L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Julia Malone · Chapitre 2 sur 27

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L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Chapitre 2

 

Andrew

Je soupire alors que la porte se referme derrière la jeune femme. Enfin seul. Je ne sais pas à quoi je m’attendais en revenant ici. Mais je n’avais certainement pas prévu une telle rencontre. C’est vraiment elle qui fait tourner mon hôtel ?

D’accord, j’ai toujours tout fait pour en savoir le moins possible. Tant que je ne perdais pas d’argent, le reste m’importait peu. Pour autant, j’aurais attendu de la part de mon gestionnaire un peu plus d’exigence quant au choix des personnes qu’il emploie pour moi.

Alors que je tente d’enlever du mieux que je peux les traces de peinture sur mes chaussures, mon téléphone sonne. Avant même de regarder l’écran, je sais qui est au bout du fil. Max, mon associé. C’est à cause de lui si je suis là. Il a insisté pour que je vienne en reconnaissance. Sans ça, je serais encore à New York, dans le confort moderne de nos bureaux.

« Hey Andrew. Alors, raconte, c’est comment ?

- Vieux et poussiéreux.

- On va bientôt changer tout ça, pas vrai ? Le parc est comment ? Et t’as eu le temps de parler à la manager ? Elle a dit quoi ? »

Je me frotte le front, tentant d’emmagasiner l’enthousiasme de mon ami. Je ne peux pas lui en vouloir. Ce projet marque un tournant. C’est notre occasion de nous propulser sur le devant de la scène. De faire passer notre compagnie dans la cour des grands.

Des mois qu’on y travaille sans relâche. Tout cela est sur le point de devenir bien concret. D’ordinaire, j’aurais moi aussi été excité. Mais l’amertume que je ressens à être de nouveau ici m’empêche de savourer ce moment pleinement. Alors, je calme ses ardeurs.

« Je viens juste d’arriver. Mais ça semble prometteur. Au fait, je t’ai laissé des échantillons de marbre pour le chalet d’Aspen.

- J’ai vu. Ils sont exactement pareils pour moi. »

Je lève les yeux au ciel. Je n’ai jamais compris comment mon ami pouvait autant manquer d’attention aux détails. Il a grandi dans le luxe pourtant, il devrait voir ces choses-là. Mais tout ce qui l’intéresse, ce sont les chiffres et les business plans.

Pour la partie créative, il se repose sur moi. Au moins, cela me facilite mon travail. Je n’ai pas besoin de me battre pendant des heures pour faire passer mes idées.

« Il faut que je te laisse, ils m’attendent pour une réunion. Tiens-moi au courant. Oh, et essaye de t’amuser un peu tant que t’es là-bas. Si tu continues comme ça, tu vas rester coincé avec cette ride sur ton front.

- Ouais, comme si je pouvais trouver quelque chose pour m’amuser dans ce trou. Tu conseilles quoi, une partie de bingo avec le club du troisième âge, ou bien le concert de la chorale de l’école ?

- Tu connais ma réponse. Cherche-toi une fille. Je suis sûr que tu pourras t’en dégoter une pas farouche avec qui t’encanailler. Ça te ferait pas de mal de prendre ton pied un peu. T’es trop tendu, c’est pas bon pour le business. »

Je secoue la tête. Ce n’est un secret pour personne. Max est un coureur. Je ne sais pas combien de femmes sont dans le répertoire de son téléphone, prêtes à le rejoindre au moindre texto de sa part.

Pas que je sois un exemple en matière de relations. Peu importe que la compagnie soit charmante, je ne l’apprécie rarement pour plus longtemps qu’une soirée. Mais ici, je compte bien rester seul. Les enjeux sont bien trop importants pour que je me laisse distraire.

Je m’enfonce dans la chaise et parcours la pièce des yeux. Rien n’a vraiment changé. Le bureau est peut-être un peu plus encombré. Définitivement plus encombré. Mais l’esprit est toujours le même.

Ouvrir la porte d’entrée a été comme faire un bon dans le passé. Une chose étrangement familière, bien que cela fasse des années que je n’ai pas mis les pieds ici.

Je ferme les yeux, massant doucement mes paupières en essayant de retenir les pensées dérangeantes qui m’envahissent. Je viens à peine d’arriver, et je donnerais déjà tout pour repartir.

Pour me distraire, je parcours les papiers négligemment posés sur le bureau. Qui reçoit encore des factures physiques de nos jours ? Elle n’est pas au courant de l’existence des emails ou bien ? Je fronce les sourcils, remarquant un nombre important de devis d’artisans. Aucun n’est signé pourtant. Même pas celui pour une nouvelle chaudière.

Alors que je m’apprête à me plonger dans une autre pile tout aussi imposante, la porte s’ouvre de nouveau. Je me fige, gardant un papier suspendu dans les airs.

Si je n’avais pas été dans son bureau, je ne suis pas sûr que je l’aurais reconnue. Elle s’est débarrassée de cette salopette toute tâchée pour la troquer pour un tailleur bien plus professionnel. Et bien plus sexy.

C’est sur sa jupe que mes yeux se fixent en premier. Sur les courbes généreuses de ses hanches parfaitement épousées par le tissu. Puis ils remontent, observant sa taille marquée, mise en valeur par sa veste ajustée.

Les paroles de Max me reviennent immédiatement en tête. « Trouve-toi une fille peu farouche avec qui t’encanailler. » Il n’y a que lui pour utiliser des mots aussi ridicules. Et je suis encore plus ridicule d’y penser, alors que mon employée se tient devant moi.

« C’est mieux ?

- Beaucoup mieux. »

Elle lève les yeux au ciel, visiblement agacée par ma remarque. Cela m’amuse. C’est rare que les gens me fassent voir ce qu’ils pensent vraiment de moi. En général, mes employés préfèrent rester silencieux et stoïques face à moi. Alors c’est assez rafraîchissant qu'elle ait cette attitude.

Enfoncé dans mon siège, je la regarde s’asseoir devant moi, évitant soigneusement de m’attarder sur son décolleté. Les tresses ridicules qui attachaient ses cheveux ont été réarrangées en une queue-de-cheval parfaitement maîtrisée.

Je n’avais pas remarqué qu’ils étaient aussi longs. Je me demande jusqu’où ils peuvent bien descendre, quand ils sont détachés ? Mes dents se serrent. Je ne peux décemment pas penser aux fesses d’une employée.

Je me concentre sur son visage à la place. Elle y a appliqué un maquillage léger, soulignant ses yeux et rendant sa bouche attractive sans être provocatrice. Oui. Elle est vraiment jolie.

Réalisant que je l’observe depuis bien trop longtemps, je me racle la gorge avant de chercher une distraction. Je la trouve dans le devis de la chaudière, que je soulève pour lui faire voir.

Oh, au fond, je n’ai pas grand-chose à faire du système de chauffage de l’hôtel. Mais je suis curieux. Comment une personne de son genre travaille-t-elle ? Entre la tenue qu’elle portait pour m’accueillir et le bazar ambiant dans son bureau, cela promet d’être intéressant.

« Je peux savoir pourquoi la chaudière n’a pas été changée ?

- Elle pouvait tenir encore un peu.

- Pourquoi avoir demandé un devis alors ?

- Parce qu’elle est du genre capricieux. Mais j’ai réussi à la réparer, et ça a bien tenu jusqu’à présent. »

Je la fixe, tentant d’emmagasiner les informations qu’elle vient de me donner. Des dizaines de pensées se bousculent dans ma tête. Combien de temps ce bricolage peut-il tenir ? Est-ce vraiment sécurisé, ne risque-t-elle pas de faire sauter tout mon hôtel ? Mais c’en est une tout autre qui sort de ma bouche.

« Vous ?

- Quoi, vous pensez qu’une femme n’est pas capable de faire ça ?

- Je ne savais qu’on apprenait ce genre de choses en école hôtelière, c’est tout. 

- Ça, je n’en sais rien, je ne l’ai pas faite. »

Je cligne des yeux. Comment quelqu’un sans formation a pu atterrir manager de mon hôtel ? Il va falloir que j’aie une discussion sérieuse avec mon gestionnaire. Sur quels critères sélectionne-t-il les gens qu’il embauche, au juste ?

Il n’emploierait pas un comptable sans éducation, pourquoi pense-t-il que c’est acceptable pour diriger mon établissement ? Décidément, quand on ne fait pas tout soi-même, rien n’est fait correctement. J’inspire profondément. Il faut que j’en sache plus.

« Alors quoi, vous avez fait des études dans le bâtiment ? Chauffagiste, peut-être ?

- Non. J’ai tout appris en observant et en répétant les mouvements qu’on me montrait.

- Et donc vous avez cru être la plus compétente pour faire les réparations, ignorant les règles élémentaires de bon sens et de sécurité ? »

Elle se redresse sur sa chaise, visiblement aussi énervée que je le suis. Pourtant, j’ai raison. C’est de la folie de s’attaquer à ce genre de réparation sans la moindre formation.

Je sais pourquoi elle fulmine, au fond. Jusqu’à présent, c’est elle qui détenait les rênes du royaume. Elle pouvait faire tout ce que bon lui semblait. Maintenant que je suis là, je suis un nuage dans son beau ciel bleu. Elle croise les bras devant sa poitrine, levant sa tête comme par défi.

« Et dites-moi, avec quel argent je suis censée payer pour tout ça ? Si vous croyez que ça m’amuse, de faire tout moi-même.

- Vous n’avez pas un fonds dédié pour ce genre de choses ?

- Avec votre gestionnaire ? C’est déjà un miracle qu’on ait de quoi nourrir nos clients. Il bloque absolument tout. D’ailleurs, tant qu’on y est. Je ne connais même pas votre nom. C’est confidentiel, selon lui. »

Je lève les yeux de la feuille que je tiens entre les mains, perplexe. Qu’est-ce que mon identité peut avoir de si secrète ? D’accord, je ne veux pas à ce que mon projet s’ébruite. Mais cela semble un peu extrême, surtout maintenant que je suis ici face à elle. Encore un gratte-papier qui fait du zèle.

Je soupire. Après tout, je ne me suis pas présenté en arrivant. Le long trajet et les mauvais souvenirs qui m’ont envahi quand j’ai passé la barrière du domaine ont porté un coup à mes bonnes manières, on dirait.

« Andrew Price. »

Elle hoche de la tête, comme pour me remercier. Apparemment, mon nom ne lui évoque rien. Tant mieux. Je n’ai pas besoin qu’elle fasse la connexion. Bientôt, je ne serai plus là de toutes les manières. Et elle non plus, vraisemblablement.

« Et je suis Élisabeth Jones, même si tout le monde, clients compris, m’appelle Lizzie. Maintenant que les présentations ont été faites proprement, que diriez-vous d’aller visiter l’hôtel ? On pourra mieux discuter de tout cela une fois que vous aurez une vue d’ensemble. »

Je reste silencieux un instant. Je n’ai pas vraiment besoin d’une vue d’ensemble. Ce à quoi ressemble l’hôtel aujourd’hui n’a pas grande importance pour la suite du projet. Et pourtant, une curiosité malsaine m’envahit. Bientôt, il m’est impossible de la réprimer. Alors, contre mon plein gré, je m’entends lui répondre.

« Allons-y. »

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