Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)

3 - Trish

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Trish

 

À quand remonte la dernière fois où j’ai demandé à un garçon de sortir avec moi ? Je ne m’en souviens même pas. Probablement jamais. Généralement, je ne prends pas l’initiative dans ce domaine. J’avoue que faire le premier pas n’a pas été rien pour moi. Inviter à un mec à sortir à la gym en plein entraînement est bien en dehors de ma zone de confort. Une vraie première en la matière. Pourtant, j’ai trouvé le courage de le faire… pour me prendre un superbe râteau. Et son excuse ? Rien qui ne vaille. Un voyage à l’étranger pour un temps ? Laisse-moi rire.

Je ne sais même pas comment j’ai pu finir mon entraînement tellement je mourais de honte. Au moins, Lisa a été d’un grand soutien et d’un encore plus grand réconfort.

Je ne demanderai plus jamais à un garçon de sortir avec moi.

Je me suis défoulée sur le tapis de course en augmentant la vitesse jusqu’à ce que je puisse à peine suivre le rythme. Ce qui m’a le plus blessée, c’est que ça fait des mois que je ne sors avec personne. Six mois même que je n’ai couché avec aucun mec. Non, attends, pas six, neuf. Et encore, ce n’était qu’un coup d’un soir. Depuis, j’enfile les rencards foireux et ne croise que des sales types sur Tinder. Faire de belles rencontres relève du défi, on dirait.

Et avant ça…

Il serait temps que la chance me sourie enfin au moins dans un domaine de ma vie, je pense.

Une fois mon jogging sur le tapis de course terminé, je dégouline de sueur. Après m’être essuyée et changée, je dis au revoir à Lisa et me rends au travail. Ça ne me gêne pas d’être barista chez Starbucks. Il y a certainement pire que ça comme travail, et le salaire est correct. Les avantages sociaux sont intéressants, et les horaires de travail, flexibles.

Le pire, dans ce job, c’est que mon patron est infect. Il a vingt-deux ans, mesure environ 1,80 m et souffre d’un énorme complexe de Napoléon. Son idée d’un bon responsable consiste à ridiculiser tout le monde pour la moindre incartade.

Ou, dans certains cas, même si aucune incartade n’a été commise.

– Tu es en retard, dit-il lorsque je passe derrière le comptoir. 

Le ton pleurnichard de sa voix me fait me demander s’il a fini sa puberté. 

Je jette un coup d’œil à l’horloge sur le mur. 

– En retard ? J’ai cinq minutes d’avance pour mon service. 

– Mark Twain disait que si tu n’as pas dix minutes d’avance, tu as trente minutes de retard, déclare-t-il sentencieusement. 

– N’importe quoi ! Et je doute que Mark Twain ait jamais vraiment dit ça. 

– Dépêche-toi d’aller pointer, dit-il. Tu dois nettoyer les moulins à café. 

Je râle, mais ne pipe mot. Mon patron adore qu’on lui réponde, car ça lui permet de faire preuve de sa maigre autorité. Je préfère faire profil bas et le laisser fumer dans son coin. 

Le nettoyage des moulins à café prend un temps fou, et il réserve toujours cette tâche à la personne qu’il apprécie le moins de la semaine, ce qui, pour une raison quelconque, veut dire moi. Je démonte tout et les nettoie dans une solution avant de les rincer soigneusement, puis de tout remonter. Quand j’en ai fini, je sors mon téléphone et consulte les offres d’emploi sur mon appli. Je n’ai pas regardé depuis ce matin, et j’espère y trouver une bonne nouvelle. 

Mais non. Rien de nouveau. Juste les deux mêmes offres de services de nounou à court terme pour lesquelles j’avais déjà postulé, sans que ni l’une ni l’autre ne me réponde. 

– Hé ! s’écrie mon patron soudainement à mes côtés. 

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je ne faisais que jeter un coup œil à mon téléphone, dis-je. J’ai fini de nettoyer les moulins à café, comme tu l’as demandé. 

– Le règlement dit que les téléphones portables doivent être rangés dans les casiers des employés, répond-il en retroussant sa lèvre d’un air irrité. Je vais devoir faire un rapport. 

Je soupire. 

– S’il te plaît. Ça n’a pas pris plus d’une seconde. Je te promets que ça ne se reproduira pas. 

– Tu aimes défier l’autorité ? demande-t-il en élevant la voix pour que les autres baristas puissent entendre. (Ça ne lui servirait à rien de réprimander quelqu’un, si ce n’était pour en faire un exemple.) J’ai vraiment l’impression que tu fais intentionnellement du mauvais travail.

– Je… Je suis désolée, réponds-je en ravalant ma fierté. Tu as raison.

– Je me fiche que tu sois désolée. Ce qui m’importe, c’est que tu sois productive. Ici, on travaille, Patricia, on ne fait pas la charité.

Quelques clients regardent. Je sens le rouge me monter aux joues pour la deuxième fois de la journée. 

– Je comprends. 

– Tu comprends ? dit-il en poursuivant sa tirade. Je croyais que tu étais allée à la fac. Je suppose qu’avoir un diplôme ne rend personne intelligent, hein ? 

La colère monte en moi comme l’eau dans une fontaine, mais je n’ai pas l’occasion de lui dire quoi que ce soit, car un client le fait en premier.

– Hé, du calme, mec, dit un homme baraqué en polo. Pas besoin d’en faire tout un plat. 

Brunet ? Je cligne des yeux en le voyant de l’autre côté du comptoir, les deux mains plantées fermement sur celui-ci et lançant à mon patron un regard menaçant.

– Monsieur, ça ne vous concerne pas, commence mon patron.

– Vu que vous vous comportez comme un véritable connard avec mon amie, en fait, si, dit Brunet. Donc, qu’attendez-vous pour vous excuser ?

Mon patron semble s’étouffer sous l’effet de la surprise.

– M’excuser, moi ? Pour avoir réprimandé une mauvaise employée ?

Il me regarde.

– Patricia, tu connais ce type ? 

– Hum, un peu seulement. Je reviens tout de suite. 

Je quitte le comptoir et saisis le bras de Brunet, l’entraînant vers un coin tranquille. Son biceps est aussi dur que le marbre, tout en étant chaud au toucher.

– Qu’est-ce que vous faites ici ? je demande. 

– Votre patron est plutôt naze, dit Brunet.

Il regarde par-dessus mon épaule, prêt à se battre, on dirait. 

– Vous allez m’attirer des ennuis.

– Sans vouloir vous contredire, Mademoiselle Kettlebells, dit-il en grimaçant, j’ai l’impression que vous étiez déjà dans la mouise avant que je n’entre.

– Et vous ne faites qu’empirer les choses. J’ai besoin de ce travail. 

Ses yeux bruns se posent sur les miens. 

– Je voulais justement vous parler de ça. À la salle de sport, vous avez dit à votre amie que vous aimeriez être une fille au pair. 

Je cligne des yeux. 

– Vous nous espionniez ?

– On a soulevé des poids à côté l’un de l’autre pendant vingt minutes. Impossible de ne pas entendre. Si vous étiez sérieuse, j’ai peut-être un job à vous proposer. 

Voilà qui suscite mon intérêt. 

– Vraiment ? Un job ? Ça a un rapport avec la petite fille avec vous à la salle de sport ? Qu’elle n’aime pas les colonies de vacances ou quelque chose comme ça ?

Brunet fronce les sourcils. 

– Maintenant, qui écoutait l’autre ? 

Je pince les lèvres. 

– Comme vous avez dit. Impossible de ne pas entendre. 

Il me gratifie d’un sourire narquois, puis ajoute :

– Oui. Le job consisterait à s’occuper d’elle. 

– Et ce serait un CDD ? je demande, sentant l’espoir naître en moi. Ou un CDI ?

– Un CDI, sans nul doute, confirme-t-il.

Pas besoin d’y réfléchir :

– J’accepte !

Brunet sursaute. 

– Quoi ? Vraiment ?

Je ferais n’importe quoi pour ne plus travailler ici, surtout si on me propose de faire ce que je désire plus que tout : m’occuper d’enfants. Que Brunet débarque soudainement à mon travail pour me faire cette offre, c’est comme si on me jetait une bouée de sauvetage. Je ne peux pas la refuser !

– Si vous me proposez d’être votre nounou attitrée pour une longue durée, alors oui, comptez sur moi.

Il hésite. 

– Je suis ravi que vous acceptiez si vite, mais nous n’avons même pas discuté des détails. Vous êtes sûre de vouloir le job ? 

Frappée par une soudaine impulsion d’impatience, je me retourne, repartant vers le comptoir où mon patron ne cesse de nous lancer des regards furieux. Il sourit cruellement lorsque je m’approche, pensant probablement à la façon dont il va me sanctionner. 

Je lui souris en retour. 

– Je démissionne. 

La façon dont son sourire disparaît est plus satisfaisante qu’une douzaine d’orgasmes. 

– Quoi ? Tu ne peux pas démissionner, Patricia. Tu viens à peine de commencer ton service ! 

J’enlève mon tablier et mon couvre-chef, puis les jette par-dessus le comptoir. 

– Essaie de m’en empêcher.

Je tourne les talons et me dirige vers Brunet, qui me regarde avec incrédulité. Même complètement surpris, il n’en reste pas moins extrêmement sexy.

– Pour répondre à votre question, oui, lui fais-je. Je suis sûre de vouloir le poste. 

Son sourire est empreint de soulagement et d’excitation. Je sens quelque chose se réchauffer au plus profond de mon cœur. Il fouille dans sa poche, en sort une carte et me la tend.

– Je suppose que vous êtes immédiatement disponible. Soyez à cette adresse dans une heure pour que nous puissions en parler. 

Brunet me décoche un dernier sourire, puis sort du café. Je baisse les yeux, regarde la carte blanc cassé aux lettres en relief :

 

Jordan Mackey

Société Mathos

 

Je fronce les sourcils. 

– Mais qu’est-ce que c’est, la société Mathos ?

 

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