L’ennemie du Milliardaire (French Edition)
Chapitre 17
Andrew
« Je n’arrive pas à croire que tu ne sois pas encore revenu ici.
- Étrangement, j’ai autre chose à faire que visiter de vieux combles poussiéreux.
- Hé ! J’y fais souvent le ménage. »
Je souris à sa voix offensée, la suivant dans les escaliers. Mon cœur se serre à mesure qu’on grimpe les marches. J’ai menti. Si je ne suis pas monté au grenier, ce n’est pas parce que je ne le voulais pas. Non. Je ne le pouvais pas.
Le grand salon, le parc… Tout cela remue des souvenirs d’enfance. Mais cette pièce ? C’est la pire de toutes. Et pourtant, quand elle m’a demandé d’y aller avec elle, je me suis entendu accepter d’une voix détachée. Comme si ça n’avait pas la moindre importance.
Je me concentre sur ma respiration. Au moins, ses fesses qui se balancent devant mon nez font un spectacle des plus appétissants. Si je m’écoutais, j’attraperais son bras et la retournerais pour l’embrasser. On a beau avoir passé la nuit ensemble, ce n’est pas assez.
Je veux plus d’elle, tout le temps. Souvent quand je travaille, je me surprends à penser à elle. Pas seulement au sexe, même si cela prend une grande partie de mes rêveries. Mais c’est un tout. Ses rires, ses piques assassines, sa conversation.
Moi qui d’ordinaire préfère le silence, avec elle, c’est tout l’inverse. Je pourrais écouter ses histoires pendant des heures. Sa vie sur les routes. Les personnes qu’elle a rencontrées. Les péripéties et les malentendus. La solitude, aussi. La même que j’ai connue, pendant toutes ces années de pensionnat.
Mon cœur rate un battement alors qu’elle ouvre la porte, m’invitant à entrer. Je fais quelques pas dans la pièce, mes yeux essayant de se fixer quelque part. Partout, des objets s’entassent. De vieilles chaises. Des draps sûrement trop usés pour être utilisés. Des chandeliers désuets et des décorations de Noël oubliées depuis bien longtemps.
Pourtant, malgré ce bric-à-brac, je reconnais tout ici. Le papier peint vert choisi ensemble dans le magasin. Le lit en bois dans l’alcôve, comme une cabane. La fenêtre ronde en vitrail, depuis laquelle je pouvais observer tout le domaine sans jamais être vu.
Sur les étagères, mes livres sont toujours là, poussiéreux. De petits soldats les accompagnent, comme s’ils attendaient qu’un autre enfant vienne les réveiller. Mes doigts me picotent. J’ai presque envie d’attraper les figurines endormies depuis plus de vingt ans. Mais la voix d’Élisabeth m’interrompt.
« Je crois que c’est mon endroit préféré de l’hôtel.
- Tu dis ça de toutes les pièces. » Je réplique avec un reniflement moqueur. Elle hausse les épaules.
« Bah, t’as sûrement raison. Mais je ne sais pas. Il y a une atmosphère ici. C’est comme si en fermant la porte, on se coupait de tout le reste. Un royaume à part.
- La tour du château fort.
- Oui, exactement ! Tu vois, tu commences à comprendre. »
Je souris, soulevant du bout des doigts une boîte contenant mes trésors d’enfant. Quelques pièces métalliques, un ticket de cinéma, un caillou. Ce n’est pas moi qui comprends. C’est le petit garçon que j’ai été, il y a un million d’années.
Le reste de la maison, le parc… Tout cela, il fallait le partager avec les clients, avec les employés. Mais ici ? C’était mon domaine, et j’en étais le roi.
Je contourne une étagère posée au milieu de la pièce. Elle est si remplie de bric-à-brac que je me demande comment elle peut bien encore supporter tout ce poids sans passer à travers le vieux plancher. Derrière elle, je découvre quelque chose de nouveau.
Un fauteuil est installé dans un coin, sous la lucarne. Je reconnais ce siège. Il a longtemps été dans l’entrée, à côté d’une plante si grande qu’elle formait à elle seule une jungle. Un tapis a été placé sous lui, recouvert par des montagnes de livres et de cahiers. Une vision presque idyllique de la lecture.
« C’est mon petit coin secret. Dès que je le peux, je monte ici, et je lis. Des romans, souvent. Mais aussi les carnets d’Alicia. Ta grand-mère avait une sacrée plume, tu sais ? »
Je hausse les épaules. À vrai dire, non, je ne le sais pas. Quand mes parents m’ont repris avec eux, ils ne m’ont rien laissé garder. Ni jouet, ni livre, ni souvenirs. « On te rachètera tout en mieux. Pas besoin de ces vieilleries. » Comme si la valeur de ces objets ne tenait que dans leur prix marchand.
Je secoue la tête. Si Élisabeth pouvait entendre mes pensées… Elle affirmerait que je me rallie à sa cause. Mais non. J’ai beau connaître la valeur sentimentale des choses, cela ne fait pas tout. Et si je devais en donner une aux souvenirs de cet hôtel… Elle serait sûrement négative.
« Je suppose que tous ces jouets étaient à toi ? C’est là que tu venais jouer pendant la journée ?
- C’était ma chambre. On vivait ici.
- Oh. Je pensais que vous viviez dans la maison sous les marronniers, au sud du domaine.
- Non, ma grand-mère la louait à Arthur.
- Le jardinier qui t’a appris à construire des cabanes ? »
Je hoche la tête, avant de me saisir d’une petite voiture. Il lui manque une roue, et sa peinture n’est plus de toute jeunesse. Pourtant, je crois bien que c’était ma préférée. Je la montre à Élisabeth.
« Je me rappelle qu’une fois, j’avais fait une piste de course dans le parterre de fleurs, sur le parking. Tu aurais vu ça. Un vrai circuit professionnel. Pour faire ça, j’avais enlevé quelques fleurs, trois fois rien.
- Pourquoi j’ai l’impression que c’était bien plus que trois fois rien ?
- Aux yeux de ma grand-mère, ça l’était. Elle m’a passé un de ces savons. Et après, elle m’a forcée à aider Arthur à les replanter.
- Laisse-moi deviner. C’est à partir de ce jour que tu as décidé que la campagne, ce n’était vraiment pas pour toi.
- Non, » je réponds d’une voix douce. « C’est comme cela que j’ai appris que lorsqu’on fait une erreur, il faut la réparer. »
Elle reste me regarder, comme si elle essayait de déchiffrer quelque chose en moi. Je repose la petite voiture, avant d’aller m’installer dans le fauteuil. Un soupir d’aise s’échappe de ma bouche. Il est encore plus confortable que dans mes souvenirs.
« Tu es pris au piège. Jamais tu n’arriveras à te relever maintenant. »
Élisabeth rigole doucement. Je tends ma main vers elle, l’invitant à me rejoindre. Elle fait mine d’hésiter, alignant un livre dans l’étagère. Comme toujours, elle joue avec ma patience. Comme si elle avait une certaine fierté à ne pas satisfaire mes désirs immédiatement. Tout est bon à transformer en bataille, on dirait.
Enfin, elle s’approche de moi de sa démarche féline. À chaque pas, elle fait rouler ses hanches exagérément, m’hypnotisant. Sa main fraîche se glisse dans la mienne. On dirait que peu importe la température, rien ne peut la réchauffer. Presque rien.
Je m’enfonce dans le fauteuil moelleux, lui laissant la place de s’installer sur mes genoux. Ses yeux noisette me sondent, intenses, alors que ses doigts délicats se posent sur mon torse. Elle se penche vers l’avant, m’embrassant avec douceur.
Instinctivement, ma main se dirige vers l’arrière de sa tête. Par jeu, je tire sur le ruban qui tient ses longs cheveux attachés, les faisant cascader sur ses épaules. Elle rompt le baiser pour me regarder avec une moue boudeuse. Je lui souris avec malice.
« T’es dans la chambre d’un garçon. Et les garçons, ça embête les filles.
- Certains ne grandissent jamais, on dirait. »
Je me lèche les lèvres, amusé. Je crois pourtant que c’est ce qu’elle apprécie chez moi. Que je la taquine. Que jamais je ne la laisse se reposer sur ses lauriers.
Mes yeux glissent vers sa poitrine, mise en valeur par ce chemisier léger. Rien ne fait petite fille chez elle. C’est bel et bien une femme. Et la plus incroyable qu’il m’ait été donné de rencontrer.
Je détourne le regard avant que mon pantalon ne devienne trop serré, reprenant mon observation des lieux tout en profitant de sa présence contre moi. Bien que ma chambre ait été transformée en zone de stockage, rien n’a vraiment changé. Il y a même encore de vieux dessins sur les murs. Des fusées. Des cabanes dans les arbres. Des voitures. Les gribouillages normaux d’un enfant normal.
Je me demande ce que je serais devenu, si j’avais pu grandir à l'hôtel. Est-ce que j’aurais quand même fait des études et monté ma compagnie ? Ou est-ce que je serais resté ici, reprenant la relève ? Je souffle doucement. Comment un endroit qu’on a tant aimé peut devenir une chose que l’on déteste autant ? Je suppose que c’est comme cela aussi, une rupture sentimentale.
« Je paierais cher pour savoir ce à quoi tu penses.
- Le passé.
- Des bons ou des mauvais souvenirs ?
- Les deux. »
Je lâche dans un soupire, continuant mon observation. Je me revois, gamin, m'amusant dans cette immense pièce. J’étais heureux, vraiment. Des pensées commencent à m’assaillir, et pour la première fois, je les dis à voix haute, sans me soucier du jugement d'Élisabeth.
« C’est marrant. Ici, même si ma grand-mère et les employés jouaient avec moi, j’étais presque tout le temps seul. Alors qu’au pensionnat, il y avait constamment d’autres enfants autour de moi. Plein de camarades avec qui m'occuper. Et pourtant, jamais la solitude n’a été aussi forte que là-bas.
- Je comprends. Je ressentais la même chose parfois, avec le van. À force de ne rester nulle part, je ne tissais aucun vrai lien. Je ne sais pas comment j’aurais survécu à ça sans ma sœur. »
Je frissonne quand elle glisse sa main sur ma joue pour que je la regarde. Ses yeux sondent les miens. Une lueur rassurante éclaire son visage alors qu’elle caresse ma peau avec douceur.
« Tu n’es plus seul à présent, Andrew. »
Je me mords l’intérieur de la joue, ses mots me traversant comme des poignards. J’aurais certainement dû me taire. Des vagues d’émotions contradictoires me submergent, sans que je ne sache qu’en faire.
Elle se colle un peu plus à moi. Son parfum m’enveloppe de sa chaleur envoûtante. Je voudrais m’y baigner. Me perdre en elle pour oublier tout le reste. Prendre ses lèvres qui frôlent les miennes pour ne jamais plus les relâcher. Son souffle caresse mon visage alors qu’elle me murmure, une lueur malicieuse dans le regard.
« Et si je t’aidais à créer de nouveaux souvenirs ? »
En prononçant ces mots, sa main se pose sur mon entrejambe, déjà au garde-à-vous. Je me lèche les lèvres, mon trouble vite remplacé par mon désir. Je ne suis pas du genre à laisser le contrôle à quelqu’un d’autre. Mais avec elle, cela ne me dérange pas. Bien au contraire.
Son bassin se colle au mien sans hésiter. Puis, elle ondule ses hanches avec sensualité. De sa bouche appétissante s’échappent de petits soupirs. Je finis par les capturer dans un baiser, comme si je voulais les garder rien que pour moi.
Mes doigts défont avec fébrilité les boutons de son chemisier, avant de le laisser glisser au sol. Je ne mets pas longtemps à m’attaquer à son soutien-gorge, libérant sa poitrine. Je la recouvre de baisers, pinçant ses tétons entre mes lèvres.
Ses bras se referment derrière ma nuque, sa tête tombe légèrement vers l’arrière, la faisant se cambrer un peu plus contre moi. Elle continue à bouger son bassin, nous arrachant à tous les deux soupirs et grognements. Si elle ne s'arrête pas très vite, je vais venir dans mon pantalon comme un adolescent. Comment une femme peut-elle avoir un tel pouvoir sur moi ?
Peut-être parce qu’elle n’est pas n’importe quelle femme. Elle doit aussi être un peu sorcière. Elle m’a ensorcelée avec son esprit, son humour. Quant à sa beauté… Je crois que je n’en reverrai plus jamais de pareille.
Soudain, elle s’arrête et se lève, me laissant seul sur le fauteuil, fébrile. Pourtant, je ne dis rien. Je ne fais rien. Je me contente de la regarder, mes yeux embrumés de désir. Elle fouille la poche de son pantalon, en sortant fièrement un préservatif. Je ne peux m’empêcher de sourire.
« Tu avais planifié tout ça, pas vrai ?
- Tu devrais le savoir. Je suis toujours parée à toutes les éventualités. »
Sans plus attendre, elle se penche sur moi pour défaire la fermeture de mon pantalon. Sans la moindre résistance, je la laisse me déshabiller. Ses gestes sont plus assurés que jamais, alors qu’elle fait glisser le petit bout de latex sur ma longueur.
Fasciné, je la regarde se défaire de son tailleur. D’ordinaire, elle aurait pris son temps. Elle aurait fait l’une de ses danses sensuelles, comme ça, par plaisir, juste pour jouer avec ma patience. Mais aujourd’hui, elle semble aussi désespérée de passer l’acte que je le suis.
Je m’avance dans le fauteuil alors qu’elle m’enjambe à nouveau, à présent complètement nue. Une petite grimace se dessine sur son visage quand elle m’enfonce en elle sans la moindre préparation. Je ne peux m’empêcher de la regarder avec un sourire moqueur. Je suis du genre imposant, et elle le sait.
Comme pour débarrasser mon visage de ma fierté, elle s’empare de ma bouche, m’embrassant avec force. Sans prendre son temps, elle me laisse m’enfouir en elle. La sensation la plus délicieuse que j’ai jamais connue. Ses hanches commencent à onduler sur moi en une promesse d’un plaisir proche.
TAC. TAC. TAC.
On sursaute à ce bruit soudain et fort. Nous restons figés un instant, avant de comprendre. Tellement perdus dans notre échange, nous n’avons pas remarqué qu’il s'est remis à pleuvoir, et que l’eau coule à larges gouttes dans le seau placé sous le trou dans le toit.
Élisabeth pose sa tête sur mon épaule, éclatant de rire. Je souris, caressant ses cheveux doucement avant de bouger à nouveau en elle. Son rire se transforme peu à peu en des gémissements. Une musique céleste à mes oreilles. Jamais je ne me lasserai de l’entendre, je crois.
Je serre mes bras autour de son corps pour la faire venir plus proche de moi encore, si cela est possible. Je veux me perdre en elle. Disparaître totalement, pour oublier tout le reste. La pression du projet, l’hôtel. Le passé. Le futur. Toutes ces choses qui semblent m’étouffer un peu plus chaque jour.
Quand je suis enfoui en elle, je peux tout mettre de côté. Rien ne peut plus m’atteindre. Même si je sais que ce n’est qu’une chimère. Il ne faut pas que je me leurre. Ça ne pourra pas durer. Je ne peux pas lui offrir ce qu’elle désire. Et pour cela, elle finira par me détester. Et je me détesterai encore plus.
Alors, pour oublier cela aussi, je l’embrasse avec passion. Ma langue joue avec la sienne. Mes mains explorent sa peau comme si c’était la première fois. Nous ne faisons plus qu’un. Et cela suffit pour me faire perdre totalement pied. Je me fige en elle, mon corps se contractant contre le sien.
Un sourire victorieux se dessine sur ses lèvres. À la course à l’orgasme, c’est elle qui a gagné, me faisant sombrer le premier dans l’extase. Mon torse se soulève sous l’effet de ma respiration erratique.
Pourtant, je ne vais certainement pas m’arrêter là. Ce n’était que le premier round. Et je compte bien remporter ce match.
Sans ménagement, je la soulève et la jette dans le fauteuil. Je m’installe entre ses jambes, écartant ses cuisses avec fermeté. Sa respiration s’accélère, et son regard me brûle par son intensité. Je lui souris vicieusement, sachant que je vais avoir la chance de la goûter à nouveau.
« À ton tour de voir les étoiles. »
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