêter.

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