Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)
25 - Trish
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Trish
Longtemps après que nous avons tous les deux joui, et longtemps après qu’Archer m’a donné un dernier baiser et s’est retiré dans sa chambre, je reste éveillée dans mon lit en pensant à ce qui vient de se passer.
Avant ce soir, tout ce que nous faisions ensemble se limitait à des rapports sexuels. Jordy et moi avions connu quelques nuits de passion en tête-à-tête avant de commencer à inclure Archer dans nos ébats, mais depuis, tout était très physique. Des plans à trois intenses, torrides et ô combien charnels, qui me faisaient me sentir cochonne au quotidien. Nous nous servions tous les trois du corps des autres pour nous défouler. Nous nous réconfortions l’un l’autre après le stress de leur mission.
Mais ce soir ? C’était plus que physique. Quand Archer m’a serrée contre lui et a appuyé son front contre le mien alors que nous jouissions ensemble, j’ai ressenti bien plus qu’une simple libération sexuelle. Je me suis sentie proche de cet homme. Intime d’une manière qui dépasse le simple acte sexuel. Ce soir, j’ai eu l’impression qu’Archer me donnait une partie de son âme. Ça peut paraître ridicule, mais je ne trouve pas de meilleure façon de le décrire.
Et cette prise de conscience me fait me culpabiliser à propos de Jordy. Où en sommes-nous, lui et moi, aujourd’hui ? Nous nous aimions bien tous les deux quand nous avons commencé à batifoler à Oslo. Et nous avons inclus Archer à notre tableau de chasse pour réaliser un fantasme sexuel. Que dira-t-il si je lui avoue qu’Archer est loin de me laisser indifférente ?
J’ai des sentiments pour Archer. Et me l’avouer ne fait que renforce cette certitude. Ce qui, bien sûr, ne fait que me plonger dans une confusion encore plus grande qu’avant.
Je peine à dormir cette nuit-là. Ce qui est dommage, car mon réveil sonne tôt le lendemain matin pour que nous puissions arriver à l’heure et prendre notre vol. J’avale deux tasses de café turc extrêmement fort et passe le trajet à me trémousser sur mon siège.
– C’est l’heure de la grande révélation, dit Archer quand nous arrivons à l’aéroport.
Il sort de sa poche une liasse de billets imprimés qu’il distribue avec un grand sens de la mise en scène. Il me sourit un peu plus longtemps que d’habitude lorsque ma main se pose sur la sienne.
Je regarde le code de l’aéroport sur le billet.
– GYD. L’aéroport international Haydar Aliyev ?
– Bakou, précise Jordy. (Il n’a plus besoin de garder une poche de glace sur ses bijoux de famille, mais il marche encore péniblement en tenant la main de Kaylee à travers l’aéroport.) Capitale de l’Azerbaïdjan.
– Un trou à rats, grommelle Harrison.
– On expliquera tout à notre arrivée, me dit Archer avec un long regard.
Une fois dans l’avion, je paie le wifi pour pouvoir faire des recherches sur le pays. L’Azerbaïdjan est une ancienne nation soviétique située juste à l’est de la Turquie et à la frontière nord de l’Iran. C’est un pays riche en pétrole, dont la capitale, Bakou, est nichée au bord de la mer Caspienne.
Je secoue la tête avec étonnement. La mer Baltique, puis la mer Noire, et maintenant la mer Caspienne. Je découvre en vrai bien des étendues d’eau que je ne connaissais que par les livres.
Le vol dure moins de trois heures, mais il est plus sinistre que les précédents. On continue vers l’est, ce qui nous éloigne encore plus de chez nous qu’auparavant. La Norvège et la Turquie sont des pays que je connais, mais l’Azerbaïdjan m’est totalement étranger. Est-ce vraiment un trou à rats comme l’a décrit Harrison ? Comment les femmes y sont-elles traitées ? Je me surprends à regarder par la fenêtre et à redouter la dernière ligne droite de mon séjour loin de chez moi.
Pourtant, après l’atterrissage et alors qu’on entre dans la ville, mes inquiétudes s’envolent. Bakou est peut-être située en Asie centrale, mais elle ressemble beaucoup à Oslo ou à Istanbul. Les bâtiments sont anciens et construits en pierre gris ardoise. Le centre-ville est moderne et animé, avec de nombreux gratte-ciel. Archer nous désigne trois bâtiments recouverts de verre bleu, les Flame Towers.
Cette fois-ci, nous séjournons dans un hôtel du centre-ville, à un pâté de maisons de la mer. Le hall est ancien mais magnifiquement aménagé, avec des sols en marbre blanc et des plafonds voûtés et peints. Le groom nous conduit au dernier étage, où se trouve notre suite panoramique. Je reste bouche bée en y entrant : il s’agit d’une immense pièce ouverte, dont les baies vitrées de part en part nous offrent une vue imprenable sur la mer Caspienne. Cette pièce est plus grande que mon appartement à Wilmington. Et il ne s’agit que du salon.
Harrison s’approche immédiatement d’une valise nichée entre le canapé et le mur. Elle est en cuir italien marron, de belle facture. Alors que j’ouvre la bouche pour demander si elle appartient à la personne qui a séjourné ici avant nous, il ouvre la fermeture éclair et passe la main à l’intérieur. Elle en ressort armée d’un pistolet, qu’il examine rapidement avec des gestes habiles.
– Tout est là, dit-il. Pas de gros calibre.
– Parce que ces armes ne doivent être utilisées qu’en dernier recours, réplique Archer. Si vous devez les utiliser, c’est que notre mission est foutue.
Harrison grogne, referme le sac et l’emporte.
Je découvre un échiquier sur un guéridon dans le couloir, avec des pièces en verre dépoli. Je saisis le pion du roi, je la soupèse, puis je l’avance impulsivement de deux cases. Cela fait longtemps que je n’ai pas joué une partie. Je vais peut-être apprendre à Kaylee à jouer, si elle ne sait pas déjà.
– Il n’y a pas de cuisine, dit Jordy.
Il fait le tour de la suite en agitant un petit appareil électronique au-dessus des murs. Je suppose qu’il vérifie s’il y a des appareils d’écoute.
– Mais il y a un mini-réfrigérateur et quelqu’un a laissé des provisions sur la table près du bar.
Archer laisse tomber son sac sur le sol et acquiesce.
– Je vais demander au concierge d’aller chercher quelques denrées de base pour nous. Du pain, du beurre, du beurre de cacahuète, du fromage, du lait pour le déjeuner. Le reste des repas sera livré par le restaurant de l’hôtel, en bas.
– J’adore le service d’étage ! s’exclame Kaylee.
– Quand as-tu utilisé le service d’étage ? je demande.
– Une fois dans un hôtel de Valley. On m’a livré de la glace !
– Raleigh, pas Valley, dit Archer.
Il se tourne vers moi.
– Chaque fois que tu commandes un repas, demande-leur de le déposer devant la porte. Ne laisse jamais entrer personne. S’il le faut, dis-leur que tu es parano à cause du COVID.
– OK, bien compris.
Harrison retourne vers son sac de sport, mais pas pour l’emporter dans sa chambre. Il en sort quelque chose avant de se rendre dans la salle de bains du couloir. Il laisse la porte ouverte et j’entends l’eau couler du robinet.
– Chérie ? Va donc t’installer dans ta chambre pendant que les adultes discutent, dit Archer.
Kaylee n’a pas besoin de se le faire dire deux fois et part en courant. Archer attend que la porte se referme, puis récupère un dossier dans sa sacoche d’ordinateur portable. Il le dépose sur la table basse et l’ouvre, révélant une photo en noir et blanc d’un homme à la barbe clairsemée et au crâne dégarni.
– Lui, c’est Aldi Kadyrovic. C’est le chef officieux de la République tchétchène en Russie. Alors que le chef officiel de la Tchétchénie reste à l’abri derrière un bureau et signe des documents, Kadyrovic sort et fait tout le sale boulot.
– Putain d’animal, grogne Harrison depuis la salle de bains, où l’eau coule encore.
Qu’est-ce qu’il fait là-bas ? Il se lave les mains ?
– Kadyrovic rend compte directement à Vladimir Poutine. Il envoie des groupes de pression dans les villes tchétchènes pour forcer les hommes à s’enrôler dans la guerre en Ukraine. Si ces derniers refusent, il les torture. Leurs familles aussi. Parfois, il les torture même s’ils sont d’accord. Il prend son pied, ce connard sadique. À Moscou, il a une réputation. On l’appelle le chien enragé de Poutine. Kadyrovic est, sans aucun doute, un sale type.
Jordy acquiesce.
– J’ai lu le rapport complet. Pas besoin de me convaincre.
– On ne devrait rester ici qu’une semaine, poursuit Archer principalement pour moi. Il nous faudra quelques jours pour nous établir et consolider nos couvertures. Selon nos informations, Kadyrovic se rendra à Bakou dans le courant de la semaine. À ce moment-là, on fera ce qu’il faut pour le choper.
– C’est bien plus dangereux que les deux dernières missions, dis-je. Ce n’est pas une mission de surveillance, ni de formation à l’utilisation des armes pour les locaux. Vous devez kidnapper un homme !
Archer et Jordy se regardent.
– Quoi ? je demande.
– On n’est pas là pour le kidnapper, dit Jordy lentement.
– Alors quoi ? Vous allez vous asseoir avec lui ? Négocier ? J’ai du mal à croire que vous allez négocier avec un type que vous comparez à un chien enragé.
Tous deux me fixent d’un regard vide. Je ne comprends pas.
Et puis d’un coup, si.
– Non.
– On ne partage les détails de notre mission que parce qu’on te fait confiance, dit Archer. On a accepté cette mission car elle paie très, très bien.
– Vous allez le tuer ! je m’exclame. Vous allez assassiner un homme !
– Un connard fini, dit Jordy. Ce type est un putain d’enfoiré, Trish.
– Mais putain ! C’est un humain… C’est pas éthique…
Archer me tapote la jambe.
– Tu n’as pas à t’inquiéter de l’éthique de la chose, puisque tu n’y participes pas.
J’ai l’impression que la température vient de grimper d’un coup.
– Pas directement ! Mais je m’occupe de votre fille. Ce qui vous donne champ libre pour le faire. Je suis comme une complice ou je ne sais quoi !
– On voulait juste t’en parler pour que tu connaisses les dangers que nous courons, explique Jordy.
– Pour que tu comprennes si on ne rentre pas forcément de bonne humeur ou si on est très stressés. T’aurais préféré qu’on fasse semblant d’être ici pour une mission de surveillance ? (Il me sourit.) On peut faire comme si on n’avait rien dit et inventer une histoire pour toi.
J’ignore sa tentative de plaisanterie.
– Qui a ordonné l’assassinat ? Les États-Unis ? Un autre pays ?
– L’OTAN, probablement, lance Harrison depuis la salle de bains.
Archer secoue la tête.
– Ça, on ne pourrait te le dire même si on le voulait. C’est un client confidentiel. Ta supposition est aussi bonne que la nôtre. De toute façon, ça n’a pas d’importance.
– Bien sûr que si ! (Je scrute le visage de chacun d’entre eux. Ils doivent me faire une blague. Ce n’est pas possible.) Vous parlez de tuer quelqu’un ! Le contexte est la seule chose qui différencie votre mission d’un crime de guerre.
– Tu veux le contexte ?
Harrison sort de la salle de bains, et je le regarde à deux fois. Il reste de la mousse à raser sur son visage, mais sinon ses joues sont totalement lisses. Sa barbe a disparu, révélant une mâchoire ciselée et un menton fort.
Ouah, me dis-je. Il a vraiment l’air… canon.
Il pointe son rasoir dans ma direction.
– Le contexte, c’est que ce type est à chier. C’est la pute de Poutine. On est là pour l’éliminer, et on va le faire sans aucun remords. Ça te pose un problème ? Alors rentrez à Wilmington.
Harrison retourne dans la salle de bains, secouant la tête avec agacement.
– Notre ami ne met pas les formes, mais il a raison, dit Archer doucement. C’est la mission. On est là pour ça et on va la mener à bien. Si tu ne veux pas y participer, on peut s’arranger pour que Kaylee et toi rentriez au pays.
– Pourquoi ne pas l’arrêter à la place ? j’essaie. Si ce type est si mauvais, emmenez-le aux Nations Unies. Ou à La Haye, ou là où se trouve ce tribunal mondial. Faites quelque chose.
Jordy pose une main sur mon genou.
– Trish… Je suis désolé qu’on n’ait pas pu te parler de la mission plus tôt, dit calmement Archer. Mais c’est ainsi. Tu restes ou tu préfères t’en aller ?
Leurs regards sont implacables. Pour eux, c’est chose normale. Cette mission est plus dangereuse que la plupart des autres missions, mais toujours une partie tout à fait normale de leur travail. Je n’arriverai à en convaincre aucun de se rallier à ma cause.
– D’accord.
Je me lève, emporte ma valise dans la chambre de Kaylee et ferme la porte derrière moi.
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