Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)
1 - Trish
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Trish
– Allez, Trish ! Tu peux en faire deux de plus ! me lance Lisa. Bien. Voilà, encore un… et nous y voilà !
Je râle en remettant l’haltère sur les supports du banc, puis me redresse et essuie la sueur qui perle sur mon front avec une serviette. Pendant que Lisa sort de derrière le banc de musculation pour changer de place avec moi, je m’efforce de reprendre mon souffle, inhalant les mauvaises odeurs typiques d’une salle de sport. Je me lève et Lisa se penche alors pour essuyer le banc avant de s’allonger pour commencer sa série.
– Ça fait bizarre de soulever des poids, je lui confie. Pas envie de devenir, genre méga-gonflée. Perso, j’ai surtout envie de me tonifier.
Lisa retire la barre d’haltères de son support et commence ses développés-inclinés comme si elle ne pesait rien.
– C’est juste un mythe. Tu ne vas pas doubler de volume si tu ne te goinfres pas.
– T’as vu ce que je m’enfile comme pizzas le week-end ? dis-je en la surveillant. Sans parler de mon petit-déjeuner Pringles du samedi matin.
Elle lève les yeux au ciel.
– La muscu ne te fera pas devenir une armoire à glace. Fais-moi confiance. Ça brûle plus de calories que les exercices de cardio.
Je fais confiance à Lisa. C’est ma meilleure amie, et elle est aussi mince et svelte qu’un guépard. Non pas que mon corps me déplaise, du moins pas plus que d’habitude. Mais l’été approche et je veux être super sexy dans mon maillot de bain.
– Tout va bien au foyer ? je lui demande lorsqu’elle fait une pause entre deux séries.
Elle sourit en me regardant.
– Mieux que jamais. Je veux dire, aussi bien que les choses peuvent l’être dans un foyer pour femmes. Mais franchement, ça va. On reçoit beaucoup de dons et les volontaires ne manquent pas. On fait du bon travail. Et toi ? Ça va comment au boulot ?
Les poids s’entrechoquent lourdement dans le rack.
– Mieux que jamais, réponds-je sarcastiquement. Faire du café, c’est hautement épanouissant.
– Je parlais de ta recherche d’un CDI, répond-elle en me lançant un regard noir. Toujours rien de neuf de ce côté ?
Je secoue la tête.
Lisa ouvre la bouche pour dire quelque chose d’encourageant – comme toujours –, mais son regard se perd au loin.
– Regarde. Blondinet et Brunet sont là.
Je me contorsionne pour regarder par la fenêtre du YMCA le hall d’entrée comme elle le fait. Deux hommes grands et musclés – que nous appelons affectueusement Blondinet et Brunet – s’approchent de la réception pour scanner leur carte de membre. Ils sont tous deux vêtus de pantalons de ville et de polos bleu marine qui épousent parfaitement leur silhouette et portent chacun un sac d’entraînement de style militaire en bandoulière. Ils ressemblent à des gardes du corps en civil, ou à des agents des services secrets qui essayeraient de se fondre dans la masse.
– Voilà qui est étrange, me fait Lisa en les désignant d’un signe de tête.
Ils sont accompagnés aujourd’hui d’une petite fille aux cheveux blonds qui lui descendent dans le dos en une longue tresse. Elle n’arrive qu’à la taille de Brunet. La fillette les serre dans ses bras à tour de rôle avant de détaler vers la garderie pour jouer avec les autres enfants. Les deux beaux gosses prennent ensuite la direction du vestiaire des hommes.
– Je ne savais pas que Blondinet avait un enfant, dis-je.
– Ça ne change rien, répond Lisa en s’allongeant pour exécuter une autre série. Aucun d’eux ne porte d’alliance.
– Peut-être qu’ils les retirent avant de venir ? je suggère.
En soulevant la barre d’haltères encore plus vite qu’avant, Lisa laisse échapper d’une voix tendue :
– Je les ai vus de près avant qu’ils ne se changent. Pas de bagues au doigt, ma belle. Ils sont célibataires. En parlant de ça, tu ne m’as toujours pas dit lequel tu voulais.
– Ce n’est pas mon truc, reluquer les mecs à la salle de sport, je proteste.
– Alors je dis prems sur Blondinet. J’aime les hommes avec un accent.
Elle se mordille la lèvre en émettant un petit son satisfait.
– On déteste que les mecs nous matent ici, fais-je remarquer. Alors, ne le faisons pas.
– OK, heu. T’es vraiment casse-couilles quand tu es entre deux boulots, tu sais ça ?
Je l’ignore et me couche à mon tour sur le banc pour compléter ma dernière série de développés inclinés. Puis nous rangeons les poids et nous dirigeons vers le mur où se trouvent les racks à squats.
– Tu es sûre que mes cuisses ne vont pas devenir énormes ? je demande après ma première série de squats.
– C’est pas comme ça que ça marche ! insiste-t-elle. Les exercices sollicitent tout le corps. En particulier ta ceinture abdominale.
Pendant que Lisa commence sa routine, Blondinet et Brunet arrivent dans la zone de musculation. Ils ont enfilé des shorts amples et des débardeurs : Blondinet est en gris et Brunet en bleu et rose fluo. Mon regard s’attarde sur eux, en particulier sur les muscles saillants de leurs épaules sous leurs débardeurs, avant de se poser à nouveau sur Lisa. Mais quelques instants plus tard, je les sens se rapprocher.
– Hé, Mademoiselle Kettlebells, me dit Brunet. Ce rack à squats est dispo ?
Il fait un geste du pouce vers la machine à côté de la nôtre. Brunet et moi ne nous sommes parlé qu’une seule fois auparavant, lorsque nous utilisions tous deux les kettlebells. Un frisson d’excitation parcourt mon échine à l’idée qu’il me reconnaisse.
– Oh, oui. Plus libre, y a pas, murmure Lisa.
Je lui lance un regard de biais avant de répondre :
– Il est tout à vous. On partage celui-là.
Brunet me décoche un grand sourire qui illumine tout son visage. Ses yeux marron foncé, intenses et bienveillants à la fois, font écho à la couleur de sa chevelure, épaisse et abondante. Jamais je n’avais été aussi attirée par les cheveux d’un homme avant de rencontrer ce type. Juste imaginer passer ma main dans sa chevelure… hmmm.
Arrête, je me reproche. On est là pour s’entraîner, pas pour fantasmer.
– 190 kilos ? dit Blondinet à son copain avec une légère pointe d’accent.
Je ne connais pas tous les types d’accents anglais, mais je sais que le sien est le plus sexy.
– 195, répond Brunet. Je vais tenter un nouveau palier, cinq répétitions max.
Impossible de ne pas les observer du coin de l’œil tandis qu’ils rassemblent les disques de fonte et les font glisser sur la barre, vu que moi, quand je soulève un disque de 25 kilos, ça me demande toute ma force et ma concentration. Mais ces gars-là soulèvent ceux de 30 kilos d’une seule main comme s’ils ne pesaient rien.
Je peux quand même regarder en douce, me dis-je.
– Désolé d’avoir été distraite tout à l’heure, me dit Lisa tout en faisant sa série de squats suivante. (Maintenant que les gars sont à côté de nous, on dirait qu’elle fait ses squats très lentement pour faire ressortir son cul le plus longtemps possible.) Je te demandais à propos de ton boulot. Aucune perspective à long terme ?
– Rien. Pas même une lueur d’espoir, lui réponds-je. J’ai renoncé à mon rêve de devenir fille au pair en France. Je me contenterai d’un job de nounou à plein temps n’importe où en Caroline du Nord. Ou en Caroline du Sud. Ou même en Virginie.
– T’es pas trop sélective dans ta recherche ? demande Lisa. (Elle remet les haltères en place et s’accroche à la barre.) Je sais que tu préfères t’occuper d’un seul enfant à la fois…
Je secoue la tête.
– Même en assouplissant mes critères, toujours rien en vue.
– Je pourrais peut-être te trouver un job en intérim au foyer, déclare Lisa. T’imagines même pas l’ampleur du travail administratif que ça implique. On fait généralement appel à des étudiants diplômés de l’UNC Wilmington, mais…
– Merci, mais je vais tenir le coup. En attendant, être barista, c’est pas si mal.
– Tu disais pas ça, il y a deux jours.
– Il y a deux jours, la journée avait été particulièrement pénible, je rétorque sur la défensive. Heureusement, les jours passent et ne se ressemblent pas.
Je ne suis pas très convaincante. Même moi, je n’y crois pas. Lisa me regarde avec pitié.
On arrête de papoter un moment pour se concentrer sur nos entraînements. Blondinet et Brunet discutent d’une certaine crise internationale au Venezuela avant de changer de sujet pour en aborder un autre qui retient toute mon attention.
– Je ne sais pas comment on va faire pour Kaylee, dit Brunet.
Kaylee, je pense avec une pointe de jalousie. Mon coup de foudre de la gym a une petite amie, et c’est absolument inacceptable.
– Kaylee finira par l’accepter, dit Blondinet avec son accent huppé.
Brunet secoue la tête.
– Tu te souviens de ce qui s’est passé l’année dernière. Elle nous a dit qu’elle avait aimé la colo, mais qu’on lui avait manqué après quelques jours. Si on part plus longtemps, ça se passera mal. Elle ne tiendra pas plus d’une semaine. Et alors quoi ?
– On envisagera une solution le moment venu, ce sera bien assez tôt.
La colonie de vacances. Kaylee n’est pas sa petite amie, c’est la petite fille ! Je me redresse légèrement, envisageant la possibilité, qu’après tout, le mec sur lequel j’ai flashé soit quand même célibataire.
Brunet passe sous la barre et commence à faire des squats. La charge est tellement importante que la barre semble plier légèrement sous le poids des disques. Ses jambes se tendent puissamment alors qu’il remonte en position de départ, la sueur perlant sur son cou et ses épaules tandis qu’il remet la barre en place et contourne l’autre homme.
– La logistique te fait toujours bander. Mais ce problème-là ne te préoccupe même pas.
– Au contraire, j’ai juste appris à ne m’inquiéter que de ce que je peux contrôler. Tu ne lui fais pas assez confiance. Elle peut être très indépendante quand elle en a envie.
– Elle a besoin de ses pères, insiste Brunet en baissant d’un ton.
À côté de moi, Lisa grogne.
– Bon sang.
– Quoi ? je murmure.
Elle se penche vers moi pour qu’ils n’entendent pas.
– Les pères, au pluriel. Ils sont gays, Trish. J’aurais dû me douter qu’ils étaient trop beaux pour être vrais.
Je la regarde de travers, mais ressens quand même un pincement au cœur. C’est logique. On les voit généralement ensemble, et ils sont toujours impeccables. Ils ont une fille, qui les a serrés tous les deux dans ses bras avant d’entrer à la garderie. Sans oublier que Brunet porte un débardeur bleu et rose fluo.
La vie n’est pas juste parfois.
Lisa et moi terminons nos squats, avant de commencer à faire ce qu’elle appelle des développés militaires, qui consistent à soulever la barre au-dessus de la tête. Les deux gars saisissent une barre en forme de trapèze et commencent à faire des soulevés de terre à côté de nous. Pendant les dix minutes qui suivent, le silence règne alors que nous nous concentrons sur nos entraînements respectifs.
Lorsqu’ils ont terminé, Blondinet se dirige vers le râtelier d’haltères de l’autre côté de la pièce. Brunet, lui, s’attarde un moment.
– À la prochaine, Mademoiselle Kettlebells, me dit-il avec un petit signe de la main. Et pour ce que ça vaut, on n’est pas gays. Ou du moins, je ne le suis pas. Je ne peux pas parler pour Archer là-bas. Je pense que tous les Anglais sont un peu gays. Mais moi, c’est le sexe faible qui m’attire sans hésitation.
Je me sens rougir.
– Je ne pensais pas que vous entendriez…
– Aucun souci. Je voulais juste que vous le sachiez.
Il continue de sourire tout en me regardant intensément droit dans les yeux. Puis tourne les talons et commence à s’en aller.
– Ça vous dirait d’aller boire un verre, un de ces jours ? je lâche. Genre ce soir ?
Derrière moi, Lisa, en train de boire à la bouteille, manque de s’étouffer.
Brunet s’arrête et se retourne, une expression de surprise sur son visage buriné. Il passe une main dans ses cheveux châtain foncé qui retombent parfaitement en place.
– Je… euh, je ne peux pas, dit-il.
– Ou une autre fois, j’ajoute avec espoir. Ça ne doit pas forcément être ce soir.
Cette fois, son sourire exprime une certaine tristesse. Ou peut-être de la pitié.
– Je ne peux pas. Je suis sur le point de partir à l’étranger pendant quelque temps.
Il hoche la tête, puis ajoute :
– Merci quand même.
Je le regarde s’éloigner, mes joues cramoisies par la honte.
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