L’ennemie du Milliardaire (French Edition)
Chapitre 1
Lizzie
« Merde ! »
Un frisson me secoue, tout mon corps se contracte, en alerte face à cette intrusion inattendue. Dans mon sursaut, je lâche mon pinceau. Au ralenti, je le vois se diriger vers le sol. Je bascule vers l’avant, tentant désespérément de le rattraper… Trop tard.
L’outil tombe lourdement, tachant le bois de la terrasse… Et les chaussures en cuir de cet inconnu qui vient de tapoter mon épaule. Fébrilement, j’enlève mes écouteurs avant de me baisser pour récupérer mon pinceau.
« Je vous ai appelée plusieurs fois. »
Je me mords la lèvre face à la voix sévère de l’homme. J’aurais dû l’entendre, malgré la musique dans mes oreilles. Mais c’est toujours comme ça quand je me plonge dans des travaux. Je suis dans ma bulle, à prendre soin de cette vieille bâtisse qui en a tellement besoin. Dans ces moments-là, plus rien d’autre ne compte.
« Excusez-moi Monsieur, je ne vous ai pas entendu arriver. Venez avec moi, on va essayer de nettoyer vos chaussures. Je suis sûre qu’avec-
- Je suis là pour voir Élisabeth Jones. Vous pouvez aller me la chercher ? »
Mon sang se glace dans mes veines. Rapidement, mes yeux scannent le nouveau venu. Un costume taillé sur mesure. Des cheveux impeccablement coiffés. Une mâchoire qui semble avoir été sculptée dans le marbre.
Ce n’est certainement pas comme cela que j’avais imaginé le propriétaire de l’hôtel. Deux ans que je travaille ici, sans jamais l’avoir rencontré. Il ne vient jamais, et ne s’intéresse pas à ce que nous faisons. Tout est géré par un intermédiaire, basé quelque part là-bas, à New York. Et ce dernier met un point d’honneur à cacher l’identité de son patron. Même son nom m’est inconnu.
Mon cœur rate un battement alors qu’il plonge ses yeux dans les miens. Jamais je n’ai vu une couleur pareille auparavant. Ces perles d’un vert intense sont la touche finale à ce visage déjà atrocement séduisant.
Je me racle la gorge, réalisant que je le dévisage ouvertement. D’un geste rapide, j’essuie ma main sur ma vieille salopette avant de la lui tendre.
« C’est moi, Élisabeth. Enfin, Lizzie. Enchantée.
- La… Manager de l’hôtel Cornwall ?
- En personne. »
L’homme fronce les sourcils, me détaillant avec un air désapprobateur. Je reste immobile, ma main flottant dans le vide dans l’espoir fou qu’il la serre enfin. Cela romprait peut-être cette situation inconfortable.
« Et c’est dans cette tenue que vous accueillez mes clients, Élisabeth ?
- Non, ne vous inquiétez pas. Celle-ci, je ne la sors que pour les grandes occasions. »
Je réponds avec ironie, tentant de détendre l’atmosphère. C’est peine perdue. L’homme a l'air aussi renfrogné. Je me mords l’intérieur de la joue, essayant de garder mon calme face à son regard dédaigneux.
Depuis quand se soucie-t-il des clients ? Il a toujours été aux abonnés absents, avec moi comme avec celle qui m’a précédée. Depuis deux ans, c’est moi qui accueille ses hôtes. Et il faut croire que je le fais bien, car ils ne cessent de revenir, saison après saison.
« Je pensais que vous arriveriez plus tard.
- Et bien, je suis là maintenant. »
Sans blague. Je retiens un soupir agacé. J’espérais avoir encore quelques heures pour peaufiner les lieux avant son arrivée. Après m’être battue avec la douche de la 6 toute la matinée, je voulais une victoire. Retoucher la peinture écaillée près de la porte d’entrée, juste pour lui donner un coup de propre avant d'accueillir de ce mystérieux propriétaire.
Et dire qu’à une époque, l’hôtel était considéré comme le joyau de la région. La star des magazines de voyage. Oh, les clients continuent bien à y venir, attirés par le charme et le calme de la propriété. Mais son lustre d’antan s’est terni.
Plus pour longtemps. Je compte lui redonner toutes ses lettres de noblesse. Et cela passe par une opération séduction de l’homme en face de moi.
J’avais tout prévu, de mon tailleur soigné à mon discours clair et passionné, accompagnés par les pâtisseries d’Emma pour mieux faire passer mes arguments. À présent, je dois faire face à la froideur désabusée de cet inconnu.
Je ne me laisse pas démonter pour autant. Un sourire professionnel collé aux lèvres, je lui fais signe d’entrer dans l’hôtel. Après avoir accueilli des centaines de personnes, je suis rodée.
« Bienvenue dans le lobby. Ici, ce que les clients aiment particulièrement, c’est-
- Emmenez-moi au bureau. La visite peut attendre. »
Je ronge mon frein. Un vrai rayon de soleil, cet homme. Ce n’est pas grave. Il m’en faut bien plus pour me démonter. J’ai l’habitude des New-Yorkais ultra-stressés. En général, quelques heures parmi nous suffisent à les détendre.
Mais avec lui, je crois que ça ne sera pas assez. À chaque pas, il jette des coups d’œil nerveux autour de lui, comme s’il essayait d’en apprendre le plus possible sur son environnement. Au moins, ça ne devrait pas être difficile de s’accorder sur les points à changer. Il a l’air d’être du genre à noter tout dans le moindre détail.
Je retiens un soupir agacé en entrant dans le bureau. Voilà une autre chose que je comptais arranger avant son arrivée. Il y a des affaires partout. Livres, tableaux, bibelots… Ils attendent tous de retrouver leur place dans le salon d’hiver.
Quant à mon bureau… Il est recouvert de factures et autres devis que j’aurais dû classer il y a des jours déjà. Mais entre les réparations d’urgence et l’accueil des clients, cette tâche est passée à la trappe.
Cela n’échappe pas à l’attention de l’homme. Il observe les papiers d’un air circonspect, alors qu’il s’installe sans aucune gêne derrière mon bureau. Sans un mot pour moi, il attrape la première feuille en haut de la pile, la déchiffrant sans laisser apercevoir la moindre émotion.
Je claque discrètement ma langue. Je n’aime pas qu’il touche ainsi à mes affaires, alors qu’il vient à peine d’arriver. Mais je suppose que je dois me faire à l’idée. C’est lui qui possède cet hôtel, et tout ce qui s’y trouve. Même s’il ne s’y est jamais intéressé. Même si c’est grâce à mon travail et à celui des équipes que les lieux tiennent encore debout. Je n’ai pas le moindre droit ici.
« Vous avez une douche pour les employés ? »
Je me fige alors qu’il lève enfin la tête. Ses yeux verts me transpercent à nouveau, me faisant perdre pendant un instant mes moyens. Ce n’est pourtant pas la première fois que j’ai affaire à un homme séduisant. Je dois me reprendre. Surtout que sa question est des plus inattendues.
« Oui ? Il y a un vestiaire derrière la cuisine.
- Allez-y maintenant. Et mettez des vêtements convenables. On pourra discuter ensuite. »
Mon visage se décompose. À l’écouter, on dirait que je me balade nue et couverte de boue dans les couloirs de son hôtel. C’est juste un bleu de travail, avec quelques taches de peinture.
J’imagine qu’un homme comme lui doit être habitué à d’autres standards. Il a probablement une armée de secrétaires, habillées à la perfection et sans un cheveu qui dépasse. Son bureau doit être parfaitement rangé, chaque objet placé sans un seul millimètre de décalage.
Mais on n’est pas à New York ici, dans l’une de ces tours sans âme à la décoration froide et minimaliste. Celle qui a créé cet endroit magique l’a voulu accueillant. Du papier peint à fleurs. Des jolies nappes sur les tables. Un feu qui crépite dans la vieille cheminée. C’est cosy, chaleureux. Clairement, des mots qui ne font pas partie du vocabulaire de l’homme en face de moi.
Je me retiens de le lui remarquer. L’avenir de l’hôtel est en jeu. Si je veux le mettre de mon côté et le convaincre de rénover, je dois choisir mes batailles. Ma tenue n'en est pas une.
Ce n'est pas grave. Je sens qu’il va m’en faire voir de toutes les couleurs. J’aurai bien d’autres occasions de faire entendre ma voix. Alors, je me contente de hocher de la tête avant de sortir de la pièce, me retenant de toutes mes forces de ne pas claquer la porte.
OceanofPDF.com