Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)
33 - Trish
33
Trish
Je rêve que je vole, ou peut-être que je flotte. Quoi qu’il en soit, je me trouve parmi les nuages, le sol bien en contrebas. Les oiseaux volent autour de moi, piquant du nez et plongeant dans de joyeux motifs. La sensation du vent dans mes cheveux me fait me sentir vivante. Je me sens libre.
Lorsque j’ouvre les yeux, je me rends compte que je ne vole pas. Des bras puissants me portent. Je lève le regard et aperçois Harrison qui avance péniblement, un air déterminé sur le visage.
– Qu’est-ce que… je murmure.
– Trish ! s’écrie Kaylee quelque part à côté de moi. Papa a dit que tu dormais, mais je savais qu’il mentait pour me cacher la vérité. Tu vas bien ?
Lentement, ma mémoire me revient par bribes. On est au marché. Je refuse de répondre à un vendeur qui s’efforce de me vendre une de ses écharpes tissées. Puis un homme m’attrape par le bras pour me tirer dans une ruelle. Il me couvre la bouche avant que je n’aie le temps d’appeler à l’aide.
Et puis quelque chose s’écrase sur nous, et je tombe par terre.
– Harrison, dis-je, reprenant confiance à chaque seconde qui passe. Pose-moi par terre.
– Non, répond-il sans me regarder.
– Je vais bien. Pose-moi. Tu n’as pas besoin de me porter.
Il grogne et continue de marcher.
– Qu’est-ce que c’est… oh mon Dieu. Harrison, tu saignes !
– Il dit que c’est juste une petite coupure, explique Kaylee. Il a connu bien pire. C’est ce qu’il dit.
– Pose-moi, j’insiste.
– On est presque arrivés, annonce-t-il.
J’essaie de résister, de me dégager de ses bras, mais c’est inutile. Il est bien plus fort que moi. J’ai l’impression qu’il me serait plus facile de tordre des barres de fer.
Il a raison sur un point : on arrive à l’hôtel une minute plus tard. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il me dépose délicatement par terre. Mais en entrant dans l’hôtel, il garde un bras autour de ma taille pour me stabiliser. Je lui suis reconnaissante de ce soutien quand j’essaie de faire mes premiers pas. De son bras libre, Harrison tient la main de Kaylee.
Le groom sympathique se trouve toujours derrière le comptoir de la conciergerie, et ses yeux s’écarquillent lorsqu’il nous aperçoit. Je lui adresse un faible sourire pour lui faire comprendre que tout va bien, mais il a l’air plus inquiet que soulagé.
Lorsqu’on arrive à l’ascenseur, je commence à dire :
– L’homme qui m’a agressée…
– Non, me coupe Harrison. Chut, mieux vaut ne rien dire pour l’instant.
Arrivés au dernier étage, on entre dans notre appartement. Harrison pose un doigt sur ses lèvres, nous fait signe de ne pas bouger, puis inspecte silencieusement les pièces. Lorsqu’il revient, il récupère l’appareil de balayage électronique que Jordy a utilisé à notre arrivée et refait tout le tour de la suite d’hôtel. Une fois satisfait, il nous conduit enfin jusqu’au canapé.
– Rien à signaler, dit-il. Raconte-moi tout ce qui s’est passé.
– Tout est un peu flou, j’avoue. Mais je me souviens avoir été au marché pour acheter des souvenirs à ramener à mon amie Lisa. Un homme m’a alors attrapé le bras et m’a dit : « Je te tiens. » Il m’a ensuite couvert la bouche et m’a entraînée dans la ruelle. Puis tout est devenu noir.
– C’est ce qui s’est passé, dit Kaylee en hochant la tête, les yeux écarquillés. (Elle semble mesurer l’importance de ce qui vient se passer.) J’ai tout vu. Tout est devenu noir, parce que papa l’a plaqué. Puis le méchant homme a mis la main dans ta poche, a pris un tas d’argent et s’est enfui.
– C’était un méchant, dit Harrison en caressant tendrement la joue de Kaylee de son pouce. (Dans le sourire qu’il lui adresse, il y a tout l’amour du monde.) Parfois, les méchants hommes font de méchantes choses. C’est pour ça que tu dois être prudente. Mais pas besoin d’avoir peur, parce que tes papas seront toujours là pour te protéger. Toujours.
– Je sais. (Elle le serre dans ses bras et l’embrasse sur la joue.) Je me sens toujours en sécurité avec toi, papa.
– Je dois parler à Trish en privé. Tu peux aller jouer dans ta chambre ?
Kaylee acquiesce, saute du canapé, hésite un instant, puis me serre fort dans ses bras.
– Tout ira bien, Trish. Tu as mon papa pour te protéger.
Je me force à sourire.
– Merci ma puce, je sais.
On regarde Kaylee aller dans sa chambre. Ce n’est qu’une fois la porte fermée qu’Harrison prend la parole.
– Regarde-moi dans les yeux. (Il utilise ses pouces pour ouvrir complètement mes paupières et me fixer.) Regarde à gauche. Maintenant à droite. Maintenant, regarde en haut. Maintenant en bas. (Il ramène délicatement mes cheveux derrière mon oreille.) Ta tête a heurté le trottoir. Il y a une petite ecchymose, mais rien de grave. Tu n’as pas de commotion cérébrale.
– Et toi, qu’est-ce que tu as ? je demande en désignant le sang qui coule de sa tempe.
– Je vais bien. Putain de merde. C’est ce que je craignais, grogne-t-il en colère.
– Je ne m’attendais pas à ce que ça arrive, dis-je sur la défensive. Archer a dit qu’on pouvait visiter la ville en toute sécurité…
Il agite rapidement la main en signe de méprise.
– Je ne suis pas en colère contre toi. J’en veux à Jordy de vous avoir emmenées, toi et Kaylee. Je savais que vous seriez prises pour cible. Les hommes de Kadyrovic ont dû remarquer que je le suivais. Putain.
– Kadyrovic… (Je secoue la tête. J’ai encore un peu le vertige.) Je ne crois pas. Cet homme essayait de m’agresser. Kaylee a dit qu’il avait pris mon argent ?
– Ou peut-être qu’il essayait de prendre ta clé d’hôtel. Elle n’est pas dans ta poche. Je dois parler au gérant, pour qu’il la change.
– Tu penses… tu penses que Kadyrovic a envoyé cet homme pour essayer de m’agresser juste pour prendre ma carte d’hôtel ?
– Je ne sais pas ce que je pense. Putain. (Harrison se lève et commence à faire les cent pas.) Putain. J’ai aussi perdu mon appareil photo. Il faut que je le trouve et que j’efface ce qu’il y a dessus, il y a trop de preuves. Putain, toute la mission pourrait être compromise. Putain, j’ai merdé.
– Ça fait un paquet de putains, dis-je. On dit escort de nos jours…
Ma blague n’a aucun effet sur lui.
– Tu as dit que quelqu’un te surveillait à Istanbul. Tu l’avais déjà vu ? C’était le même homme ?
– Je… Je ne sais pas. Peut-être que je l’ai imaginé. Mais je vais être super paranoïaque, maintenant. Kaylee aussi. La pauvre, elle est trop jeune pour vivre quelque chose comme ça…
– Kaylee est capable d’encaisser bien plus que n’importe quel enfant de huit ans, s’emporte Harrison. On devrait se barrer de ce pays fissa. Rentrez chez nous tout de suite, putain.
– Rentrer à la maison ? Et la mission ?
– On s’en fout de la mission ! s’emporte-t-il. La vie de Kaylee vient d’être mise en danger. La tienne aussi. On n’aurait jamais dû faire ça. (Il secoue la tête, maintenant.) Je ne sais pas pourquoi j’ai laissé Jordy me convaincre. Archer se laisse parfois faire un peu trop facilement, mais je devrais avoir vraiment plus de jugeote.
Je l’embrasse pour le faire taire.
Je n’avais pas prévu de le faire. Ce n’était en rien prémédité. Mais je vois bien à quel point il est désemparé, et je repense à la façon dont il vient de me sauver de l’agression, ou pire… et alors, je ne peux pas ne pas l’embrasser.
Comme lors de tous nos autres baisers, ses lèvres s’animent contre les miennes. Mais aujourd’hui, plus que jamais. Cela ne dure toutefois qu’un instant, un éclair de plaisir. Puis il me repousse d’une paume vigoureuse.
– Non, objecte-t-il. C’est à cause des distractions que nous sommes dans ce pétrin.
– Je sais que toi aussi tu y as pensé, je murmure.
– Bien sûr que j’y ai pensé. C’est ça, le putain de problème !
Harrison me toise, empreint de rage, de désir et de peur. Je sens la chaleur qui émane de son corps. Il vibre d’émotions, plus que je ne l’avais jamais vu. J’en ai le souffle coupé, sans même comprendre pourquoi.
Je suis ravie et soulagée que cet homme soit de mon côté.
– Il faut que je passe quelques coups de fil, dit Harrison avant de disparaître dans sa chambre.
Je me sens sale, alors je prends une douche. L’eau chaude me fait du bien, mais seulement en partie. Je viens de perdre quelque chose qui ne pourra jamais être remplacé. Mon innocence.
J’aimerais être de retour en Caroline du Nord. Soudain, le monde ne me semble plus aussi passionnant.
Je me sens aussi incroyablement coupable d’avoir embrassé Harrison. La vie de Kaylee a été mise en danger, et moi ? Je pense à une autre histoire d’amour ! Mes priorités ne sont vraiment pas à la hauteur. Harrison a raison : je suis une distraction.
Jordy et Archer rentrent à la maison dans la soirée. Il est évident qu’ils ne savent rien de ce qui s’est passé. Mais les choses changent lorsque Kaylee les prend dans ses bras et se met à tout raconter.
– On est allés au marché, et Trish voulait acheter des souvenirs, mais un homme l’a attrapée et lui a pris son argent, mais papa l’a plaqué et nous a sauvées.
Harrison sort de sa chambre et explique la situation plus en détail. Jordy peste tandis qu’Archer secoue la tête avant de sortir son téléphone pour répondre à un appel.
– Tu vas bien ? me demande Jordy.
Je réponds par un hochement de tête.
– Je crois que oui. Un peu secouée. Ça aurait pu être pire.
Il s’assied sur le canapé et me serre fort dans ses bras. En quelques secondes, toute mon anxiété et ma peur disparaissent. Dans ses bras, je me sens en sécurité. Je voudrais y rester pour toujours.
– J’ai abandonné mon poste pour les sauver, dit Harrison, et j’ai laissé tomber l’appareil photo. J’ai bien passé quelques coups de fil, mais personne ne l’a trouvé. Un gosse ou un local l’a probablement embarqué.
– On achètera un autre appareil photo. (Jordy me caresse la jambe d’un air rassurant.) Ce qui compte vraiment, c’est que tout le monde aille bien.
– Oui mais pas que, argue Harrison. Il y a des photos de Kadyrovic sur la carte mémoire. Si on les voit, notre couverture est foutue. Bordel, elle l’est peut-être déjà.
– Papa, tu as dit un gros mot ! dit Kaylee.
La poitrine d’Harrison se gonfle tandis qu’il prend une profonde inspiration.
– Bon sang. Je voulais dire « Bon sang ».
Il se retourne vers Jordy.
– Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une agression au hasard. Je pense que c’est quelqu’un qui essaie d’obtenir une carte d’accès à notre chambre. J’ai demandé au directeur de désactiver le numéro d’identification de cette carte. C’est probablement mieux si nous les changeons toutes.
– Qui voudrait s’introduire dans notre chambre ? demande Jordy.
– Kadyrovic, dit Harrison comme si Jordy était le dernier des idiots. Y a de fortes chances que notre couverture soit cramée.
– Qu’est-ce qui te fait penser ça ? dit Jordy.
– Pas besoin de preuves, c’est l’évidence même.
– Les gens se font agresser sans raison, tout le temps. Notamment si on ressemble à une touriste sans défense. (Jordy me jette un coup d’œil.) Ne le prends pas mal.
– Je refuse de croire au hasard, put…, Harrison s’arrête.
– Je refuse de croire au hasard, punaise. Archer, dis-moi que tu n’y crois pas non plus, tu es toujours le plus sceptique.
Archer raccroche. Il se tourne vers nous, le regard déterminé.
– Ça n’a plus d’importance, parce que je viens de recevoir LE coup de fil. Kadyrovic veut faire la visite aérienne de la ville à bord de notre hélicoptère demain. (Il appuie ses propos d’un signe de tête.) Le moment est venu.
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