Redemption Blessée (French Edition)
Chapitre 8
Rory
—Tu es sûre que tout ira bien ?
J'inspire en levant les yeux vers le bâtiment qui m'est douloureusement familier, même si cela fait un moment que je n'y suis pas entrée, avant de jeter un coup d'œil au garde.
—Ouais, ça va aller.
Vincent fronce les sourcils.
—Je peux monter, tu sais. Nico voudrait que je dégage la voie.
En lui faisant un petit sourire, j'attrape la poignée de la porte. —Ça va, vraiment. Ça va aller, je te le jure. J'ai mon couteau si besoin.
J'entends Vincent marmonner quelque chose à propos de couilles alors que je sors, profitant de la belle matinée. Cela ne devrait vraiment pas être aussi agréable, étant donné la raison pour laquelle je suis ici. Avec tout ce qui se passe entre Carmine et Nico, je n'ai pas vraiment eu l'occasion de pleurer correctement la mort d’Harper ou de passer au bureau.
Le plus drôle, c'est que j'ai reçu une copie de son testament et que je l'ai apportée avec moi pour l'ouvrir dans un endroit qui me semble familier.
Ici. Dans son bureau.
J’entre et prends l'ascenseur jusqu'à l'étage, contente que ce soit le week-end et que la majorité des gens soient partis. De toute façon, il n'y a qu'une équipe réduite qui vient dans le bâtiment pour aider à l'impression, mais tout le reste est réalisé à distance à cause de la pandémie. Je n’ai vraiment pas envie de parler avec quelqu’un de sa mort, et même si cela fait un peu plus d’une semaine que mon monde s'est effondré, ça fait toujours mal.
Et il y a la question de savoir quoi faire de son corps. Je me sens comme une merde de l’avoir laissé à la morgue tout ce temps. Il n'y a aucun doute dans mon esprit qu'il est mort à cause de ce dans quoi je l'ai entraîné.
Et je l'ai ignoré jusqu'à ce point. La bonne amie que je suis.
Avec un soupir, j'utilise les clés qui faisaient partie de ses effets personnels et j’entre dans son bureau, mes yeux deviennent larmoyants face à l'odeur persistante des cigares qu'il aimait fumer quand il brûlait l'huile de fin de soirée. Le bureau est comme je m'en souvenais, avec des piles de feuilles volantes et des copies de vieux journaux partout dans l'espace. Son vieux fauteuil en cuir usé se trouve à l'opposé du bureau comme s'il venait de le quitter. Une larme coule sur ma joue, mais je me force à m'asseoir sur la chaise, la tournant vers le bureau.
Je n'arrive toujours pas à croire qu'il est parti et mon cœur se serre dans ma poitrine lorsque je pense que je ne reverrai jamais son sourire ou que je ne l’entendrai plus jurer comme un marin lorsqu'il est confronté à une échéance.
Il me manque plus que quiconque dans ma vie.
Après un moment, je sors l'enveloppe de ma poche et ouvre le rabat, avant d’extraire l'épaisse liasse de documents. Harper possède le Midtown Post , il y a donc probablement des formalités légales à remplir pour le vendre. Pour une raison quelconque, il m'a désignée comme son plus proche parent, alors je suppose que je serais responsable de la vente du journal et du reste de ses actifs.
Cette idée ne me convient pas.
Je saisis le tas de documents et en commençant à lire, je réalise rapidement ce que Harper a fait. Il m'a tout laissé. Le journal, son appartement, sa cabane de chasse, même sa veste en cuir sont tous listés dans les documents. Il y a une jolie somme d'argent qu'il a mise de côté pour sa femme, Alice, mais le reste de ses fonds personnels en dehors de l'argent qui accompagne le journal, ce qui totalise plus d'un million de dollars, est à moi.
—Stupide, je murmure en scannant le document.
Je ne peux pas croire Harper. Il m'a tout donné pour faire, comme c'est écrit, le meilleur travail que je peux réaliser avec du contenu de qualité. C’était une blague courante entre nous, que le journal n’avait que du contenu de type tabloïd et rien d'autre, et maintes et maintes fois, je revenais vers lui avec un article de qualité dont il se moquait, il déclarait que nous n'étions pas un journal de renom.
Mon Dieu, il me manque.
Quand a-t-il pris cette décision ? Ce n'était sûrement pas avant mon mariage avec Nico. Je veux dire, j'adorais Harper. Il était comme un père pour moi, mais pour faire ça ? Je ne peux pas croire qu'il avait fait quelque chose d'aussi, eh bien, d'aussi énorme.
—Je pensais te trouver ici.
Je lève les yeux et découvre la femme de Harper, Alice, dans l'embrasure de la porte, un sourire sur ses lèvres rouge rubis. Elle a l'air fatiguée, avec des cernes prononcés sous les yeux et sans l’apparence aussi scintillante avec laquelle j'ai l'habitude de la voir.
—Alice, dis-je en lui faisant signe d'entrer. J'étais juste...
—En train de lire son testament ? ajoute-t-elle en entrant dans le bureau. Tu sais, je m'attends à ce qu'il arrive à tout moment et crie surprise. C'est le genre de conneries qu'il aurait faites.
Je déglutis tandis qu'elle prend la chaise en face de moi, regardant autour du bureau comme si elle le voyait partout. Je fais la même chose. Je le vois debout près de la fenêtre qui donne sur la ruelle, à se disputer au téléphone. Je le vois penché sur son bureau, à faire furieusement des modifications afin de pouvoir respecter une date butoir pour le journal.
Je le vois debout sur le sol, à regarder le journal sortir de la machine afin qu'il puisse s'assurer qu'il n'y a aucun problème sur la première page. —C'est tout ce qu'ils voient, m'a-t-il dit une fois en me montrant la première page. Personne ne se soucie de ce qu'il y a entre les pages. Tu dois t’assurer que tout figure sur la première page.
Il n'avait pas tort. La plupart des gens ont tendance à lire la première page et à parcourir le reste.
—Le testament, déclare Alice à nouveau, un sourire affiché sur son visage. Il m'a dit qu'il te laissait tout, Rory.
—Je n'arrive pas à croire qu'il ait fait ça, lui dis-je en posant le papier sur le bureau.
Je suis maintenant propriétaire d'un journal, c’était le rêve de ma vie de posséder mon propre journal afin de pouvoir imprimer ce que je voulais. Harper m'a offert son bébé, son enfant, son rein, comme il aimait parfois l'appeler.
Alice penche la tête sur le côté.
—Es-tu vraiment si surprise ? Après tout, il t'aimait comme si tu étais sa fille. Il est logique que tu prennes sa place pour perpétuer la tradition. Elle rit.
—Il avait l'habitude de me dire le soir qu'il était si fier de ce que tu étais devenue, même après avoir épousé un homme de la mafia. Il a dit que tu le changerais comme tu as changé tous ceux que tu croises.
J'essuie les larmes sur mes joues alors qu'elles coulent de mes yeux. —Je ne peux pas. Il avait beaucoup trop confiance en moi.
—Oh, chérie, dit doucement Alice en tendant la main par-dessus le bureau pour toucher la mienne. C'est la vérité. Harper était un homme meilleur parce qu'il t'avait près de lui. Tu l'as gardé jeune et il s'inquiétait pour toi.
Et je l'ai fait tuer. La culpabilité ronge mon âme lorsque je pense à la façon dont il transportait ses propres découvertes ce jour-là, pour sans doute montrer à Nico qu'il devait empêcher mon mari de le tuer. —Je l'ai fait tuer, je m'écrie, incapable de me retenir plus longtemps. C'est de ma faute.
Alice me serre la main.
—C'est ridicule. Il aurait pu refuser, Rory, mais il a choisi de le faire. Harper savait très bien ce qu'il faisait, et il l'a fait avec un putain de sourire sur le visage.
Je croise ses yeux remplis de larmes, en me demandant si elle dit la vérité. Harper pouvait me dire non, et même si j'aurais piqué une crise s’il l’avait fait, j’aurais fini par l'accepter et j'aurais trouvé un autre moyen d'exposer Carmine et la famille Griffin disparue.
Mais Harper a publié l'histoire.
—Il me manque.
—Je sais, dit-elle d’une sa voix remplie d'émotion. Il me manque tous les jours. Cela deviendra plus facile avec le temps, mais il va y avoir beaucoup de temps entre sa mort et le moment où j'arrêterai de pleurer avant de m'endormir.
—Je suis désolée de ne pas t'avoir contactée, lui dis-je alors qu'elle me lâche la main. J'ai été… je ne sais pas.
Je ne sais pas vraiment quoi lui dire, honnêtement.
Elle me fait signe de la main en reniflant.
—Ce n'est rien, Rory. J'espérais juste que tu avais pensé aux arrangements funéraires. Harper ne m'a rien dit.
—Moi non plus, j’admets en repensant à toutes les conversations que nous avons eues sur la mort.
Harper supposait que les cigares finiraient par le tuer, mais il ne se doutait pas que ce serait parce qu'il s'était laissé entraîner dans ma folle vie.
—Je pense à quelque chose d’intime, continue Alice en s'effondrant sur sa chaise. À cause de la pandémie, ils ne nous laisseront pas organiser un grand service de toute façon, mais Harper ne voudrait pas de tout ce tapage malgré tout. Je crois que sa mère est enterrée à Staten Island. Ce n'est pas l'endroit le plus chic pour être enterré, mais c’est probablement notre seule option à moins que nous ne voulions qu'il aille sur l'île.
Je frissonne en pensant aux enterrements de masse qui s'y déroulent. De plus en plus de corps sont aux tranchées fraîchement creusées, et en ce moment il y a une guerre en cours pour savoir s'il est légal pour eux de le faire sans que les familles ne soient informées. —Non, je ne veux pas qu’il aille là-bas.
—Alors je vais voir du côté du cimetière privé, décide Alice en se levant de sa chaise. Je sais que cela te choque, Rory, mais Harper s'était réconcilié avec lui-même à propos de la mort il y a longtemps. Il savait que ses jours étaient comptés.
Je ne réponds pas, et elle sort, me laissant seule dans le bureau. Ce n'est pas parce qu'il s'y attendait que je voulais que cela se produise.
Je regarde autour de moi dans le bureau qui contient tant de souvenirs et je dis tranquillement au revoir à mon mentor et à mon ami. Le corps de Harper est parti, mais il ne sera jamais loin de mon cœur. Je vais venger sa mort et faire en sorte que le travail de Harper ne soit pas vain.
Quand je reviens au penthouse, je suis surprise de voir Nico aux fourneaux. —Qu’est-ce que tu fais ? je demande en posant mon sac sur l'îlot, alors que je sens une odeur de sauce tomate épicée dans l'air. Nico est habillé de manière décontractée avec un t-shirt et un jogging, et mon cœur se serre de voir à quel point il semble détendu, compte tenu de tout ce qui se passe.
—Je te prépare le dîner, répond-il en jetant les pâtes dans la casserole d'eau bouillante. Comment ça s’est passé ?
—Alice est passée, dis-je en ouvrant le réfrigérateur pour en sortir une bière avant de la décapsuler. Il m'a tout laissé, Nico.
Nico s'arrête et me regarde, ses yeux pleins de tendresse. —Bien sûr qu'il l'a fait. Il tenait à toi.
—Je ne m'attendais simplement pas à ce qu'il me laisse le journal, je poursuis en serrant la boîte dans ma main. Qu'est-ce que je vais faire avec un journal ?
Il sourit.
—Etaler tout mon linge sale en public ?
Je retourne son sourire avec l'un des miens.
—J’arrive à imaginer la première page du coup.
—Il t'a laissé le journal, dit Nico en me tendant la main. Parce qu'il savait que tu allais le faire foutrement bien, Rory. Tu es une brillante journaliste.
Ses paroles me réchauffent de l'intérieur.
—Tu le penses vraiment ?
Mon mari hausse un sourcil.
—Bien sûr. Tu es fantastique, putain.
Je m'appuie contre son toucher, et je presse mon front contre son épaule. —Je me sens tellement mal de le laisser si longtemps dans cette morgue. Nous devons l’enterrer, lui offrir des funérailles convenables.
—Tout ce que tu voudras, murmure Nico en passant sa main dans mes cheveux. Je suis là pour toi, Rory.
C’est alors que je m'effondre, ce qui fait jurer Nico et il me serre contre lui tandis que je mouille sa chemise avec mes larmes. Je pleure parce que je déteste la façon dont Harper est mort, et de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Je pleure parce nos vies sont en jeu à cause d'un homme qui pense pouvoir jouer à un jeu malsain avec ses enfants.
Je pleure pour Alice et la lourde perte qu'elle ressent, tout comme moi.
Mais surtout, je pleure parce qu’Anthony ne rencontrera jamais l’homme et le partenaire merveilleux qu’était Harper, alors qu’il aurait aimé ce petit garçon comme le sien, tout comme il m'aimait.
Enfin, quand je n’ai plus de larmes, Nico me tire en arrière et les essuie avec ses pouces.
—Tu te sens mieux ? demande-t-il.
—Oui, dis-je, la gorge nouée. Je me sens mieux.
—Bien, répond Nico. Je ne supporte pas tes larmes, Rory, et en plus, je pense que ma sauce est en train de brûler.
Je le laisse partir avec un reniflement, et il se retourne pour remuer rapidement. Il y a quelque chose dans la façon dont il a l'air si apprivoisé, et j’aimerais mettre ce moment en bouteille et le garder pour toujours. Mon Dieu comme je l'aime.
Ce sont les moments que j'espère ne pas oublier, ceux qui nous permettent de garder les pieds sur terre.
Quand il se retourne, je presse mes lèvres contre les siennes. —Merci.
Il me rend mon baiser.
—Pour quelle raison ?
—Juste d’être toi, je réponds en encadrant son visage avec mes mains. Je ne sais pas si je te dis assez à quel point j'apprécie tout ce que tu fais pour assurer la sécurité de notre famille. Tu es ma famille, Nico, et j'espère que tu sais à quel point.
Il couvre ses mains des miennes, et s'éclaircit la gorge. —Arrête, Rory. Je ne suis pas un putain de héros.
—Tu peux l'être, lui dis-je. Et à mes yeux, tu le seras.
Quand il me serre contre lui, je sens les battements rapides de son cœur contre ma poitrine, la façon tendre dont il me tient comme si j'allais disparaître à tout moment. Cela va marcher. Je vais faire en sorte que ma famille reste unie, peu importe ce que nous traversons avec Carmine.
Parce que si je perds ma famille, je n'ai plus rien. Nico n'est pas le seul à avoir peur de tout perdre.
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