Redemption Blessée (French Edition)

Brook Wilder · Chapitre 2 sur 24

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Redemption Blessée (French Edition)

Redemption Blessée

Chapitre 1

Rory

La voiture franchit une grille en fer et je prends une troisième profonde inspiration depuis que nous sommes montés dans la voiture. Aucune d'entre elles n'a fonctionné, bien sûr, car je pense que même une bouteille d’alcool ne calmerait pas mes nerfs à ce stade.

Je suis sur le point de rencontrer Carmine pour la deuxième fois de ma vie, et je ne sais pas comment je me sens.

—Ça va aller, Rory, répond Nico en me serrant la main. Mon père n'oserait pas nous attaquer maintenant.

Si mon mari pense cela, ce n’est pas mon cas. Je ne fais absolument pas confiance à Carmine D'Agostino. Je ne veux pas le savoir près de mon fils. Je ne veux pas qu'il s'immisce dans nos vies, mais Nico était catégorique sur le fait que si nous n'acceptions pas son invitation, il viendrait après nous.

À ce moment-là, je suis certaine que Carmine sait que nous avons Angelica et Lorenzo avec nous, c’est notre monnaie d'échange avec le père de Nico maintenant que nous savons que Lorenzo n'est pas le fils de Nico. J'ai essayé de ne pas ressentir de soulagement devant les résultats des tests ADN. Nico aurait été un père incroyable pour le petit garçon, et j'étais plus que disposée à être sa mère pendant que sa propre mère se rétablissait.

Même si nous n’en avons pas beaucoup parlé, je sais que Nico a du mal à savoir quoi faire maintenant. Pendant très longtemps, on lui a dit que le garçon était son fils, et maintenant qu'il est clair que Lorenzo est en réalité celui d’Elias, cela change terriblement tout.

Nous sommes maintenant sur le point d'entrer dans la fosse aux lions, en plein milieu du feu dont j'ai si désespérément essayé de rester éloignée. J'ai supplié Nico de m’autoriser à laisser Anthony en ville, mais il n'a pas accédé à ma demande. Anthony doit être là.

Je peux aussi sentir l'inquiétude dans le toucher de Nico, il est probablement inquiet de ce que nous allons trouver une fois arrivés. Il est beaucoup trop silencieux depuis que nous avons traversé Long Island, et plus d'une fois, je l'ai vu regarder par la fenêtre, la mâchoire serrée. Une partie de moi voudrait lui poser des questions sur sa vie ici, mais je décide de me taire.

Ce n'est pas un voyage pour le plaisir. C'est une guerre qui se prépare entre Nico et son père, et je suis prise dedans.

Les arbres se dispersent, et un grand et imposant manoir apparaît, les murs blanchis à la chaux brillent sous le soleil de midi. Il y a également de nombreuses voitures dans l'allée, ce qui oblige notre chauffeur à s'arrêter à mi-chemin.

—Qu’est-ce c’est que ça ? demande Nico alors que nous observons ce qu’il y a devant nous.

Je suis d’accord avec son sentiment, mon estomac se noue à la pensée de ce que nous pourrions trouver derrière ces portes. Carmine est-il sur le point de faire de son fils un spectacle ? Pour qui tient-il la cour ?

Nico ouvre la porte et j'attrape Anthony, qui dormait entre nous, hors de son siège avant de faire de même. Je ne me suis pas habillée pour Carmine, je porte un simple pantalon noir et un haut fluide pour plus de confort. Nico a choisi d’être tout en noir, il ressemble vraiment à un homme en position de pouvoir, même s'il semblerait que son règne en tant que Don est maintenant terminé depuis que Carmine est sorti de l'hôpital.

Il ne me touche pas la main lorsqu'il contourne la voiture et qu’il vient se poser à côté de moi. Je sais que ce n'est pas personnel. Ni l'un ni l'autre ne savons à quoi nous serons confrontés une fois que nous aurons franchi le seuil, et maintenant que nous sommes là, Carmine peut utiliser tout et n'importe quoi contre nous.

Je déteste cet homme. Nico n'a rien à voir avec son père. Le Nico que j'aime et que j'adore est bon avec son fils et il est allé sauver l'autre garçon même si les chances étaient contre lui.

Même s'il savait qu'il devrait affronter la colère de son père en le faisant.

J'espère juste ne pas le perdre pendant cette visite. Nous sommes sur le point de trouver une stabilité dans notre relation, et je ne veux pas que son père nous sépare.

—Reste près de moi, murmure Nico alors que Vincent nous rejoint. Et écoute-moi. Tout ce que je dis et fais là-dedans, c'est pour nous faire sortir d'ici en un seul morceau.

—Il ne va pas nous séparer, dis-je doucement. Je ne le laisserai pas faire.

Nico me jette un regard, et pendant un bref instant, je vois la tendresse se refléter dans ses yeux avant qu'il ne se détourne et lisse son manteau. —Viens, dit-il d'une voix sévère.

J'aimerais avoir sa force. Mes genoux s’entrechoquent et je tiens fermement Anthony, je voudrais courir dans l'autre sens pour ne plus avoir à affronter cet homme diabolique. Carmine ne me fait pas peur, il me terrifie, et c'est pour mon mari, pas pour moi. Je suis inquiète de ce qu'il va faire à Nico, de ce qu'il pourrait pousser mon mari à faire qui nous bouleverserait tous.

Nous passons sous l'arche et franchissons la porte d'entrée, où un homme salue Nico d'un hochement de tête.

—Maître D'Agostino, déclare-t-il, ses paroles fortement marquées par un accent écossaise. Votre père vous attend dans la salle de bal.

Salle de bal ? Cette maison a une salle de bal ?

—Fais attendre Tilda ici, m'ordonne Nico.

Je me tourne vers la femme qui est venue s'occuper d'Anthony, et vois son expression effrayée.

—Ça va aller. Nous serons très bientôt de retour.

—Je vais m'occuper d'elle, propose l'homme en adressant à Tilda un sourire hésitant.

Elle hoche la tête et je soulève Anthony de mon épaule, reconnaissante qu'il dorme en ce moment. Je me fiche s'il ne pose jamais les yeux sur l'homme qui a essayé de détruire son père. En ce qui me concerne, Carmine n'est pas le grand-père d'Anthony. Il n'a rien fait pour obtenir ce titre et ne l’aura jamais. Carmine ne peut pas se racheter, pas après ce qu'il a fait à Nico. Il y a une place spéciale en enfer pour le Don de la mafia, et j'ai hâte de le voir partir là-bas.

Nico s'avance et je le suis dans le long couloir flanqué de fenêtres qui débouchent sur d'autres allées, toutes couvertes, vers les autres parties de la maison. Le manoir ne ressemble à aucun de ceux que j'ai déjà vus auparavant, il ressemble plus à une villa qu'à une maison fermée. Dans un autre cadre, je serais émerveillée par son agencement, mais je me contente de rester juste derrière Nico, tandis que nos pas résonnent dans l'endroit étonnamment calme.

Il tourne à quelques coins avant que nous tombions sur des portes incrustées de dorures portant ce que j'ai fini par comprendre comme leur blason familial.

—Respire profondément, Rory, murmure-t-il, les yeux rivés sur la porte. Je vais nous sortir de là.

Je n'ai pas le temps de répondre avant qu'il n'ouvre la porte et que nous entrions. C'est en effet une salle de bal, les murs sont couverts d'une série de peintures murales qui représentent des sortes de scènes de batailles, bien différentes de ce que je m'attendais à voir. Carmine D'Agostino est assis au fond de la pièce dans un grand fauteuil, comme un roi présidant sa cour. De mon point de vue, il a toujours l'air malade, même si le sourire suffisant sur son visage efface l’idée qu’il le soit toujours. Fini le pyjama et le peignoir en soie qu'il portait la première fois que nous nous sommes rencontrés. A leur place se trouve un costume trois pièces d'une couleur bordeaux inhabituelle, me rappelant celle du sang.

La pièce est remplie d'hommes, tous sont silencieux lorsque Nico s'avance. De derrière, je peux voir ses épaules vibrer de tension, une tension qui correspond à l'ambiance de la pièce.

—Le fils prodigue rentre à la maison ! explose Carmine, sa voix résonnant dans la pièce froide. Et tu as amené ta famille. Approche-toi, Nicolas. Laisse-moi apercevoir mon petit-fils.

Je force mes pieds à bouger et à suivre Nico sur le chemin qui nous sépare de Carmine, et relève le menton lorsque je remarque tous les regards. Je ne vais pas donner à Carmine la chance de me voir avoir peur de lui. Il pense pouvoir nous détruire, nous effrayer jusqu'à la soumission.

Eh bien, j’ai une autre idée en tête.

—Je suis content de voir que vous avez accepté mon invitation, déclare Carmine alors que nous arrivons à sa chaise. Comme vous pouvez le voir, je tiens une série de réunions avec mes capos, pour célébrer mon retour sur mon trône, bien sûr. Beaucoup pensaient que je n'y arriverais pas, mais maintenant, ils peuvent sûrement voir que je suis invincible.

Il y a un petit rire, puis un raclement de gorge avant que la pièce ne redevienne silencieuse, et les yeux de Carmine tombent sur Anthony. —Laissez-moi tenir mon petit-fils.

Je serre Anthony plus fort et Carmine hausse un sourcil. —Donne-lui le bébé, déclare Nico d'une voix mortellement calme. Laisse mon père voir son petit-fils.

Je n’en ai vraiment, vraiment pas envie. Rien que la pensée des mains de Carmine, des mains qui ont vu l'effusion de sang et la violence, toucher notre fils, me fait mal au ventre.

Mais Nico déclare que je dois le faire, et comme il sait très bien comment son père gère ses affaires, je n'ai d'autre choix que de lui tendre Anthony. C'est exactement ce que je fais en me mordant l'intérieur de la joue, et je contrôle mon frisson lorsque la main de Carmine effleure la mienne. —Mon, mon, dit-il en regardant le visage endormi d'Anthony. Tu ressembles à ton père quand il avait ton âge.

Je serre les poings pour ne pas tendre la main et arracher Anthony des mains de Carmine lorsqu'il se penche et presse ses lèvres sur le front de mon bébé, tout en souriant. Il sait ce qu'il fait et ça me rend malade. —Tellement parfait, déclare-t-il en regardant Nico. Ton héritier, n'est-ce pas ?

Je sais qu'il provoque son propre fils, et ça me dépasse de voir comment Nico peut rester là sans réagir. J’aimerais le faire en son nom.

Mais cela nous indique également que Carmine sait ce que nous avons découvert, que Nico n'a pas engendré Lorenzo, et que toute la culpabilité que Nico a portée pendant des années n'a servi à rien.

—Je ne sais pas, Père, dit finalement Nico en croisant les bras sur sa poitrine. Si tu penses qu'il l'est.

Carmine glousse et me rend Anthony. Je n'ai jamais été aussi soulagée de retrouver mon fils dans mes bras.

—Eh bien, je suppose que cela signifie que tu dois rester en vie pour que je prenne cette décision ?

—Est-ce que tu me menaces alors que je suis ici ? demande Nico avec désinvolture, comme s'il demandait à son père ce que nous mangions pour le dîner.

—Bien sûr que non ! s’exclame Carmine bruyamment, alors que la pièce est toujours silencieuse autour de nous. C'est ta maison, n'est-ce pas ? Je t’ai demandé de venir pour pouvoir fêter la naissance de mon petit-fils, rien de plus.

Je ne peux pas le croire. Il prépare quelque chose.

—Maintenant, poursuit Carmine, malgré mes pensées intérieures. Salue ton Don de manière appropriée.

Je le vois lever la main, un peu comme une femme l'aurait fait dans un autre siècle avec son prétendant, et une bague en or brille au soleil, le rubis rouge sang bien trop gros pour qu'un homme puisse le porter.

Nico prend la main de son père et presse ses lèvres contre la pierre, aucune émotion ne trahit ce qu'il ressent à l'intérieur pour ce que son père le force à faire.

Quand il se redresse, Carmine me regarde et attend quelque chose. —Toi aussi ma chère. Après tout, tu t’es mariée à cette famille.

—Donne-moi Anthony, répond Nico en tendant les bras. Il y a une lueur dans ses yeux qui m'incite à jouer le jeu, à ne pas faire d'histoires tout de suite.

J'espère juste que mon mari a une sorte de plan pour tout ça. Je remets notre fils endormi à son père, et mon cœur s'adoucit lorsque Nico pose une main sur le petit dos d'Anthony comme pour le protéger, puis il s'avance, agrippant légèrement la main de Carmine. Il fait froid, et il y a un léger tremblement, comme si l'effort était trop intense pour lui.

Mais c'est le scintillement de ses yeux froids qui me pousse à me pencher dessus, pressant mes lèvres contre sa bague comme Nico l'a fait.

Alors que j'essaie de m'éloigner, il lève la main et m’attrape le menton, ses doigts mordant douloureusement ma peau.

—Tu es une jolie chose, déclare-t-il, ses yeux plongeant dans les miens. Je peux voir pourquoi mon fils est épris de toi.

Je ne respire plus alors qu'il continue de me regarder, un soupçon de sourire sur le visage.

—Courageuse aussi. Toutes les qualités que j'attendrais que Nicolas choisisse chez une femme. Sinon, il s’ennuierait. Il rit.

—Même si j'ai entendu dire que tu avais rassemblé toute une liste d'hommes épris de vous, Rory. Il y a un certain procureur qui est également très amoureux de vous, n'est-ce pas ?

Je me fige, surprise qu'il en parle. Pourquoi suis-je surprise, vraiment ? Carmine a les moyens de découvrir tout ce qu'il souhaite. Après tout, il m'a traînée à l'hôpital quand il en a eu envie, sans même que Nico se doute de quoi que ce soit.

Il relâche finalement mon menton et je recule, n'osant pas regarder Nico. Je ne lui ai pas parlé de la proposition que Preston m'a faite alors que je pensais qu'il m'aidait, et je n’ai aucune idée de comment Carmine l’avait découvert.

—Eh bien, dit Carmine en frappant dans ses mains. Profitez du reste de l'après-midi et de la soirée, en famille. J'ai des affaires à régler, comme vous pouvez le voir. Je m'attends à vous voir tous les deux demain matin pour le petit-déjeuner, juste nous trois.

Je déglutis et jette un coup d'œil à Nico, mais il regarde son père, sa mâchoire même pas serrée, comme s'il savait que toute émotion serait exploitée par le Don. Carmine ne nous a pas fait faire tout ce chemin pour prendre le petit déjeuner avec lui ou pour voir Anthony. Il a déjà jeté la première pierre pour briser notre façade, et je sais que Nico va vouloir en savoir plus que ce que je lui ai déjà dit sur Preston.

Comment Carmine peut-il autant détester son fils ? Il ferait n'importe quoi pour détruire son bonheur, ce qui n'est pas du tout ce qu'un parent est censé faire.

Nous devons survivre. Nous devons nous en sortir indemnes, ou j'ai peur que notre relation ne survive pas à ce qui va arriver. Nico a encore Angelica et Lorenzo. Carmine a perdu le dessus sur Nico concernant son « fils ».

Ce n'est qu'une question de temps avant que la sentence ne tombe, et j'ai peur qu'elle s'abatte sur nous deux, détruisant ce peu de bonheur que nous avons trouvé l'un avec l'autre.

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