Redemption Blessée (French Edition)
Chapitre 7
Nico
Je claque ma main sur le bureau avant de balancer l'écouteur à travers la pièce, sans me soucier de l'endroit où il atterrit. Preston est un homme mort. Il n'a rien apporté à cette enquête contre mon père à part me mettre en colère après avoir fait des propositions à ma femme.
C'est agréable de savoir que je peux désormais le tuer avec la conscience tranquille. Honnêtement, je suis surpris que Rory ne l'ait pas poignardé. J'ai éclaté de rire quand elle a pratiquement menacé sa vie, mais mon humour a vite viré au vinaigre lorsque j’ai entendu le reste de la conversation.
Le procureur est une autre impasse, mais ce qu'il a fait est bien pire que ce que j'aurais pu imaginer. J'entraîne Rory avec moi au fur et à mesure que nous avançons dans ce piège que mon père a tendu. Tout ce que je fais a aussi un impact sur elle, et pour un homme qui faisait tout ce qu'il voulait sans s’inquiéter, c'est une pilule difficile à avaler. Elle ne mérite pas de vivre cette vie, de menacer des connards comme Preston à cause de moi. Je ne peux pas changer qui je suis, mais auparavant, je n'avais personne d'autre à craindre.
Enfin, ça n'a pas d'importance. Je vais faire tout ce que je peux pour garder Rory en dehors de ça, et s’il arrive un moment où les fédéraux s'en prennent à moi, alors je lui demanderais sa clémence avant de leur parler de mon passé violent. Si le moment arrive où ils me mettent en prison, alors je la forcerais à continuer sa vie sans moi. Ça me ferait mal de m'arracher le cœur ainsi, mais Rory ne mérite pas de me voir derrière une vitre chaque semaine. Je ne veux pas qu'elle emmène notre fils pour qu'il puisse rendre visite à son père en prison.
Putain, ce n’est qu’à condition que je survive au premier mois moi-même. Je pense que perdre ma liberté serait comme une condamnation à mort.
En soupirant, je réfléchis à ce que je faisais avant que ma femme ait sa rencontre avec le procureur. J'ai réclamé des faveurs toute la matinée, j’ai essayé d'obtenir du soutien au cas où mon père déciderait de frapper plus vite que prévu. J'ai des alliés au sein de la famille, certains sont fatigués du règne de mon père et veulent quelque chose de différent pour la mafia. Son retour au pouvoir a été inopportun et le soutien que j'avais obtenu des autres s'estompe rapidement.
Merde, je ne peux pas leur en vouloir. Personne ne veut affronter Carmine D'Agostino, surtout pas après ce qu'ils l’ont vu faire. J'ai encore quelques hommes à mes côtés, mais pas assez.
—Putain, je souffle en passant une main sur mon visage. Je sens l'étau se resserrer autour de mon cou chaque jour qui passe, je suis constamment sur le qui-vive au cas où mon père déciderait de frapper. Vincent et moi avons un pacte selon lequel il ferait sortir ma famille, y compris ma sœur, à la première menace de mon père, et même si je sais que Rory ne serait pas d’accord à ce sujet, je n'ai pas le choix. J'irais après lui, moi et moi seul.
Un peu plus tard, Vincent entre.
—Je vais le tuer moi-même, marmonne-t-il en se laissant tomber sur la chaise devant mon bureau.
—Fais la queue, je grogne. Où est-elle ?
—De retour au penthouse, répond-il avec un gros soupir. Elle est en sécurité. Je crois qu'Emilia revient.
—Bien.
Je veux qu'elle passe du temps avec son amie, qu'elle ait l'impression que sa vie est normale, même si c’est tout le contraire. —A-t-elle été suivie ?
—Pas que je sache, déclare Vincent. Je suis surpris. Je pensais qu'il aurait mis quelqu’un à vos trousses.
Ouais, moi aussi, mais je ne vais tout de même pas me relâcher.
—Tu as eu de la chance ? demande mon commandant en second au bout d'un moment.
—A peine, j’admets en froissant le papier devant moi et en le jetant dans la poubelle près du bureau. Ils ont tous peur de mon père, peu importe ce que je leur promets.
—S'il vient après nous comme ça, nous sommes vulnérables.
—Je sais, dis-je calmement. Et je ne peux rien faire d'autre que de te demander de sortir ma famille de là vivante.
L'expression de Vincent s'assombrit et je comprends qu'il déteste l'idée de me laisser affronter mon père presque seul. Vincent est présent depuis plusieurs années et il peut anticiper mes actions mieux que moi. Si je devais me lancer dans un combat inégal, je le voudrais à mes côtés.
Mais il a un rôle beaucoup plus important maintenant, et c'est de protéger le futur D'Agostino et mon putain de cœur.
—Patron, commence-t-il en s'éclaircissant la gorge. Je ne peux pas te laisser faire ça.
—Tu n'as pas le choix, je rétorque. Ma famille est tout pour moi, Vincent, et ils doivent être protégés à tout prix.
Il baisse la tête et je souffle.
—Je peux me débrouiller avec mon père.
—Mais il ne se battra pas à la loyale ! explose Vincent. Tu le sais ! Il ne risquera pas de perdre contre toi.
—Je le sais bien ! je m’écrie en me levant de ma chaise. Mais cela ne change rien au fait que je dois mettre Rory et Anthony hors de danger. Lorenzo et Angelica aussi. Je ne peux pas… je ne les laisserai pas être victimes de lui.
Vincent semble arrêter de lutter, et il se laisse tomber sur la chaise. —Je m'excuse, Don.
—Ce n’est pas la peine, je soupire en venant me poser devant les fenêtres qui surplombent la ville.
Je n’ai pas envie de me disputer avec lui. Je ne veux pas me battre avec personne d'autre que mon père. Je veux que cette merde soit terminée pour que nous puissions tous passer à autre chose, peu importe quelle forme ça doit prendre.
Nous partons peu de temps après, car ma sœur veut dîner avec moi, et je la retrouve dans notre restaurant préféré, qui est pratiquement vide à cause de la pandémie en cours.
—Nico, déclare-t-elle lorsque je la rejoins à sa table. Merci d'être venu. Je sais que tu as beaucoup de choses à faire.
Je saisis le verre de vin qui est déjà plein à ras bord. —Je ne suis jamais trop occupé pour ma petite sœur.
Elle lève les yeux au ciel.
—Comment va la famille ?
—Ils vont bien.
Elle joue avec le pied de son verre à vin.
—J'ai entendu dire que tu avais rendu visite à Père.
Je m’assois en arrière sur ma chaise, mon verre à la main. —J’ai bien peur qu’il l’ait exigé. Il a dit qu'il voulait rencontrer son nouveau petit-fils.
La bouche de Leda se tord et je me demande quand elle a croisé notre père pour la dernière fois.
—Que voulait-il vraiment ?
Je ne peux pas le lui dire. Je ne veux pas entraîner ma sœur dans le bordel qu’est devenu ma vie.
—J'ai besoin de quelque chose de ta part, lui dis-je à la place. Quelque chose d'important.
Elle hausse un sourcil.
—Qu’est-ce que je peux faire pour toi, mon frère ?
—Si la merde s’accélère, je commence, trouvant les mots difficiles à admettre. Assure-toi que Vincent évacue Rory et Anthony. Et toi aussi. Je vous veux tous loin de cet endroit.
Son expression s'adoucit.
—Oh, Nico, dit-elle. Qu'est-ce que tu vas faire ?
—Ça n’a rien à voir avec ce que je suis sur le point de faire, je déclare. C'est ce que Père va me forcer à faire.
Je dois le tuer. Je dois mettre fin à sa vie parce que si je ne le fais pas, il continuera à me poursuivre jusqu'à sa mort.
Leda soupire.
—Tu as tellement de choses maintenant, Nico. Tu as une femme merveilleuse et le petit garçon le plus mignon de la planète. Pourquoi ne pas partir ?
Je serre le verre de vin dans ma main.
—Il ne me laissera pas.
Je me souviens des menaces de mon père. Il veut que je souffre, et pour que cela arrive, il va s’emparer de ce qui est important pour moi. Il est hors de question que je lui tourne le dos et que je le regarde détruire ma famille. —Il va les tuer.
Leda prend une inspiration.
—D'accord, mon frère. Je te le promets.
C'est tout ce que je peux promettre à ma famille, qu'on s'occupera d'eux si cette merde devient encore plus laide.
Leda me regarde par-dessus le bord de son verre, les lèvres pincées.
—Mais qui va s'occuper de toi ? Je doute que ta femme parte de son plein gré.
Je souris à cette pensée. Rory fera probablement beaucoup d'histoires. —Elle n'aura pas le choix.
Leda secoue la tête.
—Mon Dieu, vous me rendez malade tous les deux avec la façon dont vous continuez à parler l'un de l'autre. Tu l'aimes vraiment, n'est-ce pas ?
—Ouais, je réponds, en pensant qu'il n'y a aucune raison de le cacher. Le sourire de Leda s'estompe et je réfléchis à la vie qu'elle a devant elle. Raison de plus pour tuer notre père afin qu'elle puisse être libérée de la prison dans laquelle il va la mettre avec un mariage arrangé. —Je suis désolé, Leda.
—C'est bon, vraiment, renifle-t-elle en regardant dans son verre. Si je dois le faire, je dois le faire, tout comme tu as été contraint de faire beaucoup de choses pour lui. J’aurais juste aimé qu’on le tue il y a longtemps.
Je ne peux pas être en désaccord avec ce sentiment, mais d'un autre côté, l'ingérence de mon père a en quelque sorte amené Rory dans ma vie, et c'est une chose que je ne suis pas prêt à rendre.
—Je vais m'en occuper, dis-je à ma sœur, en faisant le vœu de l'aider également dans sa vie. Je ne vais pas te laisser tomber.
Elle m'adresse un sourire triste en me tendant son verre. —Eh bien, je ne peux pas dire non à ça. Je t'aime Nico. Je pense que je ne te le dis pas assez souvent.
Je souris lorsqu’on trinque avec nos verres.
—Et moi aussi je t'aime, Leda.
Ses yeux s'écarquillent.
—Rory est bien pour toi. Je ne pense pas t’avoir déjà entendu l'admettre à voix haute.
—Est-ce que je viens vraiment de le dire à voix haute ? je demande avec un semblant d’effroi sur le visage.
Leda lève les yeux au ciel et cache son sourire derrière son verre. —Tu ne peux pas le reprendre maintenant, Nico. C'est dit.
Je n’ai pas envie de le reprendre. Si ma vie doit se terminer dans quelques mois, je veux m'assurer de ne pas avoir de regrets.
**
Après un long dîner avec ma sœur, à se remémorer certains souvenirs sans jamais mentionner notre père, je rentre chez moi. J'ai parlé à Rory plusieurs fois pendant le dîner jusqu'à ce qu'elle me dise finalement de la laisser seule et de profiter de mon temps avec ma sœur.
Maintenant, alors que j'entre dans le penthouse, je tends l’oreille pour l’entendre. Le salon est noir et je me dirige donc vers notre chambre, enlevant mon manteau au passage. Maintenant que j'ai les promesses de Vincent et de Leda, je commence à me sentir mieux dans ma capacité à protéger ma famille. Au premier signe, ils seront partis, et je les rejoindrai, mais seulement après avoir terminé les choses avec Carmine.
Pas avant. Nous ne pouvons pas nous enfuir assez loin pour l'empêcher de toucher ma famille, et le seul moyen de le faire est de le tuer. Tant que la mafia est dans la partie et sous sa coupe, il y a de nombreuses menaces auxquelles je dois faire face. C'est l'une des raisons pour lesquelles je voulais le détruire au départ.
Je trouve Rory et notre fils dans la salle de bain, elle prend un bain dans la baignoire avec Anthony dans un siège de bébé. —Nico, souffle-t-elle alors que je m'accroupis à côté d'elle. Comment était ton dîner ?
—C'était bien, je déclare en regardant notre fils. Je pensais qu'il serait déjà au lit.
Elle rit.
—Eh bien, c'était avant qu'il ne décide de vomir son lait sur tout son pyjama. C'est son deuxième bain de la soirée.
—Qu'est-ce qui ne va pas ? je demande à Anthony en levant ma main pour la poser sur son petit ventre.
Il roucoule lorsque je le fais, et je souris, appréciant le bruit. Il n'est rien d’autre qu'un bébé innocent, il n'a aucune idée du nom de famille qu'il porte.
—Il va bien, affirme Rory en finissant d’enlever la mousse de son petit corps. Petit gourmand.
Je retire ma main et Rory le sort de la baignoire, avant de l'envelopper dans une serviette à capuche.
—Je vais le prendre, dis-je, alors que j’ai besoin de me rappeler pourquoi je me bats.
Elle a l'air surprise mais elle me le tend.
—Qu'est-ce qui ne va pas, Nico ?
Je secoue la tête.
—Je veux juste passer du temps avec mon fils, c'est tout. Allez, prends ton bain. Détends-toi.
Une Rory stupéfaite accepte mon baiser sur sa tempe, et je sors avec mon fils dans les bras pour l'emmener dans la nurserie. Là, je l'allonge sur la table et l'essuie méthodiquement, ce qui me vaut quelques roucoulements et gargouillements de plus alors que je me bats pour mettre sa petite gigoteuse. Merde, il me ressemble, avec ses yeux écarquillés qui suivent chacun de mes mouvements jusqu'à ce que je le reprenne. —Il est temps d'aller dormir, petit bonhomme, dis-je doucement en m'installant dans le fauteuil à bascule près de son berceau pour bercer Anthony dans mes bras.
Comment mon propre père peut-il me regarder sans se souvenir de ces moments ?
Probablement parce qu'il ne nous a pas bercés. Il n'a probablement même jamais câliné l'un de ses enfants comme ça. Je ne serai pas comme lui. Mon fils saura qu'il est aimé de son papa, que je serai toujours là, et que quoi qu'il fasse, il est ma chair et mon sang. Je vais me battre pour lui, donner ma vie pour lui.
Cependant, je ne veux pas qu'il grandisse dans une famille mafieuse. Mon père aurait une crise cardiaque s'il savait que je songeais à dissoudre la famille au moment où il sera mort ou enfermé. Anthony doit pouvoir grandir comme il le souhaite, et non pas comme sa famille le décide, et je me fous du nombre de générations de D'Agostino.
Je vais être le dernier.
—Tu n'as rien à craindre, fiston, je chuchote alors qu'il bâille. Si je ne m'en sors pas, sache que je me serais battu jusqu'à mon dernier souffle pour toi et ta maman. Sache que je l'aimais beaucoup trop et qu'elle m'a sauvé en t'ayant. Sache que je ne suis pas sans défauts, mais il ne se passe pas un jour sans que je ne souhaite être un homme meilleur pour vous deux.
—Oh, Nico.
Je relève la tête et je vois Rory debout dans l'embrasure de la porte, des larmes coulant sur ses deux joues.
—Tu es censée être dans la baignoire.
—Et tu n’es pas censé parler comme ça, me réprimande-t-elle doucement en s'avançant vers nous. Et je t'aime tellement que ça fait mal parfois.
Je connais cette sensation. Elle tend la main et prend le bébé endormi de mes bras, presse ses lèvres sur son front avant de le déposer soigneusement dans son berceau. Je me lève de la chaise et me place à côté d'elle, glissant mon bras autour de sa taille.
—Il est tellement parfait, Rory, dis-je, la gorge nouée. Comment diable ai-je fait quelque chose comme ça ?
Elle se tourne vers moi, et place ses bras autour de ma taille pour me serrer contre elle.
—Voyons voir. C'était peut-être l'eau de la piscine.
Je ris en la serrant contre moi, pressant mes lèvres dans ses cheveux. —Alors nous devrions passer plus de temps dans la piscine. Je vais en installer une d'ici la fin de la semaine.
Rory s'écarte pour me regarder dans les yeux.
—Tu veux plus d'enfants, Nico ?
Avec elle ? Putain, ouais. J’aimerais une petite fille qui briserait le cœur de son papa simplement en me regardant comme sa maman le fait en ce moment. J’aimerais revoir Rory enceinte, voir son ventre s’arrondir avec notre enfant et savoir qu'elle est sur le point de me donner la meilleure des bénédictions.
—Ouais, je lâche. Et toi ?
Rory me lance le plus doux des sourires avant de presser ses lèvres sur ma mâchoire.
—Je suppose que nous pouvons continuer à nous entraîner alors.
—C’est ce que nous faisons ? je demande en tendant la main pour lui pincer le cul.
Elle continue simplement à sourire tandis qu'elle attrape ma main et me conduit hors de la nurserie. Putain, ouais, on pourrait continuer à s'entraîner aussi longtemps qu'elle le souhaite.
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