L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Julia Malone · Chapitre 20 sur 27

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L’ennemie du Milliardaire (French Edition)

Chapitre 20

 

Andrew

Mes mains se resserrent autour du volant. Ma voiture vient de dépasser la pancarte annonçant l’entrée du domaine. Je pensais que la première fois que je suis revenu ici serait la pire. J’avais tort.

Si je voulais me voiler la face, je dirais que c’est à cause des enjeux de la journée. La présentation aux investisseurs. L’avenir du projet, et donc de la compagnie, va se jouer dans les heures qui arrivent.

Et pourtant, ce n’est pas cela que je crains le plus. Non. C’est de revoir Élisabeth. Tant de choses se sont passées en seulement quelques jours. Je suis retourné en ville, et tout s’est accéléré. Les mises au point avec les architectes. Les rencontres avec les investisseurs, plus enthousiastes que je ne l’avais imaginé.

Et Max qui insistait. Il a été sur mon dos à la minute où je suis entré dans Manhattan. D’ordinaire, j’aime ce genre de pression de la part de mon associé. Il est celui qui me pousse à faire mieux, à chaque instant.

Mais cette fois-ci, cela ne m’a pas boosté. Bien au contraire. Je ne sais si c’est toutes ces semaines passées dans le calme de Sun Creek Valley, mais le retour en ville m’a paru plus violent que jamais. Tout était familier, et pourtant si différent. Tout me semblait soudain agressif, avec ce rythme infernal. C’est comme si je courais derrière un train qui roulait déjà bien trop vite pour être rattrapé.

Dans cette fureur citadine, j’en ai oublié d’appeler Élisabeth. Les jours se sont transformés en secondes, dont aucune ne m’appartenait. Ce n’est peut-être pas plus mal. Je ne sais pas si j’aurais pu lui parler comme si de rien n’était, alors que dans nos bureaux, on scellait le destin de l’hôtel.

Pour être totalement honnête, j’aurais préféré rester à New York. Mais Max était persuadé que c’était la meilleure des idées, balayant d’un revers de la main mes inquiétudes. Et à ma surprise, les investisseurs aussi étaient ravis de cette sortie en dehors de la ville.

Alors maintenant, je dois assumer cette décision. J’ai du mal à croire qu’Élisabeth puisse être contente d’accueillir ainsi l’ennemi. J’ai essayé de l’appeler depuis l’email, deux fois. Sans succès. Elle m’a juste envoyé un message hier soir. Froid. Professionnel.

Mon cœur rate un battement alors que je me gare devant la propriété. Elle est là, à attendre sur le perron de l’hôtel. Elle porte son tailleur bleu marine, celui qui souligne parfaitement ses formes féminines. C’est exactement de la façon dont j’aurais voulu qu’elle m’accueille la première fois que je suis venu.

Aujourd’hui, je n’en ai rien à faire. J’aurais préféré qu’elle porte une de ses longues robes à fleurs, ses cheveux détachés cascadant sur ses épaules. Elle aurait même pu mettre sa salopette informe de travaux. Rien ne m’aurait coupé l’envie de l’avoir de nouveau dans mes bras. Les vêtements auraient vite été superflus, tant j’ai besoin de recouvrir son corps du mien.

« Merde, c’est elle ta manager ? Tu m’avais pas dit qu’elle était aussi canon. »

Ma mâchoire se serre et je ne peux m’empêcher de jeter un regard noir à mon ami. Un comportement qui ne manque pas de le faire réagir. Ses yeux s’ouvrent de surprise. D’habitude, je me contente de l’ignorer, ou d’entrer mollement dans son jeu. Mais jamais je n’ai eu l’air offensé par l’une de ses remarques graveleuses.

« Quoi ? Tu te l’es tapée ?

- Max.

- Allez Andrew. Je te connais depuis toujours. C’est ça, vous l’avez fait ? C’est pour ça que t’as autant ralenti les choses ? »

Je ne prends pas la peine de répondre, sortant de la voiture. Je n’ai pas le temps de gérer Max et ce qu’il pourrait penser de cette relation que moi-même je ne comprends pas.

Je monte les marches menant à l’hôtel, adoptant mon habituelle démarche assurée. Pourtant, je dois me rendre à l’évidence. Je suis nerveux. Et l’expression d’Élisabeth ne m’aide en rien à me calmer.

Elle sourit, mais pas de ce sourire qui illumine d’ordinaire son visage, la rendant encore plus belle si cela est possible. Non. Elle arbore cette moue froide et professionnelle qu’elle réserve d’habitude pour ses clients les plus récalcitrants.

Je tente de ne pas m’en formaliser. Ce n’est pas comme si je voulais qu’elle me saute au cou. On a toujours été discrets sur notre relation. Elle agit en conséquence.

Du moins, c’est ce dont j’essaye de me convaincre quand elle tend la main à Max, l’accueillant avant de nous faire rentrer. Alors que nous la suivons vers le grand salon, mes yeux ne peuvent s’empêcher de glisser sur son corps. Ses fesses rebondies semblent encore plus sexy, enserrées dans cette jupe.

Je déglutis avec difficulté, mettant de côté les images qui se bousculent dans mon esprit. Même si je rêve de la plaquer contre son bureau et de lui enlever ce petit bout de tissu, ce n’est pas le moment de penser à cela.

Dans le grand salon, tout a été installé selon nos demandes. J’en suis presque étonné. Je crois qu’une partie de moi s’était attendue à plus de résistance de sa part, tout en priant pour que cela n’arrive pas. Je ne tiens vraiment pas à devoir la virer.

Un sourire se dessine sur mes lèvres alors que je regarde la table dressée pour le déjeuner. Elle a quand même apporté sa touche. Des vases anciens accueillent des bouquets de fleurs sauvages. Et la vaisselle est celle en porcelaine que ma grand-mère utilisait pour les grands évènements. On est bien loin de la froideur d’une salle de réunion dans un immeuble d’affaires.

Mes observations sont interrompues par Marissa. L’architecte arbore un immense sourire, ravie de nous montrer la maquette du domaine, remplie des nouveaux bâtiments qu’elle a dessinés. Max est le premier à réagir.

« C’est parfait. Les investisseurs vont adorer, c’est obligé. Qui ne voudrait pas venir passer le week-end là ? »

Je devrais partager son enthousiasme. Ce projet, c’est notre bébé. Des semaines, des mois, à parler matériaux, orientation, et implantation des bâtiments. J’ai mis toute mon énergie à rendre cette idée possible.

Et pourtant, une drôle de sensation me tient le ventre. Quand je regarde la maquette, je ne vois pas le spa flambant neuf, ni le restaurant aux ambitions étoilées. Non. Je vois le potager d’Arthur. Ma vieille cabane. La petite plage près de la rivière. Élisabeth, en maillot, me faisant oublier tout du monde extérieur.

Je serre mes poings en détournant les yeux. Je ne suis pas un sentimental. Je ne l’ai jamais été. Aujourd’hui est l’un des jours les plus importants pour l’avenir de ma compagnie. La première pierre pour la transformer en un véritable empire.

Et pourtant, je ne peux m’empêcher d'observer Élisabeth. Elle se tient à l’écart, restant à l’écoute de nos besoins sans se mêler à nous. Elle doit sentir mon regard sur elle, mais elle fait tout pour ne pas le croiser. Mon cœur se serre malgré moi.

Je suis ridicule. Si elle veut m’ignorer, qu’elle m’ignore. Je ne devrais pas me laisser atteindre aussi bêtement. Je tente de me concentrer sur la conversation, mais mon esprit est parasité par sa présence à seulement quelques mètres de moi.

Au bout de quelques minutes, je n’y tiens plus. Je m’excuse auprès des autres pour me rapprocher d’elle. Je pensais pouvoir attendre ce soir pour lui parler, mais c’est impossible. Il faut que je tire les choses au clair avec elle avant que les investisseurs n’arrivent. Je ne peux pas laisser sa simple présence ruiner ma présentation.

Je me place près d’elle, embrassant la salle du regard. Je ne peux poser mes yeux sur elle. Pas si je veux rester professionnel. Alors, je lance la conversation de la manière la plus bateau qui soit.

« Tu as fait du bon travail.

- Merci, Monsieur. »

Monsieur. Ce mot me fait l’effet d’un seau d’eau glacée. Je crois que j’aurais même préféré qu’elle m’appelle Andy, ou Sunny, pour se moquer de moi. Mais cette froide indifférence est bien pire à supporter que n’importe laquelle de ses piques. Je me tourne vers elle, la fixant avec intensité alors qu’elle fait tout pour éviter mon regard.

« Élisabeth, est-ce qu’on peut parler ?

- Je suis désolée Monsieur, je n’ai pas le temps. Je dois aller vérifier que tout est prêt en cuisine.

- Ne m’appelle pas comme ça.

- J’essaye juste de me montrer professionnelle. C’est ce que vous vouliez, non ?

- Élisabeth.

- Excusez-moi. »

Avec un signe de tête, elle se détourne et se dirige vers le hall. Oubliant Marissa et Max, je me lance à sa suite. Je n’en ai rien à faire de ce qu’ils peuvent penser. Tout ce qui compte en cet instant, c’est elle.

Je la rattrape sans difficulté, me saisissant de son bras pour la faire se retourner. Elle se laisse faire, et pour la première fois depuis que je suis revenu, elle plonge son regard dans le mien.

Je me fige. Je m’attendais à ce que ses yeux lancent des éclairs, comme ils ont eu l’habitude de faire depuis que l’on se connait. Mais à la place, j’y découvre une émotion indescriptible. De l’indifférence, teintée de fatigue et de peine. Si seulement elle voulait me parler, je pourrais le savoir. Arranger ce qui est peut l’être. Ou du moins, limiter les dégâts.

Mais elle reste parfaitement silencieuse. Sa mâchoire se contracte, et peu à peu, elle se transforme en la femme qu’elle était quand je suis arrivé. Celle qui se battait contre moi en permanence. Celle qui faisait tout pour me mettre des bâtons dans les roues. Celle que je ne veux surtout pas voir apparaître le jour où mes investisseurs viennent ici.

« Élisabeth. Parle-moi.

- Je vous ai déjà tout dit, Monsieur. Tout a été préparé selon vos désirs. Emme s’est surpassée pour le déjeuner, je crois que vous serez content.

- Tu sais bien que ce n’est pas ce que je veux.

- Il n’y a rien d’autre à ajouter. Peut-être plus tard. Je suis sûre que vous aurez plein de choses à dire dans quelques heures.

- Plein de choses ? Qu’est-ce que tu racontes ?

- Vos invités sont là, Monsieur. »

Je lève les yeux vers la porte que Steve ouvre déjà. Des voitures se garent devant l’entrée. Merde, j’avais vraiment besoin d’un peu plus de temps. Je tourne la tête. Profitant de ma distraction, Élisabeth s’est enfuie vers la cuisine.

Ses paroles restent ancrées dans mon esprit. Mais je ne peux plus y penser. Marissa s’élance vers le porche. Quant à Max, il passe son bras dans mon dos pour m’entraîner vers ce futur qui nous a tant fait rêver.

 

✽✽✽

 

« Merci à tous de nous avoir rejoints dans cet endroit si particulier. Quand ma grand-mère a ouvert cet hôtel dans les années 60, c’était une visionnaire. La plupart des New-Yorkais fortunés préféraient aller se reposer sur la côte, ou bien avaient leur propre maison de campagne. Et pourtant, elle a réussi à faire de ce domaine un lieu de villégiature privilégié et prisé de tous. C’est avec ce même esprit visionnaire que je vous présente ce projet aujourd’hui. »

Avec aisance, je déroule le discours que j’ai répété sans cesse ces derniers jours. Les mots glissent tous seuls, l’audience a l’air captivée. Mais il n’y a qu’un regard qui m’intéresse. Élisabeth est dans un coin de la pièce, ne manquant pas la moindre de mes paroles.

Elle déteste ce que je dis, j’en suis sûr. Il suffit de voir le tic agacé qu’elle a eu quand j’ai parlé de l’héritage de ma grand-mère. Clairement, elle désapprouve ma façon de l’honorer. Mais je me suis engagé sur ce projet. Je dois aller jusqu’au bout à présent.

Marissa prend la suite, expliquant en détail la vision derrière cette nouvelle version de l’Hôtel Cornwall. Mes yeux ne cessent de retourner vers Élisabeth. Elle a l'air de plus en plus tendue, ses poings se serrant discrètement. Je ne sais pas pourquoi elle s’inflige ça. Elle pourrait très bien partir, laisser Steve s'occuper de satisfaire nos demandes.

Alors que la session de questions-réponses touche à sa fin, elle semble soudainement nerveuse, son pied tapotant contre le sol. Je fronce les sourcils. Je l’ai toujours connue sûre d’elle-même. La voir ainsi me désarçonne d’une manière que je ne peux m’expliquer.

J’aimerais l’entraîner à l’écart. Dans le grenier, peut-être. Qu’elle vide son sac un bon coup. Qu’elle me crie dessus, si c’est ce qu’elle désire. Mais je suis la dernière personne à qui elle veut parler en cet instant. Et j’ai une mission que je dois réussir à tout prix. Alors, je continue à dérouler le programme.

« S’il n’y a pas d’autres questions, je vous invite à vous diriger vers cette élégante table derrière vous pour le déjeuner. On pourra y poursuivre les discussions.

- Un instant s’il vous plaît. »

Je me raidis alors que la voix d’Élisabeth claque dans les airs. Je l’interroge du regard tandis qu’elle traverse la salle. Son pas est assuré, sa tête haute. Une vraie reine. Ma reine. Rapidement, elle est près de moi, m’ignorant totalement pour s’adresser aux investisseurs.

« Bonjour, je suis Lizzie Jones, la manager de ce magnifique hôtel où vous vous trouvez. Comme vous l’avez remarqué, il s’agit d’un endroit avec un caractère et une âme inimitable. Il y a beaucoup de monde qui tient à cet endroit. La fille du gouverneur Marshall va même venir se marier ici dans quelques jours. »

Je serre ma mâchoire. À quoi joue-t-elle ? Max me fait de grands yeux, me demandant silencieusement d’intervenir. Mais je ne peux pas la couper comme ça. Pas sans laisser une mauvaise impression sur les investisseurs. Je m'avance d'un pas, espérant la convaincre de se taire. Sans le moindre effet.

« Beaucoup sont tristes à l’idée de voir cette institution disparaître. Un comité de sauvegarde du patrimoine s’est spécialement constitué en ville pour éviter cela. Aujourd’hui, ils m’ont demandé de parler en leur nom pour présenter notre projet alternatif. »

Mes yeux s’écarquillent. Elle est en train de totalement pirater ma grande journée. À quoi s’attend-elle exactement ? J'avance à nouveau, tentant de reprendre le contrôle de la situation.

« Excusez-moi, Mademoiselle Jones, mais nos invités ont un agenda très serré. Nous devrions commencer le déjeuner.

- Laissez-la parler, Andrew. C’est toujours intéressant de voir un projet se faire challenger. »

Je serre les dents, me reculant pour laisser la place à Élisabeth. Max se rapproche de moi, l’air plus tendu que jamais.

« Je croyais que t’avais l’opinion publique sous contrôle ?

- Je croyais aussi.

- Merde, tu t’es fait avoir comme un débutant. C’est pour ça que tu dois sortir avec plus de femmes. Tu peux pas baisser ta garde dès qu’une fille un peu jolie te taille une pipe.

- Ferme-la. »

J’ai envie de mettre mon poing dans sa gueule. Pour le faire taire et évacuer la pression. Pour avoir osé parler d’Élisabeth de la sorte, comme si elle n’était qu’une croqueuse de diamants véreuse.

D’accord, je suis incapable de définir notre relation. À part quelques aventures d’une nuit, j’ai toujours été seul. Mais je refuse de croire que tout ce qu’il y a eu entre nous, c’était de la manipulation.

Et pourtant, plus les minutes s'écoulent, et plus je dois me rendre à l’évidence. Elle m’avait caché tout ça. Ses recherches, son projet alternatif réfléchi plus loin que quelques coups de peinture, le comité de défense… Tout cela s’est déroulé dans mon dos.

Elle a dû passer ses journées à travailler là-dessus, se réunissant avec toute la ville. Tout cela pour mieux me rejoindre dans mon lit tous les soirs.

Elle m’a entourée de sa chaleur féminine. Elle m’a ouvert à elle, me faisant petit à petit parler de toutes ces histoires d’enfance que je gardais depuis toujours en moi. Elle m’a fait l’aimer.

Je me mords le bout de la langue, ma respiration s’accélérant sous l’effet de la colère. Car je le sais maintenant. Ce que je ressens pour elle va bien plus loin que la luxure, ou une façon de passer le temps. Je pensais que c’était son cas à elle aussi.

Et pourtant elle est là, à démolir mon projet, mon entreprise. Ce pour quoi j’ai tant travaillé. Je dois me rendre à l’évidence. Je me suis trompé sur toute la ligne à son sujet.

Ma gorge se serre. Je voudrais que cette journée s’achève maintenant. Que les investisseurs sortent leur chéquier et qu’on entérine ce projet. Je pourrai enfin retourner à New York, à ma vraie place. Tourner pour de bon le dos à cet endroit maudit et à tous ceux qui s’y trouvent.

Pourtant, je ne peux détourner mon regard d’Élisabeth. Et je la trouve belle. Dangereusement belle. Max a raison. Elle m’a ensorcelée. Et voilà le résultat. Elle déroule son programme avec passion, parlant de chiffres et de retour sur investissement jusqu’à achever sa présentation.

Le silence se fait, les investisseurs lisant avec intérêt les brochures qui leur ont été distribuées. Le temps a l’air suspendu, aucun de nous ne sachant comment reprendre la main sur la situation sans froisser nos invités. L’un d’eux finit par s'exprimer.

« C’est intéressant. Monsieur Price, qu’en pensez-vous ? Vous avez hérité cet hôtel de votre grand-mère après tout, vous êtes le mieux placé pour discuter de sa sauvegarde. »

Je me racle la gorge pour tenter d’effacer toute trace de ma colère. Je le sais, c’est ma chance de reprendre le dessus et remettre mon projet sur le devant de la scène. Évitant le regard lourd d’Élisabeth sur moi, je réponds.

« Mademoiselle Jones est très attachée à cet endroit. Mais comme je l’ai dit, ma grand-mère était une visionnaire. Je suis sûre qu’elle aurait compris tout l’intérêt de ce projet, et la portée bien plus grande qu’il pourrait donner à son domaine. Un plus grand hôtel veut dire plus de capacité d’accueil. Plus de personnes pouvant profiter du havre de paix qu’elle a créé.

- Je crois plutôt qu’elle voudrait qu’on ne fasse pas disparaître toute trace d’elle. »

Élisabeth rétorque, la voix cassante. Mes ongles s’enfoncent dans la paume de mes mains. Elle ne compte pas se retenir. Ce n’est pas grave. J’en ai maté des plus difficiles qu’elle. Mais alors que je m’apprête à répliquer, je suis interrompu par l’une des investisseuses les plus influentes du groupe.

« Mademoiselle Jones, votre présentation est intéressante, et j’admire votre passion pour cet hôtel somme toute ravissant. Mais votre projet ne propose rien d’autre qu’une rénovation et plus d’ouverture aux mariages. Ça ne sera pas suffisant pour assurer un développement fort et durable de l’activité. Nous en avons vu plein, des auberges de charme qui finissaient par fermer par manque d’innovation. Je suis désolé, mais votre projet n’est pas abouti. Celui d’Andrew et Max l’est. »

Mon amante reste silencieuse un instant, accusant le coup. Je vois bien qu’elle cherche quoi répliquer, mais rien ne lui vient. C’est rare, elle qui a toujours réponse à tout. Max profite de ce silence pour enterrer une fois pour toutes ces idées dissidentes.

« Bien. Je crois que nous avons fait le tour de la question, vous avez tous les documents de Mademoiselle Jones si vous souhaitez avoir plus d’informations. Je suis sûr que vous mourrez tous de faim, alors allons nous installer à table. »

Nos invités ne se le font pas dire deux fois, se levant dans un murmure satisfait. De son côté, Élisabeth quitte la pièce sans demander son reste. Après avoir jeté un coup d’œil vers Max pour m’assurer qu’il contrôle la situation, je décide de la suivre, furieux. Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle ait pu faire ça.

Il va falloir qu’elle s’explique, et vite. Elle va devoir me dire la vérité. J’ai besoin d’entendre de sa bouche à quel point elle s’est moquée de moi toutes ces semaines. Et cette fois-ci, je ne me laisserais pas distraire par ses grands yeux, ni par ses mots doux.

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