San Antonio 1 - San Antonio-Circulez Il N'y O Rien a Voir - Frederic Dard - Fleuve noir - 2010: Bloc de notas
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CIRCULEZ! Y A RIEN À VOIR
Ce dernier grimpe dans le camping-car. 11 farfouille et ressort au bout de peu.
Il va à son chef bien-aimé pour lui chuchoter un zigounou secret dans la manche àair. Dès lors, le shérif dégaine son Colt aux enzymes et le braque dans ma direction.
— Mettez les deux mains contre notre bagnole, je vous prie!
— Qu’est-ce qui se passe?
— Faites ce que je vous dis!
Le ton ne permet pas l’ergotage. Alors je prends la posture souhaitée. II me demande de reculer encore mes pieds de manière à me trouver totalement en position précaire, mes deux mains soutenant un équilibre instable.
— Surveillez-le, ordonne-t-il à Stan Laurel.
Laurel est hardi, car il vient très près de moi après avoir dégainé à son tour.
Voilà le shérif dans le camping-car. Moi, je savais bien que ça tournait en couille, mon affaire. Quand t’es un intuitif, tu perçois les cagateries avant qu’elles se produisent.
J’ignore ce que le shérif mate sur le siège passager, en tout cas ça l’intéresse. II saute de la tire et va ouvrir la porte coulissante latérale pour s’introduire à l’intérieur.
Le temps passe.
Mal. Une grosse mouche bleue qui me prend pour une merde (et elle n’a pas complètement tort) me trottine sur le pif et les contractions que j’opère pour l’en déloger doivent être vachement poilantes àregarder.
Je ne vois plus le shérif. C’est un homme qui prend son temps. Un appliqué, un minutieux.
Sa voix éclate dans le silence que trouble à peine le crépitement des insectes:
— Passez-lui les menottes, Hardy.
Stan Laure! décroche de son ceinturon une paire de bracelets en acier trempé.
D’une main, il tient son feu,
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de l’autre une boucle des cadènes. Il se rapproche encore de moi. Tu sais œ que c’est? Il arrive souvent qu’on parle sans réfléchir, contrairement aux miroirs qui réfléchissent toujours et ne parlent jamais, les veinards. Et il arrive aussi, mais c’est plus rare, qu’on agisse sans l’avoir décidé.
Alors moi: Primo: croc-en-jambe arrière. Deuxio: plongée fulgurante sur Laurel après une volte éclair. Troisio, emparade du Colt.
Quatrio: application dudit sur la tempe de l’assistant. Qu’heureusement, le capot de~ la voiture des perdreaux se trouve entre le shérif et ma pomme, sinon l’étoilé me flinguait comme un gréviste.
Quand tu t’engages dans une voie, il ne faut jamais faire demi-tour, mon petit gars, quand bien même elle est sans issue, c’est tonton Tonio qui te le dit.
—
Balancez votre Colt, shérif, crié-je, sinon je plombe votre guignol et vous assaisonne tout de suite après!
Mentalement, je compte les secondes : zéro zéro un, zéro zéro deux...
A zéro zéro huit, un pétard atterrit à quelques mètres de la voiture.
—
O.K.! fais-je.
Avant de me relever, je passe à Stan Laurel ses propres poucettes. Qu’après quoi, je m’avance vers le shérif, souriant.
—
Désolé d’employer des moyens de bandit, lui dis-je, mais vous ne laissez pas le choix.
A son tour il hérite ses menottes.
—
Pourquoi vouliez-vous m’arrêter?
—
Comme si vous ne le saviez pas! rétorque le beau gosse.
—
Non, collègue, je ne le sais pas. J’ai été enlevé par trois Chinois, à Overdose City, au début de l’aprèsmidi, et ils m’ont abandonné dans ce véhicule, en pleine nature après m’avoir estourbi.
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