Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)

2 - Jordy

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Jordy

 

Ce n’est souvent que les nanas invitent les mecs à sortir. Même ceux attirants comme moi. 

OK, je dois vous paraître bien arrogant. Même si ce n’était pas mon intention, on ne peut cacher que c’est la simple vérité. Quand je ne suis pas en mission, je m’entraîne tous les jours. Pas un seul jour de repos. Je me dois de rester en pleine forme, ça fait partie de mon job. De plus, je me trouve beau. Et mon sens de l’humour s’avère redoutable, de mon point de vue totalement impartial. J’ai toujours plu aux femmes. Lorsque j’étais à l’armée, je parvenais toujours à faire mouche alors que les autres gars de mon unité faisaient chou blanc. 

Mais le fait demeure : les filles ne m’invitent pas souvent à sortir. Je suis toujours celui qui fait le premier pas. C’est comme ça. Alors quand Trish, mon coup de foudre de la salle de gym que j’appelle en plaisantant Mademoiselle Kettlebells, me propose de sortir avec elle, je n’en reviens pas. Je souris tellement que j’en ai mal aux joues.

Et puis je me souviens que je ne peux malheureusement pas accepter.

Trois putains de missions. Pourquoi doivent-elles tomber maintenant ?

– C’est bien ma veine ! dis-je à Archer dans le vestiaire pendant qu’on se change. Je pense à cette fille depuis des mois, des putains de mois, et elle me demande de sortir avec elle aujourd’hui. Juste avant qu’on parte en mission.

– Dommage pour toi, répond sèchement Archer.

– Et le pire, c’est que je ne peux même pas lui dire pourquoi. (Je retire mon débardeur et enfile mon polo.) Elle va probablement penser que je lui raconte des conneries. Que je lui ai donné une excuse bidon. 

Archer grogne. 

– Qu’est-ce que t’as ? Je te connais depuis assez longtemps pour savoir quand tu me caches quelque chose. Alors, crache le morceau. 

Il replie soigneusement son T-shirt de gym dans son sac, puis se lève pour me faire face. 

– Tu fais toujours ça, Jordy. 

– Je fais toujours quoi ?

– Tu craques pour une fille juste avant de partir pour en mission longue durée.

J’éclate de rire. 

– Non, pas du tout. 

Il croise les bras sur sa poitrine et s’appuie contre le casier. 

– Mel, juste avant Prague. Ensuite, il y a eu Amy avant notre départ pour Kyoto. Oh, et cette petite poule coquine qui te plaisait avant qu’on passe neuf semaines en Amazonie. 

– Eloïse. (Je souris en repensant à elle.) Oui, elle était géniale. Dommage qu’elle se soit trouvé un petit ami avant qu’on rentre aux États-Unis. (Je secoue la tête.) Mais là, c’est différent. Cette fille… mec, cette fille c’est autre chose. 

OK, quand je craque pour une fille, je ne le fais pas à moitié. Qu’est-ce que je peux dire ? Je suis certes un combattant, mais, au fond, je suis un romantique. Trish ne ressemble en rien aux autres coups de foudre que j’ai eus. Le courant passe vraiment entre nous. Bien sûr, on n’a échangé que quelques mots, et on a partagé quelques regards aguicheurs à la salle de sport, mais je sens qu’il se passe un truc, bon sang. Je veux creuser ça, voir où ça va. 

Mais ce ne sera pas de sitôt, je pense sombrement. 

– Arrête tout de suite, dit Archer platement. Harrison et moi avons besoin que tu te concentres sur les missions, plutôt que de passer tout ton temps à te morfondre pour une fille à l’autre bout du monde. 

– Me morfondre ? je me moque. Je suis toujours professionnel ! 

Il hausse un sourcil, ce qui, pour un Anglais, équivaut à se foutre de ma gueule. 

– Bon, admets-je. J’envoyais un texto à Eloïse quand on est tombé dans une embuscade à la sortie de Manaus. Mais ça ne veut pas dire que je le fais toujours. Bon sang, je n’ai même pas fait le premier pas cette fois. Trish m’a demandé à moi de sortir avec elle ! 

– C’est vrai, c’est elle qui a pris les devants. Et peut-être que quand on rentrera, tu pourras accepter son invitation. Mais pour le moment… 

Je sens ma mâchoire se serrer. 

– T’inquiète… Je sais quelles sont mes priorités.

– Les priorités de la mission, dit-il en me tapant sur l’épaule. Ces deux mois vont être longs. 

Nous finissons de nous changer et allons chercher Kaylee à la garderie. Elle fonce sur nous, se heurtant à ma jambe comme un missile de la taille d’un enfant.

– Tu m’as manqué, papa ! dit-elle en s’accrochant à ma jambe, puis en passant à celle d’Archer. Tu m’as manqué toi aussi, papa. 

Je sens une pointe au cœur même si on n’a soulevé des poids qu’une heure. Si on lui manque à ce point déjà, comment va-t-elle supporter notre absence pendant des mois ? 

Nous sortons du gymnase et prenons la route en direction de la maison. Je me retourne pour regarder Kaylee sur le siège arrière ; elle joue à un jeu sur son iPad avec ses écouteurs. 

Je ne la verrai pas avant deux mois. Peut-être trois, en fonction des missions.

– On n’a pas terminé notre conversation, fais-je à Archer. Comment va-t-on faire pour elle ? 

– Elle part en colo, répond Archer. En ce qui me concerne, rien n’a changé. 

– Tu sais qu’elle ne tiendra pas une semaine avant de péter les plombs. 

– T’en sais rien, rétorque-t-il d’un ton acerbe. 

– L’expérience de l’année dernière ne se reproduira probablement pas. Elle est plus âgée, maintenant. 

– Elle est encore petite. (Je me mordille la lèvre et regarde par la fenêtre les rues de Wilmington.) Que penses-tu de Trish ? 

Archer jette un coup d’œil vers moi. 

– Tu reviens avec ça, sérieux ? 

– Mais non, pas comme ça. C’est juste qu’elle disait vouloir être fille au pair. C’est pas juste une autre façon d’appeler une nounou ?

– Kaylee n’a pas besoin d’une nounou. Elle a besoin de côtoyer des enfants de son âge, de jouer à des jeux et d’apprendre de nouvelles choses. 

– Et si c’était un signe ? je suggère. 

Archer me fait les gros yeux. 

– Un signe ? 

– On a besoin de quelqu’un pour veiller sur Kaylee pendant notre absence. Et il se trouve que la fille qu’on mate tous les deux à la gym a confié à son amie qu’elle voulait être la nounou attitrée d’une famille. Tu ne vois pas ça comme un signe ? 

– Je ne crois pas que les décisions importantes dans la vie se prennent sur base de ton interprétation de ce qui est ou n’est pas un signe, dit Archer avec insistance. Et même si j’étais d’accord avec toi – ce qui n’est pas le cas –, je préférerais engager quelqu’un que t’as pas envie de niquer. 

– Eh, t’as envie de la baiser aussi. 

Archer lève les yeux au ciel. 

– Je la trouve mignonne. C’est pas la même chose. Et de toute façon, elle t’a demandé, à toi, de sortir avec elle. Donc même si on était tous les deux prétendants, tu es le grand gagnant. Félicitations !

– Papa, gazouille Kaylee, qu’est-ce que ça veut dire « niquer » ?

Le ton d’Archer devient mielleux, tellement il est empreint d’amour paternel. 

– Ça veut dire être sortir avec quelqu’un, des petits amis.

– Beurk. 

– C’est ça, beurk, répond Archer en me lançant un regard caustique. Monte le volume, ma chérie. 

Je regarde Kaylee cliquer sur le bouton de volume de son iPad et reprendre son jeu. Archer a beau me taquiner sur le fait que j’ai tous mes coups de foudre juste avant de partir, l’impact émotionnel que notre fille a sur moi me touche bien plus profondément. Aussi cliché que cela puisse paraître, Kaylee est tout pour moi. Je déteste être loin d’elle, même pour des missions qui ne durent que quelques jours. Deux mois vont être une véritable torture. Et si on lui manquait trop ?

Pire : et si on ne lui manquait pas ?

– Parfois, je déteste mon job, dis-je avec amertume.

– Ben tient, dit Archer. Tu détestes être ton propre patron et choisir tes propres missions. Tu préférerais de loin être à nouveau un bon petit soldat, aux ordres d’un commandant obèse qui ne fait pas la différence entre son cul et son fusil. 

– L’armée ne me manque pas, je ne dis pas ça. Les deux ne sont pas incompatibles. Je ne comprends simplement pas pourquoi tu as prévu des contrats bout à bout…

Archer soupire. 

– D’un point de vue logistique, c’est le mieux. Trois missions d’envergure, d’affilée. On part en Europe, on les mène à bien, et on rentre au bercail. On se fera plus ces deux mois qu’on ne se ferait normalement en deux ans. Ça veut dire plus de flexibilité pour passer du temps avec Kaylee. Un inconvénient à court terme en échange d’avantages à long terme.

– On n’a jamais fait de telles missions avant. L’un de nous au moins reste toujours à la maison pour s’occuper de Kaylee. 

– J’en suis bien conscient, Jordy, crois-moi. 

– Papas ? demande Kaylee en enlevant ses écouteurs. Est-ce que vous allez encore partir ? 

La boule que j’ai dans la gorge se fait de plus en plus grande, mais je continue de sourire.

– On ne sait pas encore, Kaylee. 

Elle considère la réponse avec tout le sérieux d’une enfant de huit ans, puis remet ses écouteurs. Archer me lance un regard de biais. Je sais ce qu’il pense. Il va nous falloir lui dire la vérité bientôt : nous allons partir pour deux mois. Mais je ne veux pas aborder le sujet avec elle. Pas pour l’instant. Je ne suis pas encore prêt.

C’est un problème qui se posera bien assez tôt, me dis-je en regardant le paysage défiler par la fenêtre. Je vais laisser le Jordy du futur s’en occuper.

Nous nous arrêtons faire quelques courses au supermarché avant de rentrer à la maison. À mi-chemin, Archer murmure : 

– J’ai besoin d’un café. (Il lève la voix d’un ton.) Chérie ? Tu veux un chocolat chaud ? 

Le cri d’excitation de Kaylee en dit long et Archer quitte la route principale et s’engage dans le drive-in du Starbucks. Nous passons notre commande par la fenêtre : un chocolat chaud pour notre fille, un café normal pour Archer et un Frappuccino au caramel pour moi.

Ben quoi ? Ne me blâmez pas pour boire aussi sucré. Le café noir amer, je le laisse aux gens amers et malheureux. 

Archer s’approche du guichet et attend la commande. Je ne sais pas ce qui me pousse à regarder à l’intérieur, mais je tourne la tête, jette un coup d’œil au serveur qui prend la carte de crédit d’Archer, puis je regarde derrière lui, plus loin dans le Starbucks. Et qui vois-je ? Elle, là, debout à la caisse principale, ses cheveux blonds tirés en arrière dans la même queue-de-cheval immanquable qu’elle porte à la salle de sport. Le contexte est totalement différent, vu qu’elle porte un uniforme de barista plutôt que des vêtements de sport, mais je reconnaîtrais Trish entre mille. Un sentiment accablant de compréhension m’envahit. 

C’est définitivement un signe, je pense. Peu importe ce qu’en dit Archer.

Avant d’y réfléchir à deux fois, je détache ma ceinture de sécurité. 

– Je vais pisser. Je reviens dans une minute. 

Tout ce que j’entends, c’est Kaylee qui me demande où je vais.

 

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