L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Julia Malone · Chapitre 5 sur 27

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L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Chapitre 5

Lizzie

J’inspire longuement l’air frais. Je crois que c’est l’une des choses que je préfère. L’odeur bien particulière d’un matin de printemps, quand le froid vous mord les joues et que le soleil vient les apaiser juste après.

Je jette un coup d’œil sur les alentours. Les rues du village se réveillent doucement. On entend la vie reprendre son cours dans les maisons aux façades de briques rouges. À l’angle de l’église, Monsieur Russel promène son chien, s’arrêtant ici et là pour le caresser.

« Lizzie ! »

Je me retourne en entendant mon nom. Immédiatement, je vois apparaître dans mon champ de vision les boucles rousses d’Hélène, la propriétaire du magasin d’antiquités. De vieilleries, dirait sûrement Andrew. Je fronce les sourcils un instant. Je ne dois pas me laisse gâcher la journée par son existence.

« Alors, il paraît que le propriétaire de l’hôtel est en ville ? Il ressemble à quoi ? Et il veut quoi ? Vas-y, crache le morceau, je veux tout savoir. »

Je retiens un soupir. Bien sûr. Il est arrivé depuis à peine quarante-huit heures, et tout le monde est déjà au courant, le moulin à ragots prêt à tourner à plein régime. C’est le lot des petites communautés.

Je ne sais que répondre à la femme en face de moi. Elle a beau avoir la quarantaine, elle a la même fougue qu’une adolescente. Je suis sûre que si je lui dévoilais les projets d’Andrew, elle serait la première à monter au créneau. Elle mènerait une fronde acharnée, à coups d’affiches et de vidéos sur le net. Avec elle à mes côtés, j’aurais les meilleures chances de sauver l’hôtel.

Mais je ne le peux pas. Andrew m’a bien fait comprendre que cela serait une faute grave si je mettais quelqu’un au courant. Je vais devoir me montrer intelligente. Jouer mes cartes de manière habile. Je ne pourrai pas le faire changer d’avis si je suis virée.

J’ai beau sentir le compteur tourner, je dois prendre mon mal en patience. Étudier l’ennemi. Mais pour cela, il faudrait déjà que j’arrive à le voir.

Je ne l’ai pas croisé hier. Je l’ai à peine aperçu partir faire un footing le long de la rivière au petit matin. Emma m’a dit qu’elle lui avait préparé un petit déjeuner pendant qu’il prenait sa douche dans les vestiaires. Des œufs brouillés et un avocat, arrosés d’une grande tasse de café. Il a tout emporté dans sa chambre, grommelant tout juste un merci.

Après cela, on ne l’a pas croisé de la journée. Quant à savoir où il a dîné, c’est un mystère. Il s’est éclipsé sans que je le voie partir, et sa voiture de sport ultra luxueuse n’était pas revenue quand je suis rentrée chez moi. Peut-être a-t-il décidé que sa chambre n’est pas à la hauteur, et qu’il est retourné chez lui.

Je secoue la tête. Cela serait trop beau, je ne dois pas me faire de faux espoirs. Je me reconcentre sur Hélène et sa joie pétillante.

« C’est le genre homme d’affaires de New York, la trentaine. Il a des projets pour développer l’hôtel.

- Oh, tu dois être ravie. Depuis le temps que tu rêves d’améliorer cet endroit. À propos, il faut absolument que tu me l’amènes. J’ai des nouvelles pièces qui iraient à merveille dans le salon d’hiver, quand il sera rénové. De belles bibliothèques en bois, et un tableau de forêt en plein été. Ça serait par-fait. »

Je hoche la tête, souriant pour me forcer à garder mes pensées pour moi-même. J’en connais encore peu sur l’homme et ses goûts. Mais avec l’aperçu que j’ai eu, je ne prends pas de risque en affirmant qu’il détesterait cela.

« Je ferai de mon mieux, promis, Hélène.

- Tu es la meilleure. Allez, je dois aller ouvrir ma boutique. On se voit plus tard ! »

Je lui adresse un signe de la main avant de me diriger vers ma voiture. L’hôtel est situé à quelques kilomètres de la ville, niché dans cet écrin de verdure que j’aime tant. Là-bas, c’est comme si le temps s’arrêtait. Seul le mouvement des clients rappelle qu’il y a une vie en dehors de ces lieux féériques.

Je ne peux retenir un bâillement alors que j’arrive à la grille du domaine. Le week-end a été épuisant. Un hôtel plein, c’est du boulot. Mais c’est ainsi que j’aime mon travail. J’ai toujours été douée avec les gens. Leur présence me réconforte. Même s’ils ne sont pas là pour longtemps, cela me fait de la compagnie. Quelques heures où je ne me sens pas seule.

Je soupire. La voiture d’Andrew est garée sur le parking. Il n’est donc pas rentré chez lui. Je ne sais vraiment pas comment je vais réussir à le supporter pendant plus d’un mois. Qu’il ouvre la bouche ou qu’il laisse planer un silence lourd de sens, je ressens le même bouillonnement dans mes veines. La même envie de lui prouver qu’il a tort. Ce n’est pas parce qu’il a su monter sa boîte qu’il a toutes les réponses.

Je ferme ma voiture derrière moi, me dirigeant vers l’accueil. Il faut que je me calme. Il me tape déjà assez sur les nerfs quand il est là pour en plus le laisser entrer dans ma tête quand il est absent.

Après un rapide tour de mes emails et un point avec les équipes, je sors pour me rendre vers l’un des nombreux bâtiments de la propriété. La journée va être calme, il y a peu de clients dont il faut s’occuper.

C’est l’opportunité parfaite pour s’adonner à l’une de mes activités préférées : donner une seconde jeunesse à des objets. Aujourd’hui, ce sont les chaises de la terrasse d’été qui vont avoir droit à une séance de relooking.

Rien de bien extravagant. Un nettoyage en profondeur, et une couche de peinture blanche pour celles qui en ont besoin. Je suis déjà ravie à l’idée de passer ma matinée à faire cela. Au moins, ici, je suis au calme. Et j’ai l’impression d’être utile. Si je dois entendre encore un seul commentaire sur mon manque de compétences ou ma mauvaise gestion de l’hôtel, je crois que je vais hurler.

Une à une, je sors les chaises de la grange où elles ont été entreposées. La météo est parfaite. Le soleil se fait de moins en moins timide, et la brise est légère. Rien ne pourra gâcher ce moment de paix.

Le temps s’écoule lentement alors que je ponce, dégraisse, peins. Je suis si absorbée par mes coups de pinceau qu’il me faut quelques instants pour réaliser que je ne suis plus seule. Décidément, cela devient une habitude.

Andrew se tient à quelques mètres de moi, en tenue de sport. Cela doit faire un moment qu’il est parti courir. Sur son front, quelques gouttes de sueur perlent, glissant jusqu’à se perdre dans sa barbe. Son t-shirt colle à sa peau, laissant apercevoir son torse.

Je me mords la lèvre. Il a l’air musclé. Sa respiration courte me donne des idées peu convenables alors que mes yeux ne peuvent se décrocher de son corps. Je suis ridicule. Pour sortir de ma contemplation, j’enlève mes écouteurs. L’homme désigne les chaises d'un geste du menton.

« Encore une autre de vos activités ?

- C’est pour la terrasse d’été. Celle sous le saule pleureur, près de la rivière. »

Andrew écoute mes explications, sans montrer un grand intérêt. J’essaye une nouvelle approche.

« C’est ce qui a fait craquer la mariée, quand ils sont venus pour la première fois. C’est là qu’il l’a demandée en mariage. Et ils comptent y passer la soirée, sous une immense tente que l’on montera spécialement pour l’occasion. 

- Combien d’invités ?

- Environ soixante-dix.

- Ce n’est pas beaucoup pour un mariage de ce milieu.

- Ils voulaient quelque chose d’intime. Ils feront une autre fête dans la villa de bord de mer de son père, à ce que j’ai compris. »

Il hoche la tête, se détournant pour observer notre environnement.

« Avec un hôtel plus grand et plus moderne, on pourra accueillir de bien plus gros mariages.

- Vous savez, les petits mariages sont à la mode. La plupart des gens préfèrent avoir une cérémonie romantique dans un endroit plein de charme, plutôt que dans un lieu froid.

- Qui a parlé d’un lieu froid ?

- Vous voulez détruire la maison et construire je ne sais combien de chambres à la place, dans un style ultramoderne. Difficile de conserver l’âme du lieu après cela. »

Il claque sa langue plusieurs fois, visiblement agacé.

« Parfois les choses ont besoin de changer. Ce n’est pas parce que quelque chose a traversé les époques qu’il doit rester figer dans le marbre pour toujours.

- Et parfois, le changement n’apporte rien de bon. Faire du neuf pour faire du neuf, ça n’a aucun intérêt.

- Vous vous bercez d’illusions, Élisabeth. Tout tombe en morceaux. Et ce n’est pas quelques coups de peinture qui feront redevenir cet endroit ce qu’il était un jour. Cette époque a disparu. Et plus vite vous l’accepterez, le mieux ça sera pour tout le monde. »

Mon poing se serre autour du pinceau, faisant rougir ma peau. Comment peut-il balayer le travail de toute une vie de la sorte ? À l’écouter, l’hôtel est une ruine dont il ne reste que les fondations. Mais la bâtisse tient bon. Peu importe les tempêtes et les aléas. Elle se tient fièrement, emblème de cette communauté et de ceux qui en font partie.

« Bien. J’ai une journée chargée. Bonne chance avec votre projet, Élisabeth. »

Sans un regard, il fait demi-tour, rejoignant à petites foulées le bâtiment principal. Si je n’étais pas aussi furieuse, j’admirerais probablement son dos, ses fesses, de toute évidence aussi musclés que le reste de son corps.

Mais là, j’ai surtout envie de lui jeter mon pinceau dessus. Tacher sa tenue de sport à je ne sais combien de centaines de dollars. Sûrement assez pour payer le plombier pour sa chambre, et deux-trois autres bricoles.

Pour passer mes nerfs, je me reconcentre sur mon travail. Dommage que ça ne soit pas du bois à couper, ou des clous à enfoncer. Cela aurait été plus efficace pour évacuer ma frustration.

Le reste de la matinée s’écoule tranquillement, perturbée seulement par l’arrivée d’Emma qui m’apporte de quoi déjeuner. Son sandwich au pastrami a au moins l’avantage de m’apaiser un peu plus. Je ne mérite pas une telle amie. On dirait qu’elle sait toujours ce dont j’ai besoin.

Mon téléphone annonce quatorze heures quand, enfin, ma tâche est achevée. Les chaises se tiennent toutes là, aussi scintillantes qu’à leur premier jour. Peu importe ce qu’il va faire de cet endroit, je compte bien me battre jusqu’au bout. Personne ne m’empêchera de faire mon travail.

Alors que je viens de ranger mes outils, j’aperçois une voiture remonter l’allée principale. Je fronce les sourcils. Il n’y a pas d'arrivées aujourd’hui, et je n’attendais pas de visite.

Me frottant les mains pour essayer d’enlever les traces de peinture, je m’avance vers l’hôtel. Je reste en retrait parmi les arbres. Même si je déteste l’admettre, je suis d’accord avec Andrew. Je ne veux pas me monter à des visiteurs dans une tenue aussi négligée.

Je ne reconnais pas les personnes qui sortent de la voiture. J’ai à peine le temps de les observer que déjà, Andrew surgit de l'entrée, les saluant d’une chaleureuse poignée de main. Ça n’annonce rien de bon.

Sans perdre une minute de plus, je me dirige vers la porte arrière du bâtiment. Je dois tirer cela au clair. Et pour cela, j’ai d’abord besoin d’enlever la peinture sur mes doigts et changer de vêtements.

 

✽✽✽

« Regarde-le. Il parade dans l’hôtel avec ses précieux architectes, comme si tout lui appartenait.

- Tout lui appartient, Lizzie.

- Je sais ! Tu as compris ce que je voulais dire. »

Emma soupire, se concentrant sur sa liste de menus. Depuis le comptoir de l’accueil, j’ai une vue directe sur le grand salon. Cela fait des heures qu’ils sont là. C’est à peine si j’ai eu le droit à une présentation.

Si je sais qui ils sont, c’est parce qu’Andrew m’a demandé de leur apporter du café, et que sur la table, j’ai aperçu les plans pour le futur hôtel. Je n’ai pas pu bien les regarder cependant. Il m’a vite renvoyée, me déclarant poliment qu’ils n’avaient pas besoin de mes services pour le moment.

Je me demande bien de quoi ils peuvent parler. De temps en temps, ils se lèvent, observant je ne sais quoi par la fenêtre. Peut-être qu’à l’heure qu’il est, ils ont déjà décidé de quel arbre centenaire ils vont se débarrasser. Peut-être tous. Ce genre de travaux, cela requiert de la place. Il y aura forcément des dommages collatéraux.

Rien qu’à l’idée, mon ventre se tord. Je vais devoir profiter de chaque moment ici. Peut-être prendre des photos. J’aurais dû commencer l’hiver dernier, comme j’en avais l’intention. À présent, c’est trop tard.

Non.

Je ne dois pas penser comme cela. Un seul instant de faiblesse, et tout sera perdu pour de bon. L’hôtel est encore là, et moi aussi.

« Élisabeth ? »

Je lève les yeux au ciel en entendant mon patron utiliser mon nom complet, faisant rire mon amie. Personne ne m’a jamais appelée comme ça, à part mon grand-père, les trois fois où je l’ai vu dans ma vie. À se demander pourquoi mes hippies de parents m’ont donné ce nom. Pourquoi vouloir faire plaisir à un homme qu’on ne va jamais visiter ?

Le pas décidé, je pénètre dans le grand salon. Je me tiens bien droite, déterminée à emplir la pièce de ma présence hostile. Mon sourire est professionnel et amical, mais mes yeux sont prêts à lancer des flammes.

Andrew soutient mon regard sans fléchir. Mais au fond de lui, je suis sûr qu’il sent le tumulte qui bouillonne dans mes veines. Il désigne ses deux invités.

« Gregory et Marissa voudraient visiter la ville, pour se faire une meilleure idée de ce que nos clients pourraient trouver ici.

- On adorerait avoir une locale pour nous guider. C’est toujours mieux pour avoir une vue complète de la situation. »

Je me retiens de lui dire que je ne suis pas une locale. Pas vraiment. Bien que ce soit la première fois que je me retrouve aussi longtemps dans un même endroit, je ne suis pas du coin. J’ai bien entendu quelques histoires, mais s’ils comptent sur une visite avec tous les détails croustillants de ces cinquante dernières années, ils s’adressent à la mauvaise personne.

Et puis, je crois que je préfèrerais couper la pelouse de tout le domaine avec un coupe-ongles plutôt que devoir servir de guide touristique à ceux qui vont détruire cet endroit que j’aime tant. Mais je n’ai pas le choix. Je ne peux pas prendre le risque d’aller à l’encontre de mon patron et de me faire virer.

Alors, j’accepte poliment leur requête, les emmenant à ma voiture. Quelques minutes nous suffisent pour atteindre la rue principale. Je me gare devant l’église, laissant la femme s’extasier sur les détails architecturaux du bâtiment en pierre.

Brièvement, je leur donne les quelques informations que je connais sur Sun Creek Valley. Sa population. Ses origines floues, au temps des premiers pèlerins. Son passé industriel, avec l’usine de câbles désaffectée et le grand moulin à quelques kilomètres, du côté opposé de l’hôtel.

Puis nous commençons à remonter la rue. Nous nous arrêtons devant chaque petite boutique, devant chaque galerie d’art. La femme s’arrête çà et là pour prendre des photos, enthousiaste. Tout semble lui plaire. Tant mieux, je suppose. Elle doit être le genre de clientèle qu’il veut attirer.

Patiemment, j’attends alors qu’ils prennent des notes, décidant que tel ou tel élément serait la parfaite inspiration pour leur projet. Dans mon attente, je ne peux m’empêcher d’observer Andrew.

C’est à peine s’il regarde ce qui l’entoure. Ce qu’il y a sur son téléphone semble l’intéresser bien plus. De temps en temps, il lève la tête pour répondre à une question ou à une autre, avant de se replonger sur son écran.

Est-ce qu’il y a une seule chose qui l’intéresse dans sa vie ? Après tout, c’est pour son entreprise que nous sommes tous là. Il pourrait au moins faire semblant d’être concerné. C’est bien ce que je fais, alors que je n’en ai pas la moindre envie.

« C’est si pittoresque. »

Je pince mes lèvres en un sourire forcé. Ils ont l’air d’adorer tout ce qui fait le charme de cette petite ville. Et pourtant, ils n’ont aucun scrupule à en détruire la pièce la plus emblématique.

C’est eux les professionnels. S’ils l’avaient voulu, ils auraient pu proposer un autre plan à leur client. Mais j’ai bien vu les croquis et les dessins 3D sur la table du salon de thé. Un énième bloc moderne, avec plus de verre et d’acier qu’autre chose.

« Qu’est-ce que c’est là-bas ? »

Je lève la tête, suivant son doigt du regard. Je souris sincèrement en apercevant la grande bâtisse en brique rouge et blanc qu’elle me désigne. Sûrement mon endroit préféré, avec le Golden Sunrise café de Thomas.

Jusque dans les années 80, le bâtiment accueillait la caserne des pompiers, avant qu’ils ne déménagent dans la ville voisine. Depuis, les lieux ont été investis par Hélène et sa merveilleuse brocante.

« Ça, c’est le meilleur magasin de la région pour trouver des pépites. Surtout si vous aimez les objets qui ont une âme. 

- Oh, allons y faire un tour, ça sera amusant. »

L’idée m’enchante bien plus qu’elle ne le devrait. Mais au moins là-bas, je serai dans un endroit familier, et avec une alliée. Et puis, l’air agacé qu’arbore Andrew ne rend les choses que plus satisfaisantes encore. Je m’attends presque à ce qu’il proteste, modérant l’enthousiasme de Marissa en lui rappelant qu’ils ont du travail.

Mais il n’en fait rien, suivant notre petit groupe alors que nous traversons la rue calme. À peine sommes-nous entrés dans le magasin qu’Hélène nous saute dessus. Elle abandonne l’immense pot de fleurs qu’elle tenait entre ses mains au milieu de l’allée centrale, l’oubliant totalement pour se concentrer sur nous.

Je ne peux m’empêcher de sourire. Je comprends mieux la désorganisation des lieux. La femme est du genre tête en l’air. Cela fait partie de son charme. Et puis, ainsi, le magasin ressemble d’autant plus à une caverne d’Ali Baba. Pour trouver la perle rare, il faut la mériter.

Je me retourne vers Andrew. Il ne semble pas partager mon enthousiasme. Il parcourt les lieux du regard, l’air dubitatif. On est probablement à des années-lumière de ce qu’il a en tête pour son hôtel.

Marissa, elle, paraît dans son élément. Déjà, elle dresse une liste d’objets qu’elle aimerait voir. Hélène est ravie de l’entraîner dans son univers. Je les suis quelques instants, avant d’abandonner.

Les commentaires de l’architecte m’agacent. Elle achète des choses, non pas pour les réutiliser, mais pour s’en inspirer. Pourquoi vouloir fabriquer quelque chose de neuf alors que ça existe déjà ? Tout cela pour le reproduire en version moderne ou je ne sais pas quoi. Vraiment, je ne comprendrai jamais ce projet, je crois.

Je me promène à travers le magasin, à la recherche de trouvailles. J’ai fait de belles affaires ici, pour moi comme pour l’hôtel. Mais je suppose que ça aussi, c’est terminé. À quoi bon acheter de nouvelles choses, si tout doit finir englouti dans les gravats ?

Mon cœur se serre à l’idée, et je cherche une distraction pour l’oublier. Dans un coin de la pièce, j’aperçois Andrew. Il semble captivé par quelque chose. Je m’approche pour voir de quoi il s’agit. Qui sait, si je le lui offre pour mettre dans sa chambre, j’arriverai peut-être à l’amadouer.

Je souris en coin. Peut-être que je devrais lui dire que les draps de son lit proviennent d’ici. Il deviendrait sûrement fou… Et ça le ferait partir.

Arrivée près de lui, je découvre l’objet de son attention. Un petit miroir à main. Un article plutôt féminin. Il sursaute alors que je prends la parole.

« Alicia en avait un similaire.

- Alicia ?

- Celle qui a bâti l’hôtel. Je crois qu’il est au grenier. Il y a plein de trésors là-haut.

- Je sais qui c’est. Vous l’appelez par son prénom comme si vous la connaissiez. »

Je suis surprise par son ton cassant. On a compris, il ne veut pas être ici. Mais est-ce trop demandé que de recevoir un peu de politesse ?

« J’ai l’impression de la connaître. J’ai découvert ses journaux. Elle semblait beaucoup aimer écrire. J’ai tout lu de sa jeunesse. De sa rencontre avec son mari. Et puis le reste de sa vie. C’était vraiment quelqu’un de passionnant. »

L’homme hausse des épaules avant de reposer l’objet, presque brutalement. Un peu plus, et il aurait cassé la glace. Ces choses sont fragiles. Mais on dirait que c’est son truc. Casser les vieilles choses qui ont pourtant juste besoin d’un peu de soin et d’amour pour renaître de leurs cendres.

Je ne crois pas que c’est aujourd’hui que je vais réussir à le convaincre. L’homme se dirige vers ses architectes, et met fin à cette sortie sur le terrain. Je soupire discrètement. Au moins, mon calvaire se termine. Je vais pouvoir retourner à l’hôtel. Retrouver un peu de calme et de sérénité. Jusqu’au prochain problème.

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