Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)

27 - Harrison

27

 

Harrison

 

Je passe la plus grande partie de la première journée à me tourner les pouces dans le penthouse de l’hôtel. Je rafraîchis mes e-mails une trentaine de fois par minute. Je prends une douche, je mange mon petit-déjeuner, puis je reprends une autre douche, parce que je ne sais pas quoi faire d’autre de moi.

Je déteste n’avoir rien à faire. J’ai l’impression de ne rien contrôler. Ni de la mission, ou de ma vie. Bref, ce que dirait un psychologue. Mais surtout, je m’ennuie. Je déteste m’ennuyer. 

Trish et Kaylee sont assises à la table de la salle à manger et jouent ensemble à Minecraft. Je sais que c’est le jeu préféré de ma fille, et je l’ai déjà regardée y jouer, mais je n’y ai jamais joué. Aujourd’hui, n’ayant rien d’autre à faire, je prends une chaise et m’installe à ses côtés pour la regarder faire un moment.

– C’est un coffre spécial, explique-t-elle. C’est là qu’on stocke tout notre minerai d’or. Et le diamant. 

– Le diamant est spécial ? je lui demande.

– Papa ! Évidemment. C’est du diamant. C’est le plus rare du jeu. 

– Oh, ouah, dis-je. 

Trish retire ses écouteurs et me jette un coup d’œil. 

– Quel rôle joues-tu dans la… mission ? demande-t-elle. 

Elle avait commencé à dire meurtre, mais s’est retenue. 

– Je me tourne les pouces. J’attends, réponds-je par-dessus la tête de Kaylee. Je ne sais pas quand j’entrerai en scène. 

– Je suis surprise que tu ne profites pas du bar si bien garni, dit-elle. Les bonnes bouteilles de whisky ne manquent pas. Il y a même un Yamazaki de cinquante ans. Je ne m’y connais pas beaucoup en whisky, mais j’ai fait une recherche sur Google. Ça vaut environ mille dollars le verre ! 

– Cool. 

– Archer a dit que tout était gratuit. Fais-toi plaisir si ça te dit… 

Je tourne la tête vers la femme. 

– Pourquoi tu crois que j’ai envie de boire ?

Elle cligne rapidement des yeux. 

– Je n’en sais rien. T’as l’air de quelqu’un qui aime boire. Attends, je ne veux pas dire dans ce sens-là ! Plutôt que tu serais en mesure d’apprécier une bonne bouteille de whisky. Ça sonne mieux. Je n’insinuais pas que tu étais un alcoolique. 

Elle sourit maladroitement.

C’est quoi le problème de cette fille ? 

– Je ne sais pas quand on aura besoin de moi, donc je dois me tenir prêt à partir à tout moment, réponds-je. Pas d’alcool pour moi. 

– OK. Dommage. 

– Le whisky, c’est dégueulasse ! me dit Kaylee.

– Et comment tu sais quel goût a le whisky ? demande Trish.

– Parce que papa m’en a donné. C’est dégueu ! 

Trish me regarde les yeux écarquillés. 

– Tu as donné du whisky à ta fille de huit ans ? 

– Je crois qu’elle avait six ans à l’époque, réponds-je. 

– Tu t’enfonces, là ! 

– Je lui ai fait goûter. Une toute petite gorgée. Et elle a détesté. Maintenant, elle ne veut plus entendre parler d’alcool, quel qu’il soit. 

Trish me regarde fixement. 

– C’est plutôt astucieux. 

– Je sais comment élever les enfants. Parfois. 

Trish acquiesce et remet ses écouteurs. Mais je remarque qu’elle ne fait que regarder l’écran de son ordinateur portable sans vraiment participer au jeu. Quelques instants plus tard, elle retire ses écouteurs et se tourne à nouveau vers moi.

– T’es mignon sans barbe. 

Ce commentaire me prend totalement au dépourvu. Je n’arrive à rien faire d’autre que grogner.

– Ta barbe ne t’avantage pas, dit-elle. Elle cache ta mâchoire carrée. Et elle fait mauvais genre. T’es bien mieux comme ça. N’est-ce pas, Kaylee ?

– Oui ! dit-elle. 

La barbe de papa chatouille. 

– J’aime bien ma barbe, réponds-je sèchement. (Mais en quoi ça la concerne ma barbe ?) Je dois la raser pour la mission, parce qu’Archer dit que je vais trop me faire remarquer dans la ville avec. Je la laisserai pousser dès qu’on en aura fini ici. 

– Oh. OK. (Trish hésite puis ajoute :) Cette mission est dangereuse, n’est-ce pas ?

– Traverser la rue est dangereux. 

– Tu sais ce que je veux dire. C’est dangereux pour vous. Bien plus dangereux que de travailler à la sécurité d’une conférence pour la paix, ou de former des Ukrainiens à l’utilisation de lance-roquettes. 

– On a déjà mené à bien des missions dangereuses, je réplique prudemment. 

– Comme à Prague ?

J’essaie de dissimuler ma surprise, mais je doute d’y être arrivé. Je ne suis pas doué pour cacher mes émotions comme Archer ou Jordy. 

– Qu’est-ce que tu sais de Prague ? 

Elle se penche en avant, montrant un peu son décolleté. 

– Pas grand-chose. Personne n’a rien dit. 

Je lutte pour empêcher mes yeux de dériver vers le bas. Sa poitrine n’est pas très généreuse, mais ses formes sont bien dessinées. 

– Et pour cause. 

– Qu’est-ce qui s’est passé ? (Elle me lance un sourire sexy.) Allez. On est coincés ici et tu t’ennuies à mourir. (Elle met ses mains sur les écouteurs de Kaylee pour étouffer ce qu’elle dit ensuite.) Je m’ennuie aussi. Et j’aime bien savoir ce que vous faites. Même les missions pour lesquelles je ne suis pas d’accord. Que s’est-il passé à Prague ? 

J’ai envie de lui en parler Je me rends compte que je serais prêt à faire n’importe quoi pour la rendre heureuse. Avec ce sourire, et cette poitrine quand elle se penche en avant, pas de doute, elle sait ce qu’elle fait. Et ça marche. Je me penche vers elle et ouvre la bouche pour répondre. 

Je me reprends de justesse. Si Trish arrive à me perturber comme ça, je ne vaux pas mieux que Jordy ou Archer. 

– Ce qui s’est passé, c’est que tu devrais te mêler de tes putains d’affaires, réponds-je. 

Elle recule. 

– Hé… 

– Tu es ici pour faire un travail. Pour garder notre fille. Tu as de la chance qu’on t’ait parlé de nos missions, et un peu de notre passé. Il est temps que tu acceptes ton rôle et que tu arrêtes de mettre ton nez là où ça ne te regarde pas. Tu ne fais pas partie de cette famille. Tu es une étrangère. (J’agite la main autour de la table.) Tout ça ? Nous trois, Kaylee et toi ? C’est temporaire. Ça se terminera dès cette mission achevée. Après on rentrera tous chez nous. Il est temps que tu t’en souviennes.

Trish sursaute comme si on lui avait asséné un coup, et pendant un instant, je me sens coupable de ce que je viens de dire. Je suis trop dur. Je suis toujours trop dur avec les gens qui ne font pas partie de la famille. J’ai du mal à baisser ma garde.

Mais cette culpabilité se dissipe aussi rapidement qu’un nuage de fumée. Je ne dois rien à cette femme. Ce n’est que la nounou.

Avant qu’elle ne puisse argumenter, je me lève et pars dans ma chambre. Elle ne cherche pas à me retenir, mais – je ne sais pas pourquoi – je m’attendais à ce qu’elle le fasse. J’ouvre mon ordinateur portable et consulte mes e-mails, comme s’ils allaient être différents de ceux de mon téléphone. Il n’y a toujours rien de neuf sur Kadyrovic. Aux dernières nouvelles, il se trouvait à Volgograd pour une sorte de réunion stratégique.

Alors que je rafraîchis la page, l’agacement s’empare de moi. Il est dirigé contre Trish, surtout, pour s’être immiscée dans la conversation… mais aussi contre moi-même. Je ne sais pas pourquoi elle a ce genre d’effet sur moi. D’habitude, j’arrive sans aucun problème à tenir mes distances avec les gens tout en gardant mon calme. Je devrais être capable de le faire avec elle. De faire comme j’ai l’habitude de faire avec toutes les autres femmes, surtout.

Trop de temps a passé depuis Karina, me dis-je. J’ai oublié ce que c’est que la trahison. 

Pourtant, en écoutant Trish et Kaylee rire dans l’autre pièce, je me surprends à vouloir me rapprocher d’elle. À m’ouvrir, ne serait-ce qu’un tout petit peu. À partager avec elle une partie de mon âme. Pour voir si elle l’accepterait.

Ce n’est que temporaire, je me murmure. Même si ce n’est pas le cas, je ne peux pas baisser ma garde. Je n’en ressortirai que le cœur brisé.

J’appuie pour la centième fois sur le bouton « rafraîchir » de mon navigateur tout en maudissant Archer de m’avoir fait rester à la maison.

 

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