Son amour impossible: une new romance italienne (French Edition)
Chapitre VII
Pressé de reprendre sa délicieuse tâche, il mordit un téton à travers sa nuisette. Un spasme la traversa de la tête aux pieds. Elle empoigna avec force les fesses de son partenaire pour tempérer le malstrom de plaisir qui se déversait sur tout son corps. Alors qu’il continuait à suçoter le téton à travers le fin tissu, sa main s’était faufilée sous la soie. Il titillait ses seins tour à tour, remplaçant les doigts par ses lèvres. Les deux jumeaux laiteux pointaient insolemment vers lui. Il se releva et lui enleva la nuisette. Elle dut lâcher le fessier de son partenaire qu’elle avait pris gout à soupeser et à masser les différents muscles par ses caresses. Elle souleva les bras docilement pour lui permettre de lui enlever le léger vêtement par le haut. Dans le mouvement, Giuliano maintint ses bras dans l’une de ses mains au-dessus de sa tête, obligeant ainsi la jeune femme à mieux offrir sa généreuse poitrine à sa bouche. D’instinct, elle arqua le dos. Dans cette position, elle se trouvait complètement à sa merci, pensa-t-il.
— Tu es parfaite !
Ces mots traduisaient sa pensée la plus profonde.
De sa langue, il joua alors avec les deux seins. Quand sa bouche s’occupait d’un sein, ses doigts savants se chargeaient de l’autre. Elle se contorsionnait sous lui, réduite en une boule de plaisir. D’un mouvement de genou, il l’invita à écarter les jambes. Elle obéit. Il se plaça entre ses jambes et traça un sillon de baisers fiévreux de son plexus jusqu’à son mont de Vénus.
— Caresse-toi les seins ! lui ordonna-t-il.
Comme la meilleure des élèves, elle obéit.
Elle anticipait ce qui allait bientôt suivre. Giuliano, en homme expert dans l’art de donner du plaisir, décida de prolonger l’attente pour attiser le plaisir ultime. Il voulait encore jouer avec son corps. Sa concentration était sur ses cuisses maintenant. Il souleva les jambes de sa partenaire et les déposa sur ses épaules. Elle était totalement offerte à son regard. Il se mit à embrasser la peau délicate à l’intérieur de ses cuisses. Elle gémissait inlassablement, ne sachant que faire à part subir son exquise torture. Son corps excité au plus haut point, tous ses sens étaient en plein éveil. Au point qu'elle était capable de voir avec sa peau, de toucher avec ses yeux, d’entendre avec sa bouche et de gouter avec son nez. Qu’était-elle en train de dire, bon sang ? Elle n’y comprenait plus rien. À vrai dire, tous ses sens ne formaient plus qu’un seul. On parle souvent du sixième sens, elle était maintenant convaincue qu’il devait exister un septième. Celui qui additionnait les cinq ou six premiers pour n'en former qu’un seul. C’était quelque chose de transcendant. Très peu, en effet, peuvent se vanter de l’avoir connu. Elle en faisait orgueilleusement partie.
Quand il l’attira un peu plus vers lui pour qu’elle lui offre encore plus l’accès à la source de son plaisir, elle se laissa faire. Au premier coup de langue, elle se cramponna au drap. Sans pitié, il aspira son bouton de sa féminité. Un cri presque animal sortit du fond de la gorge de la jeune femme. Son bassin se souleva mû par sa propre volonté, pour aller à l’encontre de la bouche de son amant. Une série de spasmes d’une violence inouïe traversa son corps et l’emporta au septième ciel, le lieu de résidence du supposé septième sens qu’elle venait de découvrir. C’était la patrie de la volupté. Dans cette contrée abstraite où coulait le fleuve de la sensualité et du plaisir, on n’avait pas besoin des sens, mais du sens. Ce sens vous donnait des ailes pour voyager dans l’éther alors que le plaisir coulait dans vos veines, le parfum de l’union ultime vous enveloppait pour vous déposer devant le trône de l’extase. C’était tout simplement…
Il faut le vivre pour comprendre.
Redescendant sur terre, elle voulut se rappeler la liste de raisons pour lesquelles elle ne devait pas aller plus loin, mais c’était le brouillard dans sa tête. Tout son sang, c’est sûr, n’affluait plus vers son cerveau. Il était dirigé ailleurs, plus bas, vers son bassin. Cet afflux de sang avait inondé la partie la plus intime de son corps. Elle avait l’impression qu'un deuxième cœur battait à cet endroit-là. Elle le sentait qui battait à un rythme effréné, mêlé de moiteur et d’excitation. Le tout était d’un plaisir exquis. Ses doigts remplacèrent sa langue et ses lèvres à l'endroit où elles l’avaient honorée de la manière la plus merveilleuse qui soit. Il revint prendre sa bouche dans un baiser d’une douceur qui inonda ses yeux de larmes.
— J’aime ta saveur et le parfum de ta féminité. C’est enivrant !
— Je…
— Tu es douce en tous points.
— C’est délicieux, ce que tu me fais.
— Si tu veux que je m’arrête, c’est le moment... après, je ne répondrai plus de moi.
Giuliano, dans un ultime moment de lucidité, chercha le salut dans le bon sens de la jeune femme. Il était incapable de s’arrêter, mais si elle le lui demandait, il le ferait. Pour elle.
Malheureusement, au lieu de les sauver, elle les condamna.
— Je te veux en moi, dit-elle, lascive. Je t’en prie, le supplia-t-elle en voyant son hésitation.
— Tu es sure ? demanda-t-il en priant les Dieux de le sauver de lui-même.
Pour toute réponse, elle posa sa main sur sa braguette et le prit dans sa main. Le son guttural qui s’échappa de sa gorge donna à la jeune femme un sourire vainqueur.
— Non ! hurla-t-il en respirant lentement.
Il posa sa main sur la sienne et l’éloigna de la zone de danger.
— Si tu me touches ainsi, je ne pourrai pas tenir longtemps. Ce sera fini avant même de commencer.
— Désolée ! déclara-t-elle timidement.
Complètement excité, il se leva du lit et se déshabilla avec la rapidité digne d’un soldat des marines. Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’elle se rendit compte que, jusque-là, elle était toute nue alors que lui était encore habillé de la tête aux pieds. Comme à son habitude, il avait le contrôle de la situation tandis qu'elle ne se rappelait même plus son prénom. Il déchira un petit étui. Elle comprit que c’était un préservatif quand il commença à le dérouler autour de son membre fièrement dressé et excité. Il était si tendu que de petites veines s’y dessinaient.
Tout à coup, elle se sentit un peu intimidée. Serait-elle en mesure de le recevoir en elle ? Par-dessus tout, devait-elle lui dire que ce serait sa première fois ? Elle déprimait un peu à l’idée de voir sa déception à la découverte de son inexpérience. Il serait forcément désenchanté, s’attendant à une déesse du sexe. Elle devait le lui dire.
— Giuliano...
— Oui princesse, répondit-il en pointant son sexe à l’orée de son vagin.
Ce contact lui fit perdre le fil de ses idées. Son compagnon la fixait intensément.
— Oui ! répéta-t-il.
Qu’avait-elle voulu lui dire ? Elle ne s’en souvenait déjà plus. Elle n’était consciente que de ce membre dressé comme un arc qui attendait un signe de sa part pour découvrir toute la profondeur de sa source.
— C’est si bon, dit-elle en comprenant que son compagnon n’attendait qu’un signe d’elle pour bouger.
Elle écarta largement les jambes en signe d’invitation.
— Dieu, que c’est bon !
Cette exclamation lui échappa en la pénétrant d’une seule poussée puissante.
Elle ne put étouffer le cri de douleur. Elle enfonça ses ongles dans le dos de Giuliano, les larmes aux yeux.
— Porca la miseria – nom de Dieu ! – Érica, tu ne vas quand même pas me dire que tu... Tu n’es pas...
Elle tenta de cacher son visage contre son épaule, pour ne pas lire la déception dans son regard qui pesait lourdement sur elle, mais aussi pour qu’il ne vît pas ses larmes. L’instant de la douleur avait été si bref, qu’elle ne s’en souvenait même plus. C’était l’émotion qui les faisait couler. En plus, elle était émue d’être finalement femme. Elle l’était devenue dans les bras du seul homme qu'elle a toujours désiré appartenir. Son émoi était aussi grand, car elle venait de comprendre qu’elle avait attendu ce moment toute sa vie.
Il se tenait droit et rigide comme une statue de marbre. Par sa respiration, on sentait tout l’effort qu’il faisait pour ne pas bouger en elle. Quand sa respiration devint plus fluide, il l’obligea à le regarder en face. À la place de la sévérité et du reproche qu’elle aurait juré y découvrir, elle trouva plutôt de la douceur et un intérêt sincère pour elle.
— Je t’ai fait mal ?
— Juste un peu.
Il ferma un instant les yeux avant de les ouvrir. Deux plis barraient son front en sueur.
— Je suis vraiment...
— Je n’ai plus mal.
Pour lui donner la preuve de sa sincérité, elle bougea son bassin de sorte que le membre de Giuliano s’enfonça un peu plus en elle.
— Tu veux ma mort, Érica, se lamenta-t-il en fournissant un effort inhumain pour ne pas perdre le contrôle.
— Pas avant de me redonner du plaisir, dit-elle en lui offrant son plus beau sourire.
Il se retira complètement et la pénétra lentement, cette fois-ci, en guettant le moindre signe de douleur sur son visage. Rassuré, il entreprit des va-et-vient à un rythme lent, mais régulier. Elle enroula ses jambes autour de sa taille alors que ses mains empoignaient ses fesses pour l’inciter à augmenter la cadence. Comprenant la requête muette de sa partenaire, il posa son front sur le sien et lui demanda :
— Tu es sure ? Je ne veux pas te faire mal.
— Je te jure que je n’ai plus mal.
Pour la première fois, elle l’embrassa. Dans son baiser, elle lui transmit tout son désir de couronner leur union charnelle. Perdu dans la sensualité de son baiser, Giuliano se laissa aller. Il redoubla la rapidité de ses mouvements en elle. Les caresses qu’elle parsemait le long de son dos eurent absolument raison de lui et de son légendaire self-control. Il laissa libre cours à toute la force de son désir pour elle. La façon dont elle s’agrippait à lui pour suivre la cadence qu’il avait imprimée à leur danse érotique décupla l’intensité de son excitation. À bout de souffle, il donna le coup ultime qui les transporta sur les cimes de l’extase. Ils se retrouvèrent au cœur de l’éther où leurs corps ne faisaient plus qu’un et où leurs cœurs battaient au rythme de la même musique. Une immense quiétude envahit le silence de leur apaisement, si bien que les mots n’avaient plus aucune place.
***
Le visage collé à la poitrine de son amante, il reprenait sa respiration en espérant de tout cœur retrouver sa capacité de réflexion. Il était encore en elle, alors qu’il se berçait au rythme des cercles qu’elle dessinait sur son dos de ses doigts fins. Dans le silence qui suivait l’explosion, il écoutait son cœur battre. Il sentait aussi le cœur de sa féminité se mouvoir au rythme de sa respiration. Sentir les pétales de son sexe caresser sa virilité, encore enfouie en elle, réveilla aussitôt sa virilité.
Il fallait qu’il se retire sinon il allait la reprendre sur-le-champ sans même changer de préservatif. Quand il bougea pour se retirer, elle tenta de le retenir.
— Il faut que tu te reposes.
— Mais...
Son amant ne lui laissa pas la possibilité de répliquer.
— Déjà accro ? plaisanta-t-il en souriant. Fais-moi confiance. Sinon, tu risques d’être endolorie après, finit-il, un peu plus sérieux.
Le lit étant petit pour deux, Giuliano la prit sur lui pour qu’ils puissent y être un peu confortables tous les deux. Elle commençait à somnoler quand il demanda :
— Comment est-ce possible ?
— Quoi ? demanda-t-elle, à moitié éveillée.
— Que ce soit ta première fois. Je... tu étais mariée !
Le plaisir passé, il avait retrouvé sa lucidité et tout ce qui allait avec : les questions.
— Riccardo et moi, ce n’était pas un vrai mariage.
— Mais quand même... tu avais vingt-deux ans lorsque tu t’es mariée, non ?
— Oui. Mais... je... je n’avais jamais trouvé la bonne personne pour le faire, je suppose, bafouilla-t-elle, embarrassée.
Lui non plus n'était pas la bonne personne. Alors pourquoi l’avait-elle fait avec lui ? Nom de Dieu ! Il doit trouver le moyen de lui faire comprendre qu’elle ne devait pas se faire d’illusion sur eux. Ils n’avaient aucun avenir ensemble. Mais, comment transmettre le message sans la blesser ? Elle venait à peine de vivre sa première expérience, et pour les filles, ces choses-là ont une grande importance. Si bien que l’indélicatesse était à proscrire. Interdite.
— Je connais Riccardo... c’est un homme comme moi. On aime bien la compagnie féminine. Si tu vois ce que je veux dire.
— Oui. Elle marqua une longue pause avant de continuer. Nous avons essayé... plus d’une fois. Mais, j'étais bloquée et lui aussi d’ailleurs.
— Lui, je peux comprendre. Mais, toi... je ne comprends pas. Tu le désirais, n’est-ce pas ?
— Non, répondit-elle en secouant la tête pour appuyer sa négation.
— Arrête ! J’ai vu la lingerie que tu avais achetée, pour ta vie de couple, je suppose.
Elle ouvrit la bouche pour lui répondre, mais déjà, il ajoutait :
— Ne me dis pas que tu l’as achetée après ton mariage ?
— Ce n’est pas ça.
— Alors ? demanda-t-il de plus en plus perplexe.
— Quand je l'ai achetée, je pensais à quelqu’un d’autre et non à mon futur mari.
— Qui ?
Giuliano était partagé entre la curiosité et la jalousie envers cet homme qui lui avait inspiré autant de sensualité.
La tension du corps de la jeune femme lui confirma la sensation qu’il était sur le point de découvrir quelque chose d’important. Hélas, il ne savait pas la définir comme étant positive ou négative.
Elle baissa les yeux et se retourna pour ne pas soutenir son regard scrutateur.
— Qui ? insista-t-il en l’obligeant à lui faire face.
— Toi ! lâcha-t-elle, les lèvres tremblantes.
Le mouvement de sa gorge qui venait de déglutir et le battement affolé au niveau de sa gorge le convainquirent qu’elle disait bel et bien la vérité. Ah ça, il ne savait pas quoi penser. Ce qui est sûr, c’est qu’il regrettait son insistance à obtenir une réponse. Il aurait aimé ne pas le savoir. Cette découverte projetait les choses sous une autre lumière. Tout se compliquerait ultérieurement.
Mille questions se bousculaient dans son cerveau, mais il refusait d’approfondir la question. Il ne le voulait pas, point barre.
Giuliano sortit du lit et alla dans la salle de bain. L’espace restreint lui donna la sensation d’être emprisonné. Il avait besoin d’air. Il revint dans la chambre où Érica rangeait ses vêtements sur le fauteuil. Silencieusement, elle l’observa en train de s’habiller avec des yeux peureux. Son regard trahissait le regret de sa confidence.
— J’ai besoin d’air.
Le gémissement qu’elle laissa échapper avant que la porte ne se ferme derrière lui réveilla ses remords. La souffrance qu’il lui infligeait involontairement lui insupportait. Bien qu’il ne pût répondre à ses attentes, il ne voulait pas la voir souffrir, loin de là. Mais, il n’avait pas le choix. Il devait sortir de ce studio minuscule avec une femme qui lui inspirait des désirs inavouables. Près d’elle, il avait du mal à prendre de bonnes décisions. Depuis leur rencontre, il avait toujours pensé qu’il lui était indifférent. Sa dernière révélation changeait les choses. Si elle le désirait tout autant qu’il la désirait, alors la situation était plus dramatique qu’il ne le pensait. Il ne pouvait donc pas compter sur son bon sens à elle pour résister à leur farouche attirance. Par-dessus tout, il ne voulait pas qu’elle se croie amoureuse de lui. Pour lui, il ne s’agissait que de sexe. Il était impératif que ce soit le cas pour elle aussi. Pas question d’amour.
Il commençait même à supposer, comme beaucoup de gens que les hommes pensent avec une autre partie de leur anatomie qu’avec leur cerveau s’agissant des femmes. À trente-trois ans, c’était la première fois que ça lui arrivait.
***
Restée seule, elle refit le lit. Il fallait qu’elle se tienne occupée pour éviter de penser. Pour cela, elle lava les assiettes et nettoya sommairement la cuisine. Elle n’allait pas pleurer, car ce jour, au-delà de tout, devait-être pour elle un moment de joie. L’un de ses rêves venait de se réaliser. Quand elle se permettait de penser à ce qu’elle venait de vivre ces deux derniers jours, mais surtout cet après-midi, elle craignait parfois de se réveiller et de découvrir que ce n’était qu’un rêve. On dit que le bonheur commence par la gratitude. Savoir apprécier ce que l’on a déjà et non pas courir derrière la satisfaction de ce que l’on désire. Elle pouvait s’estimer heureuse, car elle avait reçu une partie de ce qu’elle avait tant désiré. On lui avait offert la possibilité de se faire des souvenirs merveilleux pour les saisons arides qui l’attendaient.
Qu’avait-elle espéré en fait en le lui disant ? Elle l’avait mis dans l’embarras. Son ordinateur et sa mallette étaient encore là. Il allait forcément revenir pour les récupérer. Elle prendrait son courage à deux mains pour le rassurer. Bien évidemment, elle ne voulait pas de bague de fiançailles ni de promesses d’amour éternel. Elle était d’un naturel romantique, c’est vrai, mais elle avait aussi les pieds sur terre. Espérer apprivoiser un homme comme Giuliano relevait de l’utopie. On le définissait comme un playboy invétéré. Certains journaux l’avaient même qualifié de Don Juan. Elle savait de source sure qu’il changeait d’amantes comme certains changent de chemise. En plus, son expertise en matière de plaisir charnel n’en témoignait-elle pas ? Même si elle voulait que les choses soient autrement, elle n’attendait rien de lui.
À dix-sept heures, elle voulut faire une petite sieste, mais son cerveau, travaillant à toute vitesse, refusa tout bonnement de collaborer. Dépitée, elle alla dans sa cuisine pour se préparer un petit gouter. Elle s’efforçait de ne pas penser à lui. À tout ce qu’ils auraient pu vivre, si seulement...
La sonnette retentit. C’était sans doute lui, ou bien l’un de ses collaborateurs pour récupérer ses affaires.
— Qui est-ce ?
— Ouvre ! ordonna-t-il.
Au son de la voix grave, son cœur se mit à battre. Apparemment, son humeur ne s’était pas améliorée.
— Juste cinq minutes. Je vais m’habiller... et t’apporter tes affaires, bégayait-elle, la bouche sèche.
— Érica, ouvre-moi cette porte, bon sang !
Sans plus tarder, elle ouvrit. Il était en colère contre elle sans doute. Il n’allait pas l’accuser de ce qui s’était passé entre eux, il y a quelques heures, quand même.
De la cuisine, elle entendit la porte se refermer et les pas de l’homme qui faisait vibrer son cœur s’avancer vers elle. Comme en début d’après-midi après leur déjeuner, il s’adossa nonchalamment sur le chambranle de la cuisine et l’observa silencieusement. Elle était en train de se faire un jus d’orange et de citron. Pour vaincre sa grippe, rien de mieux qu’une bonne dose de vitamine C. Sur son dos, elle sentait le poids de son regard. Dans son legging noir et son body rose, elle se sentait nue devant lui. Que faisait-il là à l’observer ? Pourquoi ne prenait-il pas ses affaires et ne s’en allait-il pas, tout simplement ?
— Tu en veux ? lui proposa-t-elle la moitié de son jus, pour la forme.
— Oui, merci.
Elle aurait juré qu’il dirait non, car elle savait, pour l’avoir observé plusieurs fois lors des réceptions auxquelles ils avaient assisté, qu’il préférait les boissons fortes. Au lieu de lui servir le jus de fruits, elle ouvrit le frigo et sortit une bouteille de son vin blanc préféré.
Elle le lui servit et le déposa sur le plan de travail en jetant un très bref regard vers lui. Silencieuse, elle s’assit sur un des tabourets et commença à siroter son jus. Giuliano s’approcha et prit le verre de vin qu’il avala d’une traite. Elle ne fit aucun commentaire.
— On doit parler.
— Il n’y a rien à dire. Je prends toute la faute de ce qui vient de se passer, d’accord ? Tu n’as... rien à te reprocher dans la situation. Tu peux prendre tes affaires et...
— Personne n’est fautif. Nous sommes deux adultes très attirés l’un par l’autre... et nous avons succombé à cette attirance, c’est tout. Ce n’est pas de ça que je veux parler.
Seigneur ! Il venait de reconnaitre qu'il était attiré par elle, lui aussi. Alors, il ne lui reprochait rien. Insidieusement, l’espoir commença à naitre en elle. De quoi voulait-il donc parler ?
— Je t’écoute, lança-t-elle, hésitante.
— Pas ici. Tu as besoin de prendre l’air frais. Allons faire un tour.
— Je ne...
— Fais-moi confiance. Ça te fera du bien. Viens !
Il ne lui laissa pas le temps de se changer. Elle passa juste une liquette en jean sur son body et enfila des sandales. Giuliano ne l’emmena pas bien loin de chez elle. En vérité, il se gara sur la rive la moins fréquentée du fleuve Serio qui traversait la commune de Seriate, son quartier. Il avait raison, l’air frais et le vent léger qui caressait les feuilles remplirent ses poumons. Le vent caressait aussi ses cheveux.
Ils restèrent assis dans la voiture, les portières grandement ouvertes, devant le fleuve qui passait calmement devant eux. Chacun semblait concentré dans ses pensées. La vérité est qu’elle ne parvenait pas à aligner une pensée après l’autre de façon cohérente. Elle n’avait qu’une seule hâte, découvrir ce qu’il voulait lui dire. Comme s’il lisait dans ses pensées, il se racla la gorge avant de se tourner légèrement vers elle.
— Je te désire énormément. Je te désire tellement que ça frôle l’obsession, jeta-t-il tout de go.
Elle se tourna vers lui tout ouïe, car ce qu’il était en train de lui confesser était la meilleure musique pour ses oreilles. La réciprocité de leurs sentiments fut la plus belle surprise de sa vie. Son cœur se mit à faire des bonds dans sa poitrine, prêt à en sortir. Leurs cœurs battaient-ils à l’unisson ?
— Mais je dois être sincère avec toi.
Par expérience, elle savait que quand une phrase débutait avec un “mais”, cela n’augurait rien de bon. Elle avait la nette sensation que ce qui allait suivre ne lui plairait pas du tout.
— Mais tu dois me promettre que tu ne vas pas te fâcher.
Des yeux, il l’implora de faire cette promesse. Bien qu’hésitante, elle la fit, car elle peinait vraiment à lui garder rancune. Il lui en fallait bien peu pour qu’elle fonde sous son regard si profond, comme la mer en hiver.
— D’accord ! promit-elle.
Il respira profondément avant de commencer.
— Mon attirance pour toi était en train de virer à l’obsession, t’ai-je déjà dit. J’ai donc pensé que la seule façon de pouvoir m’en libérer était de te séduire et d’y céder. J’étais sûr que de cette façon, je m’en serais sorti une bonne fois pour toutes.
— Tu as pensé que...
Elle sortit de la voiture, tremblante.
— Érica ! Tu as promis de ne pas te fâcher, lui rappela-t-il en la suivant.
— Tu es injuste. Tu as... triché, balbutia-t-elle presque en larmes.
Alors qu’elle se faisait des films romantiques dans sa tête, lui n’avait fait que l’utiliser. En parfaite idiote, elle s’était jetée dans son piège avec les deux pieds.
— Je sais. Mais, je tenais à ne rien te cacher pour jouer franc-jeu maintenant.
Il fit une pause qu’elle reçut silencieusement. Elle lui tourna le dos, observant le lit du fleuve qui semblait toujours le même alors qu’il changeait continuellement. Elle avait tant désiré un changement dans sa vie, y parviendrait-elle ? Ou bien était-elle destinée à toujours mettre les besoins des autres avant les siens de façon consciente ou inconsciente ?
D’abord, son père, maintenant Giuliano. Une voix lui murmura qu’elle était injuste de comparer les deux hommes. Si le premier était un calculateur et un manipulateur invétéré, le second au moins prétendait vouloir dévoiler ses cartes et jouer franc-jeu. Devait-elle le croire ?
— Ton plan a fonctionné ? Je veux dire... pourquoi est-ce que tu me le dis, si tu as résolu ton problème ?
— Non. Loin de là ! Non seulement, je te devais la vérité, mais encore...
Il fit une autre pause et continua :
— Je te désire encore plus qu’avant.
Se retournant, elle planta son regard dans le sien, indécise, entre le soulagement et la déception. Elle était soulagée de le savoir encore dans le même pétrin qu’elle. Mais, la déception n’en demeurait pas moins cuisante. À l’idée qu’il avait prémédité de la séduire, puis de l’abandonner juste après sans demander son reste, elle sentait son cœur saigner. Elle devait être destinée à toujours être traitée comme une moins que rien. Une quantité négligeable. Son père avait probablement raison.
Ne méritait-elle pas un peu d’amour dans sa vie ? Elle avait l’impression de revivre le départ de sa mère. Continuellement. Elle commençait à croire que le départ de cette dernière l’avait condamnée à voir toutes les personnes auxquelles elle s’attachait, sortir de sa vie. Ç'avait été le cas de son père, puis du peu d’amies qu’elle s’était fait à l’internat. À la liste s’était ajouté Riccardo qui, pour elle, s’était avéré être un ami fiable, presque un grand frère. Sans parler des parents de Riccardo qui l’avaient reçue, non pas comme une bru, mais comme une fille.
— Tu sais comme moi qu’une relation durable entre toi et moi est impossible. Heureusement pour nous, comme toute attirance, aussi forte soit-elle, celle-ci aussi finira par s’estomper. Offrons-nous un weekend. Deux jours pour assouvir ce désir insensé. Après, nous pourrons repartir chacun à sa vie.
— Je ne comprends pas ce que…
Confuse, elle arqua les sourcils pour exprimer son doute sur son idée. Érica était sûre que ce qu’elle éprouvait n’était en aucun cas un feu de paille qui allait finir par s’éteindre comme il l'avait dit récemment. Elle avait peut-être peu d’expérience, mais elle aurait parié sa vie que ce qu’elle ressentait pour l’homme en face de l’elle est quelque chose de spécial. Un sentiment que l'on n'éprouve qu’une seule fois dans la vie. Une émotion qui s’empare de vous et vous suit jusque dans votre tombe. La preuve ? Presque trois ans après leur rencontre, malgré les bonnes raisons qui devaient l’éloigner de lui, elle le voulait plus que tout. Pourtant, elle avait tout fait pour étouffer dans l’œuf ses sentiments. Dès qu’elle avait essayé, elle avait compris que c’était peine perdue. Par désespoir, elle s’était entêtée à le faire, pour finir par la même conclusion : une lutte perdue d’avance. Inutile de chercher à le convaincre. De toute façon, il n’éprouvait pas la même chose, contrairement à ce qu’elle avait voulu croire. Tandis qu’elle était éperdument amoureuse de lui, lui éprouvait juste de l’attirance. Une forte attirance, avait-il dit.
— Pourquoi ne profitons-nous pas de cette belle alchimie entre nous pour nous offrir une expérience qui sort de l’ordinaire ?
Une idée un peu machiavélique commença à s’infiltrer dans sa tête. Combattue, elle hésitait. Et, si c’était l’occasion pour elle de ne pas subir en victime, comme d’habitude ? Pour une fois, elle tiendrait les rênes du jeu.
— Inutile de faire semblant. Je sais que tu es consumée comme moi par ce désir. La générosité avec laquelle tu t’es offerte à moi en est la preuve, continuait-il, déterminé à la convaincre. Laisse-toi aller ! conclut-il son discours, ignorant le trouble et le désarroi que lui causaient ses paroles.
Elle était indécise, entre la voix sourde, mais palpitante de son cœur, et celle bruyante et pressante de sa raison. Pour la convaincre, il l’attira à lui et l’embrassa. Il avait fallu deux petites secondes – peut-être même moins – pour qu’elle oublie tout raisonnement cohérent et lui rende son baiser. Elle était à bout de souffle quand il abandonna sa bouche pour lécher la peau sensible derrière son oreille, puis il lui murmura :
— Fais-moi confiance, tu ne le regretteras pas.
Là-dessus, elle doutait, mais que faire ? Sur une chose, elle pensait comme lui, c’est que ce qu’ils allaient vivre serait une expérience extraordinaire. Du moins, en ce qui la concernait. Mais, elle veillerait à ce qu’il s’en souvienne aussi le reste de sa vie. Elle s’en faisait la promesse.
— Oui. J’ai entièrement confiance en toi.
Alors, il reprit sa bouche en un baiser fiévreux tout en caressant ses tétons à travers la dentelle de son soutien-gorge. L’intensité de leur désir croissant, le baiser ne fut plus suffisant pour répondre à leur faim mutuelle. C’est en trombe qu’il démarra pour repartir entre les murs du petit studio d’Érica. L’urgence de laisser ainsi libre cours à leur désir mutuel les pressait. Ils s’aimèrent de façon désespérée, une fois atterris sur le lit de la jeune femme. Sachant que demain ne leur appartenait pas, comme dans un accord tacite, ils cherchaient à vivre pleinement chaque moment ensemble. Le compte à rebours était déjà lancé. Le temps à leur disposition était compté.
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