Son amour impossible: une new romance italienne (French Edition)
Chapitre VIII
Les dimensions du lit les obligeaient à se tenir l’un contre l’autre. Giuliano avait pris l’habitude de la tenir sur son buste après l’amour. Elle reposait paisiblement sur son torse en caressant la toison brune qui le recouvrait, tandis qu’il caressait la douceur de sa chevelure flamboyante. C’était si bon de se prélasser, ainsi enlacés l’un dans les bras de l’autre.
— Pourquoi vis-tu ici ?
Son corps se tendit par l’invasion que constituait cette question. Elle avait craint ce genre de question dès qu’elle s’était réveillée avec lui dans son studio. De plus, répondre sans se trahir devenait difficile. Or, elle préférait ne pas trop se dévoiler dans cette relation vue qu’elle est temporaire. Néanmoins, elle mourait d’envie de se confier à lui. Elle n’avait personne avec qui le faire depuis la fin de son mariage et l’ostracisme de son père. Tous ceux qu’elle considérait comme des amis lui avaient tourné le dos à l’annonce de son divorce et de la campagne diffamatoire que son père lui avait faite. Elle pouvait au moins lui raconter quelques bribes de son histoire, sans vraiment rentrer dans les détails, sans trop dévoiler son âme.
— J’ai investi toutes mes économies dans la pâtisserie.
— Quelle pâtisserie ? demanda-t-il, hébété.
— La mienne. Elle est juste en bas du studio. J’ai déjà acheté tous les appareils. Il ne me manque que de finaliser certaines démarches pour l’ouverture et faire les derniers travaux de finition. C’est pourquoi j’avais accepté le boulot à la gare. Ma paye m’aurait permis de faire face aux dépenses les plus urgentes.
Son compagnon l’écoutait attentivement, mais son regard trahissait une grande perplexité. Malheureusement, elle ne voulait pas lui donner plus d’explications. Elle se tut.
— Pourquoi dois-tu faire des sauts mortels financièrement alors que tu es l’une des héritières les plus riches de cette ville ?
— Plus maintenant ! lâcha-t-elle d’un air faussement gai.
— Pourquoi ? insista-t-il.
Elle se passa les doigts dans sa chevelure pour prendre du temps. Comment le lui dire sans vraiment mettre à nu son âme ?
— Nous nous sommes disputés, mon père et moi, commença-t-elle timidement.
— Et… ?
— Je l’ai vraiment contrarié et… En fait, il m’a… déshéritée, bégaya-t-elle. Pour lui, je suis morte, finit-elle avec une voix remplie de trémolos. Elle essaya de se lever pour mettre un peu de distance, mais il l’en empêcha.
Parler de ce qui s’était passé entre eux lui brisait le cœur. Leur
dernière dispute avait sonné le gong sur son espoir de le voir un jour lui témoigner de l’affection. Elle ignorait si sa mère vivait encore. Son père, lui, ne voulait pas d’elle. Elle se retrouvait seule au monde. La seule personne en mesure de la sortir de sa solitude venait de lui faire comprendre qu’elle ferait mieux d’abandonner tout espoir dans ce sens-là.
Oui, elle acceptait maintenant l’idée de l’impossibilité d’une relation normale avec son père. Le rejet de Giuliano, en revanche, brulait encore. La blessure était toute neuve.
— Ne pleure pas !
Les paroles de son partenaire la firent sortir de ses ruminations. Ce fut alors qu’elle se rendit compte qu’elle sanglotait. La douleur du manque de rapport avec sa famille demeurait insoutenable. Tous les efforts pour mériter l’amour paternel étaient restés vains. Son idylle avec Giuliano n'aurait pas non plus la chance de grandir, de croitre.
— Je t’en prie, ne pleure pas, lui dit-il tout en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues rougies.
— Excuse-moi !
— Tu n’as pas à t’excuser, Érica.
Sa douceur toucha une corde sensible en elle. Au lieu de se calmer, ses larmes redoublèrent. C’était comme les écluses d’une rivière. Une fois qu’elles cédaient en une pluie torrentielle, l’eau devait suivre son cours. Toute tentative de les arrêter serait vouée à l’échec. Elle pleura tout son soul.
— J’ai du mal à comprendre qu’un homme déshérite son propre sang.
— Il n’a jamais voulu de moi. C’est un garçon qu’il désirait. En plus, je suis nulle en affaires. Seule la pâtisserie me fascine.
— Mais, un garçon ou une fille, un enfant reste un enfant.
— Comment peux-tu le savoir ? Tu n’es pas père. C’est avec ces paroles qu’il se défendait.
— Je ne suis pas un père, c’est vrai. Mais, le mien aurait affirmé la même pensée, j’en suis sûr. Et, je suis entièrement d’accord avec lui.
— Le mien, malheureusement, ne voit pas les choses de cette façon.
— Qu’as-tu fait d’aussi grave ?
Elle hésita un instant, mais elle s'apercevait qu’elle en avait déjà trop dit pour faire machine arrière. Si elle n’étanchait pas sa soif, il chercherait à découvrir la vérité par d’autres bouches que la sienne. Ça, elle ne le supporterait pas.
— Je n’ai pas su retenir Riccardo. Par-dessus tout, je n’ai pas pu lui donner un petit-fils qui porte le sang et le nom des Ravasio.
— Il y tenait tant que ça ?
— Pas pour le petit-fils en soi, mais pour assurer ses intérêts au sein de la Ravasio Group. Il voulait être le principal associé de l’entreprise. Le mariage et un héritier le lui auraient garanti. Il a failli me tuer quand le père de Riccardo a accepté de te vendre quarante pour cent de leurs actions. Ce choix faisait de toi l’un des majeurs actionnaires, au même titre que Riccardo. C’était son rêve à lui.
— Mais… ton père est fou. Pourquoi est-ce ta faute ? Je ne comprends toujours pas.
— J’étais censé chanter Riccardo et sa famille pour qu’il soit le favori.
— L’as-tu fait ?
— Non, mais je lui aie menti que je l’avais, mais que Riccardo n’avait pas succombé.
— Je vois. Mais pourquoi t’en vouloir jusqu’à ce point ?
— Il m’a suppliée de ne pas accorder le divorce à Riccardo tant que je ne lui aurais pas fait un bébé dans le dos avant de laisser le foyer conjugal. Quand j’ai refusé, il m’a alors dit qu’il allait me déshériter. Au début, j’ai pensé qu’il bluffait. Quand il a jeté mes affaires dehors en pleine nuit, j’ai compris qu’il ne rigolait pas.
— L’aurais-tu voulu ?
— Quoi ? demanda-t-elle en levant finalement les yeux vers lui.
— Faire un bébé avec Riccardo.
— Dès le début, je savais que l’option faisait partie de tout le packaging. Mais, le mettre en exécution n’était pas si simple que ça. La pression de mon père me…
— Tu espérais rester mariée ? la coupa-t-il.
— Non. Cependant, j'étais déterminée à tout faire pour mériter son affection, lui confia-t-elle avec une voix très contrite en le fixant droit dans les yeux comme si elle voulait lui faire comprendre toute son amertume.
— Pourquoi ?
— Je voulais rendre mon père fier de moi. J’étais prête à tout pour y parvenir. Quand il m’a expliqué que s’associer avec les Ravasio était son vœu le plus cher, j’y ai vu l’occasion pour moi d’y arriver, poursuit-elle après une longue pause.
— Un mariage, c’est sacré !
— Je sais.
— Pourquoi avoir voulu divorcer, alors ?
Troublée, elle avait du mal à continuer. Elle ne savait pas comment lui faire comprendre à quel moment les choses avaient commencé à se compliquer.
D’un signe de tête, il l’encouragea à continuer.
— Au début, tout allait bien. J’étais très déterminée et je ne doutais pas un instant de parvenir à nos fins.
— Mais ?
— Tu sais déjà le reste de l’histoire…
Elle divaguait pour prendre un peu de temps, car elle n’était pas encore prête à tout lui révéler.
Son hésitation l’obligea à insister.
— Érica… ?
— Mais, je… Je t’ai rencontré.
Giuliano plissa le front en la dévisageant. Il se leva du lit pour se mettre contre la fenêtre dans une pose nonchalante qui tromperait plus d’un. Elle avait appris à le connaitre. Elle savait que son impassibilité n’était qu’une façade. Ce qu’elle venait de lui confier l’avait beaucoup touché, surtout sa dernière phrase. Sa mâchoire tendue le lui confirmait. Il mit ses mains dans ses poches, mais les ressortit aussitôt qu’elle recommença sa confession.
— Même après le mariage, je n’arrêtais pas de penser à toi et…
— Serais-tu en train de dire que c’est à cause de moi que…
— Non. Je ne veux pas t’endosser la faute de l’échec de mon mariage, se pressa-t-elle de le rassurer. Notre rencontre n’est pas la seule cause. Nous avions aussi du mal à nous laisser aller, Riccardo et moi.
Malgré sa mise au point, il ne desserra pas les mâchoires. Son regard scrutateur continuait de peser sur elle. Sans aucun doute, sa déclaration ne lui plaisait pas. Il était sorti du lit comme s’il était en feu juste après sa confidence. Si elle lui avait avoué la vérité sur l’impact de leur rencontre dans sa vie, ce n’était pas pour lui en faire un reproche. Elle tenait à ce qu’il le comprenne. Son union de convenance avec l’héritier des Ravasio était destinée à l’échec, car dès le début, elle avait compris que les sentiments n’y auraient jamais leur place. En fait, à bien y penser, sa rencontre avec lui n’avait été qu’un déclic. Elle avait alors décidé de ne plus passer toute son existence à servir les intérêts des autres. La première place dans sa vie devait être réservée à elle-même. Malheureusement, le désir de plaire à son père était si fort qu’elle aurait vendu son âme. Ce ne fut qu’après que ses yeux eurent croisé ceux de Giuliano que l’incertitude avait commencé à naitre en elle. Elle s’en souvenait comme si cela s’était passé hier. Pour la première fois, elle s’était demandé si c’était réellement son désir. Comme toute personne longtemps assujettie, elle avait fait taire ses perplexités et avait foncé droit dans le désastre. Souvent, elle se culpabilisait en disant que si elle avait écouté ses doutes, elle se serait épargné bien des douleurs, à Riccardo aussi. Ce dernier avait sacrifié sa relation avec Camilla, la femme qu’il chérissait plus que tout, pour satisfaire ses parents. Riccardo n’avait pas eu le choix, car le futur de l’entreprise familiale et la santé de son père reposaient sur ses épaules. Heureusement que les deux tourtereaux avaient fini par se retrouver. Elle n’espérait pas le même happy end, car pour eux l’amour n’était pas réciproque.
— Es-tu en train de me dire que tu es amoureuse de moi ?
Que répondre à une question si directe ? La sincérité est impensable. Par chance, elle pouvait lui avouer qu’une demi-vérité : une partie de la réalité.
— Je l’étais…
Le soupir de soulagement qu’il émit finit de la convaincre que toute vérité n’était pas bonne à avouer. En fait, elle ne lui avait pas menti, mais avait juste omis certains faits. Elle avait bien été amoureuse dès le premier instant de leur rencontre. Face à ses réactions, elle avait préféré omettre la partie où elle lui aurait aussi confessé le caractère éternel de ses sentiments.
— Rassure-toi, j’ai compris qu’entre nous, ce n’est qu’une question de désir.
Le rire qui accompagnait ses paroles sonnait faux, elle en était consciente. Elle pria tout de même pour qu’il la croie.
— Tu comprends que si tu avais encore été amoureuse de moi, cela aurait compliqué les choses, n’est-ce pas ?
— Tu n’as aucun souci à te faire là-dessus.
Cette fois-ci, elle accompagna sa phrase avec le plus beau de ses sourires. Elle s’approcha de lui d’une démarche provocante pour faire diversion. La direction que venait de prendre leur conversation ne lui plaisait pas du tout. Elle la mettait trop à nu. Se soulevant sur la pointe des pieds, elle lui jeta les bras autour du cou avant de l’embrasser éperdument. Elle mit toute son ardeur dans ce baiser, dans l’espoir d’effacer la moindre trace de toutes les confessions qu’elle venait de lui faire. Il sembla surpris de son initiative, car pendant quelques secondes, il la laissa faire sans agir. Contre ses lèvres, elle émit un gémissement qui le sortit de sa retenue. Il prit sa tête entre ses mains et approfondit le baiser. C’est à bout de souffle que leurs bouches se séparèrent.
Giuliano posa son front sur celui de la jeune femme. Elle comprit qu’il avait envie d’elle. La raison de son hésitation lui échappait. Elle aussi languissait de se perdre dans l’océan de la sensualité avec lui.
— Moi aussi, j’ai très envie de toi, fit-elle en fixant la bosse au niveau de sa braguette.
— Oui, je te veux, c’est vrai !
Curieusement, il ne semblait pas s’empresser d’assouvir son désir. Il gardait ses distances.
— Alors pourquoi tu ne… C’est à cause de mes confidences, n’est-ce -pas ?
— Non ! En fait, nous n’avons pas encore fini.
Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Elle l’avait embrassé pour arrêter leur échange qui devenait dangereux, surtout pour elle. Maintenant, il demandait de continuer la discussion. Que voulait-il ? Son âme ? En plus, pourquoi converser alors qu’ils pouvaient faire mieux ?
— Raconte-moi de ton projet !
— La pâtisserie ?
Impossible de cacher sa stupéfaction.
— Oui, celle dans laquelle tu as investi toutes tes économies.
Quel soulagement ! Ses ambitions l’intéressaient. Son cœur se gonfla de fierté, car pour la première fois, elle allait parler de son projet à quelqu’un d’autre. Elle allait lui parler de sa passion. Une passion qu’elle avait trop longtemps réfrénée. Il y avait tellement de choses à dire sur la pâtisserie. Elle ne savait pas par où commencer. Une idée lui vint alors à l’esprit. Elle lui prit la main et…
Elle l’avait emmené dans son sanctuaire. La pièce était juste en dessous du studio de la jeune femme. En fait, ils n’avaient pas eu besoin de sortir de l’appartement pour y aller. Un escalier qui partait du studio les conduit jusqu’à l’arrière du local où se trouvait une cuisine industrielle. Elle était neuve et moderne. La pièce était un peu poussiéreuse. On y effectuait encore des travaux de restructuration. Pleine d’enthousiasme, elle lui raconta en long et en large son projet. Ses yeux brillaient d’optimisme au fil de son récit. Même quand, elle évoqua les obstacles qu’elle rencontrait dans la réalisation de son projet, elle ne perdit pas sa joie, son enthousiasme. C’est clair qu’elle y tenait vraiment. Elle avait semblé dans son élément dans la cuisine où elle avait pris le temps de lui parler de chaque appareil qui s’y trouvait et de son utilisation. Il ne connaissait rien en cuisine, mais il avait pris un plaisir énorme à l’écouter. C’est ainsi qu’il avait découvert que c’était depuis son plus jeune âge qu’elle s’était intéressée aux fourneaux. Cela, bien sûr, avait causé la colère de son père qui peinait déjà à l’accepter vu qu’elle n’était pas un garçon. Bien qu’elle eût promis de ne plus s’y intéresser, parfois, quand elle avait une tutrice compréhensive, elle avait rompu sa promesse.
Ce n’était qu’à dix-sept ans, alors qu’elle était à l’internat, qu’elle s’était inscrite à un cours de pâtisserie. Avec la complicité de sa responsable d’études, elle avait pu le faire à l’insu de son père. Cette dernière, en effet, lui avait fait comprendre que la vie était trop brève pour perdre du temps à se dédier aux activités que l'on n’aimait pas réellement. C’étaient de saintes paroles.
C’est ainsi qu’elle avait reçu un diplôme en pâtisserie au bout de trois ans d’études à l’insu de son père. Puis une fois mariée, elle avait prétendu vouloir se consacrer à un passetemps en attendant son cher époux. Elle avait donc suivi un autre cours pour se spécialiser en pâtisserie créative. Cela consistait à imiter des objets de la vie courante qui restaient complètement comestibles. Ce cours avait été un vrai régal pour elle. Une découverte importante pour le reste de ses jours.
— La zone est assez bien servie, une école primaire et un lycée sont proches d’ici. Du point de l’affluence, c’est l’idéal, car le grand parc aussi attire des familles.
— Oui. En effet, l’emplacement te garantit une grande clientèle.
Il était étonné qu’elle ait pensé à tout cela. Pour une femme qui prétendait ne pas comprendre les affaires, c’était surprenant.
— Tu le penses vraiment ? le questionna-t-elle. Je suis sure que proposer ce genre de service un peu sophistiqué à des prix raisonnables dans cette zone, c’est offrir aux habitants quelque chose de nouveau.
— Tu n’as oublié aucun détail. Félicitations ! Tu vas réussir.
Ses paroles et la sincérité avec laquelle il les avait dites furent un baume pour son cœur meurtri par l’indifférence de son entourage, mais surtout celle de son père.
— Merci !
Que pouvait-elle dire de plus ? Rien. Elle venait de saisir la portée de son opinion pour elle.
— Je suis sincère.
— Je te crois ! Tu ne peux imaginer à quel point tes paroles importent pour moi.
Que c’est beau de se sentir comprise, appréciée et soutenue dans ces ambitions par des gens qui comptent pour nous ! Elle l’avait toujours pensé, mais maintenant, elle le savait. Dans cet état euphorique, elle se jeta dans ses bras pour ressentir la chaleur de son corps. Ses mains, chaque fois, lui donnaient une sensation de bienêtre, mais aussi de protection. Alors qu’elle se pressait contre lui, toute reconnaissante, il dit :
— Je peux t’aider à finaliser les travaux qui restent.
Giuliano marqua un temps d’arrêt, pour attendre sa réponse. Il ne voulait surtout pas s’insinuer dans sa vie. Toutefois, il ne pouvait pas être insensible à autant d’enthousiasme. Son projet est le fruit d’une grande passion, il en était sûr. Son grand enthousiasme attestait de son talent. Ne disait-on pas que : là où se trouve ton trésor, c’est là que se trouvera ton cœur ? Cette jeune femme, passionnée et très déterminée à se prendre en main toute seule, avait renoncé à une vie aisée. Sans l’ombre d’un doute, elle n’est pas l’héritière capricieuse pour qui il l’avait prise. Le remords le tenaillait, car il avait été injuste envers elle. En fait, il cherchait à comprendre les raisons de son offre. Seuls le talent de la jeune femme et sa volonté de faire amende honorable pour sa méprise motivaient son aide. D’éventuels sentiments pour elle n’entraient pas en jeu.
Qu’est-ce que ça pouvait bien être d’autre ?
L’intention de rendre une autre personne heureuse, car son bonheur te rend aussi heureux et que tu tiens beaucoup à elle, lui souffla une voix insidieuse dans sa tête.
Cette voix se trompait grossièrement, car il la désirait, il n’allait pas le nier, mais il ne pouvait pas la laisser prendre une place importante dans sa vie.
Ce que j’éprouve pour elle s’appelle du désir, c’est tout.
Il ne pouvait pas se permettre de penser autrement.
— M’aider, de quelle façon ? demanda-t-elle, confuse.
— Je vais te donner tout l’argent qui manque et t’aider à obtenir toutes les autorisations le plus tôt possible.
— Merci, mais je préfère m’en sortir toute seule.
Elle refusait son soutien. Il ne comprenait pas s’il était surpris ou en colère.
— Ça va te prendre beaucoup de temps, dit-il en espérant la convaincre.
— Oui, c’est vrai. Je vais y arriver. Je dois juste…
— Érica…
— Tu m’as dit que j’allais réussir. Tu le pensais, n’est-ce pas ?
— Bien sûr ! Je l’ai dit parce que je le pense vraiment.
Offensé par sa question, il se retourna vers la fenêtre et regarda le petit jardin de la maison voisine. Curieusement, le refus de la jeune femme le déroutait. Il se sentait rejeté. C’était le projet le plus important qu’elle cherchait à réaliser dans sa vie. Il voulait en faire partie pour avoir une place de choix dans sa vie.
Vraiment ? lui demanda la voix insidieuse.
Elle commençait à devenir insupportable, cette voix.
— Tu as bien accepté le prêt de Riccardo, non ?
Sa question le surprit le premier. Il était jaloux de son meilleur ami. Pourquoi avait-elle sollicité l’aide de Riccardo, alors qu'elle refusait la sienne ? Le silence d’Érica ne l’aidait pas à comprendre.
— Je sais qu’il t’a donné de l’argent. Vu les conditions dans lesquelles tu vis, j’en déduis que tu l’as utilisé pour ta pâtisserie, continua-t-il sans se retourner.
Elle vint se placer derrière lui.
— C’est un prêt. Je lui rembourserai toute la somme. Ce n’est pas la même chose. Je ne peux pas accepter.
— C’est ton dernier mot ?
Sa question demeura sans réponse. Son silence était plus éloquent que n’importe quelle parole. La réponse était dans l’air. Elle l’enlaça par la taille et déposa sa tête sur son dos.
— Mais merci de me le proposer… C’est la preuve que tu crois en moi.
À son tour, il demeura silencieux.
— Je dois y arriver toute seule. Je me le suis promis à moi-même, et je dois aussi le prouver à mon père, ajouta-t-elle.
Gagné par l’impuissance, il le maudit intérieurement. Les effets de sa dureté sur l’estime de sa fille étaient non négligeables. Il s’en voulait aussi pour sa réaction. Sa réaction, en effet, témoignait d’un intérêt un peu trop empressé pour cette femme. Ça le perturbait beaucoup. C’est mieux de se concentrer sur son géniteur, qu’il aurait assommé de coups s’il avait été devant lui en ce moment. Il n’était pas père, mais il aurait bien aimé lui donner une bonne leçon sur les devoirs de la paternité.
— J’ai juste besoin de retrouver un travail qui me permette d'économiser pendant quelques mois et je pourrais me lancer, conclut-elle.
— Tu as déjà une occupation, non ?
— Plus maintenant. J’ai été licencié le jour même, car je n’avais pas pu faire mon quota.
***
Quelle obsession, pensa-t-il. En effet, les tétons de la jeune femme caressaient les muscles de son dos au rythme de sa respiration. Le délicieux mouvement réveillait ainsi sa libido. Il était vraiment insatiable. À dire la vérité, il commençait à douter que leur attirance ne passe. D’habitude, il ne ressentait pas le besoin de refaire l’amour aussitôt avec la même femme. Ils avaient fait l’amour en début de soirée, et voilà son membre tout excité, prêt pour un autre ring. Il se sentait comme un barbare. Elle venait de découvrir les plaisirs charnels. Bien qu’elle fût débordante d’enthousiasme à ce propos, son corps réclamait surement du répit. C'est son propre corps qui ne voulait pas entendre raison. Il n’y comprenait plus rien.
Prends tes jambes à ton cou avant que tu ne perdes complètement la tête et qu’il ne soit trop tard, lui hurlait la voix de la sagesse.
Une autre, opposée à la première, le suppliait d’assouvir le désir lancinant qui refusait de le laisser tranquille. Le problème, c'est qu’il semblait un puits sans fond.
Laisse-toi aller ! C’est une occasion en or, ne la gaspille pas ! Elle ne reviendra plus jamais. Profites-en autant que tu peux.
Malheureusement pour lui, dernièrement, c’était la deuxième voix qui l’emportait sur la première. La reddition prenait le dessus dans ce dilemme. Peu importe où elle l’emmène, un homme, un vrai, est celui qui va à la rencontre de son destin. Sa préoccupation première est de la faire sienne tout de suite. Quand il se retourna vers elle, devant le sourire qu’elle lui offrit, tout son être le remercia pour sa reddition.
Avant de capturer sa bouche, sous l’effet de l’anticipation, il se promit d’apprendre à écouter la deuxième voix aussi longtemps qu’elle lui parlerait.
À la tombée de la nuit, ils s’aimèrent. Durant toute la nuit, ils continuèrent à le faire.
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