Son amour impossible: une new romance italienne (French Edition)
Chapitre IX
Les dimensions du lit de son amante commençaient à se faire sentir sur son corps. Aussi longtemps qu’il l’avait tenue dans ses bras, il n’avait pas senti l’inconfort. Le corps doux et tiède de la jeune femme l’avait empêché de s’arrêter sur une telle banalité. Une fois sorti de ce maudit lit – même s’il devait plutôt le bénir –, car il avait été le témoin muet de son bonheur, son corps se permettait de se plaindre. C’était fou ce qu’un homme est disposé à faire quand...
Quand quoi ? s’indigna-t-il pour ce qu’il avait été sur le point de s’avouer.
— Ce n’est pas possible, dit-il dans le silence de sa spacieuse salle de bains.
Il finit de se préparer. Mais, il n'était pas prêt pour reprendre sa routine. La nuit dernière avait été la première qu’il venait de passer chez lui. Les trois précédentes, il les avait passées dans un studio de vingt mètres carrés. Il s’étonnait encore d’avoir résisté dans un espace aussi restreint, de sa propre volonté. La raison de cette prouesse avait une longue chevelure couleur de feu. Sa chevelure flamboyante inspirait une adoration sans faille. Ses grands yeux verts sondaient son âme jusque dans les moindres recoins. Son corps de rêve avait le pouvoir de faire de l’homme le plus puissant du monde une marionnette. Que dire de ses longues jambes ? Les mots lui manquaient, tout simplement, car même la liane la plus souple de l’Amazonie ou du bassin du Congo ne pouvait pas rivaliser avec elles. Que dire d’autre ? Il les adorait.
Durant les trois jours qu’ils avaient passés ensemble, ils avaient mis très peu le nez dehors. Pendant tout ce temps, ils avaient appris à se connaitre, ou du moins à connaitre le corps, l’un de l’autre. Sur ce point, il avait donné le meilleur de lui-même. Le corps de la jeune femme n’avait plus aucun secret pour lui. Désormais, il en maitrisait tous les endroits sensibles. Il savait où la caresser, la lécher s’il voulait la faire capituler ou pour l’envoyer au septième ciel. Son ardeur le surprenait. Elle était une novice, mais le plaisir qu’elle lui donnait, à chaque fois, était de loin le plus fort et le plus puissant qu’il ait jamais connu. Pourtant, en matière de femmes, il n’était pas un débutant. Les femmes, il en avait connu dans sa vie. Aucune ne lui arrivait à la cheville. Malheureusement pour lui, il sentait que la comparaison serait sa compagne fidèle, une fois que leurs chemins se sépareraient. Sans doute, il connaitra un avant et un après-Érica.
Il sourit en pensant à la façon dont elle l’avait chevauché la nuit dernière avant qu’ils ne se séparent. Arrivé chez lui, il n’avait pas pu fermer l’œil. Dans son lit, il s’agitait en proie au manque. Un vide en lui et autour de lui le tenaillait. Son lit lui semblait trop grand que d’ordinaire. S’était-il habitué à un lit de petites dimensions ?
Une habitude construite en trois jours ? demanda la voix moqueuse dans sa tête.
Non, peut-être un peu plus que ça. Les scientifiques parlent de trois semaines pour créer une habitude.
Qu’est-ce qui le dérangeait alors ?
Tu te sens seul dans ce lit, reconnais-le, mon vieux ! Elle te manque, lui souffla encore, la voix moqueuse, aux aguets pour lui signifier la vérité qu’il refusait de s’avouer.
C’est vrai, le lit lui paraissait trop grand et vide parce qu’il lui manquait de compagnie. Mais, pas n’importe laquelle, il en était conscient.
Il avait pu fermer l’œil très tard, mais s’était réveillé avant l’aube. Résistant à l’impulsion de l’appeler à une heure pareille, il s’était dirigé dans sa salle de gym au sous-sol. Après une heure et demie de course sur tapis roulant et de boxe, il avait pensé trouver du répit, mais cela n’avait duré que le temps de sa session massacrante de sport. À peine les yeux fermés, son visage lui était apparu. Des images de leur douche ensemble, l’un collé à l’autre, l’excitaient encore. En fait, cela avait été plutôt une danse sensuelle sous le jet d’eau. Quel moment mémorable ! Rien que le souvenir le mit dans le même état qu’un cheik dépravé dans un harem. Sa virilité était complètement réveillée.
La douche très froide ne lui fit rien. Il sortit de l’habitacle déçu et conscient que le remède n’était pas à la taille du problème.
Maintenant, il était en route pour son bureau où, sans aucun doute, il allait rencontrer son meilleur ami et associé. À n’en point douter, il est la personne la plus importante de sa vie depuis la perte de son père. Tel un frère, Riccardo avait entièrement confiance en lui, et il le lui rendait bien. Serait-il en mesure de le regarder dans les yeux après sa traitrise ? Il savait que leur mariage était de convenance, mais tout de même... Elle avait été son épouse, bon sang ! Ce statut aurait dû la rendre intouchable à ses yeux. Ce n’était pas le cas. Il avait essayé de la sortir de sa tête. Dieu, il avait tout essayé ! Pendant deux longues années, il avait fait semblant de n’éprouver qu’indifférence pour elle. Il avait même commencé à s’éloigner de son ami par peur de la rencontrer, mais surtout de se trahir. Et, maintenant ? Hélas, il se trouvait au point de départ. Pour éviter un scandale et continuer de cacher à Riccardo sa trahison, il devait la tenir loin de sa vie.
C’est ce que tu es en train de faire, le rassura sa voix intérieure.
Avant de descendre de la voiture, il pria pour que ses talents d’acteur soient à la hauteur de la situation.
À peine s’enferma-t-il dans son bureau que Riccardo frappa. Il entra sans attendre sa réponse.
— Tu vis ? lança-t-il.
— Buongiorno fratello. Je suis ravi de te voir, moi aussi, dit-il, conscient de prendre du temps, car il savait bien à quoi la question de Riccardo faisait allusion.
Depuis son retour, il avait évité de prendre ses appels pour ne pas lui mentir. Il lui restait encore un brin de loyauté.
— Oui, tu as raison. Buongiorno à toi aussi. Mis à part ces convenances dont nous pouvons bien nous passer, peux-tu me dire où tu étais passé ?
Il était gaillardement debout au milieu du bureau. Tous les deux étaient bien bâtis et grands de taille, même si Giuliano avait quelques centimètres de plus. Assis, il se sentait en position de faiblesse.
— Tu sais bien que j’étais...
— Tu es parti après trois jours. Puisque ton téléphone était injoignable, j’ai appelé la filiale française pour te parler, mais on m’a informé que tu n’y étais plus. Oses-tu me dire le contraire ?
— Bien sûr que non.
Riccardo s’approcha jusqu’à toucher le bureau qui les séparait. Il se pencha en s’appuyant sur ses bras pour lui faire face. Comme dans un défi digne de titans, ils étaient littéralement face à face.
— Tu es sûr que ça va ?
— Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi. Je sais prendre soin de moi.
— Je sais, “Monsieur je n’ai besoin de personne”, commença Riccardo. Mais, je ne peux pas m’en empêcher. Tu es davantage qu’un frère pour moi.
— Ricky...
— Gio, le coupa-t-il à son tour. Je souhaiterais juste que tu me parles si quelque chose ne va pas.
La sollicitude de son ami le touchait énormément, mais elle le culpabilisait encore plus.
— Tu n’es pas dans ton état habituel. Ne me dis pas le contraire, lui dit-il en levant la main pour le bloquer alors qu’il s’apprêtait à riposter. Je te connais. Quelque chose te tracasse. Mais... je ne vais pas t’obliger à me parler. J’aimerais que tu le fasses volontairement.
— Effectivement, je le ferai si nécessaire. Mais... ce n’est pas le cas.
À ces paroles, Riccardo leva les mains en signe de résignation.
— D’accord. Tu n’as donc aucun souci ?
— Oui ! Tout va bien.
Il devait ajouter quelque chose d’autre s’il voulait le convaincre.
— J’avais besoin de prendre deux jours de congés. Après m’être assuré que tout allait bien dans les bureaux à Bordeaux, je me suis rendu dans mon appartement à Paris. Tu me suis ?
— Ah oui ! Là, je commence à comprendre, le taquina son ami. Je parie que tu n’étais pas seul, conclut Riccardo en lui faisant un clin d’œil.
Inutile d’ajouter quoi que ce soit. Il le laissa tirer ses conclusions. De toute façon, il était bien accompagné. Il prit juste le soin d’omettre le nom de la personne.
— Tu sais Gio, tu as bien fait. Parce que, je commençais à craindre que tu te fasses moine.
Les deux hommes éclatèrent de rire. Lui, moine ? Pas avant que les poules aient des dents. Quand il pensait à ses nuits avec Érica, ces trois derniers jours, il s'apercevait de combien son ami tapait à côté.
— Moi, moine ? Tu es sérieux, vieux ?
Riccardo l’observa un instant dans une pose faussement pensive.
— Non ! Comment ai-je pu imaginer une telle chose ? Quand je pense à ma relation avec Camilla, je me pose la question : comment un homme peut-il faire un tel choix ? Si je n’avais pas visité les monastères et connu les moines, j’aurais juré que c’est un mythe.
Giuliano était vraiment heureux de retrouver son ami. Il se surprit à rire de bon cœur. Regardant son ami, il se dit in petto :
Tu bruleras en enfer pour ta traitrise, mon vieux.
Comment avait-il pu trahir son meilleur ami de cette façon ? On ne touchait pas la femme qui avait appartenu à un frère. Trêve de culpabilité, s’intima-t-il en cherchant à se convaincre que ce n’était pas le moment de penser à ça. En plus, ce qui est fait est fait. On ne peut pas revenir en arrière.
— Pour ma part, je renonce à toutes les femmes. Mais, je préfèrerais mourir que de renoncer à Camilla. Je donnerais ma vie pour ne plus jamais vivre loin d’elle.
— Tu comprends pourquoi j’évite ces choses ?
— Quoi ?
— Je déteste cette dépendance envers une autre personne. Je veux rester libre.
— Gio crois-moi, tu le dis parce que tu n’es pas encore amoureux. Le jour où tu rencontreras la femme de ta vie, tu verras que tout perd son sens loin d’elle.
— C’est surement l’expérience qui parle.
— Exact, frérot. J’ai repris à vivre depuis que Camilla est revenue dans ma vie.
Riccardo avait pris un air solennel. Cela le mettait un peu mal à l’aise. Ses dernières paroles faisaient écho à des questions qu’il ne voulait pas approfondir. Parce qu'il était convaincu qu’elles déboucheraient sur des conclusions qu’il ne pouvait pas se permettre.
— Avec elle à tes côtés, tu as quand même eu le temps de te préoccuper de moi ? Tu me déçois, frérot, préféra-t-il plaisanter.
— Touché, répondit Riccardo. Mais, un frère, c’est tout de même sacré, non ?
— Oui. Tu as raison. Je te pardonne, dit-il d’un ton ironique. Mais, plus de distraction, sinon je devrais te faire un de ces discours que doit faire un grand frère, continua-t-il devant l’hilarité contagieuse de son ami.
Ils se racontèrent d’autres choses qui caractérisaient une longue amitié. Puis, en hommes d’affaires qui se respectent, ils abordèrent les différentes questions liées à leur entreprise. Ce fut ensemble qu’ils sortirent tous deux du bureau de Giuliano pour aller à une réunion qu’ils devaient présider. De réunion en réunion, il passa le premier jour d’une semaine qui s’annonçait longue.
***
Érica s’était efforcée de ne pas y penser de toute la journée. Comme toute chose que l'on fuit, elle nous poursuit. Il était rentré chez lui hier, tard dans la nuit, la laissant plus seule qu’avant. Même son petit studio lui semblait grand, comme un stade de foot. Elle se sentait comme une étrangère dans son propre appartement. De plus, il lui manquait énormément.
Elle mourait d’envie d’entendre sa voix. Mais, elle devait tenir le coup. Après trois jours d’affilée ensemble, c’était normal qu’elle se sente ainsi. Avec un peu de patience, le temps effectuerait son travail et elle finirait par reprendre le cours de sa vie. Il avait été catégorique : leur relation n’avait pas de futur. Juste le temps d’un weekend pour se libérer du désir qui les tenaillait tous les deux. Si pour lui, cela avait fonctionné, elle, de son côté, ne savait plus à quel saint se vouer. Elle alternait entre la raison et la passion. Comment concilier les deux ? Ça, on ne l’enseignait pas à l’école. Comme ce n’est écrit nulle part, chacun devait faire à sa manière. En un mot, on se débrouille, en croisant les doigts pour que ça marche.
Au réveil, elle avait pensé que se consacrer à une activité l’aiderait surement. Elle était sortie de chez elle, confiante. Avec un tas de Curriculums Vitae dans le sac, elle était partie à la recherche d’un boulot. Au retour, elle avait nettoyé une partie de la cuisine du magasin. Ne pouvant pas faire plus que ça, car la pièce était en pleine restauration, elle dut se rendre à l’évidence : elle devait apprendre à vivre avec son malaise. À chaque heure qui passait, elle se rendait compte de sa méprise. En fait, elle avait fui son studio parce que tout lui rappelait l’homme qu’elle voulait désespérément oublier. La pâtisserie aussi, comme dans un complot contre elle, l’avait trahie. Elle sentait encore son parfum dans la pièce en désordre.
Les larmes menacèrent de couler au souvenir de ses paroles.
Tu y arriveras. Félicitations !
Cette petite phrase la comblait outre mesure. Elle renifla pour ne pas sangloter. Ces paroles touchaient une corde sensible en elle. Ces encouragements, elle les avait désirés toute sa vie. Qu’ils viennent de lui la bouleversait grandement ! En fait, c’est avec lui qu’elle avait osé parler de ses ambitions. Elle lui avait ouvert son cœur. Il l’avait gratifiée de la meilleure des façons : en lui offrant son soutien. Elle se rappellerait ce moment-là et ses paroles pour le restant de ses jours. À dire vrai, elle gardait chaque instant avec lui au fond de son être comme son plus beau trésor. Le moindre détail, même si cela n’avait duré que deux jours, avait laissé une trace indélébile.
Érica décida que se morfondre dans ses ruminations ne lui apporterait rien de bon. Elle alla au parc pour donner à manger aux pigeons même si c’était interdit. Mais, elle avait tellement envie de prendre soin de quelqu’un ou de quelque chose. En fait, c’était son propre besoin d’être choyée qu’elle cherchait désespérément à combler en prenant soin de ces volatiles. Il avait pris soin d’elle pendant trois jours. Ses soins lui donnaient un aperçu de sa vie à ses côtés. Hélas, il l’avait abandonné juste après. Si son parfum n’imprégnait pas son studio, elle aurait juré que tout n’avait été qu’un mirage.
À dix-neuf heures, elle se résolut à rentrer chez elle. Elle changea les draps où ils avaient fait l’amour tant de fois. Les draps, en effet, étaient imprégnés de leur fragrance. Cette fragrance emprisonnait l’âme de leur union. Elle le définissait l'essence de l’amour. Lui aurait dit, le parfum du désir. Même les fenêtres étaient grandement ouvertes pour chasser ce parfum entêtant qui la déridait sous le nez. Après la douche, elle opta pour un jus de fruits, puisqu’elle n’avait pas faim. Elle se passerait du diner, ce soir.
Quelle vie triste et solitaire, pensa-t-elle en regardant autour d’elle.
C’est ta faute, ma pauvre petite. Tu n’aurais pas dû succomber, se dit-elle tristement.
Elle avait le cafard. C’était durant ce genre de jour qu’elle pensait à sa mère et se demandait pourquoi elle l’avait abandonnée. Petite, elle avait pensé pendant des années qu’elle était partie par sa faute. La nuit, elle suppliait Dieu ou le père Noël de ramener sa mère contre la promesse d’être sage. Ses prières étaient restées inexaucées. À chaque nativité, elle ne demandait rien d’autre que la revoir. Adolescente, elle avait compris qu’elle ne reviendrait jamais. C’est ainsi qu’elle avait arrêté de prier et d’espérer son retour.
Il était presque vingt-et-une heure, elle sirotait encore son jus, perdue dans ses pensées. Prévoyant une longue nuit d’insomnie, elle ne savait pas quoi faire pour s’occuper. Elle était plutôt apathique. Se mettre au lit restait la seule solution, car elle était encore convalescente, même si elle savait aussi qu’elle ne parviendrait pas à fermer l’œil, en dépit de sa fatigue.
La sonnette la sortit de ses pensées. Personne ne pouvait venir la visiter à une heure pareille. C’est surprenant, puisque ses proches ignorent son adresse actuelle. Le seul qui savait où se trouvait son domicile avait décidé de ne pas la fréquenter. Ce ne pouvait pas être lui. Elle arqua les épaules, convaincue que c’était chez les voisins. Dans le silence de la nuit, elle entendait la sonnette des voisins. Un vieil immeuble comme le sien souffrait de ce genre de déconvenue.
La sonnette retentit une encore. Cette fois, le doute n’était pas permis. C’est bien chez elle que l'on venait de sonner. Son cœur se mit à battre la chamade. Au fond, elle espérait que c’est lui.
— Seigneur ! Je vous en prie, faite que ce soit lui, pria-t-elle en allant répondre.
— Oui, dit-elle.
— Bonsoir, Érica...
Elle ouvrit sans plus attendre. C’était bien lui. Le regard vers le ciel, elle sourit en signe de gratitude. Ainsi, Dieu entendait quelquefois ses prières. Elle le remercierait infiniment d’exaucer celle-ci. Quand il arriva devant la porte, elle le laissa passer devant elle avant de fermer la porte. Incapable de faire le moindre pas, elle s’adossa à la porte. Une seule question luttait contre son envie de se jeter dans ses bras. Que venait-il faire chez elle ?
— Tu as déjà diné ?
— Non, je n’avais pas faim.
— J’ai apporté de quoi diner.
Il la regarda longuement avant d’ajouter :
— Tu me tiens compagnie ?
L’émotion étant à son zénith, elle acquiesça en silence, incapable de parler. En posant un pied devant l’autre, elle se dirigea vers la cuisine. Étrange ! Elle avait l’impression de devoir réapprendre à marcher. Il la suivit silencieusement. Une question planait dans l’air. Si de son côté, elle ignorait comment la poser, lui donnerait tout pour ne pas répondre.
Il déposa deux paquets sur la table pendant qu’elle prenait les assiettes pour préparer la table. Il ne manquait plus que les verres. Elle les rangeait dans l’armoire qui se trouvait derrière lui. Pour les prendre, elle devait passer devant lui. Courageusement, elle s’approcha, mais il ne bougea pas d’un pouce. Vu la petitesse de la pièce, s’il ne se déplaçait pas, elle ne pourrait pas passer. Qu’était-il en train de faire ?
— Je dois récupérer... les verres derrière...
— Regarde-moi !
Giuliano prit entre ses doigts son menton. Les mains tremblantes, elle rencontra ses yeux. En ce moment, elle avait du mal à soutenir ce regard. Une grande peur la paralysait. Ses yeux risquaient de lui dévoiler le désarroi dont elle avait souffert à cause de son absence.
En un mouvement, il l’attira par la taille, elle se laissa aller contre son corps musclé. Elle avait tellement besoin de sentir ce corps contre le sien. En un mot, elle avait besoin de lui. Sentant la preuve évidente de son désir, elle lui offrit ses lèvres. Il les prit sans se faire prier. Le baiser était avide. Ils ressemblaient à des rescapés dans le désert, l’un étant l’oasis de l’autre. Giuliano la dévorait littéralement. Il passa l’une de ses mains sous son body pour caresser les seins. Au contact de sa main sur sa peau, un brin de raison lui revint. La bulle éclata.
Au prix d’un effort presque surnaturel, elle arrêta sa main et l’éloigna de la zone sensible. Il soupira en la dévisageant sans rien dire.
— Arrête... je t’en prie ! lui dit-elle, quand il voulut la ramener contre son torse.
— OK !
— Que fais-tu ici ?
La question qui lui brulait les lèvres depuis son apparition.
— J’ai pensé que diner en compagnie est mieux qu’être seul. De toute façon, tu dois manger, non ? Qu’est-ce que ça peut changer de le faire avec moi ?
— Tout ! répondit-elle, presque dans un cri.
— Érica...
— Tu avais dit, qu’après le weekend, nous...
— Je sais ce que j’ai dit, d’accord ? la coupa-t-il, irrité.
Pourquoi devait-elle lui rappeler son incohérence et son absurdité ? Oui, penser que trois jours lui suffiraient pour la sortir de sa peau était insensé.
— Je te prie de m'excuser d’être venu. Je n’aurais pas dû venir, tu as raison.
Levant les mains en signe de capitulation, il s’éloigna de la cuisine et se dirigea vers la porte. Il l’ouvrit, mais ne sortit pas aussitôt. Il se retourna pour regarder la jeune femme qui était de l’autre côté de la pièce et le regardait, abasourdie.
— J’avais une chose à te dire. J’aurais pu le faire au téléphone. Puisque je suis déjà là, il vaut mieux le faire maintenant, si tu permets.
— Oui, murmura-t-elle.
— C’est une proposition que je voulais te faire. Prends ton temps avant de me donner une réponse.
— Je ne...
— Laisse-moi finir, s’il te plait.
— Excuse-moi !
— Je veux te proposer un travail. Je sais que tu dois en trouver un.
— De… quoi s’agit-il ?
Il n’allait quand même pas oser lui demander de devenir sa maitresse ?
— Je dois meubler et décorer ma maison. Je sais que tu es plutôt douée pour ce genre de chose même si tu n’es pas une professionnelle. J’ai adoré ton travail chez Riccardo.
Ce ne fut qu’après qu’il finit de parler qu’elle reprit une respiration normale. Elle avait craint le pire. Au lieu de ça, il lui faisait une proposition alléchante, en des termes très élogieux. Bien qu’elle ne fût pas une professionnelle, et qu’il pût s’offrir les services des designers d’intérieur les plus cotés du pays, il se fiait à elle.
— Pourquoi moi ?
— Parce que tu es plutôt doué dans la déco à ce que je sache.
Par cette proposition, il lui faisait un grand honneur. La maison avait appartenu à son père. C’est là qu’il avait grandi. Et, il la lui confiait. Son cœur débordait de joie, mais elle s’obligea au calme, car elle devait comprendre.
— Un professionnel saurait mieux te satisfaire.
— Écoute, Érica, tu n’es pas obligée d’accepter... C’est pour t’aider.
Son visage sévère trahissait de la colère. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était la raison de son changement d’humeur. S’était-il senti rejeter parce qu’elle avait arrêté leur baiser qui aurait mené à quelque chose d’autre ? Elle avait du mal à le suivre. Il lui lançait des signaux contradictoires. Parfois, il se comportait comme s’il tenait à elle, alors que tout ce qu’il voulait, c’est prendre du bon temps. L’arrêter avait été la chose la plus juste qu’elle avait pu faire même si ç'avait aussi été très difficile. Tandis qu'il se préoccupait que de son plaisir, elle devait penser à son cœur. Son pauvre cœur lui réclamait sa protection. Une autre partie de ce même cœur ne demandait que des ailes pour prendre son envol. Au lieu de faire voler son cœur par les ailes de l’amour, il l’avait plutôt volé.
Le problème avec les ailes, c’est que l'on y prenait gout. Sans s’en rendre compte, on se retrouve à voler tellement haut que les ailes risquent de se briser. Alors, la chute est fatale. L’éviter à tout prix est son but.
— Tu sais quoi ? Oublie ça. J'ignore ce qui m’a pris de te...
— Non. Ton offre m’intéresse... si elle tient toujours, bien sûr, se pressa-t-elle de préciser tandis qu'il la scrutait.
Ça va, la prudence, mais qu’elle ne nous empêche pas de vivre tout de même. Or, elle avait besoin d’argent pour ouvrir sa pâtisserie. La réalisation de ce projet signifierait pour elle le début d’une nouvelle vie.
Face à son silence, elle déduisit qu’elle avait perdu sa chance. Sa perplexité lui avait fait changer d’avis. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, dans l’attente d’une réponse.
— Je passerai te prendre demain dans l’après-midi pour visiter les lieux. Ça te va ?
— Je... oui, balbutia-t-elle, incrédule.
Il disparut dans l’obscurité de la nuit tel un amant qui abandonne une maitresse pour aller retrouver son épouse.
Est-ce que son esprit divaguait ? Giuliano n’était pas un homme pour le mariage. Il était de ceux qui le fuyaient comme la peste. Elle se rappelait encore l’une de ses conversations avec Riccardo qu’elle avait surpris.
— J’ai du mal à croire que tu vas te marier. Pourquoi, Ricky ?
Le ton dégouté de la question résonnait encore dans sa tête. En revanche, des maitresses, il devait en entretenir plusieurs. C’était le genre d’homme qui ne promettait rien et précisait ses intentions dès le début. Pas la moindre équivoque. Sa devise restait : du plaisir et rien que du plaisir. Les femmes qu’il fréquentait connaissaient les règles du jeu et les respectaient. Il avait été clair avec elle aussi en évoquant que le désir entre eux. À priori, il avait dévoilé ses cartes sans rien lui promettre. Voilà pourquoi, elle avait du mal à comprendre son comportement. Était-il en manque de maitresses, en ce moment, pour faire entorse à ses propres règles ? Même si voilà un bon moment que l'on ne l’avait pas vu avec une femme au bras, elle doutait qu’il soit en manque. Les femmes lui couraient après. Dans la bourgeoisie bergamasque, on le qualifiait d’un bon parti, doté d’une grande beauté, ce qui ne gâchait rien. Lors des cérémonies, elle tendait l’oreille, avide du moindre détail le concernant, alors qu’il lui vouait une indifférence sans bornes. Depuis qu’elle ne fréquentait plus ce milieu, elle en savait très peu sur lui.
— Pense plutôt à la possibilité que ce travail va te donner, s’intima-t-elle.
En effet, c’était une proposition en or qu’il venait de lui faire, et elle ne l’avait même pas remercié. Elle se rattraperait le lendemain après-midi. Une fois le diner mis au frigo, elle alla se coucher.
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