L’ennemie du Milliardaire (French Edition)
Chapitre 21
Lizzie
Avec violence, la porte de mon bureau claque dans mon dos. J’aurais préféré aller dans la cuisine, lâcher tout ce que j’ai sur le cœur à Emma. Si elle n’avait pas été une si bonne amie, je crois que j’aurais même pu cracher dans la nourriture qu’elle doit servir à nos invités indésirables.
Un comportement puéril. Ce n’est pas moi ça. Moi je suis celle qui garde son calme en toute circonstance. Celle qui trouve des solutions en temps de crise. Celle vers qui l’on se tourne pour obtenir des réponses.
Quelle conne ! J’ai tout gâché. J’aurais dû m’y prendre bien plus tôt. Me battre bien plus fort. Au lieu de ça, je suis tombée pour le seul homme qu’il ne fallait absolument pas que je fréquente. J’ai dépassé toutes les lignes, oublié toute raison. Je me suis laissé endormir par ses caresses. Et me voilà punie. Idiote, idiote, idiote.
La porte s’ouvre avec fracas, laissant apparaître un Andrew furieux. Je l’avais vu agacé, énervé. Mais je ne lui connaissais pas ce regard sombre, cette mâchoire si serrée qu’on dirait qu’il va se briser les dents.
« Je peux savoir ce que c’était que ce bordel ?
- Il fallait bien que je tente ma chance ! T’es sur le point de faire débarquer les bulldozers, quel choix j’avais, hein ?
- Ne pas me planter un couteau dans le dos, aussi publiquement !
- Quoi, tu veux me faire croire que tu m’aurais écoutée si j’étais venue te présenter le projet en privé ? On sait tous les deux que tu m’aurais rembarrée. »
Le sang bat contre mes tempes, si fort que mes oreilles bourdonnent et que ma vision se brouille. On devrait se calmer. Parler, pour de vrai. Avoir ces discussions qu’on a toujours évitées depuis qu’on a commencé tout cela. Mais c’est impossible. La rage est bien trop puissante. Elle doit éclater, une bonne fois pour toutes.
Andrew semble dans le même état que moi. Son regard me fait l’effet d’une lance plantée dans mon ventre. J’ai du mal à respirer, et pourtant, il me faut affronter sa colère.
« Et ça fait combien de temps que tu prépares ton coup exactement ? Ah ça tu m’as bien eu.
- Quoi ?
- Fais pas l’innocente. Tu dois être fière de toi, hein ? Réussir à gagner ma confiance pour mieux m’endormir. »
Ma bouche s’entrouvre sous le choc. Est-il vraiment en train d’insinuer que j’ai manigancé tout cela exprès ? Que je l’ai séduit par intérêt ? Mon cœur se serre. Je pensais le connaître, mais je vois que je me suis trompée sur toute la ligne. Ma voix s’éraille légèrement.
« Tu crois qu’entre nous, c’était faux ?! Pourquoi tu penses que j’ai tant tardé avant d’agir ? C’est à cause de ce qu’il y a entre nous que ma photo n’a pas été dans tous les journaux de la région comme le comité le voulait. À cause de cela que je ne me suis pas battue plus !
- Et alors quoi ? Je devrais te remercier ? Bien sûr ! Un grand merci Élisabeth, d’avoir attendu le moment le plus crucial de ma carrière pour te réveiller et tenter de tout détruire. »
Je lève les yeux au ciel avant de me remettre à faire les cent pas dans la pièce. Je n’arrive pas à croire qu’on en soit là. J’aurais dû le voir venir. Quelle idiote j’ai été. Je regarde vers Andrew. Les bras croisés devant son torse, il attend que je lance ma prochaine attaque. Je ne mets pas longtemps à exaucer son vœu.
« Quand on fait des erreurs, il faut réparer. C’est toi qui l’as dit. Et tu es en train de faire une grosse erreur. Tu ferais mieux de t’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard.
- C’est du business Élisabeth ! Quand j’ai des atouts dans la main, je les exploite, c’est tout.
- Arrête de te voiler la face. Il y a des milliers de terrains tout aussi bien que celui-là pour construire ton complexe. Ça te coûterait bien moins cher que de tout démolir ici. Tu pourrais vendre le Cornwall et tourner la page. Mais non. Tu es tellement obsédé par ton passé avec cet hôtel que tu t’acharnes à vouloir le faire disparaître. »
Ses poings se serrent, et la veine sur son front semble sur le point d’éclater. Face à sa colère, je reste droite comme un i, mes yeux plongés intensément dans les siens. J’ai besoin de réponses. J’en ai assez des détours et des non-dits. Je veux qu’il me dise une bonne fois pour toutes ce qu’il a sur le cœur.
Mais à son habitude, il n’en fait rien. Ses doigts se desserrent légèrement, même si le tic nerveux sur sa mâchoire est toujours bien présent. Il se détourne de moi, sa main s’approchant déjà de la poignée de la porte.
« Mes investisseurs m’attendent. On en reparlera plus tard. »
À mes oreilles, ce plus tard sonne comme un jamais. S’il quitte cette pièce maintenant, il va charmer ces personnes là-bas, dans le grand salon, et obtenir son financement. Tout sera perdu. Pour l’hôtel. Mais aussi pour nous.
Mon esprit se met à réfléchir à toute vitesse. Une pensée revient sans cesse. La même qui m’a hantée ces dernières semaines. À chaque fois, je l’ai mise de côté, l’enfermant dans un petit coin de ma tête, me disant qu’elle est ridicule. Mais à présent, je n’ai plus rien d’autre pour tenter de l’arrêter. Alors, dans un élan de désespoir, j’abats cette ultime carte.
« Et… Et si je t’achetais l’hôtel ? Je suis sûre que si tu me laisses un peu de temps, je pourrai trouver l’argent. Je ferai les rénovations moi-même, et avec le mariage qui arrive, ça nous fera de la bonne publicité. »
Ma voix n’est pas aussi assurée que je l’aurais aimée. Peut-il entendre mes tremblements, ma peur ? Il se retourne lentement vers moi, et soudain, il y a bien plus que j’aimerais lui dire.
Je voudrais lui avouer tout ce que je ressens. Lui dire ce que ces semaines passées dans ses bras ont représenté pour moi. Est-ce que cela suffirait pour le faire changer d’avis ? À en juger par ses sourcils froncés, j’en doute.
« Élisabeth, je suis désolé si je n’ai pas été clair. Cet hôtel n’est pas à vendre. Il ne va pas être rénové non plus. On va suivre le projet, comme prévu.
- S’il te plaît, j’ai juste besoin d’un peu plus de temps…
- Tu te fais du mal. Toi-même, tu dois réaliser que ça ne marche pas. Même si tu trouvais les fonds. Tu ne pourrais pas tout faire toi-même. L’hôtel te démolirait. »
Mes ongles s’enfoncent dans la paume de mes mains, ma respiration s’accélère. Les murs se referment autour de moi. Mon havre de paix est en train de se transformer en prison.
« Je le pourrais, j’en suis sûre.
- C’est impossible.
- Qu’est-ce que tu en sais, hein ? C’est à peine si tu connais cet endroit. Tout ce que tu fais à longueur de journée, c’est de sortir de l’argent de ton porte-monnaie pour résoudre les problèmes. C’est pas comme ça que ça marche la vraie vie. Les gens doivent se battre pour atteindre leurs buts. Pour survivre. »
L’homme s’avance vers moi. Bientôt, je peux sentir son souffle chaud sur mon visage. Mais pour une fois, ce ne sont pas ses lèvres qui m’intéressent. Non. C’est la tempête qui traverse avec fracas son regard.
« Ma grand-mère est morte à cause de cet endroit. Alors ne viens pas me dire que je n’y connais rien. Je sais mieux que n’importe qui ce qu’essayer de maintenir cet hôtel peut causer.
- Moi je sais que je peux y arriver. J’ai juste besoin que tu me fasses confiance. »
Andrew soupire, avant de faire quelques pas vers la fenêtre en secouant la tête.
« Grandis un peu, Élisabeth. C’est rien qu’une vieille maison toute déglinguée. Il n’y a plus rien à en tirer. Parfois, on ne peut pas sauver les choses. »
Cette dernière phrase est comme un coup de couteau directement planté dans mon cœur. Mes épaules s’affaissent, ma respiration ralentit. Mon esprit n’essaye même plus de trouver d’arguments pour contrer l’homme devant moi. Aucune idée, aucune pique assassine à lui répliquer.
Un goût amer se répand dans ma bouche. J’en ai presque la nausée. Il m’a tout donné. Une épaule sur laquelle m’épancher, un corps contre lequel me réchauffer. Un cœur auquel m’attacher. Et à présent, il me reprend tout.
Tout ça pour quoi ? Un énième hôtel pour les ultra-riches. Aucune âme. Aucune considération pour les autres. Seul leur bon plaisir compte. J’aurais dû le savoir dès le début. Ça n’aurait jamais pu coller entre nous. Je n’étais qu’une distraction pour lui. Une petite chose avec laquelle s’occuper pendant qu’il était loin de son terrain de jeu habituel.
Il m’a montré son vrai visage. Et je crois qu’il n’y a plus rien que je puisse faire à présent. Je vais devoir rester là, un sourire faux aux lèvres, à l’observer détruire pierre par pierre tout ce qui comptait pour moi.
Je n’en ai pas la force. Ma voix ne tremble plus. Mon esprit s’est calmé. La fureur de la tempête a été remplacée par une mer d’huile. Si la guerre est perdue, je préfère mourir de ma propre épée. Résignée, je lui fais part de ma décision.
« Tu as raison. On ne peut pas toujours sauver les choses. Je vais assurer le mariage Marshall, comme prévu. Et après, je m’en irai. Je démissionne.
- Élisabeth…
- Tu as été clair depuis le début. Je ne suis pas à la hauteur de tes ambitions. Au moins comme ça, tu n’auras pas à me virer et à me faire un chèque pour mes bons services. Une maigre économie, mais un sou est un sou, pas vrai ? Tu vois, je comprends le business quand je veux. »
Il ne répond plus rien, se contentant de me regarder sans que la moindre expression transparaisse sur son visage. Je baisse les yeux et me dirige vers la porte, incapable de lui faire face un instant de plus.
Son silence est le plus bruyant des aveux. Je savais qu’il ne me contredirait pas, et pourtant, je sens quand même mon cœur se serrer.
Ma main se pose sur la poignée, et je m’enfuis sans demander mon reste. Je ne lui ferai pas le cadeau de ma faiblesse. Mes larmes resteront miennes.
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