Nounou pour les Mercenaires: Une romance de harem inversé (French Edition)

38 - Archer

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Archer

 

– Si vous tentez quoi que ce soit, on tuera votre fille, déclare Anton Novak d’un ton narquois. 

– Vous allez la tuer de toute façon, dis-je. 

Ces mots me donnent envie de vomir. Kaylee. Oh, mon Dieu. Pas Kaylee.

– Peut-être ! admet Novak. Mais peut-être pas ! Ah ah ah ! 

Kadyrovic garde l’arme pressée contre mon cou pendant tout le vol de retour. Mon esprit s’emballe. Je suis certain que je pourrais lancer l’hélicoptère dans un piqué mortel avant que Kadyrovic ne puisse appuyer sur la gâchette… mais bien sûr, je mourrais dans l’opération. Et ça entraînerait la mort de Kaylee. Je ne peux pas faire ça. Je dois rester en vie.

Je ramène donc l’hélico à Bakou sans rechigner, et j’atterris sur l’héliport derrière notre bureau. Novak bondit dehors le premier, puis me met en joue tandis que Kadyrovic fait de même. Ils me font ensuite descendre de l’hélicoptère et traverser la piste d’atterrissage.

Comme je le craignais, Jordy est agenouillé devant le bureau, les mains liées dans le dos. L’autre garde du corps se tient à une courte distance, un pistolet braqué sur lui. Jordy me lance un regard de défaite. 

– Ce n’est pas ta faute, lui dis-je. (Je choisis mes mots avec soin, sachant qu’ils pourraient être les derniers.) Ce n’est la faute de personne. 

– C’est votre faute à tous les deux ! vocifère Novak d’une voix folle et sans appel. (On dirait qu’il est sous l’emprise de la drogue.) Vous avez scellé votre destin avec ce que vous avez fait à Prague. Mes frères pourrissent dans une prison à Hambourg à cause de vous. 

– On ne faisait que remplir un contrat, dis-je. Ce n’est pas nous qui avons pris les décisions. Blâme l’Union européenne, pas nous. 

– Les grands gouvernements sont des entités vagues et sans visage, déclare. Novak. Je les blâme, mais j’aime bien vous blâmer aussi. Et toute la société Mathos. (Il rit à nouveau, au bord de la démence.) Je me réjouis d’avoir utilisé votre propre entreprise contre vous ! 

– Qu’est-ce que tu veux dire ? demande Jordy.

Kadyrovic ricane. 

– Stupides Américains. Trop arrogants pour voir ce qui saute aux yeux du reste d’entre nous. 

– Le contrat pour l’assassiner, dit Novak en faisant un geste vers Kadyrovic. C’est nous qui avons signé le contrat, mis l’argent en dépôt et tout le reste. Ça valait le coup pour vous attirer ici. On a demandé votre équipe, en particulier. Et vous êtes tombés dans le panneau à vitesse grand V ! Comme des papillons de nuit attirés par une flamme ! Ah ah ! 

Le garde du corps resté en arrière avec Jordy prend la parole. 

– Amir n’a pas donné de nouvelles. J’ai peur qu’il ait échoué.

– Tes hommes ne valent rien, dit Novak d’un ton acide. 

– Mes hommes sont tout à fait compétents, je te le garantis. 

Kadyrovic sort mon téléphone et le porte à mon visage pour le déverrouiller. 

– Putain. Le grand nous a empêchés de récupérer leur fille et la nounou. 

– Harrison Gray. (Novak prononce ce nom comme un juron.) C’est lui que je voulais voir ici avant tout. Donne-moi ça. (Il fait défiler l’écran.) Ils ont activé le partage de localisation. Il est en route, à mi-chemin entre leur hôtel et ici. 

Il tapote l’écran plusieurs fois, puis le porte à son oreille.

– Qu’est-ce que tu fais ? demande Kadyrovic.

Novak lui fait signe de s’éloigner avec agacement. 

– Monsieur Gray ! Ou devrais-je vous appeler Harrison ? Non, non, attendez, laissez-moi vous mettre sur haut-parleur. Tout le monde devrait en profiter. 

Il touche l’écran, puis tend le téléphone. La voix d’Harrison se fait entendre sans trop d’interférences. 

– J’ai dit : Qui c’est, putain ? 

Je parle aussi vite que possible. 

– Harrison, on a été capturés par Anton Novak et… 

La crosse du pistolet de Kadyrovic me frappe à l’arrière de la tête. Je tombe à quatre pattes en gémissant.

– Ton partenaire de merde a raison, dit Novak au téléphone. Lui et Monsieur Mackey sont ici. On sera ravi que tu sois de la fête.

– Oh, j’arrive, t’inquiète ! répond Harrison. On aurait dû vous tuer à Prague quand on en avait l’occasion, plutôt que d’essayer de vous capturer vivant. 

– Dommage que tu aies été occupé à triquer Karina, réplique Novak. Je crains que vous n’ayez pas retenu la leçon à voir votre manque de concentration sur la mission, je constate que vous êtes toujours aussi négligents. Viens au bureau. Seul. Si tu tentes de venir avec quelqu’un d’autre, on tuera tes partenaires. Et ensuite, ce sera le tour de ta fille. (Il prononce le mot lentement.) Mais si tu fais ce qu’on te dit, on la laissera en paix. C’est vous qu’on veut. (Il jette un coup d’œil à sa montre.) On se voit dans dix minutes. 

La dernière chose qu’on entend, c’est Harrison hurlant un juron avant que Novak ne raccroche.

– Qu’est-ce que vous nous voulez ? demande Jordy.

– Il va nous tuer, dis-je faiblement. 

Je suis toujours à genoux. Il ne sert à rien de se battre. Pas encore, du moins. 

– Oh, je ne vais pas vous tuer ! me taquine Novak. J’ai encore bien mieux. Je vous vends à Kadyrovic. Avec toutes les preuves du contrat pour le tuer. Il vous ramènera tous les trois à Moscou, où vous serez exhibés devant les caméras des télévisions nationales pour les crimes que vous avez commis. Un exemple de l’illégalité de l’OTAN et de l’interventionnisme américain. 

– On ne représente ni l’OTAN, ni les États-Unis, clame Jordy. On est des mercenaires indépendants. C’est vous qui nous avez engagés pour poursuivre Kadyrovic !

– Ça n’a pas d’importance, déclare Kadyrovic en souriant. Ce n’est qu’une question de propagande. Et je deviendrai un homme riche, dit Novak. Peut-être assez riche pour faire sortir mes frères de prison. On verra bien. Aldi ? Mon argent ? 

Kadyrovic se renfrogne. 

– Tu auras l’argent une fois la mission accomplie. 

Novak s’approche de Jordy et lui assène un coup de pied dans le tibia. 

– J’en ai livré les deux tiers. Je mérite bien les deux tiers de la somme. Allez. L’argent fait mon bonheur. Il me rend encore plus heureux que de voir ces deux-là à genoux, suppliant pour leur vie. 

Je le regarde en ricanant, mais ne dis rien. On ne l’a pas supplié de nous laisser la vie sauve. Pas encore. On a encore notre dignité. 

Oh, Kaylee. Je suis vraiment désolé. 

Kadyrovic soupire et sort son téléphone. 

– Comme tu veux. Je procède au transfert… 

Il s’interrompt lorsque son téléphone sonne. Il fronce les sourcils et décrocha. 

– Da ?

Il n’est pas sur haut-parleur, mais le volume est suffisant pour que j’entende. 

– Posez vos armes sur le sol. 

Kadyrovic grogne. 

– Pardon ? 

– Posez vos armes au sol. Puis mettez-vous au milieu de l’héliport, les mains en l’air. Obéissez et vous vivrez tous. 

– Qui c’est ? demande Novak. 

Je me le demande aussi. Je ne reconnais pas la voix, on dirait un accent étranger.

Kadyrovic se met à tourner en rond. 

– Je n’aime pas recevoir de menaces. 

– C’est ton dernier avertissement, dit la voix. 

– Qui est à l’appareil ? répète Novak. (Il claque des doigts en l’air.) Aldi. Qui c’est ? Réponds-moi, bon sang ! 

– Le périmètre est sécurisé ? demande Kadyrovic.

Le garde du corps qui accompagne Jordy se crispe. 

– Il l’était la dernière fois que j’ai vérifié. Il y a vingt minutes. 

Kadyrovic scrute les alentours, et je fais de même. On se trouve dans un secteur industriel de la ville, avec de vastes entrepôts de tous les côtés. Je ressens une lueur d’espoir. 

– Écoute-moi, petite merde, dit Kadyrovic.

Tout se passe très vite. 

Alors que le dernier mot quitte ses lèvres, un coup de feu est tiré au loin. Presque au même moment, du sang jaillit de la jambe de Kadyrovic. Il s’écroule sur le sol en hurlant. L’autre garde du corps brandit son pistolet, cherchant tout autour de lui. Un nouveau coup de feu lointain retentit, et la balle l’atteint en pleine poitrine. 

Novak est rapide. Il se jette à terre au moment où un troisième tir résonne. Une balle siffle dans l’air et frappe le sol quelque part à proximité. Mon cerveau aguerri me dit que le tireur est en hauteur, probablement sur le toit de l’un des entrepôts voisins. Novak glisse sur le sol et s’approche de moi, enroulant un bras autour de mon cou et plaçant le pistolet contre ma tempe.

– Je vais tirer ! crie-t-il. Rends-toi ou je le tue. 

On a coutume de dire que les gens qui sont sur le point de mourir voient leur vie défiler devant leurs yeux. Ça ne m’est jamais arrivé – ni maintenant ni lors des deux autres fois où j’ai cru que j’allais mourir. Mon corps tout entier se détend. Un sentiment de tranquillité m’envahit. Je suis tout à fait à l’aise avec mon destin, car je ne le contrôle pas. Cela me procure une certaine sérénité, de s’abandonner totalement à tout ce que l’univers vous réserve.

Je t’aime, Kaylee, je pense. Et puis, une seconde plus tard, Trish se fraie un chemin jusqu’à mon esprit, aux côtés de ma fille. 

Un autre coup de feu se fait entendre, mais il ne provient pas d’un fusil sur le toit d’un des entrepôts voisins. Il vient de derrière nous. Je ressens un pincement au niveau de l’omoplate, immédiatement suivi d’une douleur sourde entourée d’engourdissement. 

Novak me lâche le cou et s’effondre sur le sol. Je me retourne pour regarder, tout en sachant ce qui m’attend. Jordy se tient debout, le pistolet de l’autre garde du corps braqué sur nous. Et Anton Novak, l’homme qui s’est enfui à Prague il y a tant d’années, est allongé sur le sol comme le Christ lui-même. L’un de ses yeux n’est plus que de la chair ensanglantée, là où la balle est sortie de son cerveau avant de me frapper dans le haut du dos.

Comme si le fait d’y penser pouvait convoquer la douleur, mon omoplate semble soudainement en feu. Je gémis et tombe en avant de tout mon poids sur mon bras gauche. 

Jordy arrive en un instant, déchirant ma chemise monogrammée de guide touristique pour atteindre la blessure.

– Joli coup, gémis-je. 

– Hé, j’ai fait de mon mieux ! me répond-il. Je n’avais qu’une fraction de seconde pour décider quoi faire.

– Ce. N’était. Pas. Sarcastique, dis-je en serrant les dents. (J’ai l’impression qu’on trempe mes nerfs dans du jus de citron.) Tu as. Super. Bien. Visé. De quoi ça a l’air ?

– La blessure n’est pas profonde. Je crois que je peux voir la balle. Mais elle est entrée dans l’os. 

Il regarde autour de lui. 

– Qui nous a sauvés ? Harrison ? 

– Pas lui, dis-je. Une autre voix. Et on n’a. Pas. De gros calibres. 

Jordy pointe du doigt. 

– Là-bas. 

De l’autre côté de la zone ouverte, à au moins un terrain de football, un homme, fusil en bandoulière dans le dos, descend d’une échelle fixée au mur d’un entrepôt. Il pose le fusil au sol, dégaine son arme de poing, puis s’approche en trottinant. Il me semble vaguement familier, mais je n’arrive pas à le resituer. 

– Vous ! dit Jordy. Vous travaillez à l’hôtel. Vous êtes le groom de la réception. 

L’homme l’ignore et se penche pour prendre le pouls de Kadyrovic, puis de l’autre garde du corps. Ses gestes sont prudents et d’une précision militaire. Il ne prend pas la peine de le faire pour Novak. 

– Le travail à l’hôtel est ma couverture. 

– Alors qui… 

– Je suis inspecteur chez Mathos. (Il tient dans sa main une trousse de premiers secours et commence à dérouler de la gaze.) Le contrat que vous avez conclu ici à Bakou a déclenché quelques signaux d’alarme au siège de l’entreprise, qui m’a donc envoyé pour contrôler la situation. Pour m’assurer que toute cette mission était bien légitime.

– Clairement pas, dis-je en grimaçant tandis qu’il tamponne ma blessure. 

– Je savais que tu ne semblais pas à ta place, dit Jordy. La façon dont tu nous as regardés ce matin.

– J’ai demandé à une équipe de nettoyeurs d’intervenir, explique le faux groom tout en pansant ma blessure. Ils s’occuperont de tout ça. Pour l’instant, on va vous emmener à l’hôpital pour nettoyer la blessure. 

Une moto tout-terrain arrive en trombe au coin, traversant l’allée entre deux entrepôts comme si le monde était en feu. Harrison s’arrête devant nous, sautant de la moto et la laissant s’écraser au sol alors qu’il se précipite à mes côtés.

– Tu es vivant. (Il embrasse la scène d’un seul coup d’œil. Toi.) Je te connais. De l’hôtel. 

– C’est un inspecteur de Mathos. Ils pensaient que le contrat était louche, alors ils l’ont envoyé pour surveiller. Excellente initiative. 

Harrison grimace. 

– Je savais que tu nous observais. C’est en partie pour cela que je suis resté sur mes gardes toute la semaine. 

L’homme soupire. 

– Il faut que je m’améliore, alors. En théorie, vous n’auriez jamais dû vous rendre compte de ma présence. (Ses yeux s’illuminent.) Trish et la petite fille vont bien ? Ça m’a coûté de laisser mon poste pour venir ici…

Harrison donne un léger coup de pied dans le bras de Kadyrovic avec le bout de sa botte. 

– Un de ses hommes est venu à l’hôtel. Il s’est fait passer pour l’escorte engagée pour les emmener à l’aéroport. Je suis resté en retrait et je l’ai arrêté 

– Tu n’étais pas dans la zone d’extraction ? je demande. Tu n’avais pas prévu d’y être ? 

Harrison marque une pause. 

– Non.

Jordy éclate de rire. 

– Pour une fois, je suis ravi que tu n’aies pas suivi le plan, espèce de sale tête de mule.

 

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