Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)
6 - Trish
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Trish
Je pressens qu’une dispute risque d’éclater dès mon départ. Elle flotte dans l’air, comme on sent l’électricité statique juste avant qu’une grosse tempête n’éclate.
– On vous contactera pour vous donner les détails, dit Jordy en me conduisant à la porte d’entrée. Merci d’être venue. Ce sera génial. Vraiment génial.
– Je ne suis toujours pas convaincue que ce soit le mieux pour moi. Je cherchais vraiment une position à long terme. Ce serait bien mieux comme ça. Et pas seulement pour moi, pour Kaylee aussi. Ce n’est pas top pour elle, d’être à mes côtés tous les jours pendant trois mois, de se rapprocher, et au retour, ne plus me voir d’un coup.
– On verra le moment venu, répond Jordy. Pour l’instant, on va commencer par vous dédommager. On vous paiera un bonus ou on vous donnera une sorte de prime. Mais bon, être à notre service quelques mois, c’est mieux que de retourner chez Starbucks, non ?
– Tout à fait, admets-je. On verra si je pense toujours la même chose une fois de retour. Voyager avec un enfant peut être difficile. Vous ne pouvez vraiment pas me dire où nous allons ?
Jordy semble vouloir le faire, mais il secoue la tête.
– Pas avant que vous n’ayez signé certains papiers. Archer s’occupe de tous les documents, de la paperasse et tout le reste. On vous contactera à ce sujet dans les prochains jours. OK ?
Il tend son poing et je le heurte avec le mien. Je n’avais pas encore remarqué la taille de ses mains. Le sourire de Jordy est chaleureux et accueillant, et il me donne l’impression que tout va bien se passer.
– Cool, réponds-je.
Je sors, me dirige vers ma voiture, mais quelques secondes plus tard, j’entends le bruit de petits pieds nus qui frappent contre le trottoir. Kaylee s’empare de ma jambe pour l’étreindre.
– Je voulais encore jouer aux K’nex avec toi !
Mon cœur explose.
– Nous aurons plein de temps pour jouer ensemble. Je te le promets.
Lorsque je la décolle enfin de ma jambe, elle court à l’intérieur. Jordy me regarde toujours depuis l’embrasure de la porte alors que je me mets en route. Passé deux pâtés de maisons de chez eux, j’appelle Lisa.
– Viens chez moi ce soir boire un verre. J’ai des tonnes de choses à te dire.
J’entame déjà mon deuxième verre lorsque Lisa arrive ce soir-là.
– Brunet a changé d’avis pour le rendez-vous ? demande-t-elle. Il a trouvé ton numéro et t’a demandé de sortir avec lui ?
– Pas exactement…
Je lui sers un verre et lui explique ce qui s’est passé. Jordy qui se présente à mon boulot et me propose un emploi. Aller chez eux et rencontrer Kaylee. Lisa réagit en descendant son vin d’une traite, puis en se reversant un verre.
– Ce sont des mercenaires ? Comme ces types de Blackwater dont mon père se plaint toujours sur Facebook ? Les criminels de guerre ?
– Oui. Peut-être… Je ne sais pas. Je n’ai jamais rencontré de mercenaires avant !
– Je comprends mieux pourquoi ils sont aussi baraqués. Ils ont des armes chez eux ?
– J’ai vu Harrison, le troisième mec, sortir une caisse de matériel du garage. Mais je ne sais pas ce qu’il y avait dedans.
– Harrison. Mmm, j’aime bien ce nom. Il est aussi sexy que Blondinet et Brunet ?
– En fait, il est plutôt terrifiant. Il est loin d’être moche, mais on dirait un lion grincheux. Il te tourne autour et tu ne sais pas s’il va t’attaquer ou non.
– Un lion sexy ? Mmm. Ça me dit bien. Il est baraqué aussi ?
– Oh oui. Plus que les deux autres même.
Elle se laisse retomber sur sa chaise et soupire avec nostalgie.
– J’aime les hommes qui sont forts et qui parlent peu. Ne dis rien et fais de moi ce que tu veux.
Je claque des doigts devant son visage.
– Lisa. Concentre-toi. C’est un vrai problème pour moi. Je fais quoi moi maintenant ?
– On dirait que tu as déjà accepté le poste.
– Oui mais non. Juste verbalement. Mais j’ai encore rien signé. Tu penses que je devrais le faire ?
Elle me lance un regard confus.
– Pourquoi pas ? C’est un travail qui te permet de faire ce que tu aimes.
– Mais seulement deux ou trois mois.
– Et tu passerais plus de temps avec Brunet et Blondinet !
– Ils s’appellent Jordy et Archer.
Elle agite une main agacée.
– Pour moi, ils seront toujours Brunet et Blondinet. Et si on me proposait de voyager avec eux, je le ferais gratuitement.
– Un peu de sérieux, s’il te plaît, j’insiste. Je ne sais pas si c’est pour moi, de voyager à l’étranger pendant si longtemps…
– Pourquoi pas ? Rien ni personne ne te retient ici.
– Je sais pas. C’est juste… longtemps ? Je n’ai jamais quitté le pays avant, et ma première aventure durera des mois entiers. Et je ne sais pas où ils vont. C’est comme apprendre à nager en sautant directement dans la grande profondeur.
– Ça va être passionnant ! me coupe Lisa. Et si tu allais à Paris ?
– Et si j’allais dans un endroit nul ? Ça pourrait être en Afrique subsaharienne pour ce que j’en sais. Je sais pas si tu es au courant, Lisa, mais je suis un grand fan de l’eau courante. Et des toilettes intérieures. Et de l’air conditionné. C’est genre un peu une priorité pour mon confort de vie quand même.
Lisa lève les yeux au ciel.
– Arrête d’imaginer le pire scénario. Ils n’emmèneraient pas leur fille de huit ans dans un endroit pareil. Au pire, tu seras certainement en ville. Ah, ou une villa ! Et si c’était une villa italienne en bord de plage ? Jusqu’à preuve du contraire, voilà ce que je choisis de croire.
Elle a raison : ils n’emmèneraient pas Kaylee si c’était dangereux. Ils ne l’enverraient pas non plus dans un endroit sans eau courante. Cette pensée apaise la plupart de mes craintes. Mais un doute tenace subsiste au fond de moi : ce serait une erreur…
Soudain, on sonne à la porte. Nous tournons toutes les deux la tête en direction de l’entrée. Lisa pose son verre de vin et tape dans ses mains avec excitation.
– Et si c’était Brunet ? Va ouvrir !
– C’est probablement ma livraison hebdomadaire d’Amazon, réponds-je en me levant et en me rendant à la porte.
Mais lorsque je jette un coup d’œil par la fenêtre, aucune camionnette Amazon ne se trouve devant ma maison. Ce n’est pas non plus Jordy.
J’ouvre la porte.
– Archer ?
Son regard méthodique m’évalue rapidement, comme un soldat analysant des données et écartant toute menace potentielle. Alors seulement, il hoche légèrement la tête et demande :
– Puis-je entrer ? avec son accent anglais chic.
Je tiens la porte ouverte pour qu’il puisse passer. En la refermant derrière lui, j’entends Lisa haleter depuis la cuisine.
– C’est vous !
– Archer, j’insiste avant qu’elle ne puisse utiliser son surnom. Il s’appelle Archer.
– Vous êtes la femme du gymnase, dit Archer.
– Heureuse de faire enfin votre connaissance.
Lisa a ce regard de Je vais te dévorer, alors je pose une main sur le dos d’Archer et le conduis prestement dans le salon.
– Parlons ici. Loin de mon amie. Qui va rester sagement dans la cuisine.
Lisa pousse un soupir de mécontentement, mais retourne ensuite à son vin.
– Votre amie est intéressante, dit Archer.
– Elle a le béguin pour vous depuis un bon moment, je lui confie.
– Sans blague, dit-il sarcastiquement.
– Que faites-vous ici ? je demande, le cœur lourd. Vous annulez l’offre, n’est-ce pas ? Oh mon Dieu, je ne veux pas retourner au Starbucks…
Archer brandit une tablette que je n’avais pas remarquée jusqu’à maintenant.
– En fait, j’ai quelques documents à vous faire signer.
Je laisse échapper un soupir de soulagement.
– Jordy a dit que cela prendrait quelques jours.
– Jordy se trompe très souvent quand il s’agit de délais.
Il s’assied sur le canapé et pose la tablette sur la table basse.
– Je peux passer en revue tous les termes avec vous, si vous le souhaitez.
Je m’assieds à côté de lui sur le canapé et il se rapproche pour me faire voir les documents sur la tablette. Son odeur est caractéristique – un mélange de bois huilé et d’odeur de livres très anciens. Elle semble bien correspondre à sa personnalité sobre. Et c’est peut-être mon imagination, mais je crois même pouvoir sentir la chaleur qui se dégage de ses muscles.
Archer m’explique les termes du contrat. Je travaillerais pour eux pendant une période comprise entre soixante et quatre-vingt-dix jours. Le salaire est substantiel, dans la tranche supérieure de ce que gagnent les nounous. Et une grosse prime est prévue à la fin du contrat.
– Pour compenser le fait que le contrat soit plus court que souhaité, explique-t-il.
Dans l’ensemble, tout cela me satisfait. J’en suis ravie. Si je dois accepter un contrat plus court, au moins je serai bien dédommagée.
– Est-ce que c’est tout ? je demande après l’avoir signé.
Archer arque l’un de ses sourcils blonds.
– Nous avons encore onze documents à signer.
– Oh.
Ensuite vient une série de dérogations concernant ma santé et mon bien-être personnels. Puis deux accords de non-divulgation distincts. Après cela, un document expliquant ma couverture d’assurance maladie pendant la durée de mon contrat, et une assurance voyage.
– Et l’assurance vie ? Lisa lance depuis l’extérieur de la pièce.
– Sérieux ? Tu nous espionnes depuis le couloir ? je demande.
Longue pause…
– Non.
Puis nous l’entendons partir sur la pointe des pieds.
Archer sourit discrètement en direction de l’embrasure de la porte.
– Avez-vous des questions, Trish ?
– Je suis préoccupée par l’aspect dangereux de la chose, admets-je. Y a-t-il un danger légitime ? Ou est-ce que ces dérogations sont juste une procédure pour couvrir vos arrières ?
Le sourire d’Archer s’efface aussi vite qu’il était apparu.
– Nous ne mettrions jamais notre fille en danger de quelque façon que ce soit. Cette même préoccupation s’étend à vous par défaut. Vous n’avez aucune raison de vous inquiéter.
Je soupire de soulagement.
– OK, bien. C’est ce que je pensais, mais… Vous ne m’avez même pas dit où nous allons. Alors mon imagination s’est emballée.
– Nous ne pouvions pas vous le dire avant que vous ayez signé les accords de non-divulgation. La discrétion est de rigueur. Et à ce propos… (Il jette à nouveau un coup d’œil vers le couloir.) Vous ne serez pas autorisée à divulguer votre position pendant notre absence. À qui que ce soit.
– Oh, allez ! maugrée Lisa depuis l’autre pièce.
– Tant que nous sommes en mission, nous ne souhaitons pas que quiconque sache où se trouve Kaylee. Je suis désolé, mais ce n’est pas négociable.
– Pourquoi ? je demande.
– Est-ce qu’elle serait en danger si son emplacement était connu ?
Archer m’observe attentivement pendant un long moment. J’ai l’impression qu’il me déshabille du regard, lit même dans mes pensées. Finalement, il secoue la tête, ses cheveux blonds coupés court se balançant doucement.
– Il y a très peu de chances que ce soit le cas, dit-il. Mais très peu est déjà trop. Nous prenons donc toutes les précautions nécessaires. Cela vous pose-t-il un problème ?
– Aucun, réponds-je sincèrement. Je ne dirai à personne où nous sommes. Pas même à mon amie particulièrement fouineuse.
– Très bien. (Il a l’air las, comme s’il avait eu cette conversation dix fois avant le petit-déjeuner.) Signez ce document final d’accord, s’il vous plaît.
–Vous avez déjà fait cela auparavant ? je demande.
Les yeux verts fatigués d’Archer clignent lentement.
– Non.
– On dirait pourtant que oui. Que vous avez déjà engagé quelqu’un pour emmener Kaylee en mission, quelle qu’elle soit.
– Pourtant, il n’en est rien. En fait, je vais être honnête avec vous : l’idée ne me botte absolument pas. Mais Jordy… (Il se tait et secoue la tête.) Signez juste le dernier document, s’il vous plaît.
Que veut Jordy ? je me demande.
Je saisis la tablette et griffonne ma signature du doigt. Archer l’éteint, la met sous un bras, puis se lève.
– Nous en avons terminé Nous partons samedi. Soyez chez nous à dix heures du matin. Un long vol nous attend et nous reviendrons sur les détails à ce moment-là.
– Attendez ! Maintenant que j’ai signé les documents, vous pouvez me dire où nous allons. N’est-ce pas ?
Archer jette un coup d’œil par-dessus son épaule, puis se penche tout près jusqu’à ce que ses lèvres soient à quelques centimètres à peine de mon oreille. Son souffle chaud chatouille ma peau quand il me répond.
– Le premier contrat est en Norvège.
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