San Antonio 1 - San Antonio-Circulez Il N'y O Rien a Voir - Frederic Dard - Fleuve noir - 2010: Bloc de notas
Circulez! Y A Rien à P~
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CIRCULEZ! Y A RIEN À P~
Mais bon, on n’a pas d’autres encombres que cette frousse et il finit par stopper devant l’enseigne au néon bleu de l’Old Country. La boîte est coincée entre deu~ porches. Sur les marches de l’un, un vieux Noir coiffé d’un chapeau melon fredonne une mélopée. Sur l’autre, deux filles aux cheveux défrisés portant des manteaux de fourrure orange et mauve, fument je ne sais quelle saloperie qui empuantit l’air.
Mais ces trois personnages exceptés, la rue est vide.
— Vous pouvez attendre un instant? demandé-je au Philippin.
Il secoue sa bouille pareille à un plat d’offrande.
— Sûrement pas. Vous me payez et vous débarquez, ou alors je vous remporte dans des contrées plu5 sympas.
Moi, tu me connais? Bayard, en comparaison, était un bougre de foireux au froc plein de merde!
J’allonge un bifton vert au mec et il s’en va comme l~ fusée Ariane les jours où tout se passe bien. Je me di~ que M. Blanc va sûrement apparaître. Il aura surestimi le temps de ma venue. Alors je mets mes mains dan~ mes poches et je fais les quatre pas devant l’Ol~ Countiy. Le son d’un saxo déchire le silence.
Le me qui en joue est un virtuose. Son âme et ses poumon~ sont à l’unisson.
Bientôt, un piano le soutient. Puis ur deuxième saxo entre dans la partouze, et encore uni chanteuse noire qui me fait vachement songer à h Fitzgerald. Putain, quel instant! Le vieux au chapeat melon, les deux pétasses en fourrure de couleur. La rui obscure qui se perd dans l’angoisse. En face, il y a un di ces immeubles aveugles que je t’ai causé plus haut. Pa de lune mais des clartés froides sur le sol, au loin Saisissant! Malgré l’inquiétude latente, je prends ui pied terrible. Quand t’as le tempérament artiste, h réalité passe au second plan, fatal.
Je me laisse bercer pendant dix bonnes minutes. L~ musique s’interrompt. Une maigre ovation lui succède
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CiRCULEZ! Y A RIEN À VOiR
Je me dis : « C’est maintenant que Jérémie va sortir; il était pris par la magie du jazz. » Mais que tchi! Mon Noirpiot personnel n’apparaît toujours pas. Bon, à toi de jouer, l’artiste I
Et alors t’entres, et ça fait comme un bar avec deux trois tables et un comptoir. Des couples de Noirs consomment tandis que le barman en veste blanche abondamment souillée prépare des consos. Au-delà du comptoir il y a la salle, de dimensions moyennes, avec une estrade sur le côté gauche. D’une marche, l’estrade. Deux projos l’éclairent. Fixes. Y en a un braqué sur le pianiste, et l’autre qui occupe le centre de la scène. Les musicos, quand ils font un solo, viennent se placer alternativement dans le cercle de lumière jaune.
Dans le fond de la salle se trouve un deuxième comptoir.
Si tu crois que ma survenance fait sensation, tu te goures. Rien de plus impassible que des Noirs quand un blafard déboule dans leur univers. Comme s’ils ne le voyaient pas. Une grosse dame luisante, avec les cheveux crêpés large et qui porte une robe en lamé, dans les tons rose bonbon sucé, surveille les lieux.
Pas beaucoup de trèpe dans la taule. Un seul Blanc s’y trouve, en dehors de moi, et c’est l’un des saxophonistes. M’est avis qu’il doit jouir d’un statut spécial àtitre de musicien. C’est un petit juif qui ressemble àWoody Allen, souffreteux d’apparence, le dos rond, les tifs pendants. Mais quand il souffle dans sa grosse pipe d’argent, ça devient un typhon. Ses joues se gonflent pis que celles de Béru quand il cherche une rime à un pet.
Je parcours l’assistance du regard. Illico, je constate l’absence de M. Blanc.
S’est-il emporté précipitamment? Ou bien a-t-il eu un os? Je me laisse tomber sur une banquette, à l’extrémité d’une longue table. Non loin de moi, sur ma droite, une entraîneuse est en train Página 69
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