L’ennemie du Milliardaire (French Edition)
Chapitre 7
Andrew
Trois… Deux… Un…
Ça y est, c’est terminé.
Je ralentis le rythme, jusqu’à marcher. Je regarde ma montre. Sept kilomètres en trente-huit minutes. Pas mal. Surtout sur un terrain aussi accidenté que celui-là. Je suis plus habitué aux trottoirs bien lisses de la ville qu’aux chemins tortueux. Mais un peu de nouveauté, ça ne fait pas de mal.
Je m’étire longuement, prolongeant ce que je sais déjà être le meilleur moment de ma journée. Le seul agréable, vraiment. Quand je cours, je peux tout oublier. Il n’y a pas de projet, pas de responsabilités. Juste moi et mon environnement. Ma respiration à contrôler, la douleur et la fatigue à surpasser.
À présent, je vais devoir de nouveau mener bataille. Pas un jour ne passe sans qu’une dispute n’éclate avec Élisabeth. Je ne comprends pas comment on peut être aussi passionné par une chose avec laquelle on a si peu de liens. Ça fait quoi, deux ans qu’elle est là ? Elle agit comme si elle avait monté elle-même l’hôtel, il y a soixante ans.
D’ordinaire, je serais ravi d’avoir une employée avec autant d’aplomb et de ténacité. C’est le genre de personne qu’il faut pour mener les projets difficiles à bien. Mais tant que je n’arrive pas à lui faire comprendre que mon idée est la meilleure chose pour l’avenir du domaine, elle n’est qu’une énorme épine dans mon pied. Pour le dire poliment.
Après avoir soigneusement essuyé mes chaussures, je pénètre dans le lobby. Je prends toujours l’entrée principale. Peu importe que je sois peu présentable ou dégoulinant de sueur. C’est la meilleure manière de voir ce qu’il se passe. De rencontrer des clients, d’observer leurs habitudes.
Ou du moins, quand il y en a. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’hôtel est mort en ce mardi matin. Si mes souvenirs sont bons, seules deux chambres sont réservées. Des randonneurs dans la cinquantaine. Le genre à partir très tôt et à ne revenir que pour s’écrouler dans leur lit à la fin de la journée. Il n’y a pas grand-chose à tirer d’eux.
L’hôtel est vide, et pourtant, j’entends des éclats de voix. Je soupire en reconnaissant celle d’Élisabeth. Qu’est-ce qu’il peut bien lui arriver à présent ?
Abandonnant l’idée d’une douche bien chaude pour calmer mes muscles harassés, je me dirige vers son bureau. Je reste un instant sur le pas de la porte, à observer la scène.
La jeune femme semble de toute évidence dans tous ses états, soulevant des tas de papiers avant de les poser sur le côté. Ses joues sont rouges, sa respiration est hachée. Elle s’agite dans tous les sens, marmonnant des phrases auxquelles je ne comprends rien.
Face à elle, Marissa essaye de récupérer les choses que ma manager envoie valser. Je ne m’attendais pas à ce que mon architecte soit là si tôt. Grand mal lui a pris, on dirait. Quand elle me voit, elle semble soulagée. Qu’est-ce qui a bien pu se passer ici ?
D’un signe de la main, j’indique le couloir à ma cheffe de projet. Elle ne se fait pas prier pour sortir. On dirait que je viens de la rescaper d’une arène pleine de fauves. La lionne en question ne paraît toujours pas avoir remarqué ma présence.
« Bonjour, Élisabeth.
- Ah ! vous ne commencez pas. Je vous l’ai déjà dit mille fois. C’est Lizzie. »
Je soulève un sourcil amusé. Je crois que je ne l’ai jamais vue dans un tel état. Cela me plaît. Si je dois me battre contre elle, autant que ça soit un peu difficile.
Je garde le silence quelques instants de plus, grimaçant en la voyant jeter dans un coin les dessins du projet.
« On peut savoir ce qui vous arrive ce matin ?
- Il m’arrive que vos soi-disant experts poussent les choses beaucoup trop loin ! J’ai déjà été assez gentille de les laisser entreposer leurs cochonneries dans mon bureau. Ça ne veut pas dire qu’ils peuvent toucher à mes papiers, sur mon hôtel. »
Je claque de la langue, agacé. Ça fait beaucoup de possessifs pour une personne qui n’est qu’une employée. Il me semble pourtant que c’est bien mon hôtel. Si je veux que mes architectes s’y sentent bien pour finaliser le projet, j’en ai le droit.
« Et maintenant, vous savez ce qu’elle me dit ? Elle voudrait vider l’atelier pour construire la maquette de son idée stupide. Et après cela, réquisitionner le grand salon pour la présenter aux clients et avoir leur réaction.
- Et alors ?
- Alors ? Nos clients payent pour profiter des lieux, pas pour être de vulgaires cobayes ! Je ne vois pas pourquoi ils devraient sacrifier une zone qui leur est dédiée pour le simple plaisir de votre architecte. Et puis, elle pourrait au moins avoir la décence de ne pas s’étaler sur mon bureau de la sorte. »
Je croise mes bras sur mon torse. Mon amusement commence à être remplacé par une bonne dose d’agacement. Cette femme a bien trop pris ses aises ici. Elle agit comme si nous étions les étrangers. Mais cet endroit est le mien. Pas l’inverse.
« Pourquoi ne le ferait-elle pas ? Surtout quand on sait que bientôt, ce bureau ne sera plus le vôtre. »
Oh, j’ai touché la corde sensible. Une lueur de rage illumine son regard. Pourtant, c’est bien la réalité. Je compte les jours jusqu’au moment où tout ce qu'il y a ici disparaîtra pour de bon. Je serai enfin libéré.
« Ça s’appelle avoir un minimum de respect ! Vous savez, c’est un truc qui se fait chez les gens normaux. Rien à voir avec les conneries dans votre brochure. ‘‘Le respect de l’environnement.’’ Vous allez couler des dizaines de tonnes de béton où il n’y a que des arbres et de la pelouse.
- La plupart des matériaux utilisés sont sourcés de manière écologique.
- Oh, oui, bien sûr. Quoi de plus écologique qu’un complexe d’une centaine de chambres et de multiples piscines ? Ne vous leurrez pas. Ce n’est pas parce que vous choisissez deux-trois matériaux pour vous donner bonne conscience que vous faites quelque chose de bien. Ce sont des illusions de riche.
- Je ne vous savais pas si experte. Laissez-moi deviner, vous avez aussi été architecte, dans votre très longue liste de métiers ?
- C’est ça, moquez-vous. Tout le monde n’a pas le privilège de grandir avec les moyens de faire des études. Le bon sens, ça ne s’apprend pas sur les bancs de l’école. »
Alors que je m’apprête à répliquer, Steve apparaît à la porte. À voir l’expression sur le visage de l’assistant, il n’a rien manqué de notre échange houleux. Pour ce que j’en sais, tout l’hôtel nous a entendus. C’est-à-dire, pas grand monde.
« Excusez-moi de vous interrompre. Lizzie, le jardinier est là. Il dit qu’il y a un arbre qui menace de tomber sur le parking. Il voudrait que tu viennes. »
La jeune femme soupire. Dans un geste théâtral, elle lâche la brochure du projet sur le sol, comme si c’était un simple déchet. Sans un regard pour moi, elle abandonne son grand déblaiement et notre dispute, suivant son assistant jusqu’à l’extérieur.
Par la fenêtre, je l'observe s’avancer jusqu’au lieu du préjudice. C’est léger, mais je pourrais jurer que sa démarche n’est pas aussi fière que d’habitude. Elle a beaucoup à gérer, et ma présence ne doit rien arranger. Pas que ça soit mon problème. Elle voulait les responsabilités, à elle de les assumer à présent.
Je repense à son visage. Même énervée, elle reste incroyablement jolie. Peut-être plus encore. Ses yeux brillent de la passion qu’elle met dans ses arguments. Et quels arguments.
Le moins que je puisse dire, c’est qu’elle ne se retient pas. Elle s’en fiche que je puisse la virer sur le champ. Elle me dit sans détour ce qu’elle pense de moi et de mes idées. C’est presque rafraîchissant, si cela ne m’atteignait pas autant.
Oh, j’ai l’habitude de me faire traiter de tous les noms. Quand on bâtit un empire comme le mien, on ne se fait pas que des amis. Mais avec elle, cela me touche plus que cela ne devrait. Et je n’ai pas la moindre idée pourquoi.
Je souffle d’agacement, regardant la pièce autour de moi. C’est sûrement d’être ici qui joue autant sur mon humeur. Je dois me débarrasser de cet hôtel au plus vite. Mettre un point final à toute cette histoire. Et enfin, revenir à la normale.
Sans perdre un instant de plus, je pars en direction de ma chambre. Je dois récupérer des vêtements propres avant d’aller me laver. Fichue douche. Mes journées seraient certainement moins pénibles si je pouvais utiliser celle de ma salle de bain plutôt que de devoir traverser tout le bâtiment à chaque fois, pour finir dans celle des petits vestiaires destinés aux employés.
J’aurais pu appeler un plombier. Abandonner cette bataille face à Élisabeth. Elle m’a bien fait comprendre qu’elle n’avait pas le budget pour. Ou du moins, pas la volonté de le créer en sacrifiant autre chose.
Et si elle ne veut pas payer un seul centime, ce n’est pas moi qui le ferai non plus. La facture ne serait pourtant qu’une goutte d’eau dans mes dépenses personnelles. Mais c’est une question de principe. Pourquoi voudrais-je investir ? On ne repeint pas une voiture qu’on envoie à la casse. C’est peut-être de l’orgueil mal placé, mais je refuse de capituler devant elle.
Une fois dans ma chambre, je suis pris d’un doute. Après tout, qu’est-ce qui me prouve que cette douche ne fonctionne pas ? C’est peut-être un acte malveillant de sa part. Une façon de me rendre la vie plus difficile, moi qui veux détruire ses habitudes. J’ai déjà vu bien pire.
Je m’approche de la douche, l’observant attentivement. Je ne sais pas bien pourquoi je fais cela. Je n’y connais rien en plomberie. Ce n’est pas vraiment une chose que l’on apprend dans les pensionnats pour les enfants de bonne famille. Les seules matières pratiques qu’on nous enseigne sont l’étiquette et les bonnes manières. La danse, parfois. Mais les travaux manuels ? Jamais. Je suis sûr que la plupart de mes camarades n’ont même jamais fait leur lit eux-mêmes.
Je hausse des épaules. Ça ne peut pas être si compliqué que cela. Et puis, il n’y a qu’une façon de découvrir si elle m’a menti ou non. Je ne vais certainement pas me laisser intimider.
Sans attendre un instant de plus, j'actionne le robinet de la douche. J’ai beau le tourner, rien ne se passe. Je soupire. Peut-être qu’elle ne m’a pas menti après tout. C’est bel et bien cassé. Refusant de m’avouer vaincu, je pivote encore un peu la poignée…
Qui me reste dans la main.
Bien sûr. Tout tombe en ruine, pourquoi pas ça aussi ? Mais avant que je n’aie le temps de m’énerver, un bruit sourd se fait entendre. Un grondement venant des canalisations. Soudain, de l’eau jaillit de la douche en un véritable geyser.
Sans le robinet, impossible de l’arrêter. Je tente de tourner l’autre, mais rien ne se passe. En quelques secondes, je me retrouve complètement trempé. L’eau commence à déborder, et à couler sur le sol. À ce rythme, c’est tout l’hôtel qui va se être inondé.
Sans réfléchir, je me précipite hors de la chambre. Je n’ai pas fait deux mètres que je tombe nez à nez avec Élisabeth. Pour une fois, je suis content de la trouver. Elle ouvre de grands yeux en me voyant. Je n’ai pas besoin de parler pour qu’elle comprenne ce qu’il s’est passé.
« La vanne est dans le placard à côté de l’escalier, allez vite la couper ! »
Elle me crie à la volée avant de courir vers ma chambre. D’ordinaire, j’aurais été répugné à l’idée que quelqu’un entre dans mon espace privé de la sorte. Mais je n’ai pas le temps d’y penser. Immédiatement, je me plie à son ordre. Je trouve l’arrivée d’eau où elle me l’a désignée, et la ferme, espérant être intervenu à temps.
Sans perdre un instant, je me dirige à mon tour vers ma chambre. Élisabeth est là, tentant d’éponger le sol comme elle le peut avec les serviettes qu’elle avait sous la main. Au moins, l’eau semble avoir cessé de couler.
Maintenant, à savoir si cela a traversé jusqu'aux étages inférieurs. Cela ne serait peut-être pas une si mauvaise nouvelle. Un dégât trop important, et l’hôtel serait obligé de fermer. Définitivement. Personne ne pourrait nous le reprocher. Les incidents, ça arrive… Peut-être que j’aurais dû attendre avant d’aller la chercher finalement. Cela aurait servi ma cause.
« Quand vous aurez fini de rêvasser, vous pourriez peut-être me donner un coup de main ?! »
Je sors de mes pensées. Ses yeux me lancent des éclairs. Elle n’avait clairement pas besoin de ça en plus aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi elle s’entête. Il lui suffirait d’abandonner. De me laisser fermer l’hôtel une bonne fois pour toutes. Je lui ferais un bon chèque pour ses services, et elle pourrait partir ailleurs. Loin, très loin de moi.
Mais non. Élisabeth Jones n’est pas du genre à abandonner. Sur ce point, on se ressemble. On se jette dans l’arène et l’on se bat jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’une issue possible : la victoire.
Alors… Que le meilleur gagne.
« Il y a un chariot de nettoyage dans le couloir. Si vous pouviez avoir l’amabilité d’aller chercher des serpillières. »
J’aimerais lui répliquer d’y aller elle-même, mais je finirais probablement avec une serviette détrempée dans la figure. Peut-être que cela serait mérité. Je n’en suis pas si sûr. Mais je décide de ne pas pousser les choses, sortant de la pièce pour n’en revenir qu’une fois les bouts de tissus entre les mains.
Silencieusement, nous nous mettons au travail. La salle de bain est petite, nos corps n’ont d’autre choix que d’être proches. Près de moi, je sens la jeune femme bouillonner. Ses doigts sont serrés autour de sa serpillière, qu’elle frotte avec force sur le sol trempé.
Pas besoin de les entendre pour savoir que les mots qu’elle profère à mon encontre dans son esprit sont violents. Je ne devrais probablement pas briser ce silence tendu, mais je ne peux m’empêcher d’être curieux.
« J’ai coupé l’eau de tout l’hôtel ?
- Seulement de l’étage. Vous avez de la chance, il n’y a que vous pour le moment. Mais on est plein ce week-end. Il va falloir que je règle tout ça maintenant.
- Il n’y a pas moyen que tout fonctionne, à part ma douche ?
- Si. En n’y touchant pas. Ce que je vous avais demandé de faire, quoi.
- Vous croyez que j’ai fait exprès ?
- J’en sais rien. C’était quoi le but ? Vous vous êtes dit que la fille sans cervelle et sans diplôme que vous employez n’y connaissait rien et que vous pourriez faire mieux ? »
Je grimace. Touché. C’est à peu près ce qu’il s’est passé, pas vrai ? J’ai douté de ses intentions, et j’ai provoqué cette catastrophe. Je préfère rester silencieux plutôt que de l’admettre à voix haute. Elle soupire en jetant une énième serpillière trempée dans le lavabo.
« Passez-m’en une autre. »
Alors que je lui tends le bout de tissu, je m’aperçois que son chemisier est complètement trempé. En transparence, sa poitrine se dévoile, à peine protégée par un soutien-gorge.
Je déglutis avec difficulté, incapable de regarder autre chose que ses formes attirantes. Ce n’est pas la première fois que je les remarque. Je me surprends même à les observer parfois, alors que mon esprit divague.
Je détourne les yeux avant qu’elle n’ait le temps de le réaliser. Je n’ai pas besoin qu’elle rajoute pervers à la longue liste de noms peu glorieux qu’elle doit avoir pour moi.
Après quelques dernières minutes d’effort, nous venons enfin à bout de l’inondation. Élisabeth se lève en soupirant. La colère a disparu de son visage. J’en suis presque déçu. J’ai appris à aimer nos passes d’armes.
Pourtant, je ressens comme un trouble en la regardant. Elle a l’air soudainement fatiguée. L’éclat dans ses yeux s’est fait moins brillant. Cela ne dure qu’une seconde. Un instant de faiblesse qui me laisse incapable de réagir.
Mais après tout, ce n’est pas dans mes habitudes de réconforter les gens. Encore moins mes employés. Elle-même se reprend. Elle se saisit des serviettes trempées, mouillant un peu plus ses vêtements.
« Je vais aller voir en dessous s’il y a des dégâts. Vous devriez aller prendre une douche. »
Je n’ai pas le temps de répliquer qu’elle sort déjà comme une tornade. Comme si elle voulait s’éloigner de moi. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir.
Avec un soupir, j’attrape une tenue propre avant de me diriger moi aussi vers le couloir. Vraiment, ce footing était le meilleur moment de ma journée.
Je traverse l’hôtel, ignorant le regard surpris de Steve. Je suppose qu’il ne s’attendait pas à voir son patron et sa manager passer l’un après l’autre dans les parties communes, trempés de la tête aux pieds.
Je grogne presque de soulagement quand, enfin, je me glisse sous le jet d’eau chaude. Je crois que même une heure sous cette douche ne serait pas suffisante pour totalement effacer les tensions dans mon corps. Pas tant que les paroles d’Élisabeth continuent de trotter dans ma tête.
Le bon sens ne s’apprend pas sur les bancs de l’école.
Je sais bien tout ça. Les choses les plus utiles que je connais, je les ai apprises ici. En observant les gens, en écoutant leurs histoires. En courant dans la forêt et en regardant les cuisiniers et les jardiniers du domaine travailler. Tout cela a bien plus de valeur que tous les cours dans des institutions hors de prix.
Pour autant, elle n’avait pas à me parler comme ça. Tout n’est pas bon à conserver dans la vie. Ça ne sert à rien de ruminer le passé encore et encore. L’enfermer dans des objets ou des vieilles pierres ne le fera pas revenir. Alors, autant le faire disparaître totalement.
Je finis par éteindre l’eau et me sécher sommairement avant de rejoindre le vestiaire où j’ai laissé mes habits. J’ai déjà perdu assez de temps comme cela. Il faut que je me mette au travail.
Je m’arrête net, réalisant que je ne suis pas seul dans la pièce. D’habitude, je ne croise jamais personne ici. J’ai pris mes aises, agissant comme si c'était ma salle de bain privée.
Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Élisabeth est là, à se recoiffer. Elle a déjà changé ses vêtements. Un costume vert forêt cette fois-ci. Mes yeux se perdent sur sa jupe. Plus particulièrement, sur la façon dont elle serre ses fesses. Je me mords la lèvre inférieure en observant leur courbe rebondie.
Je me force à détourner le regard pour m’avancer dans la pièce. Elle sursaute presque, comme si elle venait juste de remarquer ma présence. Ses yeux noisette glissent automatiquement sur mon torse nu, encore légèrement humide de ma douche.
Elle tourne la tête brusquement, se concentrant sur son reflet dans le miroir. Bien qu’elle se soit retournée, je pourrais jurer que ses joues se sont mises à rougir. Et bien et bien. Elle a aimé ce qu’elle a vu, on dirait. Tant mieux. Toutes ces heures passées à courir et à soulever des poids doivent porter leurs fruits.
Malgré l’occasion en or qui m’est donnée de la taquiner, je n’en fais rien. Pour une fois, je me montre gentleman.
« Pardon pour ma tenue. Je ne vous avais pas entendu entrer.
- C’est moi. J’aurais dû attendre. Mais j’ai une montagne de choses à faire, et réparer la plomberie n’en faisait vraiment pas partie. Pas plus que l’arbre du parking. Et je dois encore appeler les mariés pour régler le détail des fleurs.
- Je suis désolé, pour la douche. »
Elle hausse des épaules, ramassant ses affaires dans son casier sans jamais me regarder.
« C’est le calcaire. Ça arrive. La plupart des salles de bain ont été révisées, mais pas celle-là. J’attendais d’avoir les fonds. C’est plus la peine maintenant. »
Elle murmure presque cette dernière phrase avant de se saisir brusquement de son téléphone. Je l’arrête de justesse, l'empêchant de quitter la pièce.
« Élisabeth. Appelez votre plombier. Dites-lui de venir immédiatement. Peu importe le coût. »
Elle reste un instant sans bouger, avant de repartir. Elle n’a pas prononcé un mot, n’a pas fait un seul signe de tête. Mes yeux fixent la porte qui se referme, m’envoyant un courant d’air chargé de son parfum. Miel et Jasmin. Une combinaison divine.
Un tiraillement naît dans le creux de mon ventre. Je pensais que je me sentirais mieux, en admettant mon erreur et en la réparant. Au lieu de cela, je suis frustré. Même si je n’apprécie guère cette femme, je ne veux pas pour autant rendre sa vie impossible.
Il n’est pas encore dix heures et cette journée est déjà un enfer. Comme chacune des autres passées dans cet hôtel de malheur.
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