Son amour impossible: une new romance italienne (French Edition)
Comment est-on censé réagir face à une…
IV.
Comment est-on censé réagir face à une femme en pleurs ? Giuliano ne le savait pas. C’est une chose qu’il déteste chez les femmes. Il avait toujours pensé qu’elles l’utilisaient pour pouvoir manipuler leurs partenaires. Cette leçon, il la tenait de l’histoire de ses propres parents. Sa mère n’avait-elle pas usé de sa facilité à verser des larmes hypocrites pour mener son père à la ruine ? Il s’était en fait juré très jeune de ne jamais se faire manipuler par n’importe quel moyen : larmes, charmes ou autres. Curieusement, les larmes de la femme qu’il tenait dans ses bras le touchaient plus qu’il n’était prêt à l’avouer. Son corps si féminin tremblait sous l’effet des sanglots, suscitant en lui le désir effréné de le caresser. Sa généreuse poitrine, collée à son torse, lui transmettait un sentiment de plénitude et l’excitait aussi. Quand elle bougea contre lui, sa libido se réveilla pleinement. Le moment était mal choisi. Il ne profiterait jamais d’une femme en détresse. La caresse de ses mains si fines et féminines sur son torse était divine. Mais…
Ces mains si féminines étaient fermes et hostiles. C’est alors qu’il comprit qu’elle le repoussait. Elle avait le visage rougi. Ses beaux yeux verts dégageaient une tristesse infinie. Non, elle ne faisait pas semblant. Il le voyait bien par le tremblement de ses lèvres pulpeuses, faites pour attirer des baisers. Que faire ? Pour la première fois de sa vie, Giuliano se sentit complètement perdu. Sans comprendre ce qu’il faisait, il laissa libre cours à ses propres sensations. À son cœur et à son corps.
— Je suis désolée…, balbutiait-elle en tentant vainement de se libérer de son étreinte.
Il ne lui laissa pas la possibilité de finir sa phrase, car il captiva ses lèvres. Le temps s’arrêta.
La musique des battements de leurs cœurs à l’unisson les enveloppa. C’était la paix, l’harmonie. C’étaient les deux parties d’une même pièce qui se rencontraient finalement. Les paroles n’avaient plus leur place. Jusque-là, la raison s’était évertuée à faire taire l’impulsion de leurs âmes. Cette fois, elle échoua lamentablement, car la loi du cœur s’imposa. Et, quand le cœur fait sa loi, le corps ne peut que le suivre. Leurs corps obéissaient à ce qui leur avait été défendu depuis trop de temps.
Leurs langues se cherchèrent et se trouvèrent dans une valse des plus sensuelles. Leur union fut non seulement la découverte du corps de l’autre, mais de même son propre corps.
Érica se découvrit une sensualité qu’elle avait toujours pensé, à tort, ne pas posséder. Les mains de son compagnon sur sa peau lui faisaient autant découvrir sa méprise, que des zones érogènes dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Dans son étourdissement, elle se sentit soulevée par deux bras fermes, l'incitant d’instinct à nouer ses jambes autour de sa taille. Il la déposa sur la table. Sans dissoudre leur étreinte, il délaissa ses lèvres pour se concentrer sur son cou, s’attardant sur la veine qui y battait follement. Elle ignorait comment gérer ce plein d’émotion, et comment s’y prendre pour lui donner autant de plaisir qu’il lui en donnait, car bien qu’elle eût été mariée, elle n’avait aucune expérience. Elle se mit à lui caresser ses cheveux drus. C’était la deuxième fois qu’elle le faisait, mais elle avait l’impression de le faire depuis toujours. Elle aimait sentir la texture drue de ses cheveux entre ses doigts. Avec une de ses mains, elle s’y adonnait, de l’autre, elle partit dans l’exploration de ce corps si viril. Elle introduisit sa main sous son polo. En la passant de muscle en muscle, elle faisait connaissance avec son physique athlétique. Le grognement qu’il poussa lui fit comprendre qu’elle s’y prenait plutôt bien. Ce fut à son tour de gémir tout en se contorsionnant quand il lui lécha la peau derrière l’oreille et qu’il caressa ses tétons. Elle s’agrippa à lui, envahie par une nouvelle marée de sensations, les unes plus délicieuses que les autres. Giuliano ouvrit le nœud du peignoir et le tissu épais s’écroula à terre dans un bruit léger.
— Tu es merveilleuse !
Il s’arrêta un instant pour contempler sa poitrine généreuse et pleine. Se sentant ainsi observée, elle tenta de se couvrir, il l’en empêcha en emprisonnant ses mains.
— Non, ne te cache pas. Laisse-moi t’admirer ! Tu es si belle, Érica.
S’abaissant, il captura les tétons complètement excités entre ses lèvres. Il suçota goulument la chair tendre de ses seins. Quand sa langue et ses lèvres se concentraient sur l’un, sa main titillait son jumeau. Elle n’était plus que flamme. Sa peau la brulait, elle n’était plus qu’un amas de terminaisons nerveuses sensibles. Seules ses mains procuraient du soulagement à cette délicieuse chaleur. Alors qu’elle se contorsionnait de plaisir, il lui écarta les jambes. Deux doigts s’introduisirent au cœur de sa féminité. Totalement excité, il chatouillait sa fleur intime tout en la doigtant légèrement. L’attention soumise au cœur de sa féminité ne l’empêcha pas de continuer à taquiner ses tétons avec ses lèvres et sa langue. Un plaisir inouï monta en elle avec force. Ça en était trop… Mais, elle ne voulait pas que ça s’arrête. Il redoubla la rapidité des mouvements de ses doigts et cela la transporta sur le mont Blanc de la volupté. Sur ce sommet, l’extase et l’euphorie sensuelle l’enveloppèrent entièrement. Elle explosa en criant son nom dans un cri libérateur, le corps secoué de tremblements avant qu’elle ne redescende sur terre, remplie d’une béate torpeur. Son corps était dépourvu de force, mais apaisé.
Ce qu’elle venait de vivre lui semblait irréel. C’était son premier orgasme. Ce plaisir tant recherché était tout simplement indescriptible, car il ne s’agissait pas que d’un plaisir physique. Cela allait bien au-delà de tout ce que l’homme pouvait nommer. Tout à coup, chaque chose lui parut à sa place. Sa place était là, entre ses bras. C’était la plénitude absolue. Une sérénité sans pareille.
Il se détacha lentement d’elle.
— Et toi ? lui demanda-t-elle timidement dans un murmure.
— Couvre-toi, lui ordonna-t-il en s’abaissant pour récupérer le peignoir qu’il lui avait ôté quelques minutes avant.
Ce fut le coup qui fit exploser la bulle dans laquelle elle se trouvait. Le regard de son compagnon était d’une dureté effroyable. Il lui tendit le peignoir en évitant de croiser ses yeux.
— Qu'ai-je fait de mal ?
Le regard confus et sa voix tremblante étaient très éloquents. Elle était encore au bord des larmes. Non, il ne supporterait pas ça une deuxième fois. Il souhaitait savoir déjà où il avait trouvé la force surhumaine de s’arrêter. Il s’était juré de ne jamais le faire, et pourtant, la détresse de la jeune femme et son désir lancinant avaient eu raison de lui. Sa déception était énorme. Il venait lamentablement de faillir à sa promesse. Pour la deuxième fois. Sa cuirasse et sa détermination n’étaient pas si infaillibles, découvrait-il, amer. Il ne restait qu’une chose à faire…
La chose la plus urgente est de la ramener chez elle, de peur de commettre un autre impair. Pourrait-il se regarder dans un miroir après avoir trahi son meilleur ami de la pire des façons ? Lui et sa famille. Une famille à qui il devait autant. Désormais, soutenir leur regard serait un supplice.
— Couvre-toi, t’ai-je dit, insista-t-il d’une voix sévère.
Sans daigner lui adresser le moindre regard, il se dirigea vers le sous-sol où se trouvait la buanderie. Quand il remonta, il déposa ses vêtements séchés sur l’un des fauteuils et sortit du salon en lui lançant :
— Je t’attends dehors.
Elle était encore sur la table où il l’avait emmenée sur les sommets les plus élevés de la volupté. La chute après une montée aussi spectaculaire était tout simplement dévastatrice, à défaut d’être mortelle. Oui, elle se sentait mourir en voyant la distance qu’il mettait sans cesse entre eux. Pourtant, elle avait été convaincue de ne plus se laisser troubler par son indifférence. Comment pouvait-on être aussi glacial après la passion partagée juste quelques minutes avant ? La question qui la blessait le plus était de savoir comment un homme capable d’autant de sensualité pouvait simultanément manquer de sensibilité. La sensualité n’allait-elle pas de pair avec la sensibilité ?
— Oh Dieu ! Quelle idiote je suis !
Elle se sermonnait intérieurement de sa stupidité. Désespérée, elle couvrit son visage de ses mains tremblantes. Comment avait-elle cru cet homme capable de sensibilité ? Il fallait en premier posséder un cœur pour pouvoir faire preuve d’une qualité aussi remarquable. Or, il en était dépourvu. Elle avait fait semblant de ne pas le voir, mais il fallait bien qu’elle reconnaisse la réalité : Giuliano est dépourvu de cœur. Curieusement, elle en voulait plus à elle-même pour sa stupidité qu’à lui. Pour être sincère, il ne lui avait jamais caché le peu d’estime pour elle. Elle avait refusé de comprendre que ce n’était qu’une autre de ses punitions qu’il aimait infliger à la riche héritière capricieuse pour qui il la prenait.
— Mais où avais-tu la tête ?
C’était elle la vraie fautive dans cette affaire. Au lieu de s’opposer à lui, elle l’avait docilement suivi chez lui comme si elle n’attendait que ça. À peine l’avait-il effleurée qu’elle lui était tombée dans les bras comme une poire mure. Il l’avait transformée en une boule de nerfs excités. Dans un tel état, il était tout simplement impossible de réfléchir. Elle s’habilla comme une automate. Puis, elle récupéra son sac à dos qu’elle avait laissé dans la salle de bains. Elle s’arrêta un instant devant la glace au-dessus du lavabo pour contempler son reflet. La glace lui rendit l’image d’une femme qu'elle peina à reconnaitre. Elle semblait différente.
Bien sûr que je suis différente. Je défie n’importe qui d’être la même après une telle expérience, pensa-t-elle.
Ce qu’elle avait vécu était au-dessus de la normale. Ç'avait été extraordinaire. Même si la descente avait été à la limite du dramatique, elle se sentait privilégiée de connaitre au moins une seule fois dans sa vie un tel niveau d’extase. Combien de personnes pouvaient se vanter de vivre des sensations aussi inouïes ? Très peu. Elle en était sure, car bien que n’ayant pas d’expérience, elle avait côtoyé des amis dans les différents internats où son père l’avait mise durant son enfance. Ainsi, elle avait eu plusieurs amies dans son cercle social qui lui avaient fait comprendre que l'on ne parvenait pas toujours à vivre une communion aussi élevée avec un partenaire dans l’acte sexuel. Le comble, c’est qu’il n’y avait même pas eu de coït entre eux. Il lui avait juste donné un aperçu de ce que pouvait être l’intimité entre un homme et une femme, entre eux. Hélas, il la privait de toute possibilité d’en creuser la profondeur et les différents aspects. C’était machiavélique, à n’en point douter, conclut-elle in petto.
— Je te hais Giuliano, dit-elle en lançant son peignoir à même le sol comme s’il s’agissait de l’homme qu’elle prétendait haïr.
Devant le miroir, elle s’intima au courage et à l’indifférence devant lui. Avant de sortir, elle s’arrêta un instant devant la porte et fit plusieurs longues respirations pour calmer les battements désordonnés de son cœur meurtri.
Dehors, elle attrapa au passage son imperméable qu’il avait laissé sur une chaise de jardin à leur arrivée. Ne daignant lui accorder aucun regard, elle passa devant lui, exhibant un self-control qu’elle était très loin d’éprouver.
Ils traversèrent la villa dans un silence tombal. Au sous-sol, elle prit place derrière sans lui laisser la possibilité de lui ouvrir la portière. Giuliano ne dit rien. Son visage et sa façon de faire étaient d’une impassibilité énervante. Impossible de comprendre ce qu’il éprouvait vraiment. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’était aucunement heureux de sa proximité dans sa voiture, encore moins chez lui. Il devait regretter amèrement leur intermède sexuel. Un donjuan de son calibre avait forcément été déçu par son inexpérience.
Les filles comme toi ne m’intéressent pas.
C’était ce qu’il avait affirmé, le soir du gala, dans le parking du grand hôtel. Elle avait envie de crier de frustration. C’était injuste de lui en vouloir pour son inexpérience. Si seulement il lui avait donné une possibilité, elle lui aurait démontré qu’elle pouvait tout apprendre sur le plaisir charnel. Elle apprenait vite, c’était l’une de ses qualités. Cependant, comment le lui dire sans se ridiculiser outre mesure ? Non, elle ne le ferait pas. Elle s’était assez fait humilier par cet homme. Elle devait chercher en elle la force de l’oublier pour prendre en main sa vie comme elle l’avait fait, autant avec son père qu’avec son ex-mari. Quand elle avait compris qu’elle était indésirable, elle avait débarrassé le plancher. À dire la vérité, elle avait toujours vécu sa vie toute seule. Très jeune, après le départ de sa mère et l’indifférence de son père, elle avait compris qu’il fallait qu’elle apprenne à s’en sortir toute seule. Elle n’avait pas besoin de cet homme, aussi beau et attirant soit-il. Elle se jura qu’en sortant de sa voiture, elle tournerait le dos, non seulement à l'homme, mais également à tout ce qui est lié à lui dans son souvenir.
***
Giuliano roulait comme un pilote de Formule 1. Il avait hâte de se servir un verre de whisky. Dire qu’il était tendu serait un euphémisme. Il connaissait la tension, le stress, car son quotidien était une montée continuelle d’adrénaline. Ce qu’il ressentait en ce moment se démarquait de tout ce qu’il avait connu jusque-là. Pour son propre bien, il était de loin préférable qu’il n’approfondisse pas la question. L’expérience lui avait appris que le résultat d’une quête n’est pas forcément celui que l'on souhaite. En plus, dans certains cas comme le sien, l’ignorance était de loin le choix le plus judicieux.
Pour tout dire, il maitrisait bien la nature du problème et savait aussi la ligne de conduite à suivre. Le hic demeure la difficulté à mettre sa résolution en pratique avec détermination.
— Tu es bien au-dessus de cette attirance farouche, mon vieux, se dit-il dans l’habitacle de sa Jaguar.
Il avait besoin d’un plan d’attaque. En premier, il lui fallait augmenter sa charge de travail par de nouveaux défis, ainsi que de longs voyages. Un changement d’air s’imposait. Ensuite, il avait besoin d’une maitresse au plus tôt. S’il ne déchargeait pas la tension sexuelle qu’avait attisée Érica, il serait un homme perdu.
Au lieu de continuer à ruminer sur la question, il allait aussitôt se mettre à la tâche. Sa Rolex indiquait onze heures. Inutile d’avertir sa secrétaire de son changement de programme. Il n’avait aucune explication à lui donner. En le voyant au bureau, elle comprendrait qu’il avait renoncé à son jour de congé. À mi-chemin, il fit demi-tour pour rejoindre les bureaux de Ravasio Group.
En sortant de l’ascenseur, il aperçut sa secrétaire et Riccardo qui s’entretenaient devant le bureau de ce dernier, qui jouxtait le sien. Les deux arrêtèrent de parler en le voyant venir vers eux. Ils semblaient très étonnés.
— Vous avez vu un fantôme ? lança-t-il, feignant de ne pas comprendre le motif de leur attitude.
— Non, monsieur ! bredouilla sa secrétaire, gênée.
— Alors qu’est-ce qui se passe ?
— C’est à toi de me le dire, répondit cette fois-ci son meilleur ami.
Giuliano ne répondit pas à la question, mais se contenta de se diriger vers son bureau. Malheureusement pour lui, Riccardo le suivit. Ils se connaissaient depuis l’enfance. Il savait donc que son ami ne laisserait pas tomber, à moins de recevoir des réponses satisfaisantes sur son attitude bizarre.
— Puis-je savoir ce qui t’arrive ? demanda Riccardo en fermant la porte du bureau derrière lui.
Il le fixait droit dans les yeux comme pour lire en lui.
— Si tu as des soucis, dis-le-moi tout de suite, fratello – mon frère – tu n’es pas seul.
— Je n’ai aucun souci, mentit-il effrontément.
La préoccupation de Riccardo était palpable. L’idée de lui mentir lui était autant insupportable. Le pire, c’est que toute la situation est due à la bêtise qu’il venait de faire ce matin. Il avait presque pris son ex-femme sur la table de son salon, alors qu’il n’aurait même pas dû la désirer.
— Ne t’inquiète pas pour moi, ajouta-t-il en faisant semblant de classer les papiers sur son bureau.
— À d’autres, Gio ! Pas à moi ! lança son ami avec véhémence. Tu n’as jamais manqué un jour de travail, même pas quand tu as eu quarante de fièvre. Il faut te menacer pour que tu ailles quelques jours en vacances, et même là aussi, tu continues de travailler comme un forcené. Alors, excuse-moi si je ne te crois pas.
Giuliano se gratta la nuque un instant sans savoir que répondre. La tirade de son ami était irréfutable. Il maudit cette femme qui l’avait incité à faire une folie qui ne lui appartenait absolument pas. En plus d’elle, il maudit aussi sa faiblesse de ces derniers jours.
— Justement, j’ai besoin de changer d’air. D’augmenter l’adrénaline dans mon travail. La routine commence à me peser.
Que pouvait-il dire d’autre ? Il ne pouvait quand même pas confesser à la personne qui le considérait comme un frère qu’il avait perdu la tête pour son ex-épouse. Ses principes moraux le lui interdisaient. Certaines choses sont à fuir absolument. Son attirance pour Érica est l’une d’elles.
— Santo cielo ! — Bon Dieu, Gio ! — Tu m’as fait une peur d’enfer. Je suis soulagé de savoir que tout va bien. Mais pour moi, tu as besoin d’autre chose, avoua-t-il avec malice.
— De quoi, parles-tu ?
— D’abandonner ton boxer de chasteté, répondit-il en le taquinant. J’ai vécu pareil durant ma rupture avec Camilla. Je pense qu’il te faut une femme dans ta vie, crois-moi, c’est l’expérience qui parle.
La véracité des propos de son ami le laissa sans voix un instant. L’urgence d’une diversion s’imposait, sinon il risquait de le démasquer.
— Camilla et toi, c’est une histoire à part, frérot. Ce n’est pas tout le monde qui a votre chance. Pour tout te dire, je ne suis pas fait pour ces choses-là.
En voyant son ami secouer la tête en signe de désaccord, il comprit que sa tactique de diversion avait fonctionné. En effet, depuis peu, Riccardo semblait avoir retrouvé l’amour de sa vie. Les deux, non seulement, filaient le parfait amour, mais ils faisaient aussi des projets de vie ensemble, comme le mariage. Ils avaient traversé beaucoup d’obstacles, mais à la fin, leur amour avait fini par triompher. Malheureusement, il ne pouvait pas espérer une aussi heureuse fin pour lui. Ce serait une pure utopie.
— C’est vrai, tu as raison. Néanmoins, je suis sûr que, qu’il y a la femme qui te rendra heureux comme le fait ma douce Camilla.
— N’y compte pas trop, mon vieux.
Il s’approcha de son ami et lui donna une tape sur l’épaule pour lui assurer que tout allait bien. Il lui confia son désir d’inspecter leurs filiales à l’étranger. Bien évidemment, il avait raconté des demi-vérités en ce qui concernait les réelles motivations de sa décision. Par-dessus tout, la culpabilité envers son ami le taraudait grandement. Il se sentait moralement sale.
— Pour éviter que ce qui s’est passé à Rome puisse se répéter dans d’autres de nos succursales, je dois faire un contrôle sur place. Puisque tu es presque en lune de miel anticipée, je vais m’en charger.
— Ce n’est pas moi qui vais te contredire, conclut Riccardo en souriant.
Ce dernier, ne voulant surement pas s’éloigner de sa dulcinée, se dirigea vers la porte avant que Giuliano ne change d’idée.
Une fois la porte close, Giuliano s’assit sur son siège. Il soupira bruyamment pour tenter d’évacuer la tension emmagasinée. Le regard scrutateur de son meilleur ami était aussi insoutenable que le poids de sa culpabilité. Sa sollicitude à son égard avait été un vrai coup à son sens de la loyauté déficitaire. Au prix d’un effort soutenu, il était parvenu à garder son sang-froid et n’avait raconté qu’une partie de la vérité sur ce qui se passait réellement. Le soir même, il partirait pour le sud de la France où ils avaient une des plus grandes unités de production de leur société. Cela ressemblait bien à une fuite, mais il n’avait pas le choix.
***
Des joies les plus grandes, naissent aussi les douleurs les plus profondes, avait-elle lu un jour. Cependant, elle n’en avait pas précisément saisi le sens quand elle l’avait lu. Maintenant, elle comprenait bien toute sa signification. L’expérience reste la meilleure enseignante, reconnut-elle. Elle languissait sur son lit depuis son retour. Émotionnellement, elle se sentait sur des montagnes russes. Au début, elle avait été furieuse, puis une détermination farouche de l’éradiquer de ses pensées s’installa. Très tôt, la tristesse avait remplacé cette détermination. Elle vacillait constamment entre ces trois sentiments. Dans ses moments de lucidité, elle se disait de ne rien regretter de ce qui était arrivé entre elle et Giuliano. Un épisode qu’elle considérait comme un très beau cadeau qu’elle n’oublierait jamais. Elle se promettait d’en faire un trésor dans ses nuits froides et vides d’hiver. Quand la tristesse et l’amertume prenaient le dessus, elle se traitait de tous les noms. Pourquoi lui permettait-elle de la traiter ainsi ? Plusieurs fois, elle avait donné libre cours à ses larmes. Quand les larmes semblaient taries, elle se jetait dans des résolutions drastiques, comme le déloger de sa tête, se montrer plus forte la prochaine fois qu’elle se trouverait devant lui ou encore l’éviter à tout prix.
Au lendemain de l’épisode, elle s’était réveillée avec un grand mal de tête et de la fièvre. Aujourd’hui, sa gorge brulait énormément. Elle essaya de se lever du lit, mais n’y parvint pas. Elle décida de rester au lit jusqu’à ce que tout passe, en priant pour que ce soit le plus tôt possible. C’est sans doute un coup de froid qu’elle avait pris, n’ayant pas le temps de sécher ses cheveux chez Giuliano, en déduisit-elle. Elle se recroquevilla sous les draps, convaincue que cela passerait en une journée.
La lumière et l’obscurité se succédaient ; elle avait complètement perdu la notion du temps. Depuis combien de temps était-elle enfermée chez elle ? Elle l'ignorait. Personne ne pensait à elle. Elle était seule au monde, reconnut-elle, presque en larmes. On trouverait probablement son cadavre déjà en état de décomposition, si elle mourait. Quelle amère vérité ! De sa propre expérience, elle rêvait d’une famille nombreuse. Son premier enfant ne resterait pas un enfant unique comme elle. À vingt-cinq ans, il fallait commencer à penser à ce genre de chose si elle ne voulait pas finir seule et abandonnée. Si ce raisonnement est imparable, il y a quand même un grand problème au tableau. Dès qu’elle faisait ce genre de projet, le même visage se présentait à elle. Lasse, elle ferma les yeux pour mieux se bercer de son image. Peu à peu, elle commença à replonger dans la quiétude du sommeil.
Le jet de l’eau caressait sa peau, lui offrant une sensation de bienêtre. Sous la douche, elle chantonnait de joie. La paroi de l’habitacle coulissa. Il apparut torse nu, dévoilant les muscles saillants de ses pectoraux et son abdomen en tablettes de chocolat. Il dégageait une virilité puissante par tous les pores. De sa démarche féline, il entra sous la douche, la dominant complètement du haut de son mètre quatre-vingt-dix. Sans préambule, il l’emprisonna entre ses bras et lui souleva le menton pour happer ses lèvres pulpeuses à sa totale disposition. Le baiser, au début, fut doux et tendre. Puis, la douceur et la tendresse laissèrent place à l’urgence. Ses lèvres devinrent exigeantes sur les siennes. Sa langue ne faisait qu’une avec la sienne. Il exigeait, prenait et faisait d’elle ce qu’il voulait. Alors que ses lèvres la goutaient avec avidité, ses mains, elles, découvraient chaque parcelle de son corps de femme. Sa peau fine et lisse au contact de celle poilue de son amant, créait un contraste excitant. Délaissant momentanément sa bouche, il traça un sillon de baisers, de sa joue vers son nombril en passant par la peau tendre et sensible de ses seins, sans oublier chacun de ses tétons insolemment dressés. Après son nombril, il se dirigea encore plus bas. Son avancée inexorable vers sa féminité la remplissait d’une anticipation euphorique. Il se releva en l’obligeant à soutenir son regard. Ils se tenaient les yeux dans les yeux, quand elle sentit sa main écarter ses cuisses. Maintenant, l’une de ses cuisses reposait sur celle de son amant. Le cœur de sa féminité s’ouvrait à lui comme une fleur de gazanie s’ouvrant au soleil du matin. Elle sentait de façon si vivante son membre pointer à l’entrée de sa source de plaisir. Il l’embrassa passionnément avant…
Une musique retentit de très loin. Cette musique venait-elle de la fête de ses sens ou bien les dieux célébraient-ils la beauté de leur union ? Sincèrement, cela lui importait peu, car elle n’avait qu’une urgence : celui de le recevoir complètement en elle. Quand son prépuce rencontra sa vulve, elle gémit de plaisir. Cependant, la musique, au début doux, résonna de façon assourdissante et insistante. Elle connaissait bien cette musique. C’est la sonnerie de son cellulaire.
Comme dans un brouillard, elle se réveilla. Ce n’était qu’un rêve, ou bien un cauchemar. Cet homme avait tant miné sa santé mentale. Elle était toute mouillée et ses tétons pleinement dressés. Pourquoi devait-il la suivre continuellement, même dans son sommeil ?
La sonnerie retentit encore. Tendant la main, elle prit son téléphone et répondit sans vérifier le numéro.
— Érica ?
À peine reconnut-elle la voix grave de l’autre côté de la communication qu’elle raccrocha, comme si le téléphone brulait. Dans sa situation, elle pouvait bien affirmer : quand on rêve du loup, on voit sa queue. Il était la dernière personne avec qui elle voulait parler, surtout après son attitude envers elle et son dernier rêve. Au fait, pourquoi l’avait-il appelée ? Pourquoi cette volonté de la tourmenter ainsi, alors qu’il ne voulait pas d’elle ? La sonnerie retentit une troisième fois. De colère, elle décrocha et lui cria :
— Fous-moi la paix ! Je te hais !
Sans lui laisser le temps de s’exprimer, elle raccrocha en jetant le téléphone sur le lit. Sa voix était faible vu son mal de gorge et de tête, mais elle se félicita de lui tenir tête au mieux de ses forces.
— Je te hais vraiment, Giuliano, se répéta-t-elle dans le silence de sa petite chambre.
Quelqu’un sonnait à sa porte. Il y a quelques minutes, le téléphone avait dérangé son sommeil, ou disons plutôt son rêve érotique. Elle ne parvenait pas encore à trancher si l’interruption avait été un bien ou un mal. Peut-être, aurait-elle voulu vivre la pénétration – ce qu’il lui avait refusé la dernière fois. En rêve comme dans la réalité, cela relevait désormais de l’ordre de l’impossibilité.
S’arrachant à ses pensées, elle ignorait qui pouvait bien venir sonner à sa porte. Elle ne connaissait encore personne dans le quartier. À présent, elle n’avait plus d’amies non plus. Celles qu’elle avait fréquentées dans le passé lui avaient tourné le dos à l’annonce de son divorce et après l’ostracisme que son père lui avait imposé. Ce devait être le couple de personnes âgées qui habitait en face de son appartement, sans doute. La vieille femme était si gentille avec elle chaque fois qu’elles se rencontraient sur les escaliers. Que pouvait-elle bien lui vouloir ? Avait-elle besoin d’aide ? Cette pensée l’alarma. Au prix d’un effort énorme, elle descendit du lit et se dirigea vers sa porte. Pour la première fois, elle bénit l'exigüité de la chambre, elle lui épargnait un plus long trajet. Elle s’écroula presque devant le battant. Le front collé dessus, elle ferma les yeux quelques secondes pour calmer ses vertiges. Puis, d’une main tremblante, elle lutta avec sa clé qui lui posait toujours quelques soucis pour ouvrir. La serrure était vieille. Quand elle parvint à l’ouvrir, sa vision se brouilla. Était-ce de la stupéfaction ou de l’incrédulité ? Ce devait être le résultat de l’immense effort qu’elle avait fourni pour sortir de son lit qui lui jouait ce tour. Ses jambes aussi chancelèrent, menaçant de l’abandonner. Par chance, deux bras puissants la secoururent.
Il la souleva et la déposa sur son lit. Elle était assise sur le bord du lit, alors qu’il inspectait d’un coup d’œil rapide son studio. Elle soupira en imaginant le commentaire qu’il allait faire sur son humble demeure. Silencieusement, il ramena son attention sur elle. Il la dévisageait. La situation lui échappait entièrement, elle ne savait que faire face à cette invasion de son intimité. Bah ! Pour se défendre, il ne lui restait que l’attaque.
— Que fais-tu ici ?
Sans le vouloir, son ton était très acerbe.
— Je m’inquiétais pour toi. Apparemment, j’avais raison de le faire.
— Menteur !
La position assise devant un homme grand comme lui ne l’aidait pas du tout. Il la dominait trop de sa taille. Elle s’efforça de se lever avant de continuer son propos :
— Tu te moques bien de moi. Je ne suis pas ton jouet. Va-t’en ! Va-t’en ! Je ne veux plus jamais…
Sa phrase se perdit dans le noir dans lequel elle sombra.
OceanofPDF.com