Son amour impossible: une new romance italienne (French Edition)

Chapitre XVI

 

 

Érica sortit du commissariat accompagné de Riccardo et de Camilla. Les deux, en effet, avaient été fantastiques avec elle durant cette période très difficile pour elle. Alors qu’ils étaient en plein préparatif de mariage, ils s’efforçaient de la soutenir de leur mieux. Pour commencer, ils avaient mis leur appartement en ville à sa complète disposition. Si de la part de son ex-mari, elle pouvait s’y attendre, la sollicitude de sa fiancée, cependant, la surprenait. Camilla est si douce et compréhensive avec elle. En fait, elle reconnaissait que le comportement de la jeune fiancée était forcément dû à la confiance qu’elle portait à son homme. Leurs sentiments étaient solides et elle n’en doutait pas un instant.

Comme chaque fois qu’elle pensait au rejet de la part de l’homme dont elle était éperdument amoureuse, son cœur se vrilla de tristesse. Elle devait être forte. Bientôt, le cauchemar serait derrière elle. Une nouvelle vie était possible pour elle aussi, grâce à l’aide de ses amis. Elle était plus que déterminée à tourner la page. Ce qu’elle venait d’apprendre au commissariat la confortait encore plus dans sa décision.

Quand Riccardo l’avait appelée en lui disant qu’il détenait des informations très importantes sur le vandalisme dont elle avait été victime, elle n’imaginait pas que ce serait un tel désastre.

Dans le salon de l’appartement qu’elle occupait temporairement, il lui avait tout raconté alors que son amie Camilla l’enlaçait par l’épaule pour la soutenir.

— Je suis vraiment désolé, Érica. Ce que je viens d’apprendre va forcément te faire souffrir. Mais, tu dois savoir la vérité, avait commencé Riccardo.

— Qu’est-ce qui se passe ? S’il te plait… dis-moi tout !

La mine du couple l’avait mise en agitation, car elle ne savait pas du tout à quoi s’attendre. Le couple échangea une grimace qui ne passa pas inaperçue. Elle avait bien compris qu’ils venaient de se lancer une sorte d’accord tacite. Camilla prit sa main dans la sienne et la serra fortement.

— Je vous en prie, dites-moi !

— Grâce à un détective privé, nous maitrisons maintenant l’identité de ceux qui ont saccagé ton appartement, commença-t-il en se raclant la gorge.

— C’est une bonne chose, non ?

Elle appréhendait de découvrir les noms et les visages de ces personnes qui lui avaient causé un si grand tort. Ils lui auraient sans doute fait aussi du mal physiquement si elle avait été présente, cette nuit-là.

— Mais, ce n’est pas tout.

Le regard et la posture de Riccardo étaient imprégnés de tension. La nouvelle serait une bombe, pressentit-elle. En fait, son drame n’avait pas encore atteint son paroxysme.

— Alors ? demanda-t-elle en le suppliant des yeux pour qu’il écourte sa souffrance et son impatience. Elle était à bout.

— Les deux vandales…

Il suspendit sa phrase et s’approcha d’elle.

— Oui ? s’impatienta-t-elle.

— Ces criminels étaient mandatés par…

— Par qui et pourquoi ?

Ses amis gardèrent le silence alors qu’elle s’agitait de plus en plus. 

— Qui a bien pu missionner ces personnes ? Je… ne comprends pas. Je pensais que c’étaient des voleurs.

Curieusement, ni Riccardo ni Camilla ne soutinrent son regard. Pourquoi à l’improviste étaient-ils si hésitants ? Sans doute, elle connaissait le mandant s’ils réagissaient de cette façon. Elle parcourut mentalement les noms des gens qu’elle fréquentait, elle ne trouvait personne qui puisse lui en vouloir au point de mandater un acte aussi criminel. Tous ses proches – qu’elle ne fréquentait d’ailleurs plus – ne savaient même pas où elle habitait maintenant. Ces derniers ne se souvenaient sans doute plus de son nom, jurerait-elle. La seule personne qui connaissait son domicile, au moment des faits, c’est Giuliano. Ce soir-là, il était avec elle – en train de l’humilier de la pire des manières – dans sa villa. En outre, jamais, il ne lui ferait de mal physiquement. Il a la réputation d’être un homme dur, mais c’est une personne droite avec de grandes valeurs. Même si depuis quelques jours, elle ne répondait à aucun de ses nombreux appels et messages, elle l’admirait beaucoup. Au-delà de ses apparences de bad boy, il possédait un grand cœur. Son amitié et sa loyauté envers Riccardo, sa famille, et même la relation qu’il entretenait avec sa gouvernante, en témoignaient. Par-dessus tout, il n’avait aucune raison de lui faire ça. Alors qui cela pouvait-il bien être ?

— … tu dois être très forte, Érica. Je comprends que…

— Qui ? hurla-t-elle au bord des larmes.

Elle était au bord de l’hystérie. La frustration se mêlait à un mauvais pressentiment. Les paroles de Riccardo lui parvinrent comme de loin.

— Ton père.

D’abord, une confusion totale la gagna. Ce ne pouvait pas être vrai !

Ses jambes cédèrent et elle glissa doucement, comme au ralenti, contre le dossier du fauteuil où elle était debout avec Camilla. Cette dernière s’accroupit près d’elle et l’embrassa très fort. Elle demanda à son fiancé de lui prendre un verre d’eau. Le corps de son amie serrait le sien, mais elle ne sentait pas réellement ce contact. Tout à coup, elle se sentait comme si elle s’était vidée de toute énergie. Cet état de torpeur lui donnait une sensation bizarre. Sa tête pesait une tonne. Les larmes qui l’avaient menacée, à peine quelques instants, s’étaient totalement retirées de ses yeux. Bien qu’elle ait terriblement mal, elle était incapable de verser la moindre larme. Qu’elle aurait bien voulu le faire pour se libérer ! Sa souffrance devait être trop forte, au point où la réponse habituelle — celle de pleurer – n’était plus suffisante. 

— Je suis vraiment désolée ! lui soufflait Camilla. Elle le répétait tout en lui caressant les cheveux.

Riccardo revint avec le verre d’eau qu’il lui tendit. Elle le fixa pendant un instant avant de le prendre. Elle le suppliait du regard de démentir ses propos. C’est à coup sûr une erreur. Dans les yeux de son ex-mari — qui était maintenant un repère —, elle ne put lire qu’une sincère compassion. Son amie lui enleva le verre qui tremblait dans sa main.

La suite des évènements n’était qu’un brouillard dans sa tête. Certainement, Riccardo et sa fiancée avaient pris les choses en main. Ils l’avaient accompagnée au poste de police pour faire une déposition. L’enquête était encore en cours, lui avait-on dit. Par la même occasion, elle avait découvert que c’était l’agent qui avait fait son procès-verbal, la nuit du saccage, qui avait vendu le scoop à la presse. Le maréchal lui avait fait des excuses pour le mauvais comportement de son agent avant de l’informer qu’il recevrait une punition adéquate. Comme un zombi, elle était sortie du poste. Ses amis l’avaient raccompagnée après qu’elle déclina leur invitation à diner chez eux. Camilla lui avait déconseillé de se cloitrer dans la solitude.

— Ne te renferme pas sur toi-même. Tu ne devrais pas être seule.

— Tu as raison, ma chérie, mais j’ai tant besoin de sommeil.

— S’il te plait, promets-moi d’appeler si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas. D’accord ?

— Je t’appellerai, promit-elle pour rassurer Camilla qui se souciait beaucoup d’elle.

— Promis ?

— Juré ! dit-elle en mettant la main droite sur le cœur.

Son amie, rassurée, l’embrassa fortement tandis que Riccardo lui tapotait l’épaule.

— Merci infiniment ! Je serais perdue sans vous.

Une fois rentrée dans l’appartement, elle s’assit contre la porte fermée, incapable de marcher jusque dans la chambre. Le silence de la pièce accentua son sentiment de solitude. La vibration de son téléphone la fit sortir de ses pensées et de sa torpeur. Elle raccrocha et l’éteignit en reconnaissant le numéro.

Ce qu’elle était déterminée à lui faire comprendre, c’est qu’elle n’avait pas besoin de sa pitié. Il avait dit ne plus la désirer, elle devait lui prouver qu’elle aussi pouvait se passer de lui. Elle ne parvenait plus à pleurer ; c’était le signe qu’elle devait passer à autre chose plutôt que de se morfondre sur son sort. Un changement s’imposait.

Une fois, elle avait lu que chaque expérience de la vie, bonne ou mauvaise, pouvait nous propulser vers le haut si l’on savait l’exploiter. Sur le moment, elle n’avait pas partagé cette philosophie de vie. Aujourd’hui, elle se rendait compte que voir les choses de cette façon pouvait aider à tirer le bon côté des situations et garder son optimisme.

Elle avait pris une décision que ses amis avaient jugée radicale, mais qu’ils respectaient à la fin et ils l’assuraient de leur soutien.

Elle avait décidé de tourner la page, mais les questions continuaient de bourdonner dans sa tête. Comment un père pouvait-il en vouloir autant à sa propre fille ? Comment avait-il pu tomber aussi bas ? Personne ne méritait une telle haine de la part de son propre géniteur. Pourquoi personne ne pouvait-il l’aimer ? Bien que le geste de son père lui brise le cœur, elle ne lui en voulait pas. Ce qui était arrivé était aussi sa faute. Elle payait pour s’être imposée dans sa vie. Si seulement elle ne l’avait pas obligé à supporter sa présence, ce ne serait pas arrivé. Depuis le départ de sa mère, alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle savait qu’elle n’était qu’un boulet au pied de son géniteur. À dix-huit ans, elle aurait pu partir vivre loin de lui. Elle en avait eu l’occasion en gagnant un concours de jeunes pâtissiers. Mais, l'amour filial l’avait ramenée auprès de lui. Affamée des attentions et de l’affection de son père, elle avait tout fait pour lui plaire. À vingt-deux ans, au lieu de prendre finalement sa vie en main, elle avait accepté un mariage de convenance pour garantir les intérêts de papa. Elle était si sure de le rendre enfin fier, et ainsi de mériter son affection. Hélas, son sacrifice n’avait en aucun cas changé ses sentiments. Le comble, c’est que même l’échec de son mariage ne l’avait pas empêchée de repartir quémander ses attentions. Toute sa vie, il l’avait renié d’une manière ou d’une autre.

Heureusement, elle avait finalement vu la réalité en face. Il l’avait chassé en pleine nuit, en lui lançant les vérités qu’elle ne voulait pas accepter.

Tu m’aurais bien servi si tu avais été un garçon. Tu es une fille… Exactement comme ta mère, tu es inutile. Je ne veux plus te voir. Sors de ma vie ! Je n’ai rien à faire d’une fille comme toi. Tu es incapable de retenir un homme ou de lui faire un bébé. Comment puis-je compter sur toi ? Disparais, Érica !

Ses paroles résonnaient encore dans sa tête comme si c’était hier. Voilà pourquoi elle se faisait la promesse de ne plus jamais s’imposer dans la vie d’une personne. Son intense désir de l’amour paternel, elle l’avait transposé sur Giuliano. Un homme qui ne voulait pas d’elle, il avait été clair. Mais, le cœur étant traitre, il l’avait poussée à oublier la dure leçon qu’elle avait tirée de sa relation paternelle. Elle ferma les yeux comme pour effacer la scène de ce soir-là.

Endormie dans son salon, elle l’avait attendu pour lui proposer une liaison. Désespérée, elle était prête à accepter une aventure de brève durée, tellement navrée de ne plus pouvoir le fréquenter.

Aujourd’hui, forte de la détermination à tourner irrévocablement la page, elle avait une fois de plus refusé son appel. Elle avait tant envie de sentir la chaleur de son corps viril, de pleurer sur ses épaules solides. C’est pourquoi elle craignait sa réaction si elle entendait sa voix ou le voyait. Elle envisageait l’expatriation pour se construire une autre vie dans un pays lointain.

— Plus jamais je ne forcerai une personne à m’aimer ni à me faire une place dans sa vie. C’est la voie suprême pour se faire du mal, murmura-t-elle amèrement dans le silence de l’appartement. Plus jamais je ne ferai ça, répéta-t-elle.

Plus que deux jours, et elle serait loin de toute tentation. En effet, elle avait décidé de partir sitôt le mariage de Riccardo et de Camilla célébré. Si cela ne dépendait que d’elle, elle serait partie dès la sortie du poste de police. Leur bienveillance l’obligeait à puiser dans ses réserves de patience.

 

***

 

Il est le témoin du marié. Il fallait qu’il s’efforce de donner le change. Apparemment, il n’était pas si doué, car le père du futur marié venait de lui demander plus d’une fois si tout allait bien. Le mariage était pour le lendemain. Ils étaient tous là pour les répétitions de la cérémonie. Érica qui, au début, avait-il compris, était demoiselle d’honneur était absente. Après deux heures pendant lesquelles il avait guetté le moindre mouvement du côté de l’entrée pour la voir venir, il avait le torticolis. La répétition tendait vers la fin, elle ne viendrait pas. La raison de sa désertion était claire. Elle ne voulait pas le rencontrer. Allait-elle aussi déserter au mariage ? Au comble de la frustration, il fit une chose impensable. Au risque de se faire démasquer.

— Érica ne devait-elle pas être la demoiselle d’honneur ?

Il s’exprimait avec une désinvolture qu’il était très loin d’éprouver. 

— Elle ne pourra pas être là.

Le futur marié, probablement pris par l’émotion et par toute la situation, lui avait donné cette réponse laconique sans aucune autre explication. Une question brulait ses lèvres. Pour une fois, il décida d’ignorer les possibles conséquences.

— Pourquoi ?

Il en avait assez de ne pas recevoir de ses nouvelles. S’il n’étanchait sa curiosité pour calmer sa préoccupation, il allait exploser.

— Pardon ? lui demanda son ami perplexe.

— Pourquoi n’est-elle pas venue ?

— Elle traverse un moment très difficile, lui répondit Riccardo après un bref silence.

Il n’ajouta rien d’autre, car sa fiancée s’était approchée d’eux. Giuliano vit son ami s’éloigner avec celle qui dans moins de vingt-quatre heures serait sa femme. Même de loin, on remarquait leur complicité. Une entente palpable. La fascination de Camilla pour son fiancé le touchait. Érica aussi le regardait avec cette même fascination mêlée d’admiration. Plusieurs fois, il l’avait surprise en train de le contempler avec cet air rêveur. Le soir de leur dernière rencontre, elle l’avait enlacé avec un regard similaire, additionné d’un sourire renversant. Il devait trouver le moyen de lui parler. Absolument.

La cérémonie durait trop, alors qu’il aurait aimé s’éclipser pour aller à Città Alta, l’obliger à l’écouter, mais le père de Riccardo lui avait dit qu’il devait lui parler. Voilà pourquoi il se tenait encore dans un coin avec un énième verre de brandy à la main en train d’attendre le vieil homme.

Alors qu’il était concentré à cogiter des plans pour pouvoir parvenir à contacter la jeune femme, Teo lui tapota l’épaule en lui disant :

— On prend ta voiture ou la mienne ?

— Où allons-nous ?

— Où tu veux. Pourvu que l'on ait la tranquillité de discuter, lui dit-il, avec un clin d’œil.

— Prenons la mienne.

Il comprit qu’il cherchait le moyen de minimiser son air grave. L’homme qu’il considérait comme un père semblait inquiet alors qu’il devait être très content. Le lendemain, son fils unique se marierait. Par-dessus tout, Riccardo et Camilla formaient un couple amoureux et heureux. Durant la cérémonie d’essai, Téo paraissait pourtant heureux. Qu’est-ce qui avait bien pu changer son humeur ? Ils sortirent du jardin où l’on célèbrerait le mariage.

Probablement, il se préoccupait de son bébé, l’entreprise familiale. La semaine passée, il avait souligné la distraction de Riccardo. Ils se dirigèrent au siège de Ravasio Group.

Les locaux étaient déserts à cette heure. Il le conduisit droit dans son bureau. Le vieil homme lui demanda de s’assoir et lui offrit un verre comme si c’était son bureau et non de celui de Giuliano. Teo cherchait à le mettre à l’aise. Apparemment, la question devait être plutôt grave, pensa-t-il.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il en avalant une gorgée de whisky.

— C’est à toi de me le dire, fiston.

Giuliano but une autre gorgée en espérant prendre un peu de temps avant de répondre à l’homme qu’il considérait comme son second père. La profondeur et l’intensité de son regard lui conféraient un air mystérieux qu’il ne reconnut pas.

— Je t’ai observé durant toute la soirée et je pense que Riccardo a raison. Tu rencontres des difficultés qui te tracassent. Te connaissant, je sais que tu ne te laisses pas prendre la tête pour rien. Ce problème, il est bien sérieux, n’est-ce pas ? Donc, ne me dis surtout pas que tout va bien, conclut le vieil homme.

— En effet, j’ai un énorme problème.

— Je t’écoute.

Teo le fixait intensément comme s’il voulait sonder son âme. Sur le coup, Giuliano se sentait comme un animal traqué, qui n’avait plus aucune issue face à un autre animal plus féroce. Il le fixa droit dans les yeux pour soupeser sa détermination. Il lut une inquiétude paternelle et la farouche résolution d’une personne prête à ne pas céder tant qu’elle n’aurait pas eu gain de cause.

Le silence tomba dans le bureau. Aucun des deux ne parlait. Ils se jaugeaient juste des yeux. Ce fut le plus jeune qui baissa les yeux sur le verre qu’il remua avant de l’avaler d’un trait. Il fit une grimace en réponse à la brulure du breuvage.

— Giuliano…

— Il s’agit d’Érica.

Voilà ! c'était dit. Il voulait savoir ce qui se passait, ce qui le tracassait ou plutôt ce qui l’obsédait ? Il avait maintenant la réponse. Son cœur battait la chamade, mais curieusement, il se sentit libéré d’un poids qui le dérangeait depuis trop longtemps. Le rythme effréné des battements de son cœur augmenta encore plus dans l’attente de la foudre qui allait sans doute s’abattre sur lui. Mais, il était prêt à recevoir n’importe quelle punition si le résultat est de pouvoir vivre ses sentiments à la lumière du jour. Ils n’allaient peut-être pas lui donner leur bénédiction, mais le père et le fils vit le véritable amour, ils pourraient le comprendre.

Giuliano se rendit compte que le vieil homme demeurait silencieux. N’avait-il pas entendu sa confession ? Téo continuait à le scruter en arquant les sourcils. Pour la première fois de sa vie, il se sentait embarrassé et ne savait pas comment continuer cette conversation. Il aurait su réagir si son interlocuteur avait eu une réaction scandalisée ou indignée. Là, ce silence le déstabilisait grandement.

Après avoir croisé et décroisé ses jambes, le vieil homme déclara :

— Érica !

Le ton de sa voix trahissait tout son étonnement.

— Oui.

— Peux-tu me dire quel est le problème… ?

— Je suis fou amoureux d’elle, cracha-t-il sans lui laisser le temps de finir sa question. 

— Tu en es sûr ?

— Sûr et certain, répondit-il sans ciller.

Incapable de rester assis, il se leva de son fauteuil, prêt au pire. Tourné vers la fenêtre, il feignit de contempler le merveilleux tableau qu’offrait la ville illuminée pour ne pas lire le dégout, la déception et la trahison dans son regard.

— Puisque tu en es si certain, où est donc l’ennui, mon garçon ?

Il avait envie de rire. Sérieux ? C’est une blague ! Il ne voyait vraiment pas ce qui clochait dans cette situation ? Lui, Giuliano, est amoureux de l’ex-femme de son meilleur ami, et il lui demande où est le problème ? Sans doute, c’est une blague.

— Tu sais bien les implications d’une telle relation.

— J’ai du mal à te suivre. À quoi fais-tu allusion ?

— Je te parle du scandale que causerait une histoire comme la nôtre.

— Ah bon ? En quoi est-ce une relation défendue ?

— Elle a été mariée à Riccardo, ce qui la rend intouchable pour moi. À mes yeux, il est comme un frère, tu ne peux imaginer mes efforts pour éviter que cela n’arrive. Hélas, il y a quelques semaines, j’ai succombé.

— Pourquoi l’as-tu fait alors ?

— C’était… c’est plus fort que moi. J’ai résisté de toutes mes forces, mais à un certain moment, les choses m’ont complètement échappé.

— Excuse-moi de te le dire, fiston, mais je ne vois toujours pas où est le problème. Ce n’est pas comme si vous aviez un lien de sang.

— Dois-je te rappeler que c’est l’ex-épouse de Riccardo ?

Le vieil homme rit avant de rétorquer :

— Tu as bien dit l’ex-épouse et non l’épouse de Riccardo. Si j’ai toujours bonne mémoire, ce même Riccardo est actuellement heureux et se mariera demain avec la femme de sa vie. Pourquoi Érica ne pourrait-elle pas, elle aussi, refaire sa vie ? Nous avons commis une grosse erreur de jugement envers Camilla et Riccardo, je t’en prie, Gio ne commet pas la même bêtise.

Incroyable. Il avait du mal à en croire ses oreilles. Était-il vraiment en train de lui dire que cette union ne leur créerait pas de problèmes ?

— Tu veux dire que cela ne te dérangerait pas si je me liais à elle ?

— Absolument pas, mon garçon ! Pourvu qu’elle te rende heureux au moins la moitié de ce qu’a fait ma tendre épouse durant toutes ces années de vie commune.

Il avait l’impression que le vieil homme ne maitrisait pas la gravité de la situation. 

— As-tu pensé au scandale qu’une telle union créerait auprès de nos investisseurs et même dans la société ? Pense à la honte de Riccardo. J’imagine déjà les gros titres sur les potins. Je ne veux pas vous faire subir tout ça.

— Je vais te dire quel est ton vrai problème. En fait, ce sont tes supposés sentiments qui ne sont pas assez forts. Parce que s’ils l’étaient vraiment, crois-moi, pas une seconde, tu envisagerais de renoncer à elle, déclara Teo tout en le fixant comme s’il était le plus stupide des mortels.

— Je n’ai jamais éprouvé quelque chose de telle avec quelqu’un d’autre.

Le patriarche se leva de son fauteuil. Arrivé à sa hauteur, il lui arrangea le col de sa veste en affirmant :

— Ce n’est pas moi que tu dois convaincre, mais toi-même. Une fois que tu auras les idées claires, agis en conséquence.

Silencieux, il le fixa longuement avant de lui tirer la joue comme il le faisait quand Riccardo et lui étaient encore enfants.

— Tu es exactement comme ton père, un ami fidèle. Ta loyauté est telle que tu renonces à ton propre bonheur au nom de l’amitié fraternelle qui te lie à Riccardo. Il serait fier de toi et je le suis aussi. Je t’aime bien, fiston.

Le discours avait été prononcé d’une voix solennelle qui lui rappela celle de son défunt père. L’émotion le gagna à l’idée que son père l’aurait compris sans le juger, comme le faisait Teo.

— Tant de fois, durant ces deux dernières années, j’ai voulu qu’il soit là pour me guider.

— Je vais te dire ce qu’il t’aurait dit, s’il avait été là. Suis ton cœur ! Peu importe le choix que tu feras, sache que je serai toujours avec toi. Nous ne t’abandonnerons jamais. Nous sommes une famille, Gio. Te souviens-tu encore de ce que fait une famille ?

Il attendait sa réponse. Comme un petit garçon devant son père, il répéta la leçon qu’on lui avait enseignée dans son enfance.

— Elle se serre les coudes, répondit-il. 

— Bien ! Sommes-nous ta famille ?

— Oui.

— Tu en es sûr, Gio ?

— Bien sûr ! Je ne…

— Alors, ne l’oublie pas. Quoi qu’il arrive, nous ferons notre devoir.

Il lui donna une tape sur l’épaule avant de se diriger vers la sortie. La porte s’ouvrit sur un Riccardo au visage inquiet. Il les interrogea tous les deux du regard. Cependant, les deux hommes gardèrent le silence. Si l’expression du père était espiègle, celle de Giuliano était gênée devant son meilleur ami. 

— Alors, quelqu’un veut bien me dire ce qui se passe ?

— Ce n’est rien de grave, lui dit son père. Il est tout simplement

amoureux et un tantinet stupide. Je crois qu’il a compris et va très vite remédier à la situation, finit-il en direction de Giuliano qui n’avait pas du tout bougé.

— Quoi ? Gio est amoureux ? s’exclama Riccardo en rentrant

complètement dans le bureau. Il lui donna plusieurs tapes sur l’épaule avant de demander : qui est cette sainte ?

— Oui, tu as raison, Ricky, c’est vraiment une sainte si elle a su

conquérir ce bourreau des cœurs et de travail. Je commençais à perdre espoir, plaisanta-t-il. Bon ! Mes garçons, je dois vous laisser maintenant. Ma tendre épouse doit s’inquiéter.

La porte du bureau ne se referma pas que Riccardo revint à la charge. Si la première confrontation avait été un succès au-delà de ses attentes, il ne pouvait pas souhaiter la même chose.

— Alors qui est-elle ? Où l’as-tu rencontrée ?

— J’espère que tu ne vas pas me haïr quand tu sauras de qui il s’agit.

— Mais arrête tes bêtises. Pourquoi devrais-je le faire ? Je suis heureux pour…

— C’est Érica… ton ex-femme.

C’est mieux de le préciser, jugea-t-il, pour écarter la moindre confusion.

Riccardo le dévisagea longuement tandis qu’il se préparait à recevoir son courroux. Il ne pouvait pas s’attendre à ce qu’il le prenne avec philosophie comme l’avait fait son père. Son orgueil et sa réputation sont en cause dans cette affaire. On ne pouvait pas s’attendre à la même réaction que son père. Et, il le comprenait.

— C’est donc toi l’imbécile qui lui a brisé le cœur ?

— Je ne voulais pas lui faire du mal. J’ai dû agir ainsi. J’ai mes raisons, que tu peux très bien imaginer.

Il s’apprêtait à faire son mea-culpa quand Riccardo lança :

— Je te briserais le cou volontiers si tu n’avais pas été mon frère.

Hein ! Il avait du mal à le suivre. Est-ce tout ce qu’il trouvait à dire ? Celui qu’il appelait son frère était amoureux de son ex-femme, tout ce qu’il trouvait à dire ce sont des banalités de ce genre ? Incroyable ! Riccardo le fixait, moqueur, un large sourire aux lèvres, comme s’il venait d’obtenir la plus belle nouvelle de sa vie. 

— Donc, tu ne te sens pas trahi ?

— Par rapport à quoi ?

— Ressaisis-toi, Ricky, d’accord ? On parle de moi, ton meilleur ami, ton frère et ton ex-épouse.

— Et, alors ? Tu as bien dit mon ex-femme. J’ai refait ma vie avec la seule femme que je n’aie jamais aimée. Entre Érica et moi, il n’était pas question de sentiments, je t’assure.

— Tu es sérieux ?

— Notre mariage était arrangé, tu le sais !

— Qu’à cela ne tienne. Tu peux imaginer les gros titres de journaux et la réaction de nos partenaires ?

— Gio…

Comme en transe, il ne laissa pas Riccardo parler.

— Une vraie campagne de diffamation va s’ensuivre. Les uns parleront de ma trahison à ton égard tandis que d’autres évoqueront l’infidélité d’Érica pendant votre mariage. Mais, je te jure que je n’ai jamais osé la toucher durant votre union.

— Je sais, car tu es devenu distant quand nous nous sommes mariés. Je ne comprenais pas que c’était à cause de ton attirance pour elle. Pour moi, ton attitude froide à son égard était due au fait qu’elle est la fille de l'un de nos détracteurs.

— J’ai ta bénédiction ?

— Oui. Et, crois-moi, vous méritez le bonheur tous les deux. C’est vraiment une fille géniale et elle te va bien.

Face aux paroles de son ami, il se gratta la nuque, plus confus que jamais. Les choses ne se passaient pas comme il les l'avait toujours imaginées. Sénèque avait raison en affirmant : on souffre davantage dans l’imagination que dans la réalité. Tant de souffrance inutile !

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Je pense que j’ai tout gâché, elle ne veut plus me voir.

Ricardo éclata d’un rire sonore en lui tapotant amicalement l’épaule.

— Papa a raison, tu es vraiment amoureux d’elle et un tantinet stupide. Mais ne t’inquiète pas, si Camilla a su me pardonner, c’est qu’elle te pardonnera aussi. Le cœur d’une femme amoureuse est si immense.

— Tu crois ?

— Non, je le sais, Gio. Allez, arrête de te gaver d’alcool. Il est l’heure d’aller parler à ta dulcinée.

— Mais je ne…

— Elle est dans mon appartement à Città Alta.

— Tu es sûr qu’elle voudra me parler ?

— Oh que oui ! Je parie même qu’elle n’attend que ça. Néanmoins, tu as intérêt à prendre un grand bouquet de fleurs en chemin.

— Merci de me comprendre et de me soutenir, Ricky, dit-il avant de se sortir du bureau.

— Il n’a rien à pardonner, juste l’amour à célébrer.

— Tu fais de moi l’homme le plus heureux sur cette terre.

— Je t’aime bien, frérot !

— Idem !

 

***

 

À Città Alta, le concierge le reconnut aussitôt et le laissa entrer sans formalités. Son cœur battait à une vitesse jusque-là inconnue pour lui. Dans l’ascenseur, il révisa son plaidoyer, le cœur battant. Devant la porte de l’appartement de son meilleur ami, il fit une série de respirations profondes pour se calmer. Dieu du Ciel ! Jamais il n’avait été ainsi à cran, même pas pour des contrats qui valaient des centaines de millions d’euros. Pourquoi et comment ce bout de femme aux yeux verts et à la chevelure flamboyante le déstabilisait-il autant ? Mystère !

Il sonna deux fois sans interruption. Profondément concentré pour épier le moindre mouvement de pas dans la pièce, il ne parvint à entendre que les battements désordonnés de son propre cœur. Quelques secondes après, une mélodieuse voix enrouée demanda :

— Qui est-ce ?

— C’est moi.

Il s’installa un moment de silence avant qu’il ne demande d’une voix tintée d’inquiétude :

— Érica, tu es là ?

— Que veux-tu ?

— S’il te plait, ouvre ! Je veux… juste parler.

— Je n’ai rien à te dire. 

— S’il te plait, Érica. Je promets de te laisser tranquille une fois que tu m’auras écouté.

Le silence s’éternisa un peu, si bien qu’il crut qu’elle n’allait pas ouvrir. Cette fois, il était armé d’une détermination farouche. S’il devait passer la nuit devant sa porte, il le ferait. Par chance, elle finit par ouvrir la porte et se dirigea vers le salon où elle s’adossa contre le mur en croisant les bras sur sa poitrine voluptueuse. Il dut s’obliger à détourner le regard, ce n’était pas le moment. Sa posture qui lançait un message bien clair : ne t’approche pas de moi.

— Tiens ! C’est pour toi.

 

***

 

Il lui tendit l’un des plus beaux bouquets qu’elle n’eût jamais vus de sa vie. En plus, c’étaient ses fleurs préférées. Érica se sentit fondre aussitôt. Mais, elle s’ordonna une attitude indifférente, car s’il pensait l’amadouer avec une merveilleuse composition florale, il allait bientôt déchanter. 

— Je sais que tu aimes les Gertrude, j’ai demandé à la fleuriste d’y ajouter une touche de basilic que tu adores aussi pour rappeler la couleur verte de tes beaux yeux.

La jeune femme prit le bouquet en évitant soigneusement de rencontrer son regard. Le parfum envoutant du basilic l’enivra ; elle avait envie de se jeter sur lui pour sa délicate attention à son égard. Un grand merci brulait de traverser ses lèvres, mais elle ne réussit pas à dire un mot, de peur de perdre le contrôle et d’en dire plus qu’elle devrait. Elle résistait parce que cet homme, capable d’autant d’attention, a aussi le pouvoir pour de la faire souffrir. Elle mit les fleurs dans un pot, puis elle alla se placer devant la grande baie vitrée qui donnait sur le balcon.

Il vint doucement se placer derrière elle sans pourtant la toucher.

— Érica, c’est la première fois que ça m’arrive, et malheureusement pour moi, je ne suis pas doué avec les mots.

La contraction de ses épaules et de son dos lui fit comprendre qu’il ne s’y prenait pas de la bonne façon. Il devait rectifier le tir s’il voulait parvenir à lui faire entendre raison.

— Ce n’est pas une excuse pour mon comportement, je te l’accorde. Ce que je peux te dire c’est que je reconnais… m’être comporté en vrai crétin. J’ai eu entre les mains le plus beau des cadeaux, malheureusement, j'ai fait tout mon possible pour tout gâcher. Sache que je suis vraiment désolé pour cela.

Elle se retourna pour lui faire face. Ce n’était pas une sage décision, car maintenant leurs visages n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Elle le fixa comme si elle voulait enregistrer le moindre détail de ce beau visage viril qui la hantait de jour comme de nuit. En fait, elle pensait à lui à tout bout de champ. Plus elle cherchait à le déloger de sa tête, plus il s’incrustait en elle. Mais, ce qu’elle lut dans ses yeux implorants la perturba profondément. Pour réussir à ne pas flancher, elle décida que la voie de l’attaque est la meilleure.

— Je ne suis pas une marionnette avec lequel jouer au chat et à la souris.

— Je t’assure que ce n’est pas un jeu pour moi non plus. Les choses me sont tombées dessus avec une telle force que je n’ai pas su assurer.

Quoi ? Elle avait du mal à y croire. Était-il en train de reconnaitre qu’il s’était trompé et lui faisait-il des excuses ? Non, elle doit rester concentrée et déterminée. C’est surement une de ses manigances pour l’enjôler. Pointant l’index contre son torse d’acier, elle s’efforça de soutenir son regard et déclara d’une seule traite :

— Tu souffles le froid et le chaud en même temps. Une minute, tu prétends me désirer, celle d’après, tu me rejettes comme un chiffon usé.

— Je suis désolé que tu te sois sentie utilisée. Ça n’arrivera plus et sache que je ne prétends pas te désirer, mais… je suis fou amoureux de toi.

— Tu penses que je vais croire à ça ? dit-elle en pouffant de façon hystérique.

Quelle déclaration surprenante ! Elle ne rentrerait pas dans son jeu. Croire à de telles paroles relèverait de la pure stupidité. Hors de question de se laisser aller à l’espoir. Non, bien sûr que non ! Qu’il la désire, elle pouvait le comprendre, mais de là à parler d’amour, c’est ridicule. Même si elle mourait d’envie de… Son cœur traitre la suppliait d’y croire tandis que sa raison résistait.

Un peu de distance entre eux s’imposait pour, non seulement reprendre son souffle, mais également harmoniser ses pensées et ses émotions. Elle se dirigea vers le salon et s’assit sur le divan qui trônait au milieu du salon.

— On ne traite pas une personne que l'on aime de cette façon. Tu m’as repoussée et je me suis sentie rejetée. C’est très douloureux, confia-t-elle.

— Je sais ! Je t’assure que ce n’était pas pour te faire souffrir. Seulement, je pensais à tort que t’éloigner de moi serait la meilleure chose pour tout le monde. J’ai voulu aussi te protéger.

Il se tenait maintenant accroupi devant le divan où elle se trouvait.

— Me protéger de quoi, au juste ?

Au bord des larmes, sa voix perdait déjà en fermeté.

— Du scandale qu’une relation comme la nôtre peut déclencher. Je me suis fait violence pour m’éloigner de toi. Je craignais de blesser mes proches pour des sentiments que je considérais comme passagers.

— C’est passé ?

D’abord, il hocha la tête, puis il posa sa main sur son genou en lui confessant :

— Ces derniers jours, j’ai découvert que c’est absolument impossible. Je ne peux plus et ne veux plus envisager ma vie sans toi, mon amour.

— Giuliano…

Pour l’empêcher de parler, il lui posa un doigt sur les lèvres.

— Tout est entre tes mains maintenant. Tu peux faire de moi l’homme le plus heureux de la terre, ou bien me condamner à l’existence la plus triste qui soit.

Elle demeura silencieuse un bon bout de temps. Pensant qu’elle ne lui donnerait pas de réponse, il se leva pour mettre un peu de distance entre eux. Il avait besoin de recul pour digérer son refus.

— Pour une personne qui n’est pas douée pour les paroles, tu t’en sors plutôt bien, l’entendit-il dire.

Se retournant, il trouva sur son visage un sourire timide… mais d’un rayonnement à couper le souffle. Tout son être fut enveloppé d’une chaleur indicible. Dans ces veines coulait une énergie pure qui le mettait dans un état euphorique.

Il se rapprocha d’elle avec une démarche de félin et dans ses yeux se lisait la lueur victorieuse d’un prédateur. Il lui tendit la main. Lentement, elle la prit. Quand il l’attira à lui, elle atterrit contre son torse comme si elle avait été une poupée de chiffon. La serrant dans ses bras, il huma le parfum de ses cheveux. Une fragrance enivrante qui l’apaisait chaque fois qu’il l’enlaçait tendrement. La chaleur de son corps souple contre le sien le remplit d’une sérénité immense. Mais, le tremblement de son corps ne lui échappa pas. Ce fut à ce moment-là qu’il comprit qu’il ferait tout pour la rendre heureuse jusqu’à la fin de ses jours. Sans doute, il serait surement un homme meilleur à ses côtés. Elle devait enfin savoir à quel point elle comptait pour lui.

— Tu me donnes des ailes, Érica, lui dit-il au creux de l’oreille en la mordillant.

Elle le bloqua en posant fermement sa main là où battait son cœur pour le sentir battre au rythme du sien. Relevant la tête, elle souda ses yeux aux siens. Ses mains sur son torse tremblaient, car elle vivait un rêve. Le plus beau rêve de toute sa vie.

— Tu dois d’abord me promettre une chose.

— Tout ce que tu veux mon cœur.

— Promets-moi de… ne plus m’éloigner de toi, dit-elle des trémolos dans la voix.

— Je le jure, répondit-il sans aucune hésitation.

Finalement… elle se jeta à son cou en le remplissant de baisers. Son rire se mêlait aux larmes. C'étaient des larmes de joie. 

— Tu as failli me rendre folle, tu sais ?

— Pour ça, j’ai failli me rendre fou, moi aussi. Tu me manquais à en mourir. Au début, je luttais pour ne pas céder à l’envie d’entendre ta voix, ensuite, tu ne voulais plus me parler. C’était l’enfer. Mais, c'est fini maintenant.

— Tu as intérêt, le menaça-t-elle. Je ne te laisserai plus faire dorénavant.

— Cette menace sonne si douce à mes oreilles, plaisanta-t-il, plus heureux que jamais.

Ils éclatèrent de rire avant de souder leurs lèvres en un baiser fusionnel tandis qu’ils se dirigeaient vers la chambre dans un accord tacite. Giuliano était aux anges de pouvoir enfin porter son merveilleux fardeau dans les bras.

Quand il la déposa sur le lit, il s’arrêta un instant pour la contempler, car il peinait à croire à sa chance. Elle est le plus beau cadeau que la vie lui offrait. Sa stupidité avait failli les condamner à une vie terne et fade. Heureusement pour eux, ils avaient eu leur fin heureuse même s’ils avaient quand même perdu beaucoup de temps. Maintenant, ils allaient s’appliquer pour rattraper ce retard. 

— Jamais plus, nous ne nous laisserons. Promets-le-moi !

— Promis, juré !

Elle accompagna ses paroles d’un baiser qu’elle donna à ses doigts croisés comme gage de sa promesse.

Il scella leur pacte par un baiser d’une douceur et d’une lenteur bouleversante qui fit monter des larmes aux yeux de la jeune femme. L’urgente de s’enivrer du corps de l’autre remplaça vite la douceur et la lenteur. Ils s’aimèrent comme si le sort de l’humanité en dépendait. Giuliano lui montra par des actes combien il la désirait et l'adorait. Pendant tout le temps où il explora son corps, il l’abreuva de tendres paroles qui l’enivrèrent complètement. Elle se laissa conduire jusqu’aux cimes de l’extase. À son tour, elle lui fit comprendre combien elle lui appartenait. Dans chacun de ses baisers et de ses caresses, elle lui fit comprendre combien son être et son âme lui appartenaient depuis la nuit des temps. Ce fut non seulement un festin pour leurs deux corps qui s’entendaient à merveille, mais ce fut aussi deux âmes sœurs qui se retrouvaient. Ils se prenaient la main pour se diriger vers la merveilleuse destinée des amoureux. Oui, les rêves, si l’on y croit vraiment, finissent par se réaliser, car la vie finit toujours par conduire chacun de nous à la place qui lui est destinée. La leur était dans les bras l’un de l’autre.

OceanofPDF.com