Redemption Blessée (French Edition)
Chapitre 17
Rory
Je tortille les serre-câbles qui me coupent les poignets, en mordant le chiffon fourré dans ma bouche pour étouffer le cri que j’ai vraiment envie de pousser. Quand je suis revenue à moi, je n'étais plus dans le bureau, mais dans une petite pièce avec Angelica, qui se trouve toujours à côté de moi, le menton appuyé contre sa poitrine.
Il semblerait que Carmine l'a trouvée même si Nico a ordonné de la déplacer ce matin. Puisqu'elle est là, ça signifie que tous les autres pourraient être morts.
Mes yeux brûlent de larmes en pensant aux gardes qui m'accompagnaient, et que Vincent – oh mon dieu, Vincent – a lui-même emmené Angelica dans l'autre refuge.
Et que dire de Nico ?
Et Anthony ?
Et Lorenzo?
Je refuse de croire qu'ils ont été blessés. Je le saurais, je le sentirais dans ma poitrine s’ils étaient partis. De plus, je ne dois pas penser de cette façon. Je dois me concentrer sur le fait de sortir d'ici, de nous sortir toutes les deux d'ici, même si à première vue, Angelica ne va pas être d'une grande aide.
Je prends une inspiration et cherche quelque chose autour de moi pour couper mes liens. Si je pouvais libérer mes mains, je pourrais facilement m'attaquer au serre-câble autour de mes pieds et sortir par la porte devant moi.
C'est un plan génial, si j’arrive à l’exécuter. Une chose est certaine : je dois partir d'ici avant que Carmine n'arrive. J'ai deux théories sur ce qu’il compte faire. Soit il va me faire toutes ces choses horribles dont il a parlé quand nous étions à Long Island, soit je suis un appât pour Nico.
Honnêtement, j'espère qu’il s’agit de la première option, parce que je n'ai pas envie qu’Anthony perde ses deux parents le même jour.
Je sais aussi que Carmine veut se vanter auprès de son fils qu’il m'a eue, ce qui à son tour fera venir Nico après moi, et il s’agit probablement de la deuxième théorie.
Cependant, la première option n’est toujours pas écartée. Une fois qu’il aura enfin réussi à tuer son fils, qui sait ce que Carmine fera d’Angelica et moi par la suite, mais je doute que ce soit quelque chose de bon.
Peut-être que je pourrais enlever ces attaches et nous cacher, Angelica et moi, parmi les autres choses dans la pièce. Il y a une table qui peut facilement être retournée pour se cacher, ainsi qu'une pile de ce qui ressemble à des sacs en toile de jute qui peuvent être empilés sur nous.
Le garde, ou peu importe la personne qui entrera, pensera alors que nous nous sommes échappées par la fenêtre et il laissera la porte ouverte pour que nous puissions vraiment nous échapper. Je n'ai aucune idée de ce qui se trouve de l'autre côté de cette porte, mais étant donné la lourde odeur de la rivière dans l'air, je suppose que nous sommes dans un entrepôt.
Je peux le faire. J'ai de nombreuses raisons de rester en vie, et je ne vais rester comme ça, ni laisser Nico se sacrifier pour me sauver.
Nous sommes faits l’un pour l’autre.
Je travaille le chiffon avec ma langue, et je réussis à le sortir de ma bouche, ma langue est sèche.
—Angelica, dis-je avec urgence en la poussant avec mon épaule. Réveille-toi.
La jeune femme gémit, elle cligne des yeux puis les ouvre un instant plus tard. Ses grands yeux paniqués trouvent les miens, et j'essaie d’afficher une sorte d'attitude calme.
—Tout va bien. Tu vas bien.
Je veux dire, je ne sais pas vraiment quoi dire d'autre. Je lui mens déjà. —Nous allons sortir d'ici, mais nous devons travailler ensemble pour y parvenir. Tu peux m'aider ?
Au début, mes mots ne semblent pas lui parvenir. Elle crie dans le chiffon, ses mains luttent pour se libérer des liens, et je soupire intérieurement. —Angelica, tu te fais du mal, j'essaie à nouveau, d’une voix plus ferme cette fois. J'ai besoin que tu te calmes et que tu m'écoutes.
Quelque chose se passe, puisqu’elle arrête au moins de crier. —Tu as les mains liées, lui dis-je. Nous devons couper les liens. Tu ne pourras pas les détacher.
Elle cesse alors de se débattre et je lui fais un signe de tête encourageant. —Regarde si tu peux utiliser ta langue pour retirer le tissu. Ce n'est pas serré trop fort.
Après quelques mouvements, elle se libère la bouche, et prend alors plusieurs respirations profondes.
—Où sommes-nous ? murmure-t-elle en regardant autour d'elle. Qui a fait ça ?
—J'aimerais vraiment avoir des réponses pour toi, dis-je en décidant de garder pour moi le fait que je sais que Carmine est derrière tout ça, pour l’instant.
Je ne sais pas comment elle réagirait, et la dernière chose dont j'ai besoin est qu'elle panique à nouveau.
—De quoi tu te rappelles ?
—J'étais dans le salon de la nouvelle cabane, dit-elle au bout d'un moment. J’enlevais mes chaussures. Je ne me souviens de rien après ça.
Elle n'a pas vu son agresseur, pas comme moi. Peut-être que c'est une bénédiction, compte tenu de tout ce qu'elle a déjà traversé. —Nous devons trouver quelque chose pour les couper, je réponds à la place, en lui montrant mes mains. Quelque chose de tranchant.
Avant qu'elle ne puisse répondre, la porte s'ouvre et Carmine entre, un sourire fendant son visage. Angelica se met immédiatement à reculer contre le mur, sa respiration est saccadée.
—Eh bien, dit-il en se frottant les mains. Qu'est-ce qu'on a ici ?
—Non, non ! Angelica crie en secouant la tête sauvagement. Va-t’en ! S'il-te-plaît, éloigne-toi !
Carmine jette un coup d'œil à Angelica avant de me regarder. —Tu es une emmerdeuse, Rory, me dit-il en secouant la tête. Je pensais que nous avions eu une longue et agréable discussion la première fois au sujet de ce que tu ne devais pas faire.
La façon dont il peut ignorer la femme qui hurle à côté de moi est assez impressionnante. Ma tête résonne déjà à cause de ses cris. —Fais ce que tu veux. Je t'ai déjà détruit.
À ma grande surprise, il ricane.
—Tu n'as aucune idée du nombre de fois au cours de l'année passée où j'ai pensé à toi et comment tu aurais dû être mon enfant plutôt que ma belle-fille. Tu as plus de couilles que mes deux enfants réunis, et je suis impressionné, Rory. Il en faut beaucoup pour m'impressionner.
—Je me fiche de savoir à quel point tu es impressionné, putain, je crache, regrettant que mes pieds soient liés et que je ne puisse pas me tenir devant lui, face à face. Tu iras en prison, si tu ne meurs pas.
Carmine hausse un sourcil.
—Comment ? Oh, tu t’attends à ce que ton mari arrive, n'est-ce pas ?
Mon Dieu, j'espère que non. Je ne veux pas qu'il ait la possibilité de tirer sur Nico comme ça. Tu l'appâtes.
—Bien sûr, c’est ce que je fais, sourit le Don de la mafia. Quelle meilleure façon de tuer l'autre emmerdeur que de l'attirer ici auprès de sa précieuse épouse ? Tu sais, je suis étonné de voir à quel point il t'aime. Tu vois, nous les D'Agostino, nous ne sommes pas connus pour notre côté tendre, et peu importe combien de fois j'ai essayé de l’arracher de Nicolas, il a toujours gardé un morceau de douceur.
Carmin fronce les sourcils.
—C'est sa pute de mère qui a causé ça, bien sûr, et c'est ce qui le fera tomber.
Il reporte son attention sur Angelica, dont les cris se sont transformés en sanglots, les larmes coulant sur son visage.
—Et toi. Tout ce que tu avais à faire était de rester silencieuse, putain. Je t'ai tout donné.
—Tu ne lui as rien donné !
Je crie lorsqu'il s'avance et attrape Angelica par les cheveux.
Angelica se remet à hurler en agrippant sa main, mais il est beaucoup plus fort, et il la tire du sol par les cheveux. Le caillou qui était déjà au creux de mon estomac grossit alors que je regarde Carmine la projeter contre le mur opposé.
Il est à nouveau sur elle en un instant, et approche son visage du sien. —Dis-lui ce qu'elle ne sait pas. Dis-lui comment j'ai régné sur cette putain de mafia, je lui ai donné la renommée dont elle avait besoin. Et rien, pas même une garce comme toi, ne pourra m'abattre ! Dis-lui !
—Ça va, dis-je à la place, en luttant contre mes liens. Ça va aller, Angelica. Regarde-moi. Regarde-moi.
Angelica ne jette même pas un regard dans ma direction, et l'air abattu sur son visage m'inquiète encore plus. En Carmine, elle voit tout ce qu'elle a perdu, le monstre sous le lit dont elle ne pourra jamais se débarrasser. —S'il-te-plaît, je supplie.
Carmine sort une arme à feu et je me fige lorsqu'il la fait glisser sur la joue d'Angelica.
—Pourquoi tu ne me supplies pas ? dit-il doucement, en tirant sa tête en arrière. Supplie-moi, et je te laisserai peut-être vivre.
Une unique larme coule sur la joue d'Angelica, et je commencé à balancer mon corps, en essayant désespérément de me mettre debout. —Ne fais pas ça. Elle a assez souffert, espèce de bâtard !
Ses yeux glissent vers les miens.
—Elle connaissait les règles et elle les a enfreintes. Il est maintenant temps qu'elle paie pour ça.
Avant que je puisse prononcer un autre mot, il place le canon de l'arme sous son menton et appuie sur la gâchette. Le son retentit dans la pièce et résonne dans ma tête. J'entends quelqu'un crier au loin et je réalise que c'est moi, alors que le corps d'Angelica s'effondre sur le sol, et qu’elle ne ressent plus aucune souffrance.
Il l'a tuée. Il a tué Angelica.
Carmine sort calmement un mouchoir propre et s'essuie le visage, enlevant le sang qui a éclaboussé sa peau.
—C'est malheureux, dit-il en jetant le mouchoir sur son corps allongé. Elle avait vraiment un gros potentiel.
—Espèce de monstre ! je crie en luttant contre mes liens alors qu'il arrive vers moi. Tu l'as tuée !
—Rory, Rory, lance-t-il en m'attrapant brutalement le bras et en me remettant sur mes pieds.
D'aussi près, je peux voir la lueur meurtrière dans ses yeux, et les taches du sang d'Angelica sur son visage.
—J'ai promis à ton mari que j'attendrais pour te tuer jusqu'à ce qu'il arrive ici, mais tu testes ma putain de patience.
Je lui crache au visage et il me gifle du revers de la main. La douleur explose sur ma joue gauche et ma tête déjà douloureuse tourne de manière horrible. Je tombe au sol et je vomis immédiatement, vidant le contenu de mon estomac sur le sol en béton.
—Tu vois ce que tu m'as fait faire ? railla-t-il en tapotant son arme sur sa jambe. Je ne voulais pas te frapper, pas encore, mais maintenant que j'y ai goûté, je sais que le reste de ce que je vais te faire va être génial.
—Tu peux me torturer, je rétorque en goûtant la bile sur ma langue. Mais tu es fini, Carmine.
Il ricane.
—Tu parles de ton petit article. Il y a des moyens de faire disparaître les choses, Rory, des moyens de faire fermer les yeux aux gens, et heureusement, j'ai beaucoup d'argent pour m'assurer qu'ils le fassent. Son regard se rétrécit.
—Tu penses être si intelligente, mais tu t'es battu contre le mauvais putain d'homme cette fois. Je vais te détruire, et tous ceux que tu aimes, en commençant par ton mari, suivi de ton enfant. Qu'en penses-tu, Rory ?
Je serre les dents face à la nouvelle vague de nausées qui me frappe. —Tu touches à mon fils et je te tuerais moi-même.
Carmine penche la tête sur le côté.
—Putain, tu es assez sanguinaire. Peut-être que je vais te garder plus longtemps que prévu et te mettre au travail, Rory. Tu en as envie ? Tu aimerais apprendre à tuer comme ton mari l'a fait ?
Je n'ai pas l’occasion de répondre à sa question. Il y a une agitation au loin, puis une rafale de mouvement à la porte avant que quelqu'un fasse irruption dans la pièce. Carmine se retourne, et le son des balles se succèdent rapidement, explosant près de mes oreilles. Une silhouette tombe au sol dans un bruit sourd écœurant avant que d'autres hommes ne commencent à remplir la pièce, et je reconnais certains comme étant les hommes de Nico.
Non.
Carmine est déjà en mouvement. Il jette un morceau de bois contre la fenêtre sur ma droite, et brise la vitre avant de sauter à travers pour esquiver les balles des gardes. Le verre s’abat sur moi, mais je m'en fiche.
C'est mon mari qui se trouve dans cette mare de sang qui grossit rapidement.
—A l’aide ! je hurle, les larmes me serrant la gorge. Je ne peux pas le perdre comme ça ! Je ne pourrais pas vivre s'il mourait. —S'il-vous-plaît ! Il est en train de mourir !
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