Quatrevingt-Treize

Victor Hugo · Chapitre 36 sur 103

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Quatrevingt-Treize

Chapitre XI

 

Esprits en proie au vent.

Mais ce vent était un vent de prodige.

Être un membre de la Convention, c'était être une vague de l'Océan. Et

ceci était vrai des plus grands. La force d'impulsion venait d'en haut. Il y

avait dans la Convention une volonté qui était celle de tous et n'était celle

de personne. Cette volonté était une idée, idée indomptable et démesurée

qui soufflait dans l'ombre du haut du ciel. Nous appelons cela la

Révolution. Quand cette idée passait, elle abattait l'un et soulevait l'autre ;

elle emportait celui-ci en écume et brisait celui-là aux écueils. Cette idée

savait où elle allait, et poussait le gouffre devant elle. Imputer la révolution

aux hommes, c'est imputer la marée aux flots.

La révolution est une action de l'Inconnu. Appelez-la bonne action ou

mauvaise action, selon que vous aspirez à l'avenir ou au passé, mais laissez-

la à celui qui l'a faite. Elle semble l'œuvre en commun des grands

événements et des grands individus mêlés, mais elle est en réalité la

résultante des événements. Les événements dépensent, les hommes payent.

Les événements dictent, les hommes signent. Le 14 juillet est signé Camille

Desmoulins, le 10 août est signé Danton, le 2 septembre est signé Marat, le

21 septembre est signé Grégoire, le 21 janvier est signé Robespierre ; mais

Desmoulins, Danton, Marat, Grégoire et Robespierre ne sont que des

greffiers. Le rédacteur énorme et sinistre de ces grandes pages a un nom,

Dieu, et un masque, Destin. Robespierre croyait en Dieu. Certes !

La Révolution est une forme du phénomène immanent qui nous presse de

toutes parts et que nous appelons la Nécessité 59.

Devant cette mystérieuse complication de bienfaits et de souffrances se

dresse le Pourquoi ? de l'histoire.

Parce que. Cette réponse de celui qui ne sait rien est aussi la réponse de

celui qui sait tout.

En présence de ces catastrophes climatériques qui dévastent et vivifient

la civilisation, on hésite à juger le détail. Blâmer ou louer les hommes à

cause du résultat, c'est presque comme si on louait ou blâmait les chiffres à

cause du total. Ce qui doit passer passe, ce qui doit souffler souffle. La

sérénité éternelle ne souffre pas de ces aquilons. Au-dessus des révolutions

la vérité et la justice demeurent comme le ciel étoilé au-dessus des

tempêtes.

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