Stèle

Victor Segalen · Chapitre 13 sur 67

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Stèle

Ordre de Marche

 

Plus de stupeur ! Croyez-vous ces palais immobiles ? Lourds à

l’égal des bâtis occidentaux ? Assez longtemps ils ont ac-

cueilli notre venue : qu’ils s’en viennent à nous, à leur tour. Debout, l’arche triomphale et sa bannière en horizon et sa de-

vise : Porche oscillant des nues. Des porteurs pour ses

hampes droites ; des porteurs aux hampes obliques. Qu’ils

gonflent l’épaule, piétinant.

Derrière, le pont en échine de bête arquée : d’un saut il franchi-

ra l’eau de jade fuyant sous lui. Qu’on l’attelle à la voie du

milieu déroulant son trait impérial.

À gauche et à droite, dans un mouvement balancé, riche

d’équilibre, marchent la Tour de la Cloche et la Tour du

Tambour aux puissants cœurs sonores de bois et d’airain

sur leurs huit pieds éléphantins.

 

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Viennent ensuite les gardes lourdes des tripodes ; et s’ébranlent

enfin les poteaux du Palais au toit double ondulant comme

un dais, soufflant de haut en bas.

Pour le démarrer, lâchez les cavaleries d’arêtes, les hordes mon-

tées aux coins cornus. Et déroulez les nues des balustres,

les flammes des piliers. Laissez tourbillonner les feux, vi-

brer les écailles, se hérisser les crocs et les sourcils du Dra-

gon.

Le beau cortège étalé pour tant de règnes implore qui lui rendra

sa vertu d’en-allée. Il ne pèse plus : il attend. Qu’il se déploie !

*

Seules immobiles contre le défilé, voici les Pierres mémoriales

que nul ordre de marche ne peut toucher ni ébranler. Elles demeurent.

 

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