L’ennemie du Milliardaire (French Edition)
Epilogue
Andrew
- Un an plus tard -
« Tu sais, j’ai vu une lampe super mignonne chez Hélène hier. »
Je soupire alors qu’Élisabeth s’appuie contre le rocher, battant des pieds dans l’eau pour se maintenir à flot. Elle tente de prendre un air innocent, mais cela ne marche pas. Je la connais trop bien. Quand elle commence une conversation comme cela, je sais que cela finira par l’achat d’un nouvel objet.
Je n’essaie même pas d’argumenter. Après un an de travaux et des heures de négociations sur chaque élément de décoration, j’ai appris à choisir mes batailles. Celles concernant les antiquités trouvées chez Hélène sont perdues d’avance. Alors, ne reste qu’une question à poser.
En quelques brassées, je nage jusqu’à elle, me glissant entre ses jambes. Elle entoure mon cou de ses bras, et nous échangeons un lent baiser. Je soupire à nouveau alors que nos lèvres se détachent.
« Alors, cette lampe… Pour l’hôtel ou pour la maison ?
- En fait, il y en a deux, donc... Les deux ? »
Je ne peux m’empêcher de rire doucement face à son air malicieux. Je ne peux rien lui refuser. Elle me rend dingue, de la plus délicieuse des façons.
Je la pousse un peu plus contre le rocher, l’y coinçant avant de reprendre sa bouche, avec plus de force cette fois-ci. Elle gémit contre moi, collant son corps chaud contre le mien. Ma langue part à la recherche de la sienne. Ses jambes s’enroulent autour de ma taille, me faisant sentir à quel point elle a envie de moi. Pourtant, elle rompt le baiser, haletante.
« On ne peut pas faire ça. On est restés bien trop longtemps, les invités vont bientôt arriver.
- On a encore un peu de temps.
- Andrew ! C’est la grande inauguration, on ne peut pas rater notre coup. C’était déjà de la folie de venir ici. On doit retourner les aider.
- Tes équipes savent ce qu’elles ont à faire. Même Emma t’a dit de faire une pause.
- Je ne pense pas que c’est ce qu’elle avait en tête.
- Tu as vu comment elle t’a jetée dans mes bras ? C’est exactement ce qu’elle avait en tête. »
Elle rigole doucement, le tintement clair de sa voix me faisant presque frissonner. Jamais personne n’a eu un aussi joli rire que le sien. À chaque fois, je ressens la même fierté quand je suis celui qui le provoque.
Élisabeth a beau faire mine de se détacher de moi pour retourner vers la berge, je sais qu’elle en a autant envie que moi. Son bassin qui se colle contre le mien ne laisse pas la place à la moindre interprétation.
Lentement, l’une de mes mains se glisse de son cou à sa poitrine. À travers son maillot, je fais rouler son téton déjà pointé. Un léger soupir s’échappe de ses lèvres. Je l'étouffe en m’emparant à nouveau de sa bouche gonflée de nos baisers. Mes doigts passent d’un sein à l’autre, lui arrachant quelques couinements de plaisir.
Je ne me lasserai jamais de la toucher. Si je m’écoutais, je la jetterais sur mon épaule et la porterais jusque chez nous. Tant pis pour l’ouverture de l’hôtel. Sa seule compagnie m’est suffisante, que je m’enfouisse au plus profond d’elle ou non.
Mais ce n’est pas raisonnable. On a travaillé bien trop dur pour ne pas en récolter les fruits. Entre les travaux qui n’en finissaient pas, la formation des employés et la préparation de la grande soirée d’inauguration, ces dernières semaines ont été éprouvantes pour elle.
Heureusement, je sais exactement ce qu’il faut faire pour qu’elle se détende. Je laisse une de mes mains caresser son ventre à la peau si douce, avant de la glisser dans son bas de maillot. Elle rompt le baiser, sa tête se penchant en arrière. Mes doigts tracent de lents ronds sur son bouton de nerfs, puis plongent en elle.
Ses ongles s’enfoncent dans mes épaules alors que ses soupirs se font de plus en plus sonores. Ses yeux sont fermés, sa bouche légèrement entrouverte. Elle n’est jamais aussi belle que lors de ces moments, quand elle s’abandonne totalement à ma main. Elle ne réfléchit plus, ne s’inquiète plus de rien. Il n’y a plus que le plaisir que je lui offre.
Encore quelques mouvements, et tout son corps se tend contre le mien. J’accompagne son orgasme quelques instants, l’aidant doucement à revenir sur terre.
Un sourire satisfait sur les lèvres, elle m’embrasse tout en glissant ses doigts sur mon torse. Je l’arrête avant qu’elle ne puisse atteindre mon membre tendu. Elle me regarde, interloquée.
« Et toi ?
- Ça peut attendre. Je suis sûr que tu trouveras un moyen de me remercier plus tard. »
Elle hoche la tête, un air malicieux collé au visage alors qu’elle se détache de moi pour nager vers la berge. Cette décision me tue, mais je sais que c’est la bonne. On doit retourner à l’hôtel. Même si cela me coûte. L’attente ne rendra les choses que meilleures encore.
Je la rattrape, et nous nous partons vite en direction de notre maison, un peu plus bas le long du chemin. Jamais je n’aurais pensé autant aimer la vie en pleine nature. Beaucoup ont été étonnés de me voir m’installer dans cette maison au bout du domaine. Et pourtant, pour rien au monde je n’échangerais cette vie contre mon ancienne.
C’est comme si j’étais enfin apaisé. Complet. Chaque matin, je me réveille avec cette vue sur la rivière et sur les arbres, et je sais que j’ai fait le bon choix. Surtout quand Élisabeth se colle à moi dans son sommeil, ses longs cheveux s’étalant sur mon oreiller.
Ensemble, nous avons transformé cette maison d’architecte des années 50 en un endroit qui nous ressemble. Un lieu moderne avec ses grandes baies vitrées et ses meubles design, mais rempli d’objets chinés çà-et-là, ou ramenés du grenier de l’hôtel. Un parfait mélange de nous deux.
Jamais je ne me suis senti aussi bien quelque part. Et sa présence à mes côtés n’y est certainement pas étrangère. De nouveau, je suis tenté de passer la soirée ici. On se poserait sur la terrasse, un verre de vin à la main alors qu’on regarderait le soleil disparaître derrière les arbres. Et puis, je lui ferais l’amour toute la nuit, jusqu’à ce que les premiers rayons du matin rosissent dans le cours d’eau.
Mais à la place, je revêts mon costume de soirée, tentant de le contempler la moins possible. J’aurais pu lui offrir n’importe quelle robe de créateur hors de prix. Mais à son habitude, elle s’est dégoté une tenue de seconde main, plus vieille que nous deux combinés.
Difficile pour moi de garder la tête froide alors qu’elle est là, à quelques mètres de moi. Le tissu léger de sa robe en soie verte se colle à ses courbes de manière à la fois élégante et incroyablement sexy. Quant à son parfum enivrant de miel et de jasmin, il me fait perdre tous mes moyens.
Bientôt, on doit repartir. Je l’aide à monter dans la voiturette électrique, élément désormais indispensable pour rejoindre chaque partie de l’hôtel. En quelques minutes, nous voilà devant le restaurant, où tout le monde s’active.
Je suis particulièrement fier de ce bâtiment. Bois, pierre, verre. Tout se marie parfaitement en un ensemble moderne et confortable. Avec le talent de cuisinière d’Emma, je sais que bientôt cela sera un endroit incontournable de la région. Et Élisabeth compte bien y organiser les plus beaux mariages qui soient. À nous trois, nous allons faire de l’Hôtel Cornwall la destination rêvée.
L’heure qui suit passe en un claquement de doigts. Nous avons à peine le temps de tout finaliser que déjà, les invités arrivent. Anciens clients ou personnages influents de mon carnet d’adresses, tous sont au rendez-vous.
Près de la grande maquette du domaine, je les accueille et leur raconte tout de ce nouveau projet. Bientôt, la salle est bondée. Où que j’aille, les gens me félicitent, me complimentent. À chaque fois, je leur réponds la même chose. Tout cela a été rendu possible grâce au travail d’Élisabeth.
Au bout d’une heure, je parviens à m’éloigner de mes invités, rejoignant l’effervescence de la cuisine. Mon visage s’illumine quand j’y vois Élisabeth, donnant des instructions aux serveurs. À l’instant où elle m’aperçoit, elle se dirige vers moi pour m’embrasser avec une passion presque nerveuse.
« Ça a l’air de bien se passer, pas vrai ?
- C’est parfait. Tout le monde adore ce qu’on a fait. Tu devrais venir, ils veulent tous te parler.
- J’arrive tout de suite. J’ai promis à Olivia de l’appeler. J’aurais tellement voulu qu’elle soit là. »
Je caresse doucement son visage, tentant de chasser cette pointe de tristesse dans son regard. Je sais à quel point sa sœur lui manque. J’ai tout essayé pour la faire venir, mais son travail ne le lui permettait pas.
« Elle nous rendra visite plus tard, ça sera encore mieux. On sera bien rodés, et tu pourras passer plus de temps avec elle. Profite de ta soirée. On y est arrivés. Regarde le chemin parcouru en un an.
- Je croyais bien que tu allais le démolir, mon hôtel ! »
Je grimace avant de capturer ses lèvres. Jamais je n’aurais cru à une telle issue, si on me l’avait suggérée quand j’ai remis les pieds pour la première fois ici. Adieu à l’homme froid et carriériste. J’ai trouvé l’amour et sauvé mes souvenirs d’enfance. Non. Celui que j’étais ne me reconnaitrait pas. Tant mieux. Il n’était pas si bien que cela.
« Eh, les tourtereaux, on a du travail au cas où vous ne l’auriez pas remarqué ! Ce qu’on a l’air idiot quand on est amoureux. »
Nous sursautons tous les deux, notre bulle de bonheur éclatée par la voix de la raison. Emma se tient derrière son plan de travail, l’air moqueur. Sans lâcher Élisabeth, je me tourne vers notre amie, un sourire aux lèvres.
« Méfie-toi Emma. Ça t’arrivera, à toi aussi. Et tu n’auras pas l’air plus intelligente.
- Oh, oui, bien sûr. Quand aurais-je le temps de sortir avec quelqu’un ? Je te rappelle que tu veux que je fasse de ce restaurant LE lieu où tous les New-Yorkais viendront le week-end. Tu parles d’une pression.
- Tu sais, il y a plein d’hommes très séduisants là dehors. Je suis sûre qu’ils seraient prêts à t’aider à faire redescendre ta pression. »
Je me mords l’intérieur de la joue pour me retenir de sourire à la remarque malicieuse d’Élisabeth. Son amie lève les yeux au ciel avant de se remettre au travail, donnant des ordres à la volée à ses commis de cuisine.
Elle a tort de prendre les choses ainsi. J’étais à sa place, il n’y a pas si longtemps. Uniquement concentré sur ma carrière, sans voir l’intérêt de sortir avec qui que ce soit. Et maintenant, je suis là, ma main entrelacée dans celle de la femme de ma vie.
Élisabeth m’entraîne vers la salle principale du restaurant. Je me laisse faire sans me poser de question. Je la suivrai où elle voudra. Aujourd’hui, et je l’espère pour le reste de mon existence.
Discrètement, je tapote la poche intérieure de ma veste, vérifiant que le bout de papier s’y trouve toujours. Il ne faut surtout pas que je le perde. Pas si je veux que tout soit parfait.
Alors que nous nous mêlons aux invités, je ne peux m’empêcher de penser à ce que la soirée nous réserve. Depuis des jours, Élisabeth m’assure qu’elle va danser toute la nuit. Prolonger cette fête jusqu’à voir le soleil se lever sur notre nouvelle vie.
Avec fascination, j’observe son visage qui s’illumine alors qu’elle parle de l’hôtel. Cette femme n’a aucune idée d’à quel point elle est belle. Je compte bien le lui rappeler tous les jours de ma vie, si elle m’en donne la chance.
Je ne peux m’empêcher de sourire, impatient comme jamais de voir venir cette aube prometteuse.
✽✽✽
Lizzie
Je pousse un long râle en me laissant tomber sur le canapé ornant notre terrasse. Un son loin d’être sexy, mais je m’en fiche. Depuis un an que nous sommes ensemble, Andrew en a vu bien d’autres. Il s’est habitué à mes salopettes informes tâchées de peinture. À mes cheveux noués en tresses désordonnées. Aux marques de graisse sur ma peau.
Pourtant, je crois qu’il ne sera pas mécontent de me revoir porter des tailleurs professionnels, comme il les aime. Mais est-ce qu’il arrivera à se contenir devant les clients, quand il verra mes formes sexy enveloppées par ces jupes serrées ?
Nous sommes les gérants d’un établissement sérieux, il ne faudrait pas que notre réputation soit ternie parce que nous sommes incapables de ne pas nous toucher pendant quelques heures.
Mais après tout… Un nouvel hôtel, des dizaines de nouvelles chambres… Autant de lieux à explorer de notre passion. Les mois se sont écoulés, et le désir est toujours le même qu’au premier jour.
À son tour, Andrew s’installe sur le canapé, soulevant mes jambes pour les poser sur ses cuisses. L’une après l’autre, il me défait de mes chaussures. Je pousse un long soupir de soulagement quand il se met à masser sensuellement mes pieds.
« Ne t’arrête surtout pas. T’es en train de me réanimer.
- Quelle idée de danser avec des talons aussi hauts.
- Comme si ça ne t’avait pas plu ! »
Je lui lance en levant un sourcil suggestif. Il rigole doucement, avant de se pencher vers moi pour m’embrasser. Jamais je ne me lasserai de cette sensation. De la chaleur de sa bouche contre la mienne, à la fois tendre et passionnée.
Je n’arrive toujours pas à croire que cet homme puisse être le mien. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter cela. Olivia me dit que c’est un juste retour des choses, après toutes ces années à m’être occupée d’elle, de nos parents, de tout le monde. Selon elle, j’ai enfin le droit au bonheur moi aussi.
Je ne sais pas si elle a raison, mais j’ai décidé de la croire. Je vais profiter de chaque instant que je pourrais avoir en compagnie de cet homme qui me rend dingue, dans tous les sens du terme.
Andrew rompt le baiser. Il me regarde pendant quelques secondes, puis pose ses lèvres sur mon front avant de se lever. Je lui lance une moue déçue. J’aurais préféré qu’il reste près de moi. Il rigole doucement devant mon impatience.
« Je reviens tout de suite. »
Je lui souris, avant de m’enfoncer de nouveau dans les coussins. J’ai beau adorer les meubles anciens, je dois reconnaître qu’il a bien fait d’insister pour acheter ce canapé d’extérieur. Je ne veux même pas en savoir le prix. Probablement quelque chose d’incroyablement choquant. Mais une broutille dans son budget personnel.
Je soupire, admirant les alentours. La lune se reflète dans l’eau de la rivière, tout comme la lumière des lampions que j’ai accrochés tout autour de notre terrasse. L’ambiance est presque féérique. Hors du temps.
Quelle chance j’ai d’avoir enfin un endroit à moi. Une maison où je me sens bien. Un foyer que je peux remplir avec autant de bibelots que je le souhaite… Ou presque. Andrew sait me poser des limites. C’est peut-être mieux. Sinon, je finirais par acheter toute la boutique d’Hélène.
Au fond, je crois que ce qui me plaît le plus, ce ne sont pas les jolis objets, ni les fleurs que j’ai plantées dans notre jardin. Non. C’est de partager toutes ces choses avec cet homme extraordinaire. Qui aurait cru cela possible, quand il a débarqué dans ma vie il y a un peu plus d’un an ?
Je rigole doucement, me rappelant son air dégoûté la première fois qu’il a posé son regard sur moi. Non, ce n’était vraiment pas gagné pour la séduction. Et pourtant, jour après jour, cela s’est produit, jusqu’à ce que nous ne puissions plus nous passer l’un de l’autre.
« Tu rêves, Princesse ? »
Je souris alors qu’Andrew s’assoit de nouveau près de moi. J’ai arrêté de l’appeler Sa Majesté, mais lui persiste à me donner ce surnom. Désormais, il l’utilise sans la moindre malice. C’est juste une marque d’affection, la preuve de sa dévotion pour moi. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le taquiner.
« Je repensais au jour où on s’est rencontrés. Quand j’ai fait tomber mon pinceau plein de peinture sur tes chaussures.
- Tu me dois toujours une nouvelle paire, d’ailleurs. J’ai jamais pu les nettoyer.
- Dans tes rêves. Tu n’avais qu’à ne pas me faire peur. Et puis, je te rappelle que l’une de tes premières paroles pour moi, ça a été de me dire d’aller prendre une douche.
- Ah, l’un de mes meilleurs moments. »
Il rigole doucement tout en se penchant vers moi. Ses lèvres se posent contre les miennes, chaudes et réconfortantes. Je glisse ma main derrière sa nuque, caressant distraitement ses cheveux. Mais avant que le baiser ne puisse s’approfondir, il le rompt et se redresse.
« J’ai un cadeau pour toi. Pour fêter l’inauguration de l’hôtel.
- Quoi, on se fait des cadeaux ? J’ai rien prévu !
- Ne t’inquiète pas, c’est aussi pour moi. Et puis, si tu tiens absolument à me remercier, j’ai bien quelques idées. »
Je lève les yeux au ciel face à ses sous-entendus à peine voilés. Pourtant, je ne peux m’empêcher de sourire. Je suis sûre que je serai à la hauteur de ses idées, aussi lubriques qu’elles soient.
Patiemment, je le regarde fouiller sa poche, me demandant ce qu’il va pouvoir en sortir. Mes sourcils se froncent alors qu’il me dévoile une lettre. Je ne m’attendais pas à cela. Je la prends avec curiosité, remarquant les coins abimés par le temps. Malgré la pénombre, je parviens à déchiffrer le nom écrit sur l’enveloppe.
« Sunny ?! Tu sors ça d’où, j’ai jamais vu cette lettre !
- Les ouvriers l’ont trouvée coincée sous une étagère, quand ils ont refait la chambre de ma grand-mère.
- Pourquoi tu ne me l’as pas montrée ?
- Ouvre, tu vas comprendre. »
Je le regarde encore un instant, interloquée. Puis, je m’exécute, sortant la lettre de l’enveloppe avec délicatesse. Qui sait quel âge a ce vieux papier ?
Mon petit Sunny,
Beaucoup diraient que j’ai perdu la raison, à écrire une telle lettre à un
enfant d’à peine cinq ans. Mais aujourd’hui, tu es rentré de l’école en m’annonçant tout fièrement que ça y est, tu es un grand maintenant. Et pour une raison bien spéciale. Pas parce que tu as appris à faire tes lacets, ni à lire un mot particulièrement compliqué. Non.
Parce que tu as une amoureuse.
Tu me l’as décrite avec des mots d’enfants, avant de passer à une autre
information, probablement tout aussi importante pour toi. Pourtant, cela m’a fait réaliser qu’un jour, tu seras un homme.
Je ne sais pas ce que la vie te réserve. Tout ce que je sais, c’est que des
amoureuses, il y en aura d’autres. Certaines te rendront sûrement fou d’amour, avant de te briser le cœur. Peut-être que tu en briseras un ou deux toi aussi.
Mais mon Sunny. Un jour, tu rencontreras une femme, et ça sera
l’évidence. Elle pourra être la plus agaçante du monde, te faire tourner en bourrique… Tu continueras à l’adorer. Chaque seconde passée loin d’elle te semblera des années.
Tu auras beau essayer de comprendre ce qu’il t’arrive, réfléchir aux
raisons qui te font l’aimer… Rien n’aura de sens. Parce que l’amour, ça n’a pas de sens. C’est quelque chose qui te tombe dessus comme ça, sans crier gare.
Le jour où ça t’arrivera, j’espère que tu ouvriras ton cœur. Ne joue pas
les fiers. Cela ne fera que te blesser. Fais confiance à tes sentiments, et vis pleinement les choses. Profite de chaque instant à ses côtés. Crois-en mon expérience. On n’a jamais assez de temps avec ceux qu’on aime. Tous les jours, je pense à ton grand-père, passant de longues minutes à me replonger dans nos souvenirs bien trop rares.
Alors, je ne sais pas quand tu rencontreras cette fille, ni qui elle sera.
Mais une chose est sûre, quand tu la verras, ne la laisse pas s’échapper. Chéris-la de tout ton cœur.
Une partie de moi, égoïstement peut-être, espère que vous reprendrez
mon hôtel. Que vous le ferez grandir à votre image. Mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Trouvez votre voie. Partagez des moments précieux. C’est tout ce qui m’importe.
Soyez heureux.
Grand-Mère.
Je tourne mon visage vers lui, des larmes menaçant de couler sur mes joues. Je ne m’étais pas attendue à un tel message. Comme j’aurais aimé la rencontrer. J’aurais voulu qu’elle voit ce qu’on a fait de son hôtel adoré, et à quel point on est heureux ensemble.
Malgré tout, je sais qu’elle veille sur nous. Andrew ne croit pas à tout ça, mais je suis sûre que c’est elle qui nous a réunis. C’est notre ange gardien.
Alors que je m’apprête à lui rendre la lettre, il m’interrompt de sa voix douce.
« Tu n’as pas fini. Regarde derrière. »
Je fronce les sourcils, retournant le morceau de papier pour découvrir quelques lignes supplémentaires.
PS : Il s’écoulera sûrement une vingtaine d’années, peut-être même
plus, avant que tu en aies besoin. J’espère que je pourrai te la donner en main propre. Mais si ce n’est pas le cas, c’est mon vœu le plus cher que tu offres cette bague à cette femme extraordinaire qui partagera ta vie, quand le moment sera venu. C’est avec elle que ton grand-père m’a demandée en mariage. Puisse-t-elle vous porter autant de chance en amour qu’elle l’a fait pour nous deux.
Mon cœur s’arrête, et pendant un instant, tout mon corps se fige. Est-ce qu’il a trouvé la bague ? Et si oui… S’il me donne cette lettre, c’est que…
Lentement, je décolle mon regard du papier. Andrew n’est plus assis sur le canapé. Non. Il a un genou à terre, une petite boîte tendue devant lui.
Je porte ma main à ma bouche, n’en croyant pas mes yeux. Après cette inauguration réussie, je ne pensais pas que la soirée pourrait être plus parfaite. Mais je vois que j’avais tort.
« Élisabeth, mon amour. Je pourrais essayer de te faire un long discours. T’expliquer pourquoi je t’aime, même quand tu me rends dingue avec tes idées folles. Mais je crois que ma grand-mère avait raison. L’amour ça ne s’explique pas. Depuis le premier jour, je suis sous ton charme. J’ai été aveugle pendant longtemps. Mais à présent, je le sais. Je veux passer le reste de ma vie à tes côtés. Continuer à bâtir nos rêves, et être heureux, tout simplement. »
S’il voulait dire autre chose, je ne lui en laisse pas le temps. Sans même réfléchir, je saute du canapé pour me blottir contre lui. Il pousse un hoquet de surprise, avant de resserrer ses bras autour de mon corps.
Des larmes coulent sur mes joues alors que j’enfouis mon visage dans son cou. Délicatement, il caresse mes cheveux, les embrassant sans me presser. Entre deux sanglots de bonheur, j’arrive à murmurer à son oreille.
« C’est oui. Je veux t’épouser.
- Ah, tant mieux, j’avais un doute. »
Je frappe son épaule, faussement agacée. Il rigole avant d’attraper ma mâchoire entre ses doigts. Ses lèvres se posent sur les miennes, douces et réconfortantes. Et dire que je vais pouvoir passer le reste de ma vie à les embrasser.
J’ai l’impression de rêver. Tout cela est presque trop beau pour être vrai. Un homme que j’aime. Une maison bien à moi. Des amis que j’adore et un travail qui me rend heureuse. J’ai enfin trouvé ma place quelque part.
A présent, il ne reste plus qu’à profiter de cette vie douce. À grandir et à s’aimer. Je le sais, peu importe les épreuves, nous arriverons à les traverser. Car nous avons ce qui compte le plus.
Nous ne sommes plus seuls à présent.
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Julia Malone