Redemption Blessée (French Edition)

Brook Wilder · Chapitre 14 sur 24

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Redemption Blessée (French Edition)

Chapitre 13

Rory

Quelques jours plus tard, je frappe à la porte partiellement ouverte de la chambre d'Angelica, en prenant une inspiration. Lorenzo a trouvé sa place dans notre penthouse, et même s'il est encore sujet aux crises, plus souvent qu’il n’est réellement calme, Nico a réussi à trouver une nounou spécialisée pour les enfants maltraités, ce que nous pensons tous les deux lui être arrivé. Nous ne savons pas de qui provenait l'abus, mais quelque chose de grave est arrivé à ce petit garçon, et il a besoin de beaucoup d'aide pour traverser tout cela.

Je n'allais nulle part. Après avoir bercé Anthony pour qu'il s'endorme le soir, je fais la même chose avec Lorenzo, parfois assise dans son petit lit en lui lisant un livre, et d'autres fois en le tenant simplement jusqu'à ce qu'il pleure pour s'endormir. Il se méfie beaucoup de Nico et des autres hommes du penthouse, et Angelica n'a même pas pris la peine d’aller voir son fils, et je ne peux pas la blâmer.

Je peux gérer le fait qu’elle se relâche dans la vie de Lorenzo. J'ai assez d'amour pour tout le monde.

Mais après que les deux garçons soient couchés, je me recroqueville à côté de Nico et je pleure à mon tour, regrettant de ne pas pouvoir en faire plus. Il m'a dit que j'en faisais suffisamment, mais je n'en ai pas l'impression.

J'ai l'impression que je peux en faire plus, et j'espère qu'Angelica pourra m'aider.

—Angelica ? je demande doucement. Je peux entrer ?

Pas de réponse, mais comme elle n'a pas prononcé un mot depuis que Nico l'a retrouvée, ce n'est pas non plus surprenant. J'ouvre plus grand la porte et trouve la jeune femme debout devant les fenêtres, à fixer la ville en contrebas. Elle porte certains de mes vêtements, ses cheveux sont brossés avec soin et ont désespérément besoin d'être coupés car ils pendent dans son dos. Elle prend ses repas dans sa chambre. Je trouve toujours son plateau vide et la vaisselle soigneusement empilée pour le lavage. J'essaie d'ajouter des choses spéciales, comme un dessert riche ou une barre de chocolat, à chaque fois, et je me sens récompensée qu'elle les mange.

Car elle est beaucoup trop maigre.

—Angelica, j’essaie à nouveau. C’est Rory.

Elle se retourne, et ses yeux me fixent sans aucune expression. C'est comme regarder dans les yeux de quelqu'un qui est déjà mort à l'intérieur, et je me sens impuissante face à elle.

—Comment tu te sens ?

Rien. Je ne laisse pas cela me perturber, car je savais qu'elle ne s’habituerait pas aussi vite à son nouvel environnement que son fils. —Je voulais que tu saches que Lorenzo a mangé tout son repas aujourd'hui, je commence, en pensant qu'elle voudrait entendre parler de ses progrès. Il a même joué avec des cubes sans les jeter, et comme j'ai des ecchymoses pour le prouver, je suis super excitée à ce sujet.

Pas une once d'émotion sur son visage. Qu'est-ce qui lui passe par la tête quand elle entend ces choses ? Est-ce que Lorenzo lui rappelle son innocence perdue, ce qu'Elias lui a fait ? Je voudrais désespérément entrer dans sa tête pour pouvoir l'aider, mais je ne sais pas comment. —As-tu besoin de quelque chose ? je réessaie en joignant les mains devant moi.

Ses yeux descendent vers mon alliance et je la touche, un doux sourire sur mon visage.

—C'est charmant, n'est-ce pas ? Nico l'a choisie lui-même. Il n'était pas, je veux dire, nous n'avions pas l'intention de nous marier, mais il, euh, il m'a surprise avec un mariage, et avant de m’en rendre compte, j'étais sa femme. Je laisse échapper un petit rire.

—Si j'avais su dans quoi je m'embarquais, je l'aurais peut-être un peu plus interrogé.

Je croise son regard et je prends une inspiration. —Je sais que tu as souffert et je veux t'aider. Je suis écrivain, tu vois, et j'ai cette idée de faire tomber Carmine pour tout ce qu'il a fait à ses victimes, toi y compris. On dit de moi que je suis une vraie tombe quand on me parle, et je n'imprimerai rien sans que tu ne le valides d'abord. Sur un coup de tête, je sors l’enregistreur que j'ai placé dans ma poche, et je le pose sur le lit.

—Cela enregistrera ta voix, juste pour que je puisse en faire un article digne de ce nom. Je sais que tu as une histoire à raconter, Angelica. Laisse-moi t’aider à le faire.

Ses yeux se tournent vers l'enregistreur et, pendant un instant, j'ai l'impression qu'elle va dire quelque chose.

Mais elle détourne le regard, et je soupire intérieurement. Nous avons le temps.

—Ce n'est pas grave si tu ne veux pas le faire maintenant, lui dis-je. Je serai là quand tu seras prête.

Je me déplace vers la porte et je tends la main pour la fermer quand sa voix résonne dans l'air.

—Il m'a fait du mal.

Oh mon Dieu. Je me retourne et je marche jusqu'à l'enregistreur pour appuyer dessus.

—Qui t'a fait du mal, Angelica ?

—Elias. Carmine. Ils m'ont fait du mal. Nico, il a essayé de ne pas le faire, mais ils ne l'ont pas laissé partir. Je ne lui en veux pas.

Sa voix est rugueuse à force de ne pas parler, et cela me fait monter les larmes aux yeux qu'elle ne tienne pas Nico pour responsable. Angelica inspire de manière régulière, les yeux sur l'enregistreur. —Je me souviens de la nuit où ils nous ont emmenés. Mon père était dans le salon et j'étais à l'étage à écouter de la musique. J'avais mes écouteurs, donc je ne les ai pas entendus au début, mais quand l'homme est arrivé dans l’encadrement de ma porte, j'ai su que j'allais mourir.

Une larme s'échappe sur sa joue, mais elle ne prend pas la peine de l'essuyer et je m’assois sur le lit, en croisant les mains sur mes genoux et en écoutant ses paroles.

—Le SUV était à l'arrière, poursuit-elle d’une voix monotone. Je me souviens d’avoir pensé que mon père allait être contrarié qu'ils aient conduit sur l'herbe sur laquelle il avait travaillé si dur. Ma mère pleurait et j'essayais de la réconforter. Ils ne nous ont pas ligotés, alors elle m'a serré dans ses bras et m'a dit que tout allait bien se passer. Je ne pense pas qu'elle y croyait, mais c'était tout ce que nous avions pour rester sain d'esprit, alors j'ai essayé de la croire.

Angelica déglutit et essuie finalement ses larmes, comme si elle les sentait pour la première fois.

—Ils nous ont emmenés dans cet endroit, dit-elle en frissonnant. Mon père suppliait Monsieur D'Agostino de nous laisser partir, il disait que leur problème ne concernait que lui seul, mais Monsieur D'Agostino s'est contenté de rire. Il a déclaré que nous souffririons tous de son insolence. Angelica laisse échapper un rire nerveux.

—Je ne sais pas ce que ça voulait dire, mais à ce jour, c'est la seule chose dont je me souvienne de toute cette conversation.

—Nico était là, dit-elle finalement en me regardant. Il exigeait de savoir ce qui se passait, et d'après son expression, il ne voulait pas non plus être là. Je pense.

Elle déglutit.

—Je pense qu'il était tout aussi surpris que moi de ce qu'ils faisaient à ma famille.

—Il était surpris, j’ajoute doucement. Il n'avait aucune idée de ce que son père allait faire.

—Je te crois, répond Angelica. Tu l'aimes.

J'acquiesce.

—Je l'aime plus que tout.

—Bien, répond-elle avec un soupir. Alors je peux lui faire confiance moi aussi.

—Bien sûr.

Je veux qu'elle sache qu'elle n'a rien à craindre de Nico, ni pour elle ni pour son fils. Nico les protégera de sa propre vie, comme s'ils faisaient partie de la famille, et à certains égards, c’est le cas.

Angelica reste silencieuse pendant un moment, et je pense alors qu'elle a terminé.

—Ils m'ont mise sur cette table, chuchote-t-elle. Je me souviens d’avoir crié pour que mon père m'aide, et il n'arrêtait pas de me dire de ne pas m'inquiéter. J'avais tellement peur de ce qui allait se passer, dit-elle en fermant les yeux. Il y en avait tellement qu'au bout d'un moment, je me suis simplement figée.

Je connais déjà l'histoire du point de vue de Nico, mais l'entendre de ses lèvres me donne envie de pleurer pour elle.

—Nico était le dernier, déclare Angelica. Il avait l'air tellement désolé d’être obligé de me faire ça, alors je lui ai dit que tout irait bien. Il était doux et ils se moquaient de lui. C'est lui qui a essayé de me faire descendre de cette table, mais Carmine a tiré sur mes parents et a frappé Nico, alors il ne pouvait plus m'aider.

Ses mains se posent sur son abdomen, comme si elle imaginait le bébé qui a un jour été là.

—J’ai rapidement réalisé que j'étais enceinte. Carmine est venu me rendre visite dans la maison où il me gardait et m'a dit que c’était sûrement celui de Nico. J’y ai cru pendant un moment, mais une fois que Lorenzo est arrivé, j'ai su que ce n'était pas son fils.

Elle frissonne.

—C'était celui d'Elias.

—Qu'est-ce qu'Elias t'a fait après la naissance de Lorenzo ? je demande, curieuse de savoir. Je veux dire, tu avais son enfant.

Angelica se pince les lèvres.

—Il m'a rendu visite plusieurs fois au bordel et il m'a fait des choses que j'ai essayé de ne pas aimer.

Elle halète.

—Je me détestais de l'aimer.

Je suis terrassée. Elle aimait Elias ? J’imaginais que comme il était sa seule source de compagnie, il serait facile de tomber amoureuse de lui, mais c'est tout de même choquant de l'entendre d'elle.

—Je ne peux rien dire d'autre, répond Angelica en se détournant de moi. Pars, s’il-te-plaît.

Je coupe l'enregistreur et je fais ce qu'elle me demande, avant de fermer doucement la porte derrière moi. J'ai son histoire, même s’il y a des parties manquantes, mais l'essentiel est ce que Nico m'a dit il y a tout ce temps. C'est suffisant pour retourner tout le monde contre le Don de la mafia et nous donner une longueur d'avance sur Carmine qu'il ne s'attend pas à le voir venir.

Je dois simplement convaincre Nico.

**

Après le dîner, lui et moi sortons sur le balcon, qui donne sur la ville, avec nos verres.

—De quoi voulais-tu discuter ? dit-il presque immédiatement, en agitant le verre entre ses doigts.

—Que veux-tu dire ? je demande légèrement.

Nico sourit, et je sens des frissons dans la moitié inférieure de mon corps. —Tu as hâte de me dire quelque chose depuis le début de la soirée, Rory. Je peux le voir dans ton regard.

—D'accord, tu as raison, lui dis-je avant de me lancer dans l’explication de ma discussion avec Angelica.

—J'ai toute l'histoire, Nico. Elle ne t’en veut pas.

Le soulagement envahit ses beaux traits et il passe sa main libre sur son visage.

—Vraiment ?

Je hoche la tête et m'approche de lui pour pouvoir poser ma main sur sa joue. Nico tremble.

—Oui. Elle ne t’en veut pas. Elle a dit que tu étais le plus gentil de tous et qu'elle savait à quel point ça devait être difficile pour toi de faire ça.

—Merci putain, souffle-t-il. Je n'ai jamais voulu lui faire de mal, et si j'avais pu m’enfuir avec elle cette nuit-là, je l'aurais fait.

—Je sais, dis-je pour l’apaiser. Tu dois te pardonner, Nico. Angelica l’a fait.

Il laisse échapper un souffle saccadé, et sa mâchoire s’agite. —Et maintenant ?

—Je veux publier son histoire dans le Midtown Post , lui dis-je. Je veux tout mettre en place pour que Carmine ait du mal à maintenir ses relations. Il a tué des innocents et violé une jeune fille avant de l'enfermer dans un bordel pendant des années ! Si cela ne suffit pas pour éloigner les gens de lui, alors je ne sais pas ce qu’il faudra.

—Rory, dit Nico, ses yeux cherchant les miens. Tu te souviens de ce qui s'est passé la dernière fois que tu as fait quelque chose comme ça ?

Je connais les conséquences. La dernière fois que j'ai plongé dans le passé tordu de Carmine, j'ai perdu mon ami et mentor, et j'ai fait tuer un procureur de district. Si j’écris ça, Carmine viendra me chercher. Je le sais. —Je dois faire quelque chose, lui dis-je. Je sais que tu ne veux pas de moi au milieu de cette guerre.

—Putain, non, je ne le veux pas, souffle mon mari en appuyant son front contre le mien. Tu représentes tout pour moi, Rory. S'il vient après toi, il me détruira.

Je m'attendris devant l'inquiétude de Nico.

—Je sais, dis-je en l'enlaçant de mes bras et en le serrant contre moi. Mais cette guerre te tue lentement, Nico. Je veux que ton père soit écarté pour longtemps, et nous devons prendre des risques si nous voulons avoir un avenir heureux.

Nico sait que j'ai raison. Pour avoir un avenir, un vrai avenir, Carmine doit mourir ou être attrapé par la police et passer le reste de ses jours en prison. Sinon, il ne va pas s'arrêter tant que nous ne serons pas tous les deux morts.

Ou pire, jusqu'à ce que je sois enceinte de son enfant. Carmine m'a déjà menacée, et l’idée qu’il pose ses mains sur moi de cette manière me donne envie de vomir. Je ne le laisserai jamais s’approcher de moi. Je préfère mourir d'abord.

—Très bien, dit finalement Nico. Je vais te laisser faire, mais tu dois d'abord me laisser lire l'article. Je ne veux pas non plus de louanges pour ce que j'ai fait. Je suis aussi coupable que les autres, d'accord ?

—Et nous irons voir la police une fois que ça sera fait, j’ajoute. Nico prend une grande inspiration et commence à s'éloigner, mais je tiens bon.

—C'est la seule façon de nous en sortir, Nico.

J'y ai longuement réfléchi, j’ai essayé de penser à comment amener la police à voir que Nico n'était pas si mauvais, et le seul moyen pour lui est de s'associer à eux, de tourner le dos à la vie qu'il connaît, pour nous donner une chance d’avenir.

Il m'attire près de lui, où je peux poser ma tête sur son épaule. —Bien. J'y réfléchirai une fois que nous aurons publié l'article.

C'est tout ce qu'il me donnera pour l'instant, et je suis d'accord avec ça. —Je vais commencer à l’écrire alors, dis-je en respirant son odeur. Je t’aime.

Il laisse échapper un long soupir.

—Je t'aime aussi, Rory. J'ai juste peur de finir par vous perdre, toi et Anthony.

Je le serre plus fort. Je n'ai pas l’intention de laisser cela se produire, pas avant d'avoir épuisé toutes nos options et qu'il ne nous reste vraiment plus rien. Carmine n'a jamais affronté un ennemi comme moi auparavant, et il m'a sous-estimée depuis le début. Je n'ai pas peur de lui.

J'ai peur de ce qu'il pourrait faire s'il le voulait. Il pourrait m'enlever tout ça en un claquement de doigts.

Je vais le frapper en premier.

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